CHAPITRE 8

Liam Waldon ouvrit difficilement les yeux, l'esprit encore embrumé. Il essaya de bouger et constata que ses mains étaient menottées derrière son dos autour du dossier d'une chaise, sur laquelle il se trouvait assis. Regardant autour de lui, il constata qu'il était entouré par quatre personnes. Un homme dans la cinquantaine, les cheveux grisonnants. Deux autres plus jeunes et un nain.

- Qui êtes-vous ?

Ils ne répondirent pas, mais une porte s'ouvrit dans son dos et une silhouette passa à côté de lui avant de se poster à côté des autres.
Une jeune femme. Celle qui l'avait séduit au gala. Sauf que les cheveux noirs et la robe avait disparu. Elle portait désormais un tee-shirt à manches longues et un pantalon noirs, ainsi que des gants chirurgicaux. Ses cheveux étaient tirés en queue de cheval, ne laissant aucune mèche retomber devant son visage. Liam Waldon remarqua alors les fines cicatrices sur le côté droit de son visage.

- Ne vous préoccupez pas d'eux, dit la jeune femme.
- Qui êtes-vous ?
- Je suis peut-être le dernier visage que vous verrez avant de mourir. Tout dépend de votre coopération.
- Ma coopération pour quoi ?
- Qui est votre supérieur direct chez les Skulls ?
- Les quoi ?
- Ne jouez pas à ça avec moi. Parce que, si ces quatre hommes que vous voyez derrière moi respectent la loi et ne veulent pas que je vous fasse du mal...
- Pas moi ! s'écria Rupert. Je suis pour que tu lui casses la gueule !

Quatre paires d'yeux le fusillèrent du regard puis Ziva se tourna de nouveau vers Liam Waldon.

- Alors que moi...Je n'aurais aucun scrupule à vous faire souffrir pour que vous répondiez à ma question.
- Mais je ne sais même pas de quoi vous parlez !
- Menteur ! Ecoutez...Vous avez deux options. Ou vous ne parlez pas, et je vous torturerais. Si vous vous entêtez à ne pas parler, je sortirai de la chambre, et un des Skulls viendra ici vous abattre en croyant que vous les avez trahi. Ou bien vous parlez. Et nous vous protégerons.
- Mais puisque je vous dis que je ne sais pas de quoi vous me parlez !

La mâchoire de la jeune femme se serra et ses poings se crispèrent. Elle allait le frapper quand Gibbs intervint.

- Ziva ! Peut-être qu'il dit vrai. Peut-être qu'il ne sait rien.
- On va voir ça tout de suite...

Avant que les autres aient pu réagir, elle remit Waldon debout et le traina jusqu'à la salle de bains avant de verrouiller la porte derrière eux. Tony fut le premier à se précipiter pour tambouriner à cette dernière.

- Ziva ! Ziva, ouvre ! Il ne sait rien, laisse-le !

Comme réponse, il entendit le hurlement de douleur de Waldon.

- Pour qui travaillez-vous ? hurla Ziva. Dites-moi son nom !
- Je ne sais rien. Arrêtez, je vous...

Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'un nouveau hurlement de douleur retentit. Tony essaya de défoncer la porte d'un coup d'épaule, mais l'israélienne l'avait bloquée.

- Elle va le tuer ! s'écria-t-il en se tournant vers Gibbs.

Le visage de son patron était dur et fermé. Il savait très bien que Ziva était capable d'aller jusque là. Ce n'était plus la jeune femme qu'il avait laissé sur le tarmac de Tel-Aviv. Elle était prête à aller jusqu'au bout pour avoir sa vengeance.

- D'accord ! D'accord ! hurla Waldon. Il s'appelle Hugo Speiffer ! Hugo Speiffer ! Je vous en prie, arrêtez !

Quelques instants plus tard, la porte s'ouvrit sur Ziva. Derrière elle, on pouvait apercevoir Waldon, recroquevillé sur lui-même et gémissant doucement.

- Il ne sait rien, hein ?

Sans un mot, elle alla ramasser ses affaires et se dirigea vers la porte. Elle devait à présent faire croire qu'elle était partie pour que le meurtrier vienne faire son œuvre. Tony alla s'enfermer dans la salle de bains avec Waldon pendant que McGee et Rupert se cachaient dans la penderie.

Il attendit quelques instants après que Ziva eut tourné dans le couloir et sortit de l'ombre, un léger sourire aux lèvres. Quelle idiote. Tellement absorbée qu'elle ne se doutait pas qu'il serait là.
La serrure ne lui résista pas plus de trois secondes, et il ouvrit sans bruit la porte de la chambre. Liam Waldon était là. Dos à lui, menotté à la chaise, tête baissée. Quel gâchis. Il n'aurait eu qu'à lui trancher la gorge, il n'aurait jamais su que c'était lui. Mais il ne pouvait pas. Contournant Waldon, il sortit des gans chirurgicaux de sa poche.

