Chapitre 8

« Booth. »

« On l'a eu. » Sam n'avait pas besoin de développer; Booth savait exactement de quoi elle parlait. »

« Comment ? Il roule pour Hannery ? Il est relié à la famille Phan et à Ritchie Nguyen? »

« Doucement mon grand. Une question à la fois. D'abord, on a tracé les produits que le Dr Hodgins a trouvés dans la voiture du Dr Brennan jusqu'à une entreprise de produits chimiques. Notre gars y travaille. Puis, les appels de Hannery de la prison ont établi une connexion entre eux – il semble qu'ils ont travaillé ensemble sur les 3 autres explosions, que nous pensions être l'œuvre de la famille Phan. J'ai demandé à Hodgins de revenir à l'entrepôt et il a trouvé les mêmes résidus – c'est notre lien avec Ritchie Nguyen. Maintenant on doit les faire parler de la famille Phan, et on les a pour le meurtre de Ritchie et d'autres choses. Il semble qu'ils voulaient le Dr Brennan en dehors du coup parce qu'ils savaient qu'elle et tes 'fouines' allaient tout relier ensemble. »

« C'est juste pour mon information ou tu vas me laisser participer à l'interrogatoire ? »

« Booth… tu sais que je ne peux pas faire ça. Ce n'est pas ton affaire. »

« Si, c'est mon affaire, Sam. Bones est mon affaire. » Il essayait de ne pas hausser la voix.

« Et tu t'en tiens à ton histoire à propos d'être simplement partenaires, hein ? » Sam ne put s'empêcher de rire. Les hommes étaient tellement idiots quelquefois.

« Sam, on en a déjà parlé, tu te souviens ? Bones et moi avons une relation proche mais entièrement professionnelle. » Booth avait l'air d'y croire – un point pour lui.

« Booth, Big Mike et moi avons une relation professionnelle. Toi et le Dr Brennan c'est autre chose. »

« Big Mike ? Tu appelles ton partenaire 'Big Mike' ? »

« Il a été avant des Bears pendant 5 ans, Booth. Il mesure presque 2 mètres et pèse presque 150kg. S'il voulait que je l'appelle le Super Puissant Oz, qui suis-je pour discuter ? » Sam ne fut pas dupe du changement de sujet de Booth, mais décida de suivre. Il avait passé des moments difficiles ces derniers temps.

(NdT : Bears : équipe de football américain de Chicago)

« En parlant de lui, où était ton partenaire ces dernières semaines ? »

« Opération du genou. C'est pour ça que je suis à D.C. en train de vous ennuyer toi et ta partenaire, parce que le mien est sur des béquilles – de bonnes béquilles bien solides. »

« Alors… tu vas me laisser participer à l'interrogatoire ? Tu sais, pour accélérer les choses et que tu puisses rentrer à Atlanta ? » Booth pensait que son changement de sujet allait la faire changer d'avis. Il savait que Sam voulait rentrer à la maison avec son mari et ses enfants, sans parler de son énorme partenaire.

« Bel essai, Seeley. Tu es toujours aussi charmant. Heureusement que je suis immunisée depuis le temps. »

« Sam… »

« Ecoute, pourquoi on ne fait pas un compromis ? Je ne peux pas te laisser participer à l'interrogatoire official, parce que ça doit être hermétique et que tu es beaucoup trop proche de ça… »

« Je devrais être à l'interrogatoire, Samantha. » Sa voix était dure et fatiguée.

Sa voix s'était adoucie quand elle répondit. « Tu es trop proche, Booth. Trop proche de l'affaire, et trop proche d'elle. Je sais que c'était horrible, de voir ta partenaire se faire presque exploser – de voir quelqu'un dont tu te soucies se faire presque exploser – mais tu dois me faire confiance. Je vais avoir ce gars et faire capoter le reste de l'opération, si tu te calmes un peu, OK ? Rendez-vous en bas dans une demi-heure ? »

C'était plus que beaucoup lui auraient accordé, et il savait que Sam était une bonne amie, alors il céda.

« J'y serai. »

L'eau chaude martelait son dos alors qu'il posait les deux mains sur le carrelage sous la douche. Il baissa la tête et laissa l'eau triturer sa nuque, espérant que ça détendrait ses muscles. On aurait dit qu'il portait le poids des 2 dernières semaines sur ses épaules, littéralement.

