1 an plus tôt, les souvenirs du Patron
Au départ, faire de Jeanne mon élève était un défi personnel. Puis ça s'est transformé en obsession. Je sais ce que vous vous dites : pourquoi elle ? J'avais de quoi faire ailleurs. Ce n'est pas pour me vanter, mais sachez que je suis à la libido des filles, ce que le punching-ball est à la colère : un excellent défouloir. Mais pour Lia, c'était différent. Dans sa logique de machine, elle n'avait aucun désir. Pour personne. Et je voulais être celui qui susciterait cela en premier. J'avais envie que ce soit elle qui vienne à moi. Qu'elle me trouve spécial. Qu'elle ait envie de moi.
Je l'appelais « Lia » depuis quelque temps. Au début, ça ne lui plaisait pas trop. Elle ne voulait plus être « l'Intelligence Artificielle ». Elle répétait : « Je veux être une vrai femme. » J'avais prétendu pouvoir le lui apprendre, pour passer plus de temps avec elle. Je lui faisais croire que j'allais l'aider à avoir des sentiments, des désirs, que tout cela serait provoqué par les films et les lectures que je lui donnais. Mais en vrai, j'aimais bien le coté « mécanique » de Jeanne. Sa façon d'oser tout dire, de parler de tout, et de sexe aussi, crûment et sans tabou. Finalement, on était un peu pareil elle et moi.
Un jour je lui ai fait lire des fanfictions. Je l'avais orienté vers les fanfic's SLG, puisque j'y étais l'objet de nombreux fantasmes. Je pensais que ce serait le plan parfait. Dès le lendemain, en plein tournage, Jeanne a étalé ses nouvelles connaissances.
Math : -Je vous présente Eva Lion, une canadienne toute choupi… »
Lia : -« Mathieu était tellement mignon que je m'en morda les lèvres. »
Blanc.
Tout le monde s'est regardé. J'ai essayé de faire diversion :
-Okay, on fait une pause, y'a des circuits qui surchauffent ! J'emmène Jeanne dans la cuisine, parce que j'aime ça, les chaudasses. Hinhinhin. »
J'avais peu de temps pour l'interroger avant que les autres ne rappliquent :
-Jeanne, c'est quoi cette conjugaison fantaisiste ? Et tu peux me dire pourquoi tu regardes Mathieu, sans arrêt, en te mordant la bouche ? ». J'avais pris un mouchoir et je tamponnais délicatement ses lèvres. La pauvre s'était mordue à sang.
-C'est comme ça que c'est écrit. ».
Putain, qu'avait-elle bien pu lire ? Ce n'était pas de Mathieu Sommet qu'elle était censée tomber amoureuse, mais de moi. DE MOI !
-Ma Lia, tu as lu quoi ? ». Je tenais sa tête dans mes mains, je lui caressais les joues. Elle avait les larmes aux yeux.
-Du crack fic, du lemon, un peu de drabble, du Mpreg Matoine bien sûr,...
-C'est de la fiction, tu dois pas tout croire, ok ? ».
-oh ? »
-Quoi ?
-J'ai envoyé une carte à Antoine Daniel. Il ne va pas être content. »
