Hello !

Et oui, I'm back ! Il était temps, mais il me fallait bien ça pour vous concoctez un chapitre digne de ce nom !

Avant tout, encore merci à ma bêta d'amour Mockngjay, mon 2e moi sur la toile, qui ne cesse de me motiver pour que j'écrive encore et toujours, même quand j'ai la flemme, avec de jolis photos et de jolis chantages ! *hugs, love and affection !*

Merci aussi à vous qui me lisez sans cesse plus nombreux et qui me laissez ou non des reviews ! Un énorme merci aux anonymes :

Lauriane : je te remercie, ce que tu me dis me touche beaucoup, j'espère que la suite te plaira tout autant ! ;)

Cam 5445 : j'espère que tu n'es pas complètement morte car voici la suite ! ^^ mais merci beaucoup !

LilyRose : Contente de te voir de retour... Et avec de si gentilles paroles ! :) Merci infiniment !

Je crois que je n'ai oublié personne, sur ce, je vous laisse avec cette suite qui, j'espère vous plaira. A très vite !

Peetniss.


Finalement, les jours passent et je commence doucement à avoir mes marques dans ce nouveau boulot de serveuse. L'ambiance au bar est assez bonne, même si parfois, quand je me retrouve seule avec Peeta, je ne me sens jamais parfaitement à l'aise, toujours en attente de quelque chose, un quelque chose qui ne vient jamais. Peeta est toujours aussi gentil avec moi, il n'a pas changé, il ne tente juste plus d'enlacer mes mains ou de s'emparer de ma bouche, maintenant, il se comporte en… ami. Je me surprends encore (trop) souvent à le regarder du coin de l'œil, à épier à qui il parle, à divaguer sur certaines parties de son corps auxquelles je ne devrais prêter aucune attention en tant qu'amie – non, mais avec des bras pareils, je ne peux que m'extasier ! -, je ne sais pas s'il a remarqué mes nombreuses divagations, je croise les doigts que non. Par contre, Finnick, lui, l'a bien remarqué, néanmoins, il a la gentillesse de ne rien dire. Il se contente de m'adresser des sourires en coin quand il me surprend dans mes contemplations.

Le temps s'est encore refroidi et les premiers flocons sont arrivés. J'adore cette atmosphère piquante et ce froid vif, pourtant, j'ai toujours un pincement au cœur quand je vois la neige arriver parce que cela me rappelle la joie de Prim quand elle était enfant et qu'elle courait dans le jardin accueillir les premières neiges.

Je suis en pleine contemplation de ce spectacle devant l'une des fenêtres du bar quand Peeta arrive par surprise derrière moi.

_ J'adore quand il commence à neiger, me dit-il en se plaçant à côté de moi.

Je sursaute et me tourne vers lui en passant nerveusement mon torchon entre mes doigts. Il tapote son plateau contre ses cuisses et croise mon regard. Mon cœur tambourine toujours autant quand il se trouve si près de moi.

_ Cette année, elle est précoce, j'observe. On est que fin Novembre.

_ Pas tant que ça, c'est bientôt Thanksgiving, ce n'est pas inhabituel ici de le fêter sous la neige.

_ Mmhhh…

J'hausse les épaules et tourne de nouveau mon regard vers l'extérieur. Ce ne sont que quelques flocons, ce n'est pas non plus la tempête. Je décide de continuer à essuyer ma table tandis que Peeta s'éclaircit la gorge.

_ D'ailleurs… tu fais quelque chose pour Thanksgiving ? me demande-t-il tout à coup.

Je me tends et arrête mon geste. Je prends quelques secondes pour encaisser la demande et pour relever la tête afin de croiser son regard toujours aussi déroutant. Il esquisse un demi-sourire et attend, il fait mine d'être tranquille mais je décèle des signes de fébrilité : il se passe une main nerveuse dans les cheveux, sa mâchoire se crispe, son plateau tape un peu plus vite contre ses cuisses.