- Bonjour Liam.
- Vous faites erreur sur la personne, mais bonjour quand même.

L'homme qui redressa la tête était en effet tout sauf Liam Waldon. Au même moment, deux hommes sortirent de la penderie et un de la salle de bains, deux braquant une arme sur lui. La porte de la chambre s'ouvrit de nouveau sur la femme qu'il avait vu sortir, et qui pointait également une arme sur lui.

- Heureuse de vous rencontrer enfin, dit-elle.

Quelques minutes plus tard, les rôles s'étaient inversés et l'homme des Skulls se trouvait solidement attaché sur la chaise. Tony fit sortir Waldon de la salle de bains avant qu'il l'identifie.

- Vous le vouliez ! s'exclama Waldon en voyant celui qui voulait le tuer. Le voilà ! Voilà Hugo Speiffer !
- Liam, tu retournes décidemment bien vite ta veste...murmura le concerné.
- Alors... Pourquoi le grand patron des Skulls se dérange lui-même pour faire le sale boulot ? demanda Gibbs.
- On n'est jamais aussi bien servi que par soi-même. Votre visage m'est familier, ajouta-t-il en regardant Ziva.

Cette dernière se tenait dans un coin de la pièce, yeux fixés sur leur prisonnier. Elle semblait nerveuse. Soudain, elle s'approcha de lui d'un pas rapide et avança son visage à quelques centimètres de celui de Speiffer.

- Avez-vous tué ma sœur ? demanda-t-elle d'une voix sèche.
- Quoi ?
- Ne me forcez pas à répéter. L'avez-vous tué ?
- J'ai tué beaucoup de gens dans ma vie. Et si vous commenciez par me dire son nom ?
- Tali David. Elle avait seize ans. Vous avez fait croire à sa mort dans un attentat à Tel-Aviv. Vous avez mis le corps d'une jeune fille à sa place et vous lui avez brisé les dents pour qu'on ne puisse pas la reconnaitre. Vous avez kidnappé ma sœur, vous l'avez torturé, et vous l'avez tué. Elle n'avait que seize ans.
- Tali David...La fille cadette de l'actuel directeur du Mossad. Bien sur que je me souviens d'elle...murmura Speiffer, un sourire béat aux lèvres. Très courageuse. Vous devez donc être Ziva David. Vous avez l'air plutôt en forme après votre petit séjour dans le désert. A part ces quelques cicatrices, bien entendu.

Ziva se redressa en tremblant de rage et s'éloigna de deux pas. Le reste de l'équipe la regardait, interloquée.

- Et comment va votre frère, Ari ? Ah mais j'oubliais, vous l'avez tué...
- La ferme ! le coupa d'un ton sec Tony.

Gibbs s'approcha de Ziva quand cette dernière sortit de sous son pull un silencieux et le pointa sur Speiffer.

- Non ! s'écria l'ancien marine.

Il se jeta sur la jeune femme et la plaqua contre le mur en déviant son bras. Le coup partit et la balle alla se loger dans le mur. Ziva se débattit mais Gibbs était plus fort qu'elle, et elle finit par lâcher son arme.

- Je dois encore l'interroger Ziva ! s'exclama Gibbs. Tony, emmène-la chez moi. Maintenant ! cria-t-il en voyantque l'italien hésitait.

Tony prit Ziva par le bras qui tremblait encore et la poussa doucement vers la sortie.

• • •

L'israélienne tournait comme une lionne en cage dans la cave de Gibbs, sous le regard de Tony qui s'était assis sur les marches de l'escalier.
Il avait jugé plus prudent de l'emmener à la cave, car elle risquait de tout casser à l'étage. Cela faisait bientôt deux heures qu'ils étaient ici, toujours sans aucune trace de leur patron.

- Ziva...
- Ne dis rien !

Tony n'insista pas. Il voyait bien que la jeune femme était sur le point de craquer à tout moment. Alors qu'il allait se lever pour essayer de la calmer, il entendit la porte d'entrée qui se refermait en haut. Quelques instants plus tard, Gibbs apparaissait en haut de l'escalier.

- Merci Tony. Tu peux nous laisser maintenant.

L'italien obéit et sortit sans un mot. Gibbs attendit qu'il soit sortit de chez lui descendre le reste des marches. Ziva le regardait fixement et ne bougeait plus depuis qu'il était arrivé.

- Il faut qu'on parle, je crois, dit-il.