Titre : Secoue-toi un peu !
Auteur : ylg/malurette
Base : LastMan (cartoon)
Personnages : Dave & Howard McKenzie
Genre : sickfic
Gradation : PG / K-plus
Légalité : propriété de Balak, Vivès, Périn, etc ; je ne cherche ni à tirer profit ni à manquer de respect.

Thème : "shivering" d'après 15kisses (frissons)
Continuité/Spoil éventuel : pré série – Dave 20 ans, Howard presque 17
Nombre de mots : 5300 (!)
Notes : je biche tellement, tellement sur ce sujet que j'ai dû couper mes idées en deux ; à suivre dans le prochain thème…

oOo

Quand Dave récupéra Howard à la fin de sa première semaine de cours après la reprise, il avait l'air encore plus fatigué qu'avant ses congés.
« He ben ça te réussit pas, les vacances, dis donc.
- Ça allait pendant la semaine mais je me sens épuisé tout à coup. Il va me falloir une deuxième semaine pour reprendre le rythme, je crois. »

À l'appartement, à peine rentré, il s'assit lourdement sur le bord du lit et refusa de bouger plus que ça.
« Tu vas pas me dire que tu es fatigué au point de ne plus avoir la force d'enlever ton manteau !
- J'ai froid, répondit-il simplement.
- J'ai monté le chauffage pourtant. »
Mais de fait, Howard frissonnait. Dave soupira.
« Allez viens-là. »
Un peu de force et sans écouter ses faibles protestations, il l'aida à se débarrasser de son manteau, puis ôta son propre pull et le lui tendit.
« Mets ça, ce sera plus confortable.
- Et toi ?
- Bah. Tant que je m'active à la cuisine j'ai chaud. Et si j'ai froid quand j'aurai fini j'aurai qu'à en prendre un autre dans le placard. Profite que je l'ai réchauffé. »
Il était trop grand pour lui évidemment mais Howard se serra dedans avec reconnaissance.

Une fois le repas servi, après un regard à son regard à son assiette, il soupira un,
« 'pas faim, »
laconique et dut se forcer pour grignoter à peine une part du bout des dents. Dave fronça les sourcils.
« Le topping te plaît pas ou tu te sens mal ?
- Seulement fatigué. Vraiment fatigué. Je… je crois que je voudrais juste me coucher tôt ce soir, d'accord ?
- T'es pas en train de tomber malade quand même ?
- Oh non, protesta-t-il avec un sérieux candide : j'ai déjà rempli mon quota pour cette année. »
Dave s'esclaffa malgré lui :
« Ton quota ! Mon vieux, ça marche pas comme ça.
- Mais si. Depuis que j'ai douze ans je suis malade une fois par an : un rhume ou une angine, généralement en février. Mais j'ai déjà fait un rhume en septembre cette année. Donc je devrais être tranquille pour encore plusieurs mois.
- Tu vois bien que ça veut rien dire, alors !
- Si. J'ai un bon système immunitaire. Le temps que le corps épuise ses anticorps, ou que les virus mutent et passent outre…
- Ouais, ouais. Écoute, moi j'ai encore faim, je reprends une tranche. T'as qu'à sortir le matelas pendant ce temps, prépare-toi et vas gentiment te coucher, je te rejoins quand t'auras fini. »

Mais Howard frissonnait toujours et n'avait aucune envie de se déshabiller.
« T'as besoin d'une boisson chaude en fait, avisa Dave. Je vais te faire un grog.
- C'est quoi ?
- De l'eau chaude, un peu de rhum et une giclée de citron ; bon j'ai pas de miel alors ça sera du sucre normal.
- Tu bois du rhum, toi, maintenant ?
- À titre médicinal, oui. De toute façon il s'évapore avec la chaleur, pis s'il en reste dis toi que ça désinfecte. Ça te fera transpirer et demain ça ira mieux. »
Howard considéra le résultat avec curiosité.
« Bois tant que c'est chaud sinon ça marchera moins bien. »
Pendant qu'il obéissait, Dave alla chercher une serviette et l'étala sur le lit : pas de raison de tremper les draps au passage, après tout. Howard lui rendit la tasse vide, marmonna un remerciement, et ce fut à peu près tout.

