─ Nessie, tu te dépêches, oui ? hurla Jacob.

─ J'arrive ! Aïe, Alice, tu me fais mal !

─ Je serre, mon cœur. Il le faut, tu es si grosse !

─ Eh ! s'indigna-t-elle.

─ Ben quoi ?

Pour être grosse, elle l'était. Enceinte de trois mois, Renesmée était même énorme. Beaucoup trop pour son stade de grossesse.

Mais bon. Un mix loup-garou, vampire, à quoi pouvait-on s'attendre ?

«Je ne sais pas du tout ce qui se passe », avoue Carlisle.

Mince, c'était quoi, ça ? Il fallait que je me reconcentrasse.

...

Et merde.

─ Qu'est-ce que t'as, Alice ? T'es toute crispée.

─ Oh... rien. Tu me rends aveugle, et ça m'énerve. Ne fais pas attention.

Allez, Alice, tu peux y arriver.

...

Nada. « Maudits soient les inhumains non vampiriques ! » pestai-je.

─ Cette... foutue... robe... est... trop... petite !!!

Bon sang, j'allais tuer quelqu'un.

─ Mais non, Alice. Il faut juste que...

Crrraaaaaaccckkk !

─ ... tu tires.

─ Super conseil, Nessie. Merci. Bon. De toute façon, cette robe est moche.

Je balançais les lambeaux de soie rouge sur le lit.

─ J'ai un truc mieux pour toi. Que dis-tu de...

Je filai dans ma chambre et fouillai dans mon placard. J'envoyai valdinguer à travers la pièce tout morceau de tissu ne comportant pas de froufrous.

─ Aaahhh !!! hurla-t-elle.

─ Ben quoi ?

─ Vire-moi cette horreur d'ici !

─ Mais... C'est du Chanel !

─ ...m'en fous ! Colle-moi une étiquette : « Salut, je m'appelle Pamela / Britney / comme tu veux, baby» sur le front tant que t'y es !

─ Ça ne fait pas prostituée ! protestai-je.

─ Non, bien sûr que non, je voulais dire que ça fait femme de pasteur. (Il y eut un silence pendant que j'observais la tenue, perplexe.) Mais bien sûr, bêtasse !

─ Eh ho, montre un peu de respect à tes ancêtres, je te prie.

─ J'ai le même âge que toi !

─ Sur ton passeport, ma chère, sur ton foutu passeport. J'ai cent ans de plus que toi, alors prosternes-toi, ris-je.

─ Dans quelques siècles, ça ne voudra plus rien dire du tout, bouda-t-elle.

Je soupirai. C'était facile, pour elle. Elle était née avec la notion d'éternité. (Si l'on oublie la petite tentative d'assassinat des gros « vilains pas beaux » – comme elle les avait surnommés à l'époque.)

─ Tu sais quoi ? C'est moi qui m'en fous. Tu vas enfiler cette robe et te faire admirer par tout le monde à cette fête, ou...

─ Ou tu quoi ? railla-t-elle.

Mince. Rosalie et Esmée étant sorties, je devrais donc me débrouiller seule.

─ Ou je... (Je m'arrêtai, à court d'imagination.) Ou je te confisque toutes tes saisons de Buffy contre les vampires.

─ Et pourquoi, je te prie ? s'insurgea-t-elle, soudain refroidie.

─ Parce que c'est fourré de préjugés stupides et qu'on nous prend pour des animaux dégoûtants qui se transforment en de vieux machins ridés à tout bout de champ ! Et... et en plus, je ne me suis jamais, jamais extirpée d'une tombe. Beuârk !

Je frissonnai rien qu'à l'idée.

« Totalement inattendu », marmonne Charlie au téléphone, des larmes silencieuses roulant sur ses joues.

Ah j'y étais ! Nom de Dieu, j'y étais !!!

...

Allez, gentil petit esprit, renvoie-moi ça en version longue. Allez !

...

Bon. Je gérerai ça plus tard.

─ Alors ?

─ Bon, d'accord ! Mais Alice...

─ Quoi ?

─ C'est une baby party. Pas un défilé de mode.

─ Mais non, regarde, elle est toute meugnonnette, meugnonnette, meugnonnette !

C'était une vraie merveille, noire, elle allait jusqu'au genou dans un taffetas très évasé à cause des mille quantités de tulle en dessous, et elle était cintrée à la taille par une ceinture en strass et restait bustier sur le haut, dégageant les épaules.

─ Tu vas être parfaite.

Elle soupira et commença à s'habiller. Cela lui allait à la perfection, rendant ses boucles cuivre plus flamboyantes, ses yeux plus vifs, ses jambes plus fines. Non qu'elle ne fût pas déjà parfaite avant, bien entendu, mais comme ça, elle l'était encore plus.

Je la regardai en souriant. Un mois plus tôt, quand Nessie avait annoncé sa grossesse aux autres, nous avions décidé de reporter le mariage. Qui voudrait se marier en se servant d'un bouquet pour cacher son ventre ? Et puis comme ça, l'heureux rejeton pourra faire la demoiselle ou le garçon d'honneur.

Je lui avais déjà acheté une tenue. Une pour chaque sexe. Mieux valait être prévoyant.

D'ailleurs, le fœtus avait déjà sa chambre, ses fringues, ses jouets et plus qu'il n'en fallait. Tout était prêt pour l'accueillir.

Et sa vie serait parfaite.