_ No… Non, j'articule péniblement. Je ne crois pas en fait…

Il pose finalement son plateau sur la table et s'assoit à moitié à califourchon en attendant ma réponse. Son regard perçant me perturbe, je ne sais plus trop où j'en suis ! Je n'arrive pas trop à le soutenir alors j'essaie de regarder ailleurs. Je suis sur le point de remettre une mèche de cheveux derrière mon oreille quand Peeta me devance et le fait pour moi. Je retiens ma respiration et sens le rouge me monter aux joues, je baisse les yeux ne souhaitant pas qu'il remarque à quel point ce contact me perturbe. Peeta reprend ensuite sa position initiale comme si de rien était – comment voulez-vous que je reste maîtresse de moi -même quand il a ce genre de geste envers moi !?- et continue de me fixer, attendant ma réponse, comme si ce petit geste n'était rien, juste un geste un geste anodin de plus, alors qu'il vient de me remuer au plus profond de mes tripes !

_ Alors ? m'encourage-t-il avec un petit mouvement de la tête. Tu fais quelque chose ?

Je rassemble mes doigts et cherche une excuse valable pour ne pas me retrouver en tête à tête lui et sa fille. A vrai dire, je n'ai personne avec qui fêter Thanksgiving, je l'ai toujours fêté avec Gale depuis que Prim est… morte, et maintenant qu'il est parti – non, qu'il m'a largué, c'est différent !-, je pensais fêter mon premier Thanksgiving seule avec de la bouffe chinoise devant les Kardashians à la télé.

_ Je ne… Je dois le fêter avec Johanna, je mens.

Il hausse un sourcil, perplexe.

_ Il y aura ma voisine, m'explique-t-il, Delly. Et puis Finnick et Annie, Haymitch…

Je ressens une drôle de sensation au creux de mon estomac quand il énonce le nom des invités : il n'avait donc pas l'intention de le fêter juste avec moi… il faisait un dîner, je suis juste une invitée de plus sur la liste, et, apparemment, la dernière : celle dont on a pitié en somme alors on se sent obligé de l'inviter. Je fronce les sourcils, ça m'agace tiens ! Il est gonflé, il avait besoin d'un dernier convive pour avoir un nombre pair autour de sa table ? Je sens l'énervement monter en flèche.

_ Viens avec Johanna, termine-t-il. Je vais faire le repas, on va bien se marrer.

Je grimace, vu la façon dont il en parle, ça ne me donne plus du tout envie. La pitié, très peu pour moi…

_ Merci, mais non merci, je tranche froidement. On a d'autres plans.

Peeta hausse un sourcil, étonné. Il penche un peu la tête et frotte ses mains sur ses cuisses. Je suis du regard ce geste en reprenant une grande goulée d'air. J'avale ma salive en relevant la tête quand je l'entends soupirer et qu'il se met à me sonder. Mes poils se hérissent sur mes bras. Son regard change et mon cœur se serre, il a l'air peiné et j'ai soudain envie de me blottir dans mes bras, contre son torse et d'enfuir ma tête dans son t-shirt. Je reporte mes yeux sur la neige qui devient éparse à l'extérieur.

_ Comme tu veux, reprend-t-il la voix un peu moins enjouée. Si tu changes d'avis, vous êtes les bienvenues.

Il me lance une dernière fois un petit regard de chien battu, avant de se remettre sur ses pieds et de repartir vers les clients. Je le regarde s'éloigner tendue, j'ai bien fait, je ne suis pas une fille à qui on fait la charité ! Alors pourquoi je me sens mal à l'aise ? Je reporte mes yeux vers l'extérieur : la neige s'est arrêtée et elle ne tient pas au sol, dommage un paysage blanc ne m'aurait pas déplu.

Plus tard en fin d'après-midi à la fin de mon service, je rejoins Johanna dans un café à côté de l'Université. J'ai toujours un petit pincement au cœur quand je vois tous ces étudiants allés et venir, j'aurais tellement voulu continuer mes études et faire partie de cet univers. Elle m'attend devant la salle en pleine conversation avec Darius. Je grimace et lève les yeux au ciel, moi qui croyais m'en être débarrassé depuis cette fête, le revoilà qui réapparaît. Je les rejoins malgré tout, Darius me sourit quand j'arrive à leur niveau.

