Chapitre 8

Elle sentit une main ferme plaquée sur sa bouche et elle ouvrit immédiatement les yeux en grand. Elle essayait désespérément de se débattre mais son corps était immobilisé par le poids d'un autre. Il faisait nuit. Elle reconnut Gohan et écarquilla encore les yeux, subitement prise de panique. Elle n'oubliait pas qu'elle était prisonnière des saïyens et candidate idéale à la torture, qui tardait à venir.

- Chhut, il y a quelqu'un dehors, chuchota-t-il, visiblement aux aguets.

Ses paroles la calmèrent un peu et elle tourna son regard vers la porte d'entrée, sagement fermée et immobile. Elle n'entendait rien d'autre que le vent qui agitait les feuillages à l'extérieur. Il la força à s'assoir et l'entraîna dans un recoin obscur de la pièce où ils s'accroupirent, sans qu'il relâche la main qui la bâillonnait.

- C'est peut-être Végéta. Si il te trouve… glissa Gohan à voix basse.

Il la sentit tressaillir. Le nom de Végéta avait réveillé sa frayeur. Gohan sourit sans qu'elle le voit. Il était sûr que ce n'était pas Végéta. Végéta n'était pas du genre furtif il ne s'approchait pas sans bruit pour profiter du sommeil de ses victimes. Végéta explosait la porte en hurlant et se jetait sur elles.

Il laissa l'inquiétude monter en elle. Elle était maintenant totalement immobile et ne résistait plus, essayant de saisir ce qui se passait. Elle avait déjà compris, en remarquant son bracelet brouilleur de ki, qu'il la cachait. Elle comprenait maintenant qu'il la cachait de Végéta.

Gohan avait besoin qu'elle se tienne tranquille jusqu'à ce qu'il détermine l'identité de leur visiteur nocturne. La meilleure façon qu'il avait trouvée dans l'urgence était de lui faire croire qu'il s'agissait de Végéta. Il retira lentement sa main plaquée sur sa bouche. Comme il s'y attendait, elle n'émit pas un son, tétanisée par l'idée de faire face peut-être au sanguinaire Prince des Saïyens, qu'elle n'avait jamais rencontré mais dont elle connaissait la cruauté et la force.

Gohan évalua que, dès qu'elle aurait compris qu'il ne s'agissait pas de lui, elle tenterait de s'enfuir. Il devait agir vite. Pour l'instant, il la laissa en lui faisant signe de rester silencieuse et s'éleva sans bruit jusqu'à la charpente au milieu de laquelle une petite fenêtre était aménagée en chien d'assis. Il s'y faufila.

Une fois sur le toit, il avisa une silhouette qui se tenait tranquillement à quelques pas de la maison et semblait réfléchir à la meilleure façon d'entrer. Aucun ki n'en émanait mais l'individu pouvait aussi bien avoir un bracelet. Dans tous les cas de figure, ce n'était pas un simple braconnier de passage.C'était un homme adulte, cheveux longs. Avec la pénombre, Gohan le distinguait mal mais il finit par le reconnaître avec stupéfaction. C'était le cyborg. Gohan jura entre ses dents. La rébellion avait décidément un réseau d'information exceptionnel pour les retrouver aussi vite dans un endroit aussi inattendu. Il n'ignorait pas qu'elle avait des agents infiltrés dans la Cité Saïyajinn mais seuls son père et lui savaient où il avait emmené Videl. L'idée qu'elle portait peut-être un mouchard lui traversa l'esprit.

Dans l'immédiat, il aurait volontiers affronté le cyborg en combat singulier mais le moment était mal choisi, il devait agir vite et discrètement.

En un instant il se jeta sur lui et lui porta un coup. Gohan fut pris au dépourvu par la rapidité de réaction de son adversaire qui réussit à esquiver son coup partiellement. C-17 fut touché rudement à l'épaule mais rétablit son équilibre et reprit aussitôt son aplomb sur ses deux jambes, face à lui, souriant d'un air narquois.