o

Comme souvent, Dave se réveilla naturellement quelques minutes avant que son alarme ne sonne. Cette fois, ce fut avec le vague souvenir d'avoir entendu Howard tousser pendant la nuit, ça avait dû le réveiller une fois ou deux. Un coup d'œil vers son matelas lui apprit qu'il avait rejeté ses draps pendant la nuit et même ôté son haut de pyjama. Son dos nu était encore mouillé de sueur mais comme il gardait la tête enfoncée dans son oreiller, Dave n'aurait pas su dire si le pire était passé ou pas encore.
Il lui poussa l'épaule comme il le faisait souvent pour le réveiller.
« Debout là-dedans ! »
Howard grogna mais ne bougea pas. Dave insista.
« Allez. »
Cette fois, il toussa, puis marmonna, toujours sans bouger,
« Ton truc n'a pas marché.
- Quel truc ?
- Ta… boisson bizarre. J'ai quand même de la fièvre.
- Ouais. Ben lève-toi quand même. Si tu crois que tu vas sécher l'entraînement pour un simple rhume tu te fourres le doigt dans l'œil. »

Mais Howard ne se leva pas. Le plus loin qu'il aille ce fut assis au bord du matelas, les yeux dans le vague, sans montrer signe de vouloir se rendre présentable.
« Allez, quoi ! »
D'accord, il avait les joues rouges et les yeux vitreux et il respirait un peu bruyamment, mais quand même… Dave fit l'effort de lui apporter directement sa tasse de café, sans qu'il réagisse. Il avait eu le temps de s'habiller, préparer son déjeuner de sportif, baisser le chauffage pour la journée, alors que Howard buvait à peine la moitié de son café, à petites gorgées.
C'est là qu'il posa la tasse à terre, se releva enfin et tituba jusqu'à la salle de bains.
« He ! tu fais quoi ?
- À ton avis ?
- Ça peut pas attendre qu'on soit au club ?
- Non. »
Dave essaya de ne pas prêter attention aux bruits qui suivirent. Il en profita pour ranger le matelas, aller rincer à l'évier la serviette humide de sueur et l'étendre. Howard émergea de la salle de bain plus pâle qu'il n'était entré, traversa la pièce d'un pas mal assuré et vint se laisser retomber sur le lit.
« Bon sang non, » s'énerva Dave.

Il resta prostré là, la tête entre les mains.
« On va être en retard, tu sais. On devrait être déjà partis !
- J'me sens vraiment pas bien, protesta-t-il.
« Quoi, t'as la gerbe ?
- Non. »
Howard sembla faire un effort de concentration pour une question pourtant bien simple.
- Enfin. Juste vaguement. Effet secondaire de la fièvre.
» J'ai mal à la tête, reprit-il d'une voix plaintive. J'ai mal au dos, j'ai mal aux jambes, j'ai mal partout. »
Il s'interrompit pour tousser encore.
« Ok… tu veux une aspirine ? Ou carrément deux ?
- Pour quoi faire ?
- Tu te plains d'avoir de la fièvre et d'avoir mal à la tête. Ça fera passer.
- La fièvre est une défense naturelle de l'organisme, la supprimer ne fait que rallonger la maladie.
- Ça t'amuse de jouer les martyrs ? Soit tu es malade et tu te soignes, soit t'as rien de grave et tu te bouges. »

Howard ne bougea pas. Il ne répondit même pas.
« Mais c'est pas vrai ! »
Dave, exaspéré, finit par céder.
« Ok. T'as gagné. Reste là. Débrouille-toi. Bon sang je devrais déjà y être ! »
Il lui jeta une serviette propre : s'il devait continuer à transpirer autant que ça ne soit pas directement dans ses draps à lui. Il en emprunterait une sur place, il préférait éviter de faire ça mais bon, ça arrivait de temps en temps. Il claqua la porte plus fort qu'il ne comptait, puis se ravisa et la rouvrit.
« Tu peux finir le jus d'orange si t'as besoin de vitamines et d'hydratation, » lança-t-il.
Il n'obtint pas plus de réponse et renonça là. Il courut tot le long du chemin un peu plus vite que pour son jogging habituel, sachant très bien que ça ne ferait pas suffisamment de différence.

« T'es en retard, McKenzie, lui lança-t-on en guise de salut.
- Je sais, Coach, je suis désolé.
- Ton frère n'est pas avec toi ?
- Malade. J'ai dû m'assurer qu'il se soignait correctement avant de le laisser. »
Le coach hocha brièvement la tête et ne le retint pas plus.