_ Salut tout le monde, je fais en me forçant à sourire.

_ Salut pétasse ! me salue ma colocataire. Regarde sur qui je suis tombée en sortant de mon cours de pop-culture ! Darius, LE Darius !

_ Bonjour Katniss, ronronne-t-il en s'emparant une nouvelle fois de ma main et la porte à sa bouche.

Je retire prestement ma main avant qu'elle n'atteigne ses lèvres et lui serre fermement.

_ J'ai appris qu'il n'avait plus eu de nouvelles de toi depuis la dernière fois, m'explique Johanna en me faisant les gros yeux. Pourquoi donc ?

Je ne réponds pas de suite. D'abord, je finis de retirer mon écharpe et ma veste avant de les poser sur ma besace à mes pieds pour ensuite reculer mon tabouret. Si j'avais su que j'allais avoir droit à cet interrogatoire, je serais rentrée directement à la maison. Je les sens tous les deux qui attendent ma réponse.

_ J'ai été très occupée, je soupire. Je n'ai pas eu le temps de le faire…

_ Laisse-moi aller te chercher un café, m'interrompt Darius en se levant tout en me serrant la main sur la table.

Je me tends, ce contact ne dure pas longtemps, heureusement, il s'éloigne presqu'aussi vite. Lasse, je le laisse partir, je n'aime pas trop le café mais au moins, il n'est plus en train de me dévorer du regard alors ça me fait des vacances.

_ Pourquoi il est là lui ! je fais durement à Johanna.

Elle prend son air le plus innocent en portant sa tasse à la bouche.

_ Tu lui manques, que veux-tu ! ricane-t-elle.

_ Je ne veux pas sortir avec lui enfin ! Pourquoi tu veux à tout prix me le coller dans les pa…

_ Catnip ?! nous interrompt quelqu'un dans mon dos.

Je sursaute, cette voix, je ne la connais que trop bien. Je sens mon cœur qui s'accélère, le rouge monter à mes joues et me retourne avec lenteur pour lui faire face

_ Gale… je lâche en croisant le regard de mon ex.

Johanna lâche un grognement à côté de moi et je peux même l'entendre marmonner dans sa tasse un « connard » si je ne m'abuse.

Il s'est laissé pousser la barbe (une horreur, on dirait un ours !) et semble avoir un peu grossi. Une fille l'accompagne, elle semble gênée et se lisse sa jupe sans croiser mon regard. Je les détaille et remarque le bras de Gale enlacé son épaule. J'ai comme une pierre dans l'estomac, une boule dans la gorge.

_ Tu t'es inscrite à la fac finalement ? s'enquiert-il en me dévisageant puis en dévisageant Johanna.

Pas de « tiens ! Salut ! Comment vas-tu depuis que je t'ai foutu à la porte après avoir fait l'amour avec toi ? » J'ai du mal à parler et quelques gargouillis sortent de ma bouche en guise de réponse. Johanna m'interrompt.

_ Sympa la barbe, ça fait très Village People, lâche-t-elle tranquillement.

Gale pose son regard vers elle et fronce les sourcils. Elle tend sa main.

_ Salut, je suis Johanna, je suis la colocataire de Katniss. Et oui, elle s'est inscrite à la fac ! ment-elle effrontément. En quoi ça te concerne ?

Je donne un léger coup de pied à Johanna pour lui faire part de mon mécontentement mais elle ne réagit pas. Gale reste silencieux, ne prenant même pas la peine de nous présenter son « amie ». Me rappelant soudain que je porte toujours sa bague, je m'empresse de fourrer mes mains sous mes cuisses, tendue.

_ C'est ta nouvelle copine je suppose ? interroge Johanna en plissant ses yeux sur la jeune fille. La « remplaçante » ?

