Coucou? Il y a quelqu'un?
MERCI à celles qui suivent mon histoire !
(Il y en a au moins 3 :))
J'espère que ce chapitre vous plaira.
Je sais que c'est un peu "spécial" de ne pas voir Bella avec Edward mais croyez-moi, c'est pour la bonne cause!
Bonne lecture
oOoOo
La seconde de surprise passée, le regard d'Edward devient plus dur. J'y lis sa sidération coléreuse de me voir là et de ne pas en comprendre la raison.
Jasper est tout près et prend mon bras doucement.
- Isabella ? Vous allez bien ?
Je suis étonnée de sa question autant que de son touché.
- Je... oui...
Je suis troublée, je ne trouve pas les mots.
- Vous êtes gelée, ne voulez-vous pas entrer ?
Mes yeux se portent sur Edward dans l'embrasure de la porte. Une flopée d'indices m'indique qu'il est fou de rage, ses poings serrés, sa bouche figée en une mince ligne, ses yeux brillants de fureur, la façon droite dont il se tient.
Je recule d'un pas.
- Non, je ne veux pas.
Ma réponse est des plus spontanée. Jasper se tourne vers Edward. Je ne connais pas la teneur de leur échange silencieux mais il semble se calmer, du moins un peu.
- Marchons voulez-vous ?
Chacune de ses questions en amène d'autres. Pourquoi marcher ? Je ne peux pas, je dois voir Esmé et Carlisle.
Pourtant contre toute raison logique j'accepte.
La main de Jasper sur mon bras se raffermit et il me conduit vers le parc, à l'arrière de la maison. Edward ne suit pas, je ne sais pas comment mais j'avais compris qu'il resterait.
Nous avançons ainsi au hasard.
Le soleil n'est pas encore tout à fait levé. Quelques rayons rosissent l'horizon derrière les arbres majestueux colorés de rouge, d'ocre et de jaune. La rosée sur l'herbe joue avec les premières lueurs de l'aube. Le paysage est époustouflant mais pas suffisant pour me calmer.
Ma tête bouillonne mais Jasper et sa douceur naturelle apaise mes membres à défaut de ma raison.
- Que se passe-t-il Isabella ? Quelle est la raison de votre levée si matinale et de votre anxiété ?
Pourrais-je me confier à Jasper ? Le devrai-je ? Avant même d'avoir parlé à Esmé ?
Il faut croire que oui. Ma conscience a besoin d'être libérée et Jasper a déjà gagné ma confiance.
- Je vais partir Jasper.
Il n'a aucune réaction. Son attitude est constante. Je ne m'y attends pas et je ne sais plus comment me comporter.
Au bout d'un silence interminable, Jasper reprend, s'apercevant sans doute que je n'ajouterai rien.
- Pourquoi partir ?
Je mets en ordre mes pensées pour créer une réponse la plus cohérente possible.
- Je suis oppressée par cette maison. La présence de mes parents y est trop prégnante. Je dois tout mettre en œuvre pour guérir, pour au moins aller un peu mieux.
- Rien ne presse Isabella. Vous avez le droit de souffrir, vous avez le droit de prendre le temps dont vous avez besoin pour remonter la pente. Personne ne vous en veut, personne ne vous juge ici.
Il a tort, Edward m'en veut.
- J'étouffe Jasper. Ma poitrine est compressée par une douleur immuable. Quoiqu'il advienne, quels que soient les soins qu'Esmé me prodigue, elle reste là. Je dois tenter de m'en débarrasser.
- Justement, ici vous êtes entourée, on s'occupe de vous. Pourquoi vouloir quitter ce confort ?
- Je n'éprouve aucun confort. Esmé ne se laisse pas aller à la mélancolie parce que je suis là et qu'elle ne veut pas m'accabler. Carlisle essaie de faire de même mais il ne peut pas cacher son apitoiement. Et cette maison, tous ces objets qu'ils ont utilisé, toutes ces pièces dans lesquelles je les vois encore. Je n'en peux plus, je vais devenir folle.
- J'entends votre angoisse. Mais Edward ? Savez-vous qu'il s'inquiète pour vous ?
Heureusement que j'ai entendu leur conversation, cette seule phrase aurait pu me faire changer d'avis.
- Edward a peur pour Esmé. Il a peur que je l'attriste encore plus.
- Vous vous trompez. Edward se soucie de vous.