Agacé et inquiet, il démarrait mal sa séance d'entraînement. Il eut du mal à se concentrer sur ce qu'il faisait au début. Puis, au fur et à mesure qu'il retrouvait sa routine familière, il n'y pensa plus.
Il s'étonna pendant quelques secondes de ne pas trouver Howard sur le banc de touche à la pause avant de se rappeler qu'on était bien un week-end, pas un jour de semaine, mais qu'il l'avait laissé à l'appartement. À la pause déjeuner, travaillé par une mauvaise conscience, il décida d'écourter sa séance et de rentrer tout de suite.

En ouvrant la porte de sa piaule, il fut assailli par un froid glacial. Howard était assis par terre sous la fenêtre ouverte, la seconde serviette était étendue à côté de la première.
« Mais qu'est-ce que tu fiches ! »
Howard mit tellement temps à réagir qu'il crut qu'il n'allait pas lui répondre du tout.
« J'avais besoin d'air frais.
- Tu essaies de te rendre encore plus malade ou quoi ?
- Nnnon. Ça me fait du bien. »
Dave ferma la fenêtre. Il frissonnait à son tour et remonta le chauffage, à fond tant qu'à faire.
« Tu peux pas rester par terre comme ça. »

L'attrapant par le bras, il le tira et le força à se relever. Il se mit en devoir de le reconduire au lit mais dut le soutenir plus qu'il n'aurait cru, quasiment le traîner : il pesait sur lui de tout son poids. Au bout de trois pas à peine il s'appuya plus lourdement encore, s'affaissant sur le côté.
Dave le rattrapa alors qu'il commençait à glisser.
« Oh, Howard, c'est quoi cette mauvaise blague ? »
Il fut obligé de plier un genou sous le mouvement inattendu et s'efforça de ne pas paniquer. Ça ne serait sans doute rien, il avait dû simplement se lever trop vite, il allait reprendre conscience tout de suite, n'est-ce pas ?

Mais non. Ne pouvant pas rester comme ça, il se débrouilla pour arriver à l'attraper sous les épaules et sous les genoux et se relever. Il manqua de basculer : il l'avait mal pris, se retrouvait mal équilibré. Du coup tout maigrichon qu'il était Howard lui semblait peser des tonnes. Heureusement qu'il avait peu de pas à faire comme ça pour le déposer sur le lit…
Il leva la main pour le gifler, pensant essayer de le faire réagir ainsi. La pâleur anormale de son visage et ses yeux révulsés arrêtèrent son geste. Brusquement angoissé, il laissa retomber lentement sa main. Il n'en était pas capable, il avait trop peur de lui faire juste encore plus de mal.
Il toucha doucement sa joue du dos des doigts. Elle était chaude, très chaude, et moite. Changea d'idée, il se précipita à la salle de bain et en ramena un washcloth imbibé d'eau froide pour lui éponger doucement le front. Ses paupières frémirent mais ne se rouvrirent pas complètement. Qu'est-ce qu'il faudrait d'autre, un verre d'eau, du sucre ?

« Howard. Howard mon gars, appela-t-il doucement, réveille-toi. Allez. Un petit effort. »
Il entr'ouvrit les yeux, les cligna très lentement.
« Tu m'entends ? Regarde-moi. Ok. Garde les yeux ouverts… »
Il avait toujours le regard vide. Dave lui prit le poignet ; sa main était inerte, son pouls trop rapide et peu marqué. Sans le lâcher, de son autre main, il lui serra l'épaule, l'encourageant.
Howard finit par revenir à lui, lentement et difficilement.
« He. Ça va ? Tu te sens comment ? »
Il dut s'y reprendre plusieurs fois avant de réussir à parler, hachant ses mots.
« Je. Crois. Que j'ai la grippe… »
Dave, soulagé, en rirait presque.
« Non, sans blague !
- Vraiment. Je - »
Il s'interrompit pour tousser, violemment. Une vague de panique passa sur son visage, contagieuse.
« Hey. Hey, du calme. »
Il essaya de rouler sur le côté ; Dave l'aida à se soulever, pensant qu'il respirerait mieux assis qu'allongé. Il y avait un verre d'eau presque vide sur la table de chevet. L'attraper d'une main en le soutenant toujours de l'autre demanda un peu d'efforts, mais il réussit à le lui passer.
« Doucement. À petites gorgées. »
Il réussit à en prendre une, puis deux, se calma, puis finit quand même le verre. Il resta ensuite sans bouger, sans même relever les yeux. Dave manœuvra pour l'aider à s'adosser au mur et alla re-remplir le verre.
« Doucement, doucement, » répéta-t-il en voyant Howard le boire avec avidité.
« He ben, t'avais sacrément soif… »