Elle accentue le côté dédaigneux de ses paroles en mimant des guillemets. La fille ne dit rien et murmure à Gale.

_ Hmm… On y va ? le supplie-t-elle.

Il l'ignore superbement et ses pupilles se font plus sombres quand il les pose sur moi.

_ Sympa ton amie… me lance-t-il froidement.

_ Sympa ta copine ! je lui rétorque. Elle ne sait pas parler ?

Johanna glousse en portant sa tasse à ses lèvres et me lance un clin d'œil fugace. Je me sens un peu plus à l'aise et me redresse.

_ Et voilà le copain de ton ex ! s'exclame Johanna en montrant Darius d'un signe de la tête.

J'hoquète de surprise, elle va un peu loin là ! Gale se renfrogne encore plus en posant son regard sur Darius qui nous rejoint. Il dévisage tout le monde, perplexe.

_ Darius est le nouveau copain de Katniss, explique tranquillement Johanna. Et elle est très heureuse avec lui !

Darius entre tout de suite dans son jeu, trop content de pouvoir m'enlacer en me tendant ma consommation.

_ Voilà ton café ma chérie, gazouille-t-il en plantant ses lèvres humides sur les miennes.

J'ai un haut le cœur et reste stoïque. Il se colle à moi et met sa main sur ma cuisse.

_ Vraiment ? s'étonne Gale. « Chérie »? Je pensais que les petits surnoms t'horripilaient ?

Il me connaît si bien… Trop bien.

Je ravale mon malaise, me décolle un peu de Darius et l'affronte du regard. Nous restons silencieux en nous dévisageant, je sens la rancœur déborder de partout dans mon corps. Johanna est suspendue à nos lèvres.

_ Oui, « chérie » ! Tu as un problème ?

_ Gale, je t'en supplie, geint sa copine.

Il hausse finalement les épaules et raffermit sa prise autour de la donzelle, comme pour me montrer que lui aussi, il a tourné la page.

_ Oui Madge, on y va, lui souffle-t-il alors dans le cou.

Il veut me rendre jalouse, je le sais… Alors j'essaie d'occulter les différents sentiments qui m'habitent, de les chasser tout au fond de moi !

Il finit par hausser les épaules et commence à s'éloigner.

_ Ça m'a fait plaisir de te revoir Catnip, finit-il par me dire d'une drôle de voix.

_ Pas nous, au plaisir de te faire oublier connard ! lui lance Johanna dans son dos.

Je me détends un peu quand je le perds des yeux dans le café. Darius lui, n'enlève pas sa main de ma cuisse. Je le la lui enlève en soupirant.

_ C'est bon Darius, il est parti ! Tu peux arrêter…

Darius finit par me lâcher et reporte son attention sur son café. Je suis complètement chamboulée par cette rencontre et ne parle plus, ne cessant de penser à Gale, à nous, ce que nous avons vécu. J'entends Johanna et Darius qui discutent mais je ne porte pas attention à ce qu'ils disent. Je ne touche pas au café que m'a ramené mon chevalier servant, j'ai instinctivement porté mes mains autour une fois que Gale est parti mais la tasse est tiède maintenant.

_ Je… Je vais rentrer, je décide soudainement.

_ Oui, bonne idée, rentrons ! acquiesce Johanna. Ce café est peuplé d'abrutis de toute façon !

_ Oh…, pleurniche Darius. Katniss… Je peux te téléphoner pour un rendez-vous ?

Non… Non… NON ! Johanna se lève et enfile son manteau. Le regard suppliant de Darius me fait mal au cœur alors je décide de mettre les choses au clair. Je me lève aussi et me mets face à lui.

_ Darius… je souffle. Tu es gentil et… Je t'aime bien… mais je ne suis pas intéressée par une relation pour le moment.

Darius soupire et hausse les épaules. Johanna me regarde un demi-sourire.