- Alors il s'en cache et le déguise même. Je ne supporte plus sa proximité. Je suis trop vulnérable pour contrer ses attaques.
- Il est...maladroit.
Jasper baisse la tête en un signe que je juge être un léger désarroi.
- Si je pars, Edward n'aura plus de soucis à se faire. Il sera libéré de ce fardeau, dis-je ironiquement.
Nous déambulons encore de quelques mètres avant que la question que je redoute le plus ne tombe.
- Où comptez-vous partir ?
- Je ne souhaite pas en parler, mais certainement à l'étranger.
- Serez-vous accompagnée ?
Je hoche la tête mais me tais. Jasper comprend.
- Je suppose que je ne peux pas connaître son identité.
- En effet.
- Je le connais ?
Il se doute qu'il s'agit d'un homme. Il est très perspicace.
- Non, c'est un ami de mes parents.
Je veux le rassurer sans en dire trop. Je sens sa sollicitude, elle me réconforte mais plus notre bavardage s'étire, plus ma décision me paraît la plus juste.
- Sachez que vous allez me manquer. Alice se faisait une joie de vous connaitre. Elle a vu en vous une amie, elle pense que vous vous ressemblez.
- Je suis désolée, moi aussi je l'ai trouvé charmante et enjouée.
- Elle l'est.
Jasper est perdu dans ses pensées dont je n'entrevois pas la teneur.
Le soleil se lève à peine et avec lui l'angoisse dans mon ventre. Il est temps d'informer Esmé et Carlisle de mes projets.
- Merci Jasper. Merci pour votre dévouement. J'enverrai des nouvelles, Edward vous tiendra au courant.
Il s'arrête et me regarde bien en face. Ses pupilles bleues sont intenses et pendant une seconde je sens ma volonté s'effriter.
- Prenez soin de vous Isabella. Vous êtes une personne exceptionnelle, ne laissez personne vous dire jamais le contraire.
L'émotion à son comble, je regarde mes pieds. Son doigt vient lever mon menton.
- Vous pouvez être fière de vous.
Alors je le remercie, sans laisser une seule larme couler.
Jasper m'escorte jusqu'à la porte d'entrée. Il me salue simplement et s'en va.
La main sur la poignée, j'attends de ne plus entendre ses pas sur le gravier, comme une enfant qui compte jusqu'à trois avant de se lancer.
Je respire une grande bouffée d'air et entre.
Je gagne la cuisine directement. Elle est vide.
Je m'attable et j'attends. Je ne vois pas quoi faire d'autre, je ne sais même pas préparer le café.
Mon ventre gargouille, sûrement alléché par les effluves de pain.
J'entends des pas dans le couloir. Je les reconnais sans l'ombre d'un doute. Edward approche, je soupire longuement. Je ne pensais pas le croiser en premier. Il est vrai que je ne connais pas leurs habitudes mais je n'imaginais pas qu'il prenait le petit-déjeuner avec ses parents.
Je ne bouge pas lorsqu'il entre. Il n'hésite pas, il passe dans mon dos pour préparer du café. Le bruit d'ustensiles métalliques résonne et je garde les mains jointes entre mes cuisses, la tête basse, comme si je me cachais.
Quelques minutes plus tard, il pose devant moi une tasse de thé fumante et une assiette dans laquelle se trouvent deux tartines avec de la confiture de fraise. Esmé l'a faite cet été, je sais qu'elle est délicieuse.
Il s'assoit.
- Bonjour Bella.
Son ton est détendu, sûrement dû à la fatigue. Il me laisse perplexe, je n'y perçois pas la rancœur habituelle. Il ne me regarde pas.
Il nous accorde une trêve.
- Bonjour, chuchote-je.
Il mord dans un de ses toasts et boit une gorgée de café.
- Mange, m'intime-t-il.
Sa remarque est plus un conseil qu'un ordre.
Ma faim s'attise avec les odeurs de thé et de confiture.
J'entame ma boisson et croque une petite bouchée de tartine.
Je sens mon corps se détendre et se réchauffer.
Nous mangeons face à face sans nous regarder, sans exprimer un seul mot. L'originalité de la situation ne me pèse pas, ni à lui apparemment.
Quelqu'un arrive depuis le couloir alors que je termine à peine mon repas. Avant qu'on ne rentre, je murmure un « merci » à Edward. A ce moment-là, nos yeux s'attachent.