Ça lui fit une impression bizarre : s'il était aussi visiblement assoiffé, pourquoi pas également affamé ? Rien n'avait bougé sur le comptoir depuis son départ ce matin.
« Dis donc. Tu as pensé à te nourrir ce midi ? »
Howard posa sur lui un regard toujours vide.
« …midi ?
- Il est plus de deux heures tu sais. C'est pour ça que je suis rentré. »
Un silence s'étendit.
« Pas faim, finit par murmurer Howard.
- Ouais. C'est déjà ce que tu as dit hier soir. Pas étonnant que tu tournes de l'œil ! »
Une point de culpabilité de l'avoir laissé tout seul, de n'avoir pas réalisé à quel point il avait besoin d'aide, se fit sentir.

« Dis-moi, qu'est-ce qui te ferait envie ?
- Rien.
- Faut quand même que tu manges un peu. Tu vas continuer à te sentir mal sinon.
- Je ne pourrais rien avaler.
- Pourquoi pas ? Tu as mal à la gorge ? »
Howard hésita beaucoup avant de répondre d'une petite voix pitoyable qu'il eut du mal à comprendre,
« J'ai vomi mes cachets.
- …Comment ça ?
- Je. J'ai fini par prendre deux aspirines. Je me sentais trop mal. Mais je les ai… pas supportées.
- Attends, attends. Tu disais que t'avais pas spécialement mal au ventre. C'est censé faire baisser la fièvre et calmer les nausées, non ? Mais ça n'a pas suffi ? Tu es mal à ce point-là ? »

Il lui tâta le front et le trouva très chaud, mais à quel point justement… Howard se plaignait de maux de tête… violents ? Howard ne se plaignait jamais, se souvint-il brusquement, plus depuis qu'il avait dix ans. Il disait avoir fait un rhume en septembre et lui n'avait rien remarqué. Quand il s'était cassé la main il avait essayé de le cacher.
Un éclair de panique le traversa : et si c'était quelque chose plus grave encore ? Qu'est-ce qui causait des fièvres monstrueuses ? Une méningite ? C'était sans doute ridicule, mais il ne pouvait pas s'empêcher d'y penser. Maladroitement, il tenta de palper sa nuque.
« Tu peux pencher la tête ? »
Howard se déroba aussitôt.
« Enlève tes mains, fit-il d'un ton plus plaintif que jamais, tu me tiens trop chaud. »
Son mouvement était souple, mais Dave n'était pas tout à fait rassuré pour autant.
« C'était surtout mécanique je crois.
- …Quoi ?
- Sur un estomac vide. Les cachets ont dû m'irriter. Ça m'a donné des crampes. Et à côté j'ai commencé à tousser sans pouvoir m'arrêter. J'ai cru que j'allais étouffer. Puis je me suis vraiment étranglé. C'était… c'était affreux. »
Howard était resté sur ce qui l'avait rendu malade. S'il obstinait à justifier que ça n'était pas juste la fièvre…
« Je te crois, va. »
Ça expliquait sans doute la serviette qu'il avait dû laver, d'avoir voulu aérer en grand, et la légère odeur acide qui flottait encore dans la pièce et qu'il avait négligé de relever jusqu'ici. Son pauvre petit frère tout malade, il lui faisait tellement pitié… et il fallait qu'il insiste pour le soigner.

« Faut quand même que tu manges un peu. Tu peux pas rester comme ça. »
Howard secoua doucement la tête.

Dave soupira, à court d'argument. Il aurait dû tout simplement le forcer, puisqu'il n'était plus en état de décider, et pourtant il n'osait pas. Il préféra en déférer à une autorité différente et aller demander de l'aide à la voisine du bout du couloir. Elle avait deux jeunes enfants, elle devait bien savoir y faire ?