Quelques minutes plus tard, Johanna et moi sortons du café, la nuit est tombée et le vent a forci. Je suis glacée jusqu'à l'os. Elle glisse son bras sous le mien tandis que nous allons vers sa voiture. L'air ambiant sent la neige, je suis certaine qu'il ne va pas tarder à recommencer à neiger.

_ Même avec Peeta ? me glisse soudain Johanna en soufflant sur ses mains pour les réchauffer.

Je sursaute et lui coule un regard en coin, ne comprenant pas trop où elle veut en venir. J'enfonce mes mains dans mes poches pour tenter de me réchauffer.

_ Quoi Peeta ? j'aboie en fronçant les sourcils.

Elle lève ses mains en guise de protection.

_ Du calme chérie, du calme ! Pas besoin de partir direct dans les tours dès que je mentionne le nom de Peeta !

Je serre les lèvres et ne dis rien.

_ Dès que je me mets à parler de Peeta, continue-t-elle en tournant la tête vers moi, tu montes direct au front ! Je ne comprends plus trop là. Tu ne peux pas l'encadrer puis tu vas dormir chez lui. Tu te rapproches de lui avant de le repousser.

Je hausse les épaules et soupire.

_ Peeta et moi nous sommes… embrassés…, je balbutie.

Johanna s'arrête et enlève son bras de sous le mien. Elle me l'agrippe fermement.

_ Quoi !? Où ?! Comment ? s'échauffe-t-elle.

Mais je la calme direct.

_ Doucement, c'était y a quelques semaines, juste après Halloween.

_ Etttttt, roucoule-t-elle.

_ Rien, je lui ai dit la même chose qu'à Darius, je n'ai pas encore envie de tout ça pour le moment.

Je reprends la marche, Johanna me rejoint.

_ Mais c'est pas possible ! râle-t-elle. Pourquoi pas pour le moment ? Tu espères retourner avec ton homme des cavernes là ?

Elle fait un grand geste pour me montrer le café, je ne réponds rien et continue d'avancer.

_ Parce qu'entre les râteaux que tu mets aux gars qui s'intéressent à toi et le fait que tu gardes ta bague, on peut se poser des questions ! m'explique-t-elle tranquillement en s'allumant une clope.

Cette fois-ci, c'est moi qui m'arrête, encaissant ce qu'elle vient de me dire. Je sors mes mains de mes poches et regarde cette bague, mon fardeau. J'ai tourné la page ou j'espère en fait que Gale revienne vers moi ? Bonne question. Je ferme les yeux : je n'ai pas vraiment pensé à Gale depuis des jours, en revanche je pense bien trop souvent à Peeta…

Johanna se plante devant moi au moment où je retire doucement cet anneau de mon doigt, comme pour me libérer de tout ce qu'il a représenté. Johanna s'excite devant moi, elle piétine et m'encourage en tapant dans ses mains. Je garde la bague dans mes mains, le cœur battant : je me sens étrangement « normale » après l'avoir enlevé, j'aurais cru que ça allait me déchirer le cœur et l'âme mais non, au contraire… Je me sens… Libre ?

_ Et maintenant, direction le prêteur sur gages ! s'anime-t-elle en s'emparant de mon bras et me traînant vers sa voiture en galopant.

_ Quoi !? je m'exclame alors qu'elle ouvre la voiture.

Elle me lâche, se dirige vers sa portière et jette sa cigarette avant de tapoter sur le toit de la voiture, le regard brillant. Je ré-enfile à la hâte mon bijou pour plus de sûreté.

_ Nous allons vendre ton caillou trésor !

Elle éclate d'un rire guttural et s'engouffre dans la voiture. Je pourrais ne pas monter et rentrer à la maison à pieds afin de ne pas la suivre dans ses expéditions stupides, néanmoins, je monte à mon tour, une certaine excitation coulant dans mes veines.