Les 2 dernières semaines…

Est-ce qu'il s'était réellement passé 14 jours depuis que Bones était venue chez lui après avoir rendu visite à son père ? Est-ce qu'il avait vraiment réalisé qu'il l'aimait, il y a 14 jours ?

Il l'avait peut-être réalisé seulement il y a 2 semaines, pensa-t-il en faisant rouler ses épaules, mais il savait qu'il l'avait aimé depuis bien plus longtemps. Probablement depuis qu'il avait dit : « Nous sommes Mulder et Scully. »

Au moins cette affaire avec Sam Fletcher était terminée, et tout revenait à la normale. Quelle que soit la normale pour eux maintenant, pensa-t-il. Ce n'était pas comme s'il pouvait seulement arriver dans son bureau lundi et dire : « Bonjour Bones. J'espère que vous avez passé un bon week-end. Ouais, le mien était bon, merci. Non, pas de nouvelle affaire. Je voulais juste vous dire que je suis amoureux de vous, OK? »

Il rit sans humour à cette pensée. Elle se comportait déjà bizarrement en sa présence, comme s'il dégageait une quelconque vibration bizarre. Il devait vraiment se ressaisir. S'ils devaient travailler ensemble, il devait surmonter tout ça. Ses sentiments pour elle pouvaient gâcher leur partenariat, et ce n'était pas un risque qu'il était prêt à prendre.

L'eau devenait froide, alors qu'il arrêtait la douche et prenait sa serviette. Sa tête lui faisait encore un peu mal, mais son dos et sa nuque étaient enfin relaxés. Il enfilait son jean quand il entendit la sonnette d'entrée.

« Bones… hey… tout va bien? » Il fut surpris de la trouver sur le seuil ; il était presque minuit.

« Ouais, j'étais juste… » Elle avait l'air incertaine, presque nerveuse.

« Dans le voisinage ? » offrit-il, voulant la mettre à l'aise.

« Non, non pas vraiment. » Faites confiance à Bones pour ne pas suivre la route la plus facile. Elle se tenait toujours sur le seuil, ne faisant aucun mouvement pour entrer.

« Entrez, Bones, il fait froid dehors. Asseyez-vous sur le canapé, je peux vous offrir quelque chose ? »

« Non, ça va, merci. » Elle alla s'asseoir sur le canapé. Se tenir là avec lui la scrutant la rendait mal à l'aise. Booth était bon pour lire les gens – trop bon – et elle savait qu'il verrait le mot 'mensonge' à travers son visage si elle ne lui disait pas toute la vérité.

Elle était restée assise pendant 2 heures chez elle sur son canapé, après que l'agent Fletcher l'ait appelée pour l'informer des arrestations. Elle était tellement soulagée de pouvoir revenir à sa routine, mais ça lui faisait se demander ce qu'était la normalité. Est-ce que ce serait normal au labo, d'espérer et d'avoir peur que Booth n'entre à chaque instant ? Est-ce qu'elle pourrait agir comme si rien n'avait changé, pendant les trajets avec lui ? Et à propos des soirées dans son bureau, à essayer de maintenir une relation professionnelle en mangeant et en tombant un peu plus amoureux ?

Elle était venue pour lui parler, mais elle n'avait aucune idée de ce qu'elle allait lui dire. Elle savait seulement que le moment de faire face à la situation était venu, c'était son instinct naturel de faire face à tout la tête baissée. Se convaincant elle-même que confronter ses sentiments pour Booth était un plan d'action rationnel, elle était montée dans sa voiture et avait conduit directement jusqu'ici. Maintenant, en sa présence, elle commençait à ne plus être très sûre de son plan.

Elle entendit des tintements de verre dans la cuisine, et sut qu'il allait revenir dans quelques secondes, lui demandant de nouveau pourquoi elle était là. Cela lui donnait un peu de temps précieux pour décider de sa réponse.

Il posa un demi-verre de vin rouge sur la table à côté d'elle, puis d'assis près d'elle, son genou pas assez proche pour toucher le sien.

« J'ai pensé que vous aimeriez un verre de votre vin préféré » expliqua-t-il, faisant un geste vers le liquide bordeaux, avant de prendre une longue gorgée de sa bière.