Je ne sais pas déchiffrer son expression. Il me semble à la fois satisfait et apaisé. Aucun sentiment négatif ne l'anime. Je suis soulagée mais toujours déstabilisée.
Esmé pénètre dans la pièce la première, immédiatement suivie par Carlisle. Spontanément je lève les yeux sur elle.
Elle s'arrête une minute, surprise, voire terrifiée, puis égale à elle-même, elle sourit.
Elle me prend dans ses bras et je ressens son émotion. Elle m'oppresse.
Carlisle s'approche et pose sa main sur mon épaule.
- Je suis heureux de te voir parmi nous.
La lueur de pitié de ses iris ne m'échappe pas.
Je suffoque intérieurement. Je ne laisse transparaître aucun sentiment.
Mon cœur se pince. Ils espèrent en me voyant que je commence à aller mieux, que je remonte la pente. Je dois m'armer de courage, la désillusion va être dure.
Edward passe une main dans ses cheveux, signe que la nervosité le gagne. Comme s'il savait que la suite des événements n'allait pas lui plaire, comme s'il lisait en moi malgré l'acharnement que je mets à dissimuler mes pensées.
Esmé et Carlisle prennent place près de nous, Esmé à ma droite, Carlisle à la gauche d'Edward.
- Je dois vous annoncer quelque chose.
L'ambiance se tend, devient pesante. Trois paires d'yeux sont rivés sur moi. Je retiens mon souffle.
Je ne me laisse pas de répit, je ne peux pas leur laisser croire à une bonne nouvelle alors que je sais que je vais briser le cœur d'Esmé.
- Je vais partir.
Les interrogations silencieuses alourdissent encore l'atmosphère. J'attends, le regard fuyant, que les questions pleuvent.
Mais... rien ne vient et je commence à angoisser.
La jambe d'Edward tressaute, Esmé a posé sa main sur son front et Carlisle reste de marbre.
Du temps, ils ont besoin de temps pour digérer la nouvelle, je ne dois pas me presser.
Carlisle est le premier à parler.
- Le climat économique n'est pas propice aux voyages.
Je le reconnais bien là. Le côté pratique est primordial.
Je n'ouvre pas la bouche. J'attends la réaction d'Esmé.
- Où comptes-tu aller ? Continu-t-il.
- A l'étranger.
Je ne sais pas du tout où je vais mais je serai avec Gabriel, en sécurité.
- Évite le sud et l'Europe. Tu ne vas tout de même pas aller en Amérique ?
L'idée est alléchante.
- Je ne sais pas encore, mais où que j'aille, j'enverrai des lettres régulièrement.
- Bella je... Isabella... Nous avons la charge de prendre soin de toi, nous l'avons promis à tes parents. Je ne peux pas accepter de te laisser partir ainsi, sans destination !
Carlisle commence à perdre son sang-froid.
- Vous savez que mes parents voulaient que je sois épanouie et ouverte sur le monde. J'ai déjà beaucoup voyagé. En plus...
Je laisse glisser les secondes. Je ne voulais pas en venir là mais j'aurais dû mieux préparer mon discours. A court d'argument, je choisis la facilité, même si elle est blessante.
- ...je ne vous demande pas l'autorisation. Je viens vous prévenir que je pars, pour une destination indéterminée et une durée indéterminée.
Carlisle reste effaré. Sans le voir, je sens son regard lourd de reproches sur moi.
Esmé prend mon bras pour me forcer à lui faire face. Son geste est doux mais ferme.
- Bella, ce n'est pas sérieux...
Non ça ne l'est pas et je m'en moque. Je préfère même ne pas être sérieuse, après tout j'ai l'âge de ce genre de comportement, spontané et peu réfléchi.
- Tu ne peux pas partir seule comme ça, sans savoir où tu vas. C'est de la folie.
Sa voix tremble et je m'en veux aussitôt de lui infliger cette conversation.
- Esmé, je ne suis pas seule.
Sa main lache mon épaule comme si elle s'était brûlée.
- Qui t'accompagne ?
- Vous ne le connaissez pas.
A cet instant précis, j'ai une furieuse envie de voir la réaction d'Edward. Je suis puérile et rancunière. Je n'ai pas oublié sa pique face à Rosalie au sujet de mes amis inexistants.
- Où l'as-tu rencontré ? Tu ne quittes pas ta chambre.