Johanna m'emmène dans un quartier beaucoup moins engageant que ceux que j'ai l'habitude de côtoyer. Des grappes de personnes traînent devant les entrées d'immeuble, quelques ordures polluent le trottoir et des graffitis ornent la plupart des façades d'immeuble. Et, plus important, ici, il y a des grilles sur les vitrines des quelques commerces qui sont encore ouverts. La nuit est bien là et les lampadaires n'éclairent pas autant que je ne le voudrais ce quartier. Quand elle se gare, j'hésite à sortir. Je ne viens pas forcément d'un environnement huppé, et même si j'ai grandi dans un quartier plutôt pauvre, jamais il ne s'est délabré à ce point et ne serait devenu aussi glauque.

_ C'est quoi ce coupe-gorge ? je m'inquiète. Tu veux qu'on me la vole en fait ma bague ?

Johanna coupe le contact et tourne sa tête vers moi. Elle arbore de nouveau son air énigmatique.

_ Tu as peur Everdeen ? sous-entend-t-elle d'une voix grave.

Je hausse les sourcils et resserre ma gibecière contre ma poitrine. J'imite Johanna quand elle ouvre sa portière, de nouveau j'ai la sensation que la neige ne va tarder, il règne dans l'air cette odeur particulière. Johanna me prend par l'épaule et m'indique le chemin à suivre, plusieurs fois les silhouettes qui traînent devant les halls d'immeuble la saluent, et elle leur répond en retour : décidément, ma colocataire est pleine de surprise ! Nous nous arrêtons devant une gargote aux vitres sales et aux luminaires qui grésillent : dans la vitrine un bric-à-brac indéfinissable est exposé. Johanna me précède dans la boutique, j'avale ma salive en la suivant. Un vieil homme aux cheveux blancs est derrière son comptoir -affalé je dirais- et regarde la télé sur le mur, il bâille contentieusement en nous voyant entrer.

_ Comment tu connais cette endroit ? je murmure à Johanna.

_ T'occupes, me rabroue-t-elle.

Elle se plante devant le comptoir et tapote dessus.

_ On voudrait vous vendre un bijou ! annonce-t-elle gaiement.

Le vieux ne bouge pas d'un iota, il se contente de hausser un sourcil.

_ Sans blagues, marmonne-t-il.

Johanna se tourne vers moi et tend sa main vers moi, paume vers le ciel.

_ Katniss, ta bague.

Je me raidis, nous y sommes, je ne peux plus reculer. Je prends une grande respiration, hésite un peu quand même en la faisant tourner sur mon doigt puis repense à Gale et notre récente confrontation. Johanna bouge un peu sa main pour me presser. Je prends résolument mon annulaire dans ma main et retire mon bijou dans un mouvement rapide. Sans même me poser plus de questions que ça, je la pose dans sa main en soupirant. Elle se tourne vers le vendeur en la claquant sur le comptoir.

_ Combien ?! demande-t-elle avec hargne.

Le vieux se décide enfin à se remuer en la voyant, son œil est attiré comme un papillon par la lumière. Il s'empare de l'anneau et commence à l'observer sous toutes les coutures, un œil fermé. Au bout d'interminables minutes, alors que Johanna est partie flâner dans la « boutique », le vieux se décide à relever la tête vers moi, un sourire moqueur aux lèvres.

_ Gamine, le gars qui t'as offert ce bijou s'est bien foutu de ta gueule !

Je manque de m'étrangler.

_ Pa… pardon ?

_ C'est du toc, ça vaut pas un clou !

Johanna s'esclaffe.

_ Connard un jour, connard toujours !

_ A la rigueur, je vous en offre cinq dollars, continue le vieux. Mais uniquement parce que vous êtes bien jolies !

Il me sourit et je remarque qu'il lui manque trois dents devant. J'en ai la chair de poule, autant qu'il reste affalé devant sa télé. Johanna me rejoint et lui tape dans la main.

_ VENDU ! s'exclame-t-elle.

Quand nous ressortons, il s'est mis à neiger. J'avais raison, et, contrairement à tout à l'heure, ce sont de gros flocons. Je me sens nue sans ma bague, j'ai la sensation d'avoir froid à mon doigt. Johanna est ravie.