Elle sourit légèrement, en prenant une gorgée et en réalisant que c'était, en effet, son préféré. « Je pensais que vous ne buviez pas de vin, Booth » dit-elle par-dessus son verre. Elle se tourna vers lui, approchant assez leurs genoux pour qu'ils se frôlent.

« Pas moi. Mais vous oui » répondit-il comme si ça expliquait tout. Ce qui était le cas dans son esprit ; quand il était allé à la boutique de vin quelques mois auparavant et avait acheté 4 bouteilles du Cabernet qu'elle aimait, il ne s'était pas posé de question sur ses motivations. Ca ne lui était pas venu à l'esprit qu'il ne l'avait jamais fait pour aucune femme avant.

Elle prit une autre gorgée, la laissant dans sa bouche alors qu'ils restaient assis en silence. Il savait qu'elle voulait lui parler de quelque chose, probablement de l'affaire, et y arriverait quand elle serait prête. Peu importe quels étaient les autres sentiments qu'il avait pour elle, il était son ami et son partenaire en premier.

« J'ai fait des cauchemars, Booth. A propos de l'explosion. » Pas exactement ce qu'elle avait prévu de dire, mais c'était la vérité.

Booth ne sembla pas surpris, appuyant simplement sa tête sur le canapé, et soupira.

« Ouais, Bones, moi aussi. Ils partiront avec le temps. Vous avez peur de rester toute seule chez vous? »

« Non… je n'ai pas peur que quelque chose arrive maintenant. Mais dans mes rêves vous êtes celui qui vous éloignez de la voiture et vous êtes celui qui se fait presque exploser – je suis toujours à bonne distance. Puis je ne peux pas courir vers vous, ou vous avertir – c'est comme si je savais ce qui allait se passer mais je suis figée sur place. »

Il se tourna vers elle et vit que c'était un cauchemar qu'elle avait vécu des douzaines de fois. Malheureusement, il n'était pas étranger aux cauchemars récurrents qui vous laissaient emmêlé dans les draps, transpirant et le cœur battant.

Ses yeux étaient fixés sur ses genoux, où elle tortillait l'ourlet de son sweat. Il voulait la réconforter, lui faire savoir à quel point il était vivant. Au lieu de cela, il couvrit sa main avec l'une des siennes.

« Je vais bien, Bones, et vous aussi. On a eu les méchants ; on a gagné. C'est terminé. » Il commença à écarter sa main mais elle posa la sienne dessus, l'emprisonnant.

Ils restèrent ainsi en silence, sa main prise en sandwich dans les siennes, et il savait qu'elle cherchait ses mots. Depuis aussi longtemps qu'il s'en souvenait, il savait quand elle voulait parler et savait que garder le silence était le seul encouragement qui marchait.

Elle devait avoir pris sa décision, et ce n'était pas ce à quoi il s'attendait. Laissant tomber brusquement sa main, elle se leva, posant son verre sur la table.

« Je devrais partir, il est tard. » Sa voix sortit avec un peu plus de force qu'elle ne le voulait, et il répondit avec un sourcil relevé.

« OK… » Il se leva aussi, perplexe, mais pratiquant la tempête Temperance Brennan avec facilité.

Elle était presque à la porte, quand elle se tourna vers lui. Il l'avait suivie rapidement, quand il avait compris son intention, et était juste derrière elle quand elle se tourna. Il lui rentra pratiquement dedans, s'arrêtant à quelques centimètres.

« Votre stylo, j'ai oublié. Je l'ai apporté. Jack l'a trouvé sur la scène » bafouilla-t-elle, sortant le stylo de sa poche. Elle essaya de faire un pas en arrière, mais se rendit compte que la porte n'était qu'à quelques centimètres derrière elle. Son visage rougit un peu à cette proximité, mais il fit semblant de ne pas le remarquer.

Il fit un mouvement comme pour prendre le stylo, mais au lieu de cela ferma ses doigts autour avec les siens. « C'est le vôtre maintenant, Bones. »

« Mais c'est votre stylo porte-chance… »

« La chance vous a protégée. Donc, maintenant c'est le vôtre. Vous vous éloignant de l'explosion était toute la chance dont j'avais besoin. » Il gardait sa main autour de la sienne, emprisonnant le stylo. Il essayait de garder un ton léger, neutre même, mais sa voix n'obéissait pas. Elle était plus douce, plus rauque, contre son gré. Se tenant si proche il pouvait sentir ses cheveux ; son corps le trahissait, un sens à la fois.