Elle a raison effectivement. Il est hors de question que je prenne le risque de mentir et d'être découverte par Edward, alors je me tais et je baisse la tête. Signe qui, je l'espère, lui signifiera que je ne répondrais pas.
Esmé s'affale un peu plus sur sa chaise et soupire lourdement.
Le silence reprend possession des lieux. Je suis calme, je pense que le plus dur est passé. Je n'assisterai pas au reste, les sanglots d'Esmé, le désœuvrement de Carlisle, la colère d'Edward.
- Quand pars-tu ? Chuchote Esmé comme une fatalité.
- Demain à l'aube.
- Demain ?
Sa voix monte dans les aigus.
J'avais peut-être tort, peut-être que le pire reste à venir.
- Enfin Bella réveille-toi tu ne peux pas partir si tôt avec un inconnu !
- Ce n'est pas un inconnu.
- Alors qui est-ce ? Je dois bien le connaître!
- Non, vous ne le connaissez pas.
- Mais qui est-il pour t'avoir ensorcelé de cette façon ?
Ensorcelé ? Ce mot résonne en moi comme une possibilité. Alors je préfère vivre ensorcelée et ravie que lucide et malheureuse.
Elle serre mes épaules et m'oblige à lui faire face.
- Bella, tu es une jeune femme fragile et déboussolée, ne te laisse pas influencer par je-ne-sais quel homme survenu de je-ne-sais où. Ici tu es entourée, choyée, nous pouvons te protéger. Si tu es loin, nous ne pourrons rien pour toi.
- Justement Esmé !
Jusque-là, mon ton est resté égal, mon attitude nonchalante. Mais je n'y arrive plus, la mascarade à assez duré. La guerre fait rage en moi, je bouillonne, tout ce ressentiment doit sortir.
Je me maudirais un long moment qu'il aie jailli ainsi sur Esmé.
- Je n'en peux plus de toute votre sollicitude. Je ne la supporte plus. Je ne supporte plus ces plateaux repas, je ne supporte plus votre commisération, je ne supporte plus ces meubles, cette maison, ce parc, cette ville ! Je n'en peux plus de me taire et de jouer à Bella. Je ne suis plus cette enfant que vous connaissiez. Aujourd'hui je suis une femme, je suis seule décisionnaire et je compte bien définir mon existence comme bon me semble.
Je crie, je suis ravagée par mes sentiments, ma colère de moi-même. A cet instant je me hais, je voudrais disparaître.
Un haut le cœur soulève ma poitrine, je sors en courant vers les cabinets de toilette.
Je vomis les tartines fraîchement ingurgitées. Je ne me tiens plus, je ne suis que larmes. J'ai envie de taper ma tête contre les murs, de sortir de mon corps.
Je reste là longtemps, allongée sur le sol froid, incapable d'amorcer le moindre mouvement.
Puis petit à petit, je reprends contenance. Je suis épuisée mais je dois faire bonne figure.
A ma sortie des toilettes, Edward m'attend. La peur me tenaille. Je ne supporterai pas le moindre reproche de sa part, je n'aurais pas le cran de l'affronter.
Je reste pétrifiée contre le mur tandis qu'il approche.
- Bella, est-ce que tout va bien ?
Je suis étonnée, sa voix est douce. Il ne paraît pas feindre de s'inquiéter de moi, il ne paraît pas non plus se tourmenter.
- Veux-tu un thé ? Il en reste.
Je hoche la tête.
- Installe-toi dans le petit salon.
Toujours perturbée, je ne sais pas vraiment où m'asseoir, quand mes yeux tombent sur le piano.
Je prends place sur le tabouret. Mes mains se posent sur les touches sans appuyer.
Je jette un œil sur les partitions et je souris bien malgré moi. Il s'agit de la suite Bergamasque. J'ai passé des heures à m'entraîner sur cette partition, seule ou avec Edward.
Dire que je la maîtrise serait prétentieux mais j'aime la jouer plus que toute autre.
Alors, comme si mes gestes dictaient ma conduite sans l'accord de mon cerveau, les notes écrites par Claude Debussy résonnent dans le petit salon.
Concentrée sur le jeu, je laisse mes émotions guider mes doigts. Je me sens légère comme jamais.
La page se termine et Edward vient la tourner.
Il reste près de moi et sa présence, pour une fois, réchauffe mon cœur.
Il sait exactement les passages que je connais par cœur, ceux qui me posent le plus de difficulté, ceux que j'apprécie.
La musique est l'unique chose que nous partageons encore, le seul lien qui nous unisse encore.
Lorsque j'ai fini, Edward me sers un sourire, un vrai, un de ceux qu'il ne m'avait plus adressé depuis longtemps.
- Tu l'as rarement joué aussi bien.
Il me complimente, je dois rêver. Au lieu de ça je me méfie. Il cherche peut-être à m'amadouer pour que je change d'avis.
- Bois ton thé, il va être froid.
Il me montre la table basse d'un signe de tête. Je m'installe sur le fauteuil, lui en face de moi.
- Je ne veux pas te faire revenir sur ta décision Bella. Je crois que tu as raison. Tu es parfaitement capable de prendre soin de toi ou de te prendre d'amitié pour quelqu'un qui le fera.
Il semble fatigué, ses yeux sont marqués, son dos voûté. Les coudes sur ses genoux, il paraît fragile. Une idée grotesque quand on connaît Edward comme je le connais.
- Mais ?
- Mais...peut-être devrais-tu prendre le temps de réfléchir. Où veux-tu réellement partir ? Combien de temps ?
Je ne suis pas étonnée. Peut-être est-ce même Esmé qui l'a mandaté pour me sermonner.
- Dis-moi Edward.
Mes yeux sont dans les siens, j'ai toute son attention.
- Pourquoi donc devrai-je attendre ? Donne-moi une seule bonne raison.
J'insiste lourdement sur le mot « bonne » parce qu'aucune de celles qu'il vient de citer ne m'arrêtera.
Ma question est cachée, officieusement j'attends qu'il se déclare, qu'il me donne envie de rester.
Je lui tends une perche, je vérifie ainsi la théorie de Jasper même si je sais pertinemment qu'il ne la prendra pas.
Nous nous toisons. Nos regards se font durs, comme une guerre. Chaque discussion avec Edward devient toujours une confrontation, je devrais être habituée. Au contraire, aujourd'hui je suis lassée. Le jeu me semble puéril et sans intérêt.
- Pour laisser le temps à Esmé de se faire à l'idée. Pour connaître cet homme un peu mieux que tu ne le connais aujourd'hui. Pour être tout à fait sûre de toi.
Il ne me convainc pas, il me dépite.
- J'aime Esmé de tout mon cœur...
- Alors si tu l'aimes reste un peu plus. Un mois, je ne te demande qu'un mois. D'ici là, ta décision sera plus mûre.
- Ma décision l'est déjà, un mois est bien trop long.
- Quinze jours. Je te donnerai des cours de piano tous les jours.
Ma réflexion est troublée par son attitude implorante. Une partie de moi me dit qu'il peut bien aller au diable et que ma présence ne sera regrettée de personne, tandis que l'autre, plus infime mais plus prégnante, me suggère de lui faire confiance et d'adhérer à son jugement.
- Tu n'as pas besoin de jouer au « gentil » Edward avec moi. Ça te va très mal.
Son regard noircit dans la seconde.
- Je ne resterai pas une minute de plus. Je serais partie demain, plus rien ne me retient.
Le ton de ma voix est plus abattu que prévu. Je m'en moque. Il ne peut rien me demander. J'estime avoir bien assez donné de ma personne.
Quant à moi, je n'ai plus aucun espoir ni aucune crainte.
Je sors sans qu'il ne me retienne. Je ne m'attendais pas à ce qu'il e fasse mais j'en suis déçue.
Je remonte dans ma chambre, mes membres lourds.
Je n'ai pas la force de préparer mes bagages encore. J'hésite à appeler Gabriel, et puis je préfère rester seule.
Je lui en veux. Il rend tout tellement difficile. Il n'a plus de place dans ma vie. Je vais l'oublier et cette idée ne m'attriste plus.
Je m'allonge sur le lit et m'endors, accablée par la scène que je viens de vivre.
Lorsque j'ouvre les yeux, Gabriel est allongé près de moi.
Ses doigts légers caressent mon dos. Un sentiment de bien-être m'emplit de la tête aux tripes. De délicieux frissons suivent son mouvement. Je ferme les paupières et me laisse envahir. Il joue avec mes nerfs en accentuant ses caresses ou à l'inverse en les rendant plus douces qu'une plume.