- Gohan, constata-t-il, presqu'avec satisfaction. Tu attaques sans prévenir ? Elle est là, n'est-ce pas ?

Gohan envoya plusieurs coups rapides et ciblés, en vain. Il n'avait pas pensé que les cyborgs étaient si vifs.

- Videl ! appela C-17, Videl ! Tu m'entends ?

Gohan serra les dents. La situation commençait à lui échapper. Une chaise explosa subitement une des fenêtres de la cabane, brisant le silence nocturne avec fracas. Videl apparut.

- C-17 ? s'exclama-t-elle. Kami soit loué !

Elle s'extirpa par l'ouverture qu'elle venait de se ménager sans prendre vraiment garde aux morceaux de verre et tomba dans l'herbe.

- Va-t-en, Videl, je le retiens. Vous êtes seuls ? lui cria-t-il.

- Ouais, personne d'autre que lui ici!

Réalisant que Videl était sur le point de réussir son évasion, Gohan tenta encore plusieurs attaques sans réussir seulement à effleurer son adversaire. Videl s'envolait déjà.

Il ne devait pas la perdre, il ne pouvait pas. Avec elle, il perdait tout espoir de revoir Goten. A cette idée, son énergie augmenta brusquement et il se transforma. Le Cyborg fut pris de court cette fois-ci et Gohan réussit à lui décocher un coup de poing qui le projeta au sol à plusieurs mètres. Il voulut s'élancer à la poursuite de Videl mais C-17 le rattrapa en un instant. Ils se retrouvèrent face à face, flottant dans les airs.

- Ne me force pas à te tuer, rugit Gohan avec exaspération.

- Ne t'inquiète pas pour ça, répliqua C-17 avec calme.

Sans même contrôler exactement ce qu'il faisait, Gohan lui envoya une décharge d'énergie qui l'atteint sur tout le côté gauche du corps et le propulsa à nouveau vers le sol. Il resta en arrêt un instant, étonné de la force qu'il avait mise dans son attaque. Son opposant n'avait pas l'air de se relever, étendu dans l'herbe fumante.

- Arrête ! hurla une voix derrière lui.

Il se retourna avec incrédulité. Videl flottait à quelques mètres de lui. Il n'aurait pas pensé qu'elle se serait inquiété de la vie de ses compagnons d'arme, elle était tellement entière en temps normal. Il comprit que sa transformation l'avait affolée; elle avait réalisé que C-17 ne pourrait peut-être pas lui tenir tête très longtemps et elle avait renoncé à s'éloigner trop. En réalité, si cette onde d'énergie colossale n'avait pas échappé à Gohan, C-17 aurait eu toutes les chances de l'occuper suffisamment longtemps avant de disparaître.

Gohan devait tirer avantage de la situation. Il ne répondit pas et se posa lentement à côté du cyborg. Il était blessé mais toujours conscient. Gohan posa rudement son pied sur sa poitrine pour l'empêcher de se relever et le maintenir allongé.

- Arrête ! hurla encore Videl avec rage en le suivant.

- Où sont les enfants ? demanda Gohan.

C-17 écarquilla les yeux.

- Les enfants ? balbutia-t-il.

- Goten et Bra, précisa Gohan froidement.

Le cyborg échangea un regard perplexe avec Videl.

- Connais pas, répliqua Videl avec dédain.

Gohan augmenta la pression de son pied sur la poitrine du cyborg. Un bruit inquiétant se fit entendre dans sa cage thoracique. Videl enfouit son visage dans ses mains en poussant un petit cri d'horreur.

- Arrête ça ! On ne sait rien ! T'es qu'une brute ! gémissait-elle.

Gohan soupira et envoya un coup de pied magistral dans la tête de son adversaire dont le corps inerte fut projeté à plusieurs mètres. Elle sursauta en observant la scène au travers de ses doigts.

- Je l'épargne si tu me suis tranquillement sans faire d'histoire, grogna-t-il.