Elle essaya de se dire qu'il n'y avait rien derrière ses mots. Booth, après tout, était sentimental, et pouvait simplement être en train de dire qu'il était content qu'elle – sa partenaire, seulement sa partenaire – n'était pas blessée.

Elle baissa les yeux vers leurs mains jointes, effrayée de le regarder dans les yeux… sachant qu'il verrait des sentiments qu'elle ne voulait pas qu'il voit… quand il commença à tracer des cercles sur le dos de sa main avec son pouce. Elle le sentait la regarder, alors qu'elle gardait les yeux baissés, quand elle l'entendit murmurer son nom, son vrai prénom.

« Temperance… »

Booth avait perdu sa capacité à y aller doucement. C'était comme si une force bien plus forte que lui contrôlait la situation, alors qu'il pressait sa main dans la sienne autour du stylo. Aussitôt qu'il l'avait touché il avait su qu'il était perdu. Les mots venaient d'un endroit profondément enfoui en lui, un endroit où il avait eu peur d'aller, sachant qu'il y irait seul. En la regardant, il vit ses yeux toujours baissés et le faible tremblement de sa main, et cela lui donna le courage de dire son nom.

Elle n'arrivait pas à éviter de le regarder. Doucement elle leva les yeux, et ce qu'elle vit lui coupa presque le souffle. Compréhension, chaleur, besoin… amour… tout était là, la brûlant comme une flamme.

Ses yeux s'agrandirent en rencontrant les siens. Il savait qu'elle voyait son cœur, et il retint son souffle en attendant sa réponse. Doucement elle leva sa main libre vers sa joue, un peu rugueuse. Il ferma les yeux à son toucher, se tournant dans sa paume et y soufflant un baiser. Il se retourna pour lui faire face et vit ses propres sentiments reflétés dans ses yeux. Comme dans un rêve, il leva la main vers elle, la posant doucement sur sa mâchoire.

Le baiser fut douloureusement lent, doux, alors que leurs lèvres se rencontraient avec hésitation. Sa main prit sa nuque et se perdit dans ses cheveux, alors qu'il l'attirait vers lui. Ils approfondirent le baiser ; son léger gémissement contre sa bouche lui fit presque perdre la tête. Le stylo… Dieu, c'était un stylo porte-chance… glissa sur le canapé, oublié, alors qu'elle attrapait ses épaules.

Ils étaient consumés par leur feu, alors qu'il les éloignait de la porte. L'arrière de ses genoux heurta le sofa et il s'assit, l'attirant avec lui. Sur ses genoux, son corps s'arquait, essayant de se rapprocher, alors qu'il tenait fermement ses hanches. Il traça un chemin de feu avec des baisers le long de sa mâchoire alors que sa tête partait en arrière contre sa volonté ; il se rendait compte qu'elle était une addiction contre laquelle il ne se battrait jamais. Il était perdu dans sa chaleur, quand le toucher de ses phalanges sur ses côtes alors qu'elle essayait de lever son T-shirt le ramena à la conscience.

« Bones… Bones… attends, chérie… attends… » Il s'éloigna de ses lèvres juste assez pour poser son front sur le sien. Il reprit son souffle, tenant ses poignets le long de son corps pour éviter qu'elle bouge.

« Booth ? »

La peur qu'il entendit dans sa voix lui brisa le cœur. Peu importait à quel point elle avait du succès, à quel point elle avait réussi sa vie, elle était toujours une petite fille abandonnée. Avant de parler, il prit chacune de ses mains et plaça un baiser dans ses paumes, imitant son geste d'il y a quelques minutes. Il ne voulait pas qu'elle ait peur de son rejet, et la rassura du mieux qu'il pouvait. Cela marcha sans doute, car il la sentit se détendre.

« Bones, je dois savoir quelque chose, d'abord. Avant que ça » il les indiqua l'un après l'autre « n'aille plus loin. Je ne peux pas vivre sans toi… si ça gâche tout… je dois le savoir. Sois honnête. »

« Nous sommes le centre, Booth, tu te souviens ? » Elle se souvenait d'une conversation d'il y a longtemps, dont il se rappel immédiatement.

« Et le centre va tenir ? » offrit-il.

« Le centre va tenir » répondit-elle.

C'était tout ce dont il avait besoin, avant de l'attirer de nouveau, la dernière barrière entre eux envolée.