_ Remercions ton ex, ce soir, c'est lui qui va nous payer notre repas !

Je renifle dédaigneusement en fermant mes poings dans le fond de mes poches.

_ Avec cinq dollars ?

_ Fais-moi confiance ma petite ! Boston regorge de vendeurs de hot-dogs à moins de deux dollars.

Je m'esclaffe malgré moi, elle m'adresse un regard malicieux et je ressens un énorme élan d'affection pour ma colocataire -non, mon amie- qui malgré la situation, trouve toujours un moyen pour me changer les idées. Nous arrivons à sa voiture et je m'apprête à ouvrir la portière.

_ Au fait, me dit-elle tranquillement en ouvrant la fermeture centralisée, Peeta nous a invité pour Thanksgiving, j'ai accepté bien sûr.

Je suspends mon mouvement et la dévisage, abasourdie.

_ Ma… mais pourquoi ?! je balbutie. Quand ça ? Il me l'a demandé tout à l'heure et j'ai refusé !

Elle me fait son fameux clin d'œil, signe qu'elle n'en a cure.

_ Je sais, il m'a appelé tout à l'heure pour me demander des précisions sur ce que l'on avait prévu, j'étais surprise de savoir que nous devions le passer ensemble ! Alors je l'ai rassuré en disant qu'il n'y aurait aucun souci et que nous serions ravies de le passer chez lui ! Ne me dis pas merci chérie !

Son sourire s'élargit et elle grimpe dans l'auto.

_ Ça, ça risque pas, je marmonne en l'imitant.

Je passe la nuit à ressasser ma journée : Gale, la bague, l'invitation de Peeta et, surtout, le prochain Thanksgiving qui s'annonce… J'appréhende mon prochain face-à-face avec lui, de quoi vais-je avoir l'air maintenant moi ?

Lorsque j'arrive au bar le lendemain en fin d'après-midi, j'ai une boule d'angoisse qui me noue les entrailles. Pourquoi ? Je n'en sais foutre rien ! Personne dans les vestiaires tandis que j'enfile ma tenue, je croise rapidement Haymitch qui remonte rapidement vers son bureau, une bouteille de Scotch à la main. Je le salue et il grogne en retour. Quand j'arrive dans la salle, pas de Peeta à première vue. Je rejoins Finnick dans la salle bondée, on est en pleine Happy Hour et la neige qui ne cesse de tomber maintenant depuis la veille a attiré les étudiants frigorifiés dans le bar pour se réchauffer.

_ Pas trop galère pour venir ? me demande Finnick après m'avoir salué.

Il est en train de préparer un grand pichet de bière.

_ Nan, ça va, j'adore marcher dans la neige, je lui réponds.

Je regarde un peu partout à travers la foule dans la salle.

_ Tu es seul ? je l'interroge innocemment.

Finnick arrête la pompe et m'adresse un petit sourire en désignant du menton deux silhouettes indistinctes à l'extérieur.

_ Il discute dehors.

Je plisse les yeux pour essayer de distinguer avec qui Peeta discute mais entre la neige et la buée, pas moyen de reconnaître les personnes. Je hausse les épaules et commence mon service dans la salle, je vais et vient dans pendant quelques minutes. Au bout d'un moment, je remarque que Peeta n'est toujours pas de retour et ma boule dans mon estomac ne cesse de grandir. En approchant de clients attablés près de la fenêtre, j'ai enfin une vue plus nette et là, je me fige : il discute avec une fille, une blonde. Ils sont en train de fumer, elle ne cesse de se tortiller et de porter sa main dans ses longs cheveux blonds qu'elle secoue tous les cinq secondes ou de toujours caresser le bras de Peeta. Je sens mon sang qui commence à bouillir.

_ Hé ! me rappelle un des clients de la table. On voudrait commander cocotte !

J'essaie de reporter mon attention sur le groupe d'étudiants en sortant mon stylo et mon calepin de mon tablier. Je grimace un visage avenant.

_ Désolée, je marmonne en sentant mes yeux repartir vers l'extérieur malgré moi.

