Un gros merci à janeandteresa (toujours fidèle au poste, merci!), filament-de-lune (content de te revoir dans le coin) et Vivi81 (heureux que tu apprécies et que tu ne saches pas quoi choisir dans tes préférences :)... moi aussi j'aime bien Jarvis... je crois que je vais le garder pour plus tard).
Un chapitre plus calme mais pas sans tension... et en plus, il y a de l'amûûûûûrr... je vous laisse découvrir...
Enjoy!
Les pizzas de Chez Gianfranco étaient les préférées de Lisbon.
Ouvert 24/7, il proposait, au choix, les pizzas New York ou Chicago style. Sa préférence à elle allait vers les NY-style avec une pâte fine et une légère couche de sauce tomate.
Dans la boite grande ouverte sur le bureau, ils avaient pioché les parts d'une texane à tour de rôle. La mozarella s'était effilochée et tendue dangereusement au-dessus des papiers qui traînaient sur la table et ils avaient tiré dessus comme le pêcheur remonte sa ligne du fond de la mer. Ils avaient ensuite, dans le sourire complice aux connaisseurs, plié leur part sur la longueur avant de l'enfourner dans la bouche et se laisser submerger par le feu du jalapeno qui se cachait sous le fromage.
Pendant cette collation nocturne, Lisbon fit le point de ses découvertes.
Hightower l'écouta sans la couper. C'était assez rare pour qu'on le remarque. Elle était grave comme si elle avait enfin pris conscience de l'ampleur du problème. Définitivement pas la Hightower du même matin, inconstante et imbuvable.
Jane était passé par là, cela se sentait.
Quand Lisbon eut fini, Hightower hochait la tête.
- Bien, bien… si je comprends, on a relativement peu de temps devant nous…
- Oui, Madame…
Hightower se leva en regardant sa montre.
- Je ne sais pas vous mais, moi, je n'ai pas sommeil… Je crois que je vais rester ici… Lisbon… Vous êtes toujours le chef de file sur cette enquête… rappelez vos troupes dès maintenant... il faut que vous soyez chez ce Danny Anderson demain au petit matin. Je veux tout le monde au bureau à 5h00…
- Bien Madame.
- … D'abord Anderson pour la voiture puis dans la foulée, on s'occupera de retrouver Pimpleton… vous avez une adresse ?
Lisbon se sentit soulagée, elle était satisfaite que Hightower laisse enfin entrevoir qu'elle était avant tout un flic.
- J'ai son dernier domicile comme référence… Mais j'appellerai son contrôleur judiciaire demain pour confirmer….
Hightower tendit la main vers Lisbon.
- Vous avez son nom ?
- Du contrôleur judiciaire ?
- Hu hu… marmonna Hightower.
- Jessica Lundt.
Les yeux de Hightower s'écarquillèrent légèrement.
- Ah ! Jessica ! Je la connais très bien… je m'en occupe… Elle ne râlera pas si c'est moi qui la réveille à… elle rejeta un coup d'œil à sa montre… 1h45 du matin…
Hightower se leva et fit quelques pas vers la sortie puis en se retournant légèrement.
- Jane ? Je peux vous voir quelques instants ?
Il se leva à son tour. Il avait gardé le silence parce qu'il adorait voir Lisbon focalisée sur un but. Elle était alors aussi inarrêtable qu'un train lancé à pleine vitesse. Et sa beauté, qu'on aurait qualifié de « commune », rayonnait dans ces moments là alors que ses yeux flamboyaient de détermination. Pourquoi gâcher le spectacle ?
- J'arrive Madeleine… Térésa ? Tu m'excuses ?
Lisbo le regarda étrangement, comme s'il venait de réapparaître après 15 ans d'absence.
- C'est nouveau çà ? Tu me demandes l'autorisation de sortir de table maintenant ?
Il lui sourit, un sourire qui voulait dire « bien envoyé » et il sortit.
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Hightower alluma sa lampe de bureau et s'assit devant l'ordinateur qu'elle lança d'un CTRL-ALT-Suppr puis de son mot de passe. Plus par habitude involontaire ou par amusement que par rouerie, Jane le recomposa dans sa tête « H1ght0w3r02 ». Pas très original mais diablement tordu. Un bon mot de passe en somme.
- Pour ce que vous avez vu ce soir…
- Que vous ne savez pas manger une pizza NY-style proprement ?
Elle lui lança un regard par en-dessous.
- Non. Avant ça… vous savez de quoi je parle…
- Des hommes en caleçon qui menacent, sur le pas de votre porte, les consultants qui travaillent pour vous ?
- C'est ça…
- Et bien ?
- Prenez-le comme vous voudrez… prenez-le comme un service que je vous demande, comme un ordre, comme une faveur… peu importe… J'aimerais autant…
- … que cela reste entre nous, n'est-ce pas ?
- …N'est-ce pas ? Fit-elle en écho.
Jane sourit. Le même sourire que lorsqu'il avait vu Bonnefeuille dans l'encadrement de la porte, prêt à le flinguer s'il respirait de travers… mais avec un T-shirt « Born to B wild ».
