Secours
Serres
Chapitre 8
Tornade s'agenouilla devant le Professeur et attendit sa réponse. Parfois, il était si concentré qu'il fallait attendre quelques instants. Charles garda le regard fixé droit devant lui quelques secondes de plus, immobile.
" Ils comprennent. " murmura-t-il. " Allons-y. "
" Je n'aime pas laisser le Professeur ainsi. " murmura Colossus. " Il faudrait que quelqu'un reste avec lui. "
Tornade baissa la rampe du Blackbird. " Nous n'avons pas ce luxe pour l'instant, Piotr, et nous avons des ordres. "
Elle descendit la rampe en courant avant même qu'elle ait touché le sol. Colossus suivit malgré lui, jetant un coup d'œil par dessus son épaule métallique quand la rampe se replia sous le jet. Tornade garda les yeux rivés droit devant elle. Tant qu'ils n'auraient pas ramené Kurt, elle ne laisserait rien la déconcentrer.
La grange ressemblait à toutes celles qui ponctuaient le paysage. Elle était abandonnée depuis longtemps, mais les propriétaires du terrain avaient jugé bon de la garder pour des raisons esthétiques. Quelle que soit la peinture qui l'avait ornée, elle était partie depuis longtemps, et le bois nu, couleur d'argent, se détériorait depuis. Tornade atteignit la première la grande porte double, mais attendit que Colossus l'ouvre. Charles était peut-être sûr des intentions de leur " visiteur ", mais pas elle.
Colossus ouvrit doucement la porte, au lieu de l'arracher de ses gonds. Quand rien ne leur sauta dessus, Tornade ouvrit l'autre porte et vint à côté de lui. Il faisait noir comme dans un four, mais ils entendaient la voix de Kurt tout près d'eux, vacillant de peur et de douleur, murmurant quelque chose en allemand.
" Du bist gebenheit unter den Frauen und gebenedeit ist die Fruch deine Liebes, Jesus... "
Ils allumèrent leurs lampes-torches et trouvèrent Kurt immédiatement. Il était roulé en boule sur le sol, un mélange de peau bleu sombre et d'uniforme noir. Il serrait sa tête, les mains plaquées contre ses oreilles, le visage tordu de douleur, tout en priant. Cependant, il était à quelques pas de quelque chose sorti d'un des pires cauchemars de Tornade. La chose, la grande griffe dépourvue de corps, attendait près de Kurt, penchée sur lui, même, ses jambes repliées sous elle.
Tornade poussa un cri étouffé. Sa main droite mollit et la lampe de poche tomba au sol. La lumière alla droit vers le visage de Kurt. Bien que ses yeux fussent fermés, il poussa un cri de douleur et essaya de tourner la tête. Tornade éteignit sa lampe à la hâte et l'accrocha à sa ceinture.
" C'est ça le truc à qui le professeur parlait ? " demanda Colossus, fixant la créature.
" Il a intérêt à ce que Kurt n'ait rien. " menaça Tornade, avança vers Kurt et la griffe. " Parce que s'il lui a fait du mal, je vais le réduire en tas de cendres. "
Kurt ouvrit les yeux et la regarda. " Tornade ? "
Tornade abandonna toute précaution et bondit vers Kurt. Quelque chose n'allait pas avec ses yeux, mais elle ne pouvait pas dire quoi. Elle le tira en position assise, qu'il ne parvenait pas à garder sans son aide. Il penchait constamment sur le côté. Maintenant qu'elle le voyait bien, elle comprenait ce qui n'allait pas avec ses yeux. Ils ne cessaient de sauter d'un côté sur l'autre, comme s'il essayait de suivre des poteaux plantés sur le bord d'une route, depuis une voiture en mouvement. Il ne semblait pas capable de fixer les yeux sur elle. Elle retira doucement ses mains de ses oreilles. Elles étaient tachées de sang.
" Ce n'est pas la griffe qui m'a fait ça. " murmura Kurt, la voix un peu brouillé. " Pas fait de mal. C'est pas lui. On essayait de parler. " Il regarda ses mains, stupéfait. " Lieber Gott, je ne m'entends pas parler... "
Durant l'échange entre Kurt et Ororo, la créature était restée immobile. Ororo lui lança un regard nerveux, puis aida Kurt à se redresser. Elle essaya de passer son bras autour de ses épaules, mais il frissonna, baissa la tête, et pressa à nouveau ses mains sur ses oreilles, s'appuyant lourdement sur elle. Sa queue tremblait et se balançait sur le côté, le déséquilibrant encore d'avantage. Quelque chose avait sérieusement endommagé ses oreilles. Ils devaient le ramener à Hank, vite. Elle l'attrapa à bras le corps et l'emmena vers la porte.
Kotoko regarda les deux locaux ouvrir la porte et entrer. La voix calme et patiente de Charles lui parla alors qu'ils approchaient.
Le grand métallique s'appelle Piotr, expliqua-t-il. C'est un mâle, comme Kurt. La plus petite sur la gauche est Ororo. C'est une femelle. Je réalise que vous voyez là des spécimens assez rares d'humains, mais pouvez-vous voir les similitudes et les différences entre les sexes ?
Ororo courut vers Kurt, passant juste devant Kotoko. Il avait un très bon point d'observation.
Je crois, répondit Kotoko. Seules les femelles ont les deux projections symétriques ? Je n'en vois pas d'aussi prononcées sur les mâles.
C'est une des différences les plus évidentes, oui.
Elle est inquiète. Kurt est-il son compagnon ?
Kotoko sentit un certain amusement dans la voix de Charles. Pas à ma connaissance, mais à vrai dire, je ne leur ai jamais demandé. Ils sont camarades. Nous sommes comme une famille.
Je vais rester immobile pour la rassurer. Je ne veux pas l'inquiéter d'avantage. L'autre, emploie-t-il une armure ?
Non. Il peut altérer sa structure moléculaire. L'acier que vous voyez est sa propre peau.
Il peut altérer ses propres molécules ? Comment est-ce possible ?
Le processus n'est pas très connu, mais il est pratique. Si besoin est, il est assez fort pour vous porter dans notre vaisseau.
Je le pense aussi...
La femelle, Ororo, aida Kurt à se redresser et le garda près de lui en l'emmenant dehors. L'autre mâle, Piotr, resta où il était. Kotoko commença à se dérouler, puis se mordit les lèvres pour ne pas crier. La douleur de ses brûlures avait augmenté quand il était resté immobile.
Je suis désolé, professeur, mais je ne pense pas... pouvoir me dérouler, pensa-t-il. Mais je ne peux pas laisser mon armure ici, elle serait découverte.
Repose-toi, Kotoko. Nous nous occupons de tout.
Colossus resta là où il était quand Ororo emmena Kurt dehors, mais il ne lui semblait pas que la garde fût très nécessaire. Le monstre ne bougeait pas. Il le regarda avec fascination, se demanda ce qu'il pensait, à quoi sa peau ressemblait, se posant de nombreuses questions. Après le départ d'Ororo, la créature commença à se dérouler. Des douzaines de petites " bernacles " s'ouvrirent sur tout le corps et sifflèrent, comme faisant échapper une vapeur invisible. La créature s'enroula à nouveau, souffrant visiblement. Colossus s'avança, éclairant la créature. Il y avait plusieurs brûlures à l'aspect sérieux sur la peau rugueuse, acajou, et du sang bleu pur coulait d'une brûlure particulièrement profonde.
Piotr, fit doucement la voix du Professeur.
Oui, monsieur ? pensa-t-il en retour.
Notre nouvel invité a besoin d'aide pour aller jusqu'au Blackbird. Comme tu peux le voir, il est trop grièvement blessé pour bouger seul. Il doit également y avoir du matériel près de lui qui doit être son armure. S'il te plait, amène ça à bord aussi.
Compris, monsieur. Il s'approcha de la créature. Dois-je " le " soulever par quelque part en particulier ?
Xavier ne répondit pas tout de suite. Quand il le fit, ses pensées étaient marquées par une certaine perplexité.
Il dit de le tourner simplement sur le côté... et de le rouler...
