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Bella

Premier mois sans lui :

Voilà, mon chéri ! Mon amour ! Est parti en mer. C'est la fin des vacances pour moi, et lui va voguer sur les flots, en compagnie d'une vingtaine de jeunes étudiants qui comme lui, ont été retenus pour participer à ce tour du monde. Il va pouvoir explorer les fonds marin, être initié à la plongée sous-marine, et à bien d'autre activité dont je ne connais ni le nom, ni l'utilité.

Je suis assise contre le vélo qui me sert de moyen de transport. Aujourd'hui, je fais relâche, j'n'ai pas envie de voir les Phan', Alice est gentille mais elle est sur-active, elle est sur-excité, et elle m'en veut toujours de lui avoir piqué son jouet sexuel. Oh, elle ne m'en veut pas tant que ça, mais elle est en manque de mec qui ne la saoul pas. C'est sympa, me dit-elle, d'avoir un mec sous la main, qui ne pose pas de question, qui fait ce qu'on lui demande et basta.

Mais voilà, Em', il est à moi. Mais depuis peu, elle a rencontré un certain Jasper. Et je remercie ce mec, car la furie Alice est moins chiante avec moi. Normal, vu comment elle rame pour obtenir les faveurs du beau blond. Je les ai rencontrés lors d'une soirée, avant que mon chéri ne parte, elle était derrière lui, appliquant les règles de drague que se transmettent les sœurs. Pas de chance, il y est complètement hermétique. Enfin, d'après Edward, il n'y est pas si hermétique que ça, mais il ne veut pas qu'elle croit que c'est du tout cuit. Il veut qu'elle fasse des efforts. Je pense qu'il est même déjà amoureux d'elle, at qu'il veut que ça marche entre eux. Quand je repense à Al', je me dis qu'elle a enfin trouvé son maitre

Je suis donc appuyé sur mon vélo, j'attends ma copine Angie, qui a repris son quart à la radio. Moi, j'y vais piano, car j'ai plus de route que je n'en avais quand je vivais sur le campus. Je penche la tête en arrière, profitant du peu de soleil que nous avons. Un bruit de voiture dans mon dos me fait me redresser.

Lunette de soleil Ray Ban, jean brut coupe droite, chemise cintré en lin. Monsieur Cullen est en forme et revient d'une soirée.

- tu as l'air chiffonné ma caille.

Il s'assoit à côté de moi. Il me tire la langue et fronce les sourcils.

- tu es saoul, tu ne devrais pas conduire.

Il me tire une nouvelle fois la langue.

- tu pus.

- je te remercie d'être aussi agréable ce matin.

- totale franchise, tu me l'as demandé, n'oublie pas.

- ok. Tu fais quoi là.

- j'attends Angie, elle rentre de la radio.

- oh.

- oui, ses parents vont partir et je serais la seule sur la propriété, alors il faut que je vois avec elle pour m'occuper de leur maison. Je leur dois bien ça, ils refusent que je paie un loyer.

- tu n'hésites pas, si tu as besoin de quelque chose, tu ne m'appelles pas.

- idiot.

- non, je déconne, si t'as besoin, tu as mon portable.

- ok, ma caille, mais dis-moi, tu fais quoi là ?

- j'ai besoin de ton aide.

- ah ?

- oui j'ai une représentation, demain soir, j'aimerais que tu viennes, si tu veux bien. Mes parents ne peuvent pas être là et tu es la seule de ma famille, qui pourrait être là.

- demain soir ?

- oui !

- et Tanya.

- tu deviens méchante.

- c'n'est pas ton « official ».

- arrêtes de l'appeler comme ça.

Je le regarde, il est en colère.

- désolée.

- menteuse, tu n'es pas du tout désolée.

C'est mon tour, de lui tirer la langue.

- ok, je viendrais. Tu me donnes l'adresse et l'heure, et je viens.

- merci Isabella.

- de nada.

Je regarde au loin, et je vois mon amie approcher. Elle est en vélo, elle aussi. Elle est toute essoufflée.

- salut Angie, lui dit Edward, quand elle arrive à notre hauteur.

Elle rougit en le reconnaissant. C'est l'effet Edward Cullen. Toutes les filles sont en transe quand il est dans le coin et ça ne coupe pas avec la douce Angela.

- bonjour Angie, pas trop dur.

- non, la routine. Tu es toujours d'accord pour qu'on aille chez mes parents.

- bien sûr ma chérie, je t'attendais et notre ami ici présent me tenait compagnie en attendant que tu arrives.