Jane pris le siège en face de Hightower, de l'autre côté de son bureau. Il la regarda en silence, les coudes posés sur la table et le menton planté sur les pointes de ses doigts rejoints.
- Madeleine… Dans ce cas-là… nous pourrions peut-être reparler d'un « petit problème » qui pollue l'état de nos bonnes relations… je veux dire… en reparler en interne…
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Lisbon, une fois Jane sorti et après avoir nettoyé les restes de leur petit repas, avait décroché son téléphone et appelé Cho pour lui faire part des instructions de Hightower.
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Le buzz d'un téléphone portable qui vibrait réveilla Rita.
Lorsqu'elle ouvrit les yeux, une lueur bleutée éclairait le plafond. Elle mit quelques instants à se remettre les idées en place : elle était chez Kimball. Elle le sentit à côté d'elle, sortir lui aussi du sommeil lourd qui frappe les corps après l'amour.
Il tendit le bras et attrapa son portable qu'il enclencha. La voix pâteuse, il répondit.
- Mouai… Cho… Rigsby, rien à foutre de tes blag…
- Cho ? Ici Lisbon.
Comme une douche écossaise, le nom de son patron fit Cho s'asseoir sur le lit.
Cerveau branché ? Check. Yeux en face des trous ? Check. Agent opérationnel ? Double check.
- Oui, patron ?
Ils restèrent en ligne quelques minutes. Lisbon fit le "résumé du résumé" de la soirée et conclut par les ordres de Hightower.
- D'accord patron… à 5h00, au bureau…
Lorsqu'il raccrocha, il regarda le radio-réveil. Il lui restait tout au plus deux petites heures avant de devoir se préparer.
- Ca arrive souvent, çà ? Demanda Rita qui l'avait regardé pendant toute sa conversation.
- Parfois… la vie de flic quoi… Et des fois, ils ne me laissent même pas rentrer… A la rigueur, je préfère… Ca permet de rester concentré sur le boulot…
- Ouai, railla Rita… Alors que là… la galère... Devoir rentrer à la maison pour culbuter ta copine… Ca craint…
- Je suis choqué par ton vocabulaire ! Fit-il, outrancier.
Elle lui balança un coup de poing dans l'épaule. Elle avait une sacrée droite. Et encore, elle était mal assise. Ils rirent et elle vint se blottir contre lui.
- Je t'aime, Kimball…
- Je t'aime, Rita…
Ils s'embrassèrent.
Elle glissa une main sous le drap et prirent le temps refaire l'amour.
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- C'est du chantage, Jane…
- Noooon… le chantage, c'est illégal… Non… juste un marché en bon et dû forme…
- Vous savez que c'est, de toute façon, contre la politique du Bureau… Pas de relations entre partenaires d'une même équipe…
- Madeleine, Madeleine, Madeleine… fit Jane en agitant lentement la tête de droite à gauche. Vous ne m'avez pas compris… Je vous demande juste d'ignorer que certains liens, avec le temps, aient pu se créer entre les membres d'une équipe…
- Ignorer ? Ignorer pour Van Pelt et Rigsby quand c'est là le point que l'IGS retiendra pour expliquer qu'elle a défoncer la tête d'un ado qu'elle coursait ? Ignorer pour vous et Lisbon ?
- Pour Van Pelt, elle était menacée d'une arme à feu et avouez que pour Lisbon et moi... cela nous réussit plutôt … Je ne crois pas que je travaillerais aussi bien avec quelqu'un que je n'apprécie pas… Madeleine… ignorer est peut-être un terme un peu fort, je vous l'accorde… disons que je vous propose de regarder ailleurs, pendant que… je regarde ailleurs?
- Jane, vous savez que je ne peux pas faire comme si ces couples ne se formaient pas…
- Madeleine… ce n'est même pas dans les textes officiels du Bureau… juste une pratique, logique, à la rigueur, d'un point de vue sécuritaire, mais une habitude née à l'époque où les toute premières femmes travaillaient sur le terrain et où elles étaient en minorité… de la foutaise aujourd'hui ! Il y a maintenant quasiment plus de femmes que d'hommes à cet étage ! Et vous voudriez empêcher les sentiments humains d'évoluer, de se croiser, de se combiner ? Alloooons… C'est absolument contre-nature... la règle est le mélange!
- Votre exposé est très touchant, Jane… Si je ne me retenais pas, j'en pleurerais... mais je ne peux pas fermer les yeux sur ce qu'il se passe dans cette équipe…
Jane s'était levé. Il s'était appuyé, les mains bien à plat, sur le bureau de Hightower et s'était avancé jusqu'à elle par-dessus les piles de dossiers.
- Madeleine… Ne voyez-vous donc pas que c'est parce que ces relations existent entre nous que cette équipe a les résultats qu'elle a ?… Une alchimie unique est devant vos yeux et vous refusez de l'accepter…
- Je ne…
Les yeux de Jane se durcirent tout à coup.
- Madