Désolée pour le retard. C'est trop chaud de reprendre le rythme... J'en ai déjà marre de la terminale S, mais avec le BAC au bout j'ai pas le droit de décrocher.
Je tâcherai de vous faire moins attendre par la suite.
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Sixième saveur
Il y a le crépuscule, les rayons du soleil qui inondent de moins en moins la chambre, les draps d'hôtel blanc crémeux dont je ne sais plus reconnaître la douceur, les sofas disposés autour d'une table basse, vers la télévision que je n'allume plus depuis que j'ai ses bras pour combler mon vide. Il y a tous les airs qui chantonnent dans ma tête, mes pieds posés sur la table basse, mon corps abandonné au fauteuil dans lequel je disparais.
Il y a la fenêtre ouverte et, accrochée au bord du balcon, sa silhouette gracile, fragile comme de l'eau, qui aurait pu croire qu'un jour je parviendrais à la saisir, cette chair, ce cou arqué vers le vent qui s'enfuit et qui ne nous emportera malheureusement jamais, qui aurait pu penser que toutes les respirations de cet être à demi humain puissent-être miennes, entièrement miennes ? Il y a la courbe de ses hanches, qui n'oublie pas qu'il est un homme, même si ses traits feraient pâlir la plus belle des femmes. Il y a ses poignets, libres, et ses mains sur le rebord, le bruit des bourrasques et le léger murmure qui s'échappe de ses lèvres, légère chanson abandonnée à un autre monde.
Il y a mes bras qui l'enserrent alors que je l'ai rejoint au dehors, il y a la quiétude d'une soirée, d'une nuit qui va endormir les vivants, il y a son soupir frissonnant quand mes paumes froides se posent sur la tendresse de sa peau qui me donne envie de l'embrasser et ma bouche qui se dépose sur son épaule partiellement dénudée par le t-shirt qu'il m'a emprunté.
Il y a le claquement de la porte fenêtre quand nos deux corps enlacés et voraces se dirigent vers le lit en se débarrassant fébrilement de nos vêtements, il y a notre insatisfaction grandissante, il y a l'envie jamais rassasiée que j'ai de lui, sa langue, son dos, son corps, son âme, son cœur qui bat si vite, ou peut-être est-ce le mien, je ne sais plus, il y a notre oubli de tout ce qui n'est pas nous et cela pourrait être parfait.
…
Oh putain c'est vrai, cela aurait pu être parfait, bordel, oui je jure, laissez-moi jurer, qu'est-ce que ça peut bien vous faire ? C'était comme un rêve, ça en avait la saveur, ça en avait l'apparence, je ne ressentais rien à part lui, lui et encore lui, tout aurait pu durer encore, on ne faisait rien de mal, merde, on s'aimait, on s'aimait, on s'aimait, on s'aimait…
Et il a fallu que tout explose.
Il était sur moi, assis à califourchon sur mon bassin, la tête penchée en arrière et les traits tirés dans une expression que j'aurais voulu pouvoir garder pour moi seul comme le plus magnifique des trésors, les mains enlacées aux miennes comme le dernier rempart à la folie de notre étreinte. Il était sur moi, dans notre microcosme qui n'avait besoin de personne, quand l'éclair a surgi de nulle part, alors que le ciel était sans nuage.
Nous avons stoppé tout mouvement, le visage de Bill s'est décomposé, pleurant presque déjà de panique, il s'est retourné et m'a expulsé de lui, il s'est levé et a couru comme un fou vers la fenêtre, accrochant un drap autour de lui dans le même mouvement et, atteignant le verre traître, il s'est effondré au sol, déversant ses sanglots et ses paroles désespérés dans l'air que je n'arrivais d'ors et déjà plus à respirer.
- Tom, Tom mon amour, c'est la fin, c'est la fin pour nous, mon dieu, qu'est-ce qu'on peut faire, Tom, je t'aime, hein ? Pour toujours, mon amour, pour toujours, pour toujours. Il est parti, ce connard, il est parti mais je l'ai vu, il a la preuve la plus irréfutable de notre soi disant péché, mon amour, c'est fini, ça va être l'enfer à présent, comment ça pourrait en être autrement ? C'est fini, je le sais, toi aussi, pas vrai ? C'est fini, on va devoir tous les affronter en même temps, c'est fini, Tokio Hotel, c'est fini, les concerts, la musique, c'est fini, notre histoire hors du temps, hors du monde, c'est fini, c'est le dernier jour, mon dieu que c'est morbide mais cette chanson me revient, c'est le dernier jour…
- Ne le dis pas encore, Bill, ne le dis pas encore…
- Tom…
- Alors je ne mourrais pas encore.
- Tom, je meurs déjà.
- …
- Je t'aime, Bill.
- Tais-toi, bon sang, tais-toi…
Il pleurait contre la moquette stupide de cette chambre d'hôtel affreuse, comme un enfant, tout sauf innocent, et moi je ne pouvais plus bouger. Il était par terre et moi, incapable de l'y rejoindre, je restais là comme le con que j'étais, lâche, alors que lui pleurait toutes les larmes que j'aurais dû verser. Je me suis roulé en boule, prenant ma tête entre mes mains, ne sachant comment maîtriser les spasmes d'hystérie qui me traversaient.
C'était fini, c'était fini, et l'abîme s'ouvrait sous mes pieds.
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