- ah oui, je te tenais compagnie.

Je regarde Edward, un sourcil levé.

- tu me fais quoi là ?

- je n'te tenais pas compagnie ma caille, j'essaye de décuver.

- oh, oui, mais c'est la même chose, non, lui demande Angela.

Il la regarde. Il se lève et lui dépose un baiser sur la joue. Il lui parle à l'oreille et je vois mon amie sourire.

- tu garderas le secret Angie ?

- promis Edward.

Je me mets sur mes deux pieds, le regardant avec suspicion.

- rien de grave Isabella, rit-il. Je te dis à demain soir.

- je ne sais pas, je n'aime pas que l'on me fasse des cachoteries.

Il met ses mains dans ses poches.

- c'est du chantage ? demande-t-il.

Je le regarde et j'éclate de rire.

- non !

- bien.

Il se détourne de moi et fait le baise main à Angela, qui devient instantanément rouge pivoine. Il se détourne de nous mais j'ai le temps de voir son sourire en coin, il aime faire rougir les filles cet idiot. Je le regarde monter en voiture et s'éloigner.

- Bella, on y va.

Je regarde mon amie.

- ok ma grande, tu as déjeuné au moins.

- c'est gentil Bella de tant préoccuper, c'est vrai que j'ai faim.

- alors c'est réglé, on fait un détour par ma cuisine.

- merci.

- tu ne devrais pas faire du vélo le ventre vide, lui dis-je

Edward

Je remonte dans ma voiture. J'ai le sourire. Normal, elle va venir me voir jouer et il me tarde de partager ça avec elle. C'est très personnel, mais notre amitié est au beau fixe et je ne regrette pas ma décision de mettre de côté mes humeurs de mâle. Nous nous voyons quasiment chaque jour depuis qu'Em' est parti.

Je revois son départ, notre chagrin à tous et lui qui me demande de prendre soin de sa chérie et de la protéger. Alors je prends très au sérieux sa requête, et chaque jour, je viens la voir, pour savoir ce qu'elle fait, si elle va bien, etc . . .

Pour être sûr de ne pas avoir de geste malheureux, je me crève chaque nuit, mais j'ai de moins en moins d'entrain pour la bagatelle. J'ai bientôt 26 ans et je suis à la fin de mes études, longues études. Je n'ai rien prévu et ma vie est un vide intersidéral. Je suis jaloux de mon frangin qui depuis tout petit veut être chercheur et là, bingo, il est sur un rafiot, en train de réaliser son rêve. Il a une copine géniale, qui a la tête sur les épaules. Et moi, je gravite autour de ses deux-là, sans but, sans objectif.

- je ne suis personne. Une grosse merde.

De ressasser ces idées noires, m'a coupé toute envie de sortir ou de me faire une gonzesse de plus. Je suis devant l'entrée de la fratrie. Je n'ai même pas envie de rentrer. Je vais tomber sur mes « frères » et ils vont encore me féliciter sur mes exploits de la veille et j'ai qu'une envie, que l'on me foute la paix.

Je tourne les talons et me dirige vers la section musique de la U-dub. Je vais me relaxer sur mon piano favori. Il faut que je m'entraine pour demain.

Bella

Second mois qui débute, loin de toi mon tendre amour, je pense à toi, ici tout est beau mais je préfèrerais partager le paradis avec toi, car c'est l'enfer d'être loin de toi.

Je repose la lettre d'Emmett dans mon sac, je suis émue qu'il me fasse de la prose. Pas dans sa nature. Je regarde autour de moi, et je traverse la rue. Depuis un mois, j'assiste aux représentations de son grand frère. Je suis fan de sa musique. Il est tellement différent quand il est sur scène.

Là je suis devant le club de Jazz, où se produit Edward. Le bâtiment est dans un quartier assez bobo, peu connu des étudiants j'en suis certaine. Il y a plus de trentenaire et de quadra, que de jeunes de la U-dub, et c'est plus tôt pas mal. Je vais pouvoir profiter d'une soirée agréable, sans cruche ou beau parleur. Je regarde ma montre. Edward m'a demandé de l'attendre devant l'entrée, il doit venir me chercher à 18h précise, et il est moins cinq. Je considère ma tenue. Je ne sais pas si j'en ai trop fait ou pas assez. Mais la première fois que je suis venue assister à un de ses concerts, je me suis sentie trop mal. Je portais un jean noir et une chemise blanche avec un blouson en cuir. La honte. Toutes les femmes autour de moi portaient des tenues ultra chics. J'ai bien retenu la leçon. La preuve ce soir, je porte une robe bleu nuit, qui m'arrive en dessous des genoux, elle fait rétro. Je me suis coiffée comme les femmes des années 40, un chignon, et beaucoup de laque, Emmett m'aurait tordu le cou. Je l'entends me dire « et la couche d'ozone Bella ». et je me trouve pas mal.