Mes reins bougent d'eux-mêmes contre le matelas quand sa main vient effleurer ma fesse. Je lâche un soupir roque. Sa câlinerie s'intensifie. Mes cuisses s'écartent, muées par son contact.
Avec une lenteur démesurée, sa main remonte sur ma joue et approche mon visage vers le sien.
Ses yeux sont profonds, les miens implorants. J'ai besoin de lui. Je sais d'instinct qu'il peut soulager ma misère, même si je ne sais pas vraiment comment.
Ses lèvres se posent sur les miennes. Plus de timidité ou de retenue dans ce baiser. Il a envie de moi et me le fait savoir.
Sa langue s'insinue à la rencontre de la mienne. Un gémissement m'échappe. Ce baiser ne ressemble en rien aux autres. Gabriel s'abandonne.
Je me laisse guider par la danse.
Il se déplace sur moi et je frémis quand son torse froid entre en contact avec mes seins en feu.
Sa bouche embrasse mon cou et je pars. Je ne refrène plus rien, ni mes mouvements, ni mes plaintes. Il pose sa main sur mes lèvres pour m'intimer d'être discrète, j'obéis, docile.
Son visage descend vers mes seins tendus et révélés par mon chemisier entrouvert. Il défait quelques boutons délicatement avant de prendre mon mamelon en bouche. Le cri que je lance est impudique mais je ne peux pas me contenir. J'ai besoin de ça, j'ai besoin de sortir de mon corps, de ma peine et de me réfugier dans son univers de plaisir.
La sensualité qui se dégage de cet homme est parfaitement indécente et presque intolérable. Le traitement qu'il inflige à ma poitrine me remplit de passion. Je veux plus. Mon sexe me brûle. Je ne cesse de me frotter contre son bassin sur lequel je sens une protubérance si excitante.
- Encore, je murmure.
Il ne s'est pas arrêté mais je ne sais pas bien comment lui demander de me soulager de n'importe quelle façon.
Je suis novice en la matière mais pas non plus ignorante, ceci dit, il choisit un procédé qui m'est totalement étranger.
Il se débarrasse de ma jupe. Sa langue glisse sur mon ventre et mes hanches viennent d'elles-mêmes à sa rencontre.
Lorsqu'elle touche le tissu de ma culotte, mes membres s'électrisent. Je mords ma lèvre pour ne pas être bruyante.
Quand sa bouche rencontre ma peau, je ne sais plus qui je suis, je ne reconnais plus les sensations qui envahissent mon corps. Il soulève mes genoux pour mieux pénétrer mon antre avec sa langue. Son ardeur est folle, je bascule.
Soudain, des milliers d'étoiles brillent sous mes yeux clos, mon corps entier palpite au rythme de mon cœur saccadé. J'ai l'impression de voler, d'avoir touché le firmament.
Lorsque la chaleur se fait moins brûlante dans mes membres, mes paupières se lèvent sur le visage plus beau encore, si c'est possible, de Gabriel.
Il ne sourit pas, son regard est ténébreux, plus que d'habitude. Ses yeux sont fixés sur mon menton. Je lève la main pour tâter ce qui ne va pas mais il l'immobilise.
Alors, il avance vers moi et ferme les yeux avant de lécher mon menton jusqu'à ma bouche. Un grognement sourd s'échappe de sa gorge. Il suçote ma lèvre et mon ventre pétille à nouveau. Mon désir revient face à la sensualité qu'il a mis à laper mon sang et le plaisir qu'il y a trouvé.
Le geste est tendre, doux et je sens qu'il est satisfait. J'ai dû me fendre la lèvre en me mordant et visiblement ces quelques gouttes l'ont repu.
Son regard est inquiet mais il lit dans le mien que je ne suis pas choquée.
Il sourit et je fais la première chose dont j'ai envie à ce moment-là, je l'embrasse avec précaution, pour le remercier.
Je comprends maintenant mon insistance, mon envie de Gabriel. Il est l'être le plus voluptueux, doux et attirant que je n'ai jamais connu.
Je suis indubitablement charmée.
Mon voyage est une bonne chose, j'en suis persuadée.
Gabriel même si je le connais peu, prendra soin de moi. Et si ce n'est pas le cas, je ne suis pas effrayée. Il peut bien faire de moi ce qu'il voudra.
Je ne peux pas prévoir les agissements de James mais je n'ai aucune peur.
La peur m'a quittée.
Je n'ai plus rien à perdre.