Malheureusement, Peeta et la grognasse ont disparu, je tourne la tête dans tous les sens, où sont-ils passés ?! La table m'énonce sa commande mais je n'écoute rien, j'ai repéré Peeta au bar et la blonde recommence son manège avec Finnick tout en gardant son bras enroulé autour de celui de Peeta… Mais qui est cette pétasse ? Sa tête me dit vaguement quelque chose, pourtant, plus moyen de me remémorer qui c'est ! Je remballe mes affaires dans mon tablier et pars résolument vers le bar pour en savoir plus. J'arrive en essayant de paraître le plus naturelle possible.

_ Salut Peeta, je gazouille d'une voix extrêmement fluette.

Il m'adresse un sourire, son regard comme toujours me fait fondre, alors que la fille semble raffermir sa prise avec ses serres autour de son bras. Finnick serre ses lèvres. Une odeur douceâtre de vanille me prend au nez… Je connais cette odeur…

_ Bon, excusez-moi, j'ai du taf ! s'excuse Finnick un petit sourire au coin de la bouche. Glimmer, ça a été un plaisir de te revoir !

_ Moi aussi Fin ! ronronne la blonde.

Glimmer ! Mais oui ! Celle qui travaillait là avant moi ! Cette odeur de vanille que j'ai eu un mal fou à faire disparaître de mon casier aurait dû me mettre sur la voie. Sa veste en cuir noir, ajustée à l'extrême, ne doit pas lui donner bien chaud. Surtout ouverte à ce point sur son décolleté plongeant. Mon corps tout entier bouillonne maintenant.

_ Katniss, je suis content que toi et Jo puissiez venir demain finalement, commence Peeta.

Je souris et baisse les yeux, la chaleur commençant à brûler mes joues. Je m'apprête à lui répondre quand Glimmer se colle à nouveau à lui - il a du miel au cul ou quoi !?- et accapare son attention pleine et entière.

_ C'est gentil à toi de nous accepter Lanchen et moi à la dernière minute, roucoule-t-elle.

Je serre les poings et pince les lèvres. Surtout, ne pas m'énerver. Peeta se gratte la nuque –ou du moins il essaie avec elle qui lui agrippe le bras comme ça.

_ Mais c'est normal, on ne devrait pas se retrouver seul un jour de fête comme ça !

Elle glousse en portant une main devant sa bouche, quelle cruche je vous jure ! Elle vrille ses yeux derrière moi et prend un ton absolument agaçant.

_ Catherine, y a une de tes tables qui fait de grands gestes derrière toi.

_ C'est Katniss, je grommelle en me retournant.

_ Si tu veux, rétorque-t-elle tranquillement.

La table dont je n'ai absolument pas écouté la commande commence à s'énerver. Je lève les yeux au ciel et me triture les méninges pour me rappeler leur commande.

_ Si tu ne te rappelles pas des commandes des clients, me dit doctement Glimmer, tu peux toujours les écrire ! Moi je n'en avais pas besoin, j'ai une incroyable mémoire !

Elle rejette sa crinière en arrière et dévoile sa gorge nue en ricanant à mes dépens. C'est officiel, je ne peux pas l'encadrer !

Peeta finit par soupirer en se détachant d'elle.

_ Glimmer, on est débordé comme tu le vois, on se voit demain ?

Elle semble peinée et couine comme un petit chiot en enroulant une mèche de ses cheveux longs autour de son doigt. Elle me lance un petit regard en coin.

_ Ok, très bien, soupire-t-elle tristement. Tu n'as pas changé d'adresse Peet' ?

Peet' ? Fin' ? J'ai envie de vomir.

_ Non, non, pas depuis la dernière fois.

Comment cette pétasse connaît l'adresse de Peeta ?

Elle le salue avec effusion, me fait un petit signe de la main -je jurerais qu'elle me fait un clin d'œil mauvais- et s'éloigne en se dandinant comme une traînée. Je me demande bien ce qu'il y a eu entre ces deux-là…