Je suis heureuse de penser à mon amour, j'ai pu le voir grâce à internet. Il est déjà tout bronzé. Il a parlé pendant des heures de son voyage, il est heureux et c'est merveilleux de le voir comme ça. Je ne lui manque pas tant que ça, lui ai-je demandé. Il m'a souri et m'a montré son entre jambe.

« Là, tu vois Darling, M parle pour moi. »

Nous avons ris, nous nous sommes dit que nous nous aimions et nous avons dû mettre un terme à notre appel. J'ai pleuré comme une madeleine. Heureusement que je devais sortir ce soir, sinon j'y serais encore.

- Hey, Isabella, tu es venue.

Je me retourne. Il est là.

- bien sûr, je te l'avais dit.

- oui, merci.

Il me regarde. J'en profite pour faire de même. Il porte un costume noir, veste et pantalon, sur une chemise blanche. Il a les mains dans les poches. Je regarde ses pieds et j'éclate de rire.

- quoi ?

- des baskets, je te trouvais beau comme ça et tu mets des baskets, de vieilles, vieilles, très vieilles baskets.

- te moque pas, elles m'ont toujours porté chance.

- oh, pardon.

- toi par contre, tu es, pfiou, tu es belle comme tout.

Je tourne sur moi-même.

- t'as vu, le style avant-guerre. Ça te plait ?

- parfaite, tu es parfaite.

Je glisse un bras sous celui qu'il me tend et nous rentrons dans le club. Je suis happée par le bruit, le décor et même l'odeur. J'ai l'impression d'être dans un film de Woody Allen, me voilà dans « minuit à Paris », version Seattle bien entendu, c'est terriblement déstabilisant et en même temps tellement grisant.

- c'est superbe ici, Edward.

Il me regarde. Il a un grand sourire aux lèvres. Je lui rends la pareil. C'est formidable comme ambiance.

- Merci monsieur Cullen, de me permettre de partager ça avec vous.

Je lui dépose un baiser sur la joue. Je regarde autour de moi, je suis aux anges. Je reporte mon attention sur lui et mon sourire s'efface. Il est . . . différent, il me regarde avec intensité, je connais ce regard, c'est le même que celui de mon amour. Je recule d'un pas. Il cligne des yeux. Il secoue la tête et se reprend. Je n'ai qu'une envie c'est partir. Merde. Emmett avait raison. Comment ai-je pu ne pas voir la façon qu'il a de me regarder. Merde, merde, merde. Je recule d'un autre pas.

- Bella !

Il a crié mon nom, pour que je l'entende, pour que le bruit ambiant ne couvre pas sa voix. Son ton est . . . étrangement tendu.

- Bella, s'il te plait.

Cette fois, il n'a pas élevé la voix, j'ai simplement pu lire les mots sur ses lèvres, il est triste. Je regarde autour de moi, tout le monde nous observe. Je souffle un instant, baissant la tête, dans la contemplation de mes chaussures. Puis je prends une décision simple. Jusqu'ici, il n'a rien fait, ni geste, ni parole. Je suis consciente de ce que j'ai vu, de ce que j'ai ressenti, mais pour moi il n'y a pas d'ambiguïté. Je redresse la tête et plonge mes yeux dans les siens.

- je m'assois où.

Il me regarde avec soulagement.

- suis-moi, Isabella.

Je marche derrière lui. Il me tire une chaise, de l'une des tables les plus proches de la scène. Il attend que je sois installée pour me saluer d'une courbette et partir par ce qui doit être les coulisses.

Une personne se présente sur scène et annonce que nous assisterons ce soir au concert privé de l'une des plus grandes figures de ce club, un artiste accompli.

« Je vous propose ce soir, mesdames et messieurs d'accueillir avec vigueur, que dis-je, avec ferveur, le beau, le magnifique Edward Masen »

Masen ? Edward a pris un nom de scène. Je m'appuie contre le dossier de ma chaise. Je le regarde s'installer sur son siège, il est beau. Il a l'air totalement différent du play boy dans la peau duquel il aime se mettre. Je le regarde. Il commence à jouer et c'est un autre monde qui s'ouvre à moi.