Elle lui lança un regard mauvais mais hocha la tête pour signifier qu'elle acceptait le marché. Il jeta encore un œil au cyborg étalé à plusieurs mètres et croisa les bras.

- Retire ta veste et ton pull, ordonna-t-il.

- Quoi? s'étrangla-t-elle avec stupeur.

- Fais ce que je te dis où je finis le massacre.

Elle défit sa veste avec méfiance et la laissa tomber sur le sol.

- Le pull aussi, précisa Gohan en ramassant la veste et en l'étudiant consciencieusement.

- Tu cherches quelque chose? Ou c'est juste un truc de pervers, là?

- Fais ce que je te dis, siffla Gohan avec agacement.

Elle haussa les épaules et s'exécuta. Il examina le pull comme il avait fait avec la veste. Puis il se tourna vers elle, les sourcils forncés. Elle était en T-shirt maintenant, frissonnant dans la fraîcheur nocturne.

- On s'arrête là, j'espère, grommela Videl.

Il lui jeta un regard embarrassé et irrité.

- T'as un mouchard, hein? répliqua-t-il.

- Non! s'exclama-t-elle avec étonnement.

Il saisit son poignet et leva son bras de manière à mieux voir l'intérieur de son avant-bras. Il fit courir le bout de ses doigts à la surface de la peau à la rechercher d'une protubérance caractéristique.

- Je te dis que j'ai pas de mouchard! protesta-t-elle, indignée par ses vérifications, tu vas pas me mettre à poil, non?

Il suspendit son geste et soupira. Il était inquiet de la rapidité avec laquelle le cyborg les avait retrouvés mais elle avait raison. Pour ce qu'il en savait, si elle avait un implant, il pouvait se trouver sur à peu près n'importe quelle partie de son corps et il n'avait pas vraiment envie de chercher.

- OK, rhabille-toi, on verra ça plus tard, marmonna-t-il en évitant son regard furieux.

Quand elle eut terminé, il la fit se retourner et lui lia à nouveau les mains dans le dos, en repensant à l'hypothèse du mouchard.

- On ne peut pas vous faire confiance, à vous autre rebelle, vous n'avez pas de paroles, grommela-t-il en serrant les attaches vigoureusement.

- Et aux saïyens, on peut faire confiance, hein ? répliqua-t-elle, acerbe.

- Je ne suis pas exactement un saïyen, rectifia-t-il.

- Tu te comportes comme tel. Tu tues les gens.

- Et toi, tu n'as jamais tué personne, Videl Satan ? demanda-t-il avec impatience, en s'acharnant sur le nœud qu'il ne trouvait pas assez ferme.

- Jamais.

- T'en es bien sûre ? Réfléchis bien à toutes les opérations de sabotages hasardeuses que tu as menées ces dernières années, souffla-t-il à son oreille, en tirant une dernière fois vigoureusement sur le lien.

Elle se retourna vers lui avec colère.

- En plus, je dois te dire que, même si tu n'étais pas revenue, je ne l'aurai pas tué ton copain, reprit-il.

Elle ouvrit la bouche mais ne aucun son n'en sortit. Disait-il la vérité ou essayait-il seulement de la désarçonner ?

- Si j'étais un assassin sanguinaire, il y aurait longtemps que tu ne serais plus de ce monde, tu peux me croire, ajouta-t-il, comme pour répondre à sa question.

Sous le coup de la frustration, elle essaya de lui décocher un coup de pied vigoureux qui ne réussit qu'à déstabiliser son équilibre. Il la rattrapa par l'épaule et la remit debout.

- Tu te fies trop à tes préjugés, Videl. Mais je te jure que la prochaine fois que t'essaye de me fausser compagnie, tu prendras une dérouillée dont tu te souviendras longtemps, conclut-il.

Il la chargea sur son épaule comme un sac et prit son envol, en commençant à réfléchir à une cachette plus fiable.