Manque de chance, elle n'était pas là. Sa fille répondit, entr'ouvrant seulement la porte, maintenue par la chaînette de sécurité et refusant de le laisser entrer en l'absence de sa mère. C'était sans doute bien naturel, mais il espérait qu'elle ne refuserait quand même pas de juste lui parler, à défaut de sa mère.
« Tu peux peut-être m'aider… tu as quel âge ?
- Douze ans.
- Juste assez grande, quoi. Dis-moi. Est-ce que ça vous arrive parfois à toi ou ton frère d'être tellement malades que vous ne pouvez plus rien avaler ? »
Elle ne répondit pas, mais ne nia pas non plus, semblant attendre la suite de sa question bizarre, alors il continua.
« Ta maman vous soigne comment dans ces cas-là ?
- Des trucs pour bébé. Tu vois, des genre de bouillie.
- Oui, je crois que je vois.
- Et un genre d'aspirine en poudre dans un verre d'eau. C'est dégueu'. Elle doit ajouter du sirop pour que Ronnie le boive. »
Mais elle, apparemment, ça la dérangeait moins, à ce qu'il comprenait.
« Merci beaucoup ma grande. Je ne t'embêterai pas plus. »

De retour de son côté du couloir il fouilla sa petite pharmacie. Parmi les trucs et les machins que le coach lui avait conseillés, il trouva le truc effervescent pour quand il s'était tordu le poignet, dans lequel il le faisait tremper. Il en mit un cachet à dissoudre dans un verre d'eau et inspecta le frigo. Comme trop souvent, c'était la grande dèche. Il restait la moitié de la pizza de la veille, ce que Howard n'avait pas mangé, et ça n'irait pas, encore moins que le soir précédent.
Un yaourt, bon, il ne savait pas si c'était idéal, mais d'expérience avec ses propres ennuis de santé, ça ne devait pas faire de mal. Il aurait peut-être préféré une compote mais tant pis, il ferait avec.

Howard essaya encore de refuser.
« Pas faim. Pas envie. »
Mais Dave n'allait pas le laisser, cette fois.
« Ça m'est égal, tu vas le manger. C'est mou, ça doit passer tout seul. Si t'as mal à la gorge ça te fera du bien. Ça te remplira un peu le ventre. Allez. Me force pas à te donner la becquée !
» Une cuillère pour Sœur Angela,
» une cuillère pour Coach Lawrence…
- Arrêeeete… »

Howard finit par accepter la cuillère. Lentement, avec des gestes mal assurés, une cuillerée après l'autre, il avala son yaourt. Mais il cala à la moitié.
« Je peux plus…
- Howard, putain, un demi yaourt, quoi ! Bien sûr que tu peux. »
Il semblait bouder…
« J'ai vraiment pas faim.
- T'as pas besoin d'avoir faim pour avaler un malheureux yaourt, merde. »

Et une fois de plus, Dave craqua le premier, craignant de rendre Howard à nouveau malade s'il le forçait. Sur le médicament en revanche, il voulut être intraitable.
« Bon. Ça en revanche tu vas me le boire en entier, et pas de discussion. À petites gorgées. Prends le temps que ça faudra, mais je te lâcherai pas tant que t'auras pas fini. »
Il obéit, grimaça beaucoup, mais continua bravement.
« Allez, l'encouragea Dave. Je sais que c'est pas drôle d'être malade, ni de devoir se soigner, mais va bien falloir le faire. »
Howard bougonna,
« Qu'est-ce que tu en sais, tu es solide comme un roc. Tu n'es jamais malade, toi.
- Heh. Allez… je te dis un secret ? Depuis que je suis dans cet appart' je me suis déjà payé trois gastro'. Dont une vraiment affreuse. Ça se trouve c'était une intoxication alimentaire…
- Charmant. »

Howard reposa le verre, dégoûté.
« Ah non !
- Repasse-moi le yaourt.
- Ah ?
- N'importe quoi pour ne plus sentir l'amertume de ce truc. »
Il l'engloutit en quelques cuillerées rapides, alternant avec le paracétamol, essayant de finir son verre le plus vite possible.
« He, doucement. Gaffe à pas te rendre malade en y allant trop vite, hein ?
- Tu peux me passer un verre d'eau… nature ? »
Puisque Howard lui-même ne s'embarrassait pas beaucoup de politesse, Dave ne prit même pas la peine d'acquiescer et se contenta de le remplir et lui ramener. Il en descendit la moitié tout aussi vite, puis ralentit un peu, le termina plus calmement, réclama,
« Encore ? »
Il en but finalement encore un demi avant de caler.

« Ouf.
- Bon. Ça va ? Tu vas le garder cette fois ?
- Je crois. Mais.
- Oui ?
- Je crois que je ferais bien de me recoucher…
- Ouais, sans doute. »

Avec une tendresse qui l'étonnait, il changea le washcloth que Howard avait laissé glisser plus tôt. Sous sa main, il ferma les yeux et soupira doucement. Dave espéra que c'était parce que ça lui faisait du bien, pas juste du découragement. Il tira et rabattit les draps. Puis il traîna la poubelle et la plaça près de la tête du lit,
« Juste au cas où, si jamais tu te sens mal à nouveau.
- Pas besoin, je crois, murmura Howard.
- Ouais ben on sait jamais. …Une grippe, hein ?
- Je sais ce que ça fait un rhume même mauvais. Et ça… c'en est pas un. Je ne m'étais jamais senti aussi mal de toute ma vie.
- Ah ? même l'année de la grande gastro' ? »
C'était sans doute un de leurs pires souvenirs de l'orphelinat, ça. Une épidémie qui avait terrassé pensionnaires et personnel.
« Je n'ai pas été malade cette fois-là.
- Tout le monde a été malade !
- Non. On n'a pas été nombreux à y échapper, mais quand même. Bertrand, par exemple, et puis…
- Tu t'es fait attraper hors du dortoir au milieu de la nuit si mes souvenirs sont bons : qu'est-ce que tu faisais dehors si t'avais pas besoin d'aller aux toilettes, hm ?
- J'étais allé prendre l'air. Je gérais parfaitement ; si la sœur m'avait laissé une heure de plus au lieu de m'obliger à me recoucher…
- Ouais, ouais.
- Et je n'ai plus jamais été malade ensuite. Pas comme ça en tout cas.
- Juste des rhumes donc… »

Agenouillé à côté du lit, Dave hésitait à quitter le chevet de Howard. Même en sachant que le mieux était de le laisser simplement se reposer, il n'aimait pas le regarder souffrir et se sentir impuissant.
« Qu'est-ce que je peux faire d'autre pour t'aider ?
- Pas grand' chose j'en ai peur. Je suis désolé, souffla-t-il.
- T'y peux rien, vas… »

Il préféra rester là à attendre au moins quelques dizaines de minutes, voir si les médicaments commençaient effectivement à agir. Même sans vraiment savoir quoi faire : rester auprès de lui, mais, et puis quoi ? juste pour le veiller ?
« Tu peux retourner au club tu sais, murmura Howard.
- Tu es sûr que tu peux rester seul ?
- Bien sûr. Je ne vais pas bouger de là de toute façon.
- Et si tu as besoin d'aide ou quoi que ce soit ?
- Ça va aller. T'en fais pas.
- Mouais… »

Dave resta encore, le regardant somnoler. Il semblait aller un peu moins mal, en tout cas il était beaucoup plus calme. Et il faisait meilleur dans la chambre ; Dave rebaissa un peu le chauffage, pas très sûr de quelle température il valait mieux maintenir. Enfin, réalisant qu'il ne pouvait vraiment rien faire de plus, il se força à faire taire toute culpabilité et à ressortir courir un peu. Il n'allait quand même pas négliger son entraînement, non plus.

Il passa par le supermarché au retour. Ça n'était pas prévu à la base mais ça ne devrait pas faire grande différence sur son budget et il en avait absolument besoin.
Quand il revint Howard s'était rendormi, profondément. Il était toujours fiévreux mais respirait régulièrement.

Quelqu'un cogna à la porte. Howard se retourna et grogna un peu mais n'avait pas l'air de se réveiller pour autant. Dave alla ouvrir.
« Oui ? »
C'était la voisine du fond du couloir, qui, sans préambule, attaqua :
« Tu veux quoi à ma fille, toi ?
- Oh. À elle rien madame, c'est à vous que j'espérais parler. Mais elle m'a été d'une grande aide. Vous avez une fille très bien élevée.
- Ouais.
- Mon frère est malade et j'avais besoin d'un conseil sur comment le soigner. »
Comme fait exprès Howard se remit à tousser. Dave savait que par la porte largement ouverte et malgré sa carrure elle pouvait voir sous son bras presque toute la chambre, y compris la forme étendue sur le lit. Elle s'adoucit aussitôt.

« Il a quel âge ton frère ?
- Seize ans. »
Bientôt dix-sept en fait. Il les aurait dans quelques semaines, pauvre petit. La maladie qui le diminuait lui donnait l'air tellement jeune et vulnérable…
« Mon pauvre vieux ! se désola la voisine. C'est à cet âge que les miens ont été les pires. »
De frères, supposa-t-il, puisque ses propres enfants étaient plus petits que ça.
« Je sais pas comment faisait notre maman d'ailleurs…
- Du mieux qu'elle pouvait j'imagine. Votre fils a quoi, neuf ans ?
- Dix.
- Vous avez encore du temps devant vous avant qu'il en soit là…
- Mais ça passe si vite…
- J'espère qu'il ne sera pas aussi difficile.
- Ouais, moi aussi. Tu as besoin d'aide, du coup ?
- Non, je vous remercie, on se débrouille.
- Sûr ?
- Oui oui. Désolé de vous avoir dérangées.
- Y'a pas de mal, petit gars. »

Elle revint quand même quelques minutes plus tard avec un sachet de catalgine et deux pots de compote pour dépanner le temps qu'il puisse refaire des courses. Elle lui cita une marque de soupe en boîte, justement celle qu'il avait choisie. Ça le rassura. Il remercia poliment et lança le dîner. Puis il se résolut à aller secouer Howard.

« Allez, bonhomme, réveille-toi. »
Il se frotta les yeux, confus. La nuit d'hiver déjà tombée n'aidait pas.
« Hm… il est quelle heure ?
- Sept heures.
- Du soir ou demain matin ?
- Ce soir.. c'est l'heure de la soupe… littéralement. Traditionnellement on conseille le bouillon de poulet mais je sais que t'aimes pas beaucoup la volaille alors j'ai pris de la tomate, ça te va ? et me dis pas que t'as pas faim !
- Pourtant…
- Howard, t'as mangé un yaourt ce midi, rien ce matin, une demi tranche de pizza hier… et en plus t'as vomi entre-temps.
- Oui mais je l'avais déjà digérée, y'avait plus rien de solide, que les cachets à moitié dissous et un peu de liquide.
- Urgh. Je pouvais me passer des détails. N'empêche, ça fait combien de temps que t'as pas pris de repas convenable ? y'avait quoi à la cantine de ta fac hier ?
- Euh… c'était le jour du poisson. Ça avait pas de goût mais je l'ai fini quand même.
- Oui ? Bon… Allez. Je te sers un bol, c'est pas grand' chose mais t'as besoin de reprendre des forces.
- C'est pas comme si je faisais grand' chose de la journée…
- Ouais ben pour lutter contre la maladie, au moins. »

Dave n'était pas fan de l'idée de manger au lit, mais bon, exceptionnellement, puisque Howard n'avait pas la force de se lever pour se traîner jusqu'au comptoir… Il l'aida juste à se soulever et s'adosser au mur. Cette fois Howard ne fit pas de difficultés et but gentiment sa soupe sans discuter. Dave préféra finir la pizza de la veille. Et ensuite, maintenant qu'il était bien réveillé mais n'avait toujours pas la force de bouger, qu'est-ce qu'il pouvait bien rester à faire du reste de la soirée ?

« Tu peux m'aider à me lever ? il faudrait que j'aille quand même à la salle de bain.
- Sérieux ? T'es pas capable d'y aller seul ?
- Je… ne suis pas sûr, non.
- Tu peux pas juste utiliser la poubelle ?
- Ça non alors. »
Il avait quand même encore un peu d'amour-propre à préserver.
« Ok viens là. Tu me promets de ne pas t'évanouir au bout de deux pas, hein ? »
À pas lents, les jambes tremblantes, il l'accompagna et l'aida à s'asseoir… puisqu'il n'était pas capable de rester debout.

« Ça va ? t'as fini ?
- Mh. J'ai l'impression que tout ce que j'ai bu je le transpire.
- À ce point ?
- Je voudrais pouvoir me doucher… »
Il avait mariné près de vingt-quatre heures dans sa sueur de fièvre, ne s'était pas lavé depuis le matin précédent.
« C'est vrai que tu sens un peu la chaussette de sport usagée.
- Quel tact… »
Le reste de la semaine il utilisait les douches du dortoir, et les weekend habituels, celles du club ; il y avait toujours des fuites ici et Dave préférait éviter. Et puis aujourd'hui s'il n'était pas capable de tenir debout en premier lieu il n'allait sûrement pas le laisser essayer. Mais il y avait quand même une solution.
« Tu préfères de l'eau très chaude ou juste tiède ?
- 'sais pas. Pas trop chaude je dirais. »

Dave prépara une bassine et un washcloth propre, étala une serviette qui avait fini de sécher. Il pourrait au moins faire une toilette sommaire, c'était déjà mieux que rien. Howard était tout gêné par cette idée, mais encore plus dégoûté par l'état dans lequel il se retrouvait. Dave regarda poliment ailleurs, s'affaira ostensiblement à ressortir le matelas. Il hésita sur le partage des places : Howard malade aurait besoin de confort et il devrait peut-être lui laisser encore son lit, ou, pour des questions purement pratiques, s'il avait besoin de se lever pendant la nuit, et pour éviter de lui tousser dessus aussi, il ferait mieux de l'installer à sa place habituelle en-dessous…
Il lui jeta quand même un coup d'œil en coin, pour s'assurer que ça allait. Howard avaient des gestes lents et maladroits, mais s'en sortait à peu près. Mais pas complètement.

« T'as besoin d'aide pour te frotter le dos ? »
Il avait visiblement honte de devoir accepter, mais oui, il n'avait pas vraiment le choix. Et Dave dut suspendre son geste à peine sa tâche commencée, l'entendant gémir.
« Quoi ? je te fais mal ?
- Non. Vas-y. Plus fort.
- Plus ?
- Oui. S'il te plaît.
- T'es sûr ?
- Oui.
- Ok… Hum. Tu te plaignais d'avoir mal au dos, ce matin ?
- Oui.
- T'as encore mal ?
- Oui.
- Ça t'aide si je frotte dur, c'est ça ? Ok. Le matelas est prêt, allonge-toi sur le ventre. »

Dave avait appris au club à sentir les muscles et les détendre au besoin. Entre boxeurs quand l'entraînement se faisait dur il fallait parfois se débrouiller pour s'entraider comme ça. Si Howard s'était donné des courbatures en frissonnant trop fort ou quelque chose comme ça pendant que sa fièvre s'installait, ça ne devait pas être trop différent, raisonna-t-il. Avec précaution, il lui massa les épaules, le dos, mais n'y trouva pas spécialement de contractures. Ou alors c'est que tout était tendu pareil…
Sous ses mains, Howard gémit encore.
« Je te fais mal ?
- Continue. »

Il insista encore un peu, même s'il n'avait pas l'impression de faire grande différence ; si Howard trouvait que ça l'aidait quand même… puis il passa aux cuisses.
« Retourne-toi.
- Ça non !
- He. Je sais comment t'es fait hein, y'a pas de honte à avoir. »

Howard se retourna, les joues très rouges et le regard fuyant. Il n'avait rien à cacher pourtant, mais se plaça quand même un avant-bras en travers des yeux.
Dave se concentra uniquement sur le massage. Là, il sentit plus nettement les crampes dans les mollets.
« Tu m'étonnes que ça faisait mal… Là ; ça t'aide un peu ?
- Mh. Merci. »

Plus détendu et toujours épuisé, Howard n'était pas loin de se rendormir sur place. Dave lui prêta un de ses propres tee-shirts, trop grand pour lui, pour remplacer son pyjama sale. Il gardait toujours un peu de linge d'avance ici ; ça lui faisait au moins un caleçon propre. Howard couché, il assuma jusqu'au bout son rôle de garde-malade et le borda soigneusement.
« Oh non. Dave, dis, t'as pas besoin… Je te jure, si tu me fais un bisou de bonne nuit je te refile mes germes exprès ! »
Il rit de bon cœur devant ce regain d'énergie, même s'il fut de courte durée.

Le washcloth froid remplacé une dernière fois pour la nuit, Howard se rendormit en un rien de temps. Dave finit de boucler sa journée, ranger ce qui pouvait traîner encore, et se mit au lit à son tour. Il l'écouta respirer plusieurs minutes. Il y avait peut-être une légère gêne, un peu de toux de temps en temps, mais plus d'accès violent. Il n'aurait pas dit que ça le berçait, mais enfin, d'entendre qu'il était enfin calme le rassurait, assez pour qu'il s'endorme vite à son tour.
Le lendemain viendrait bien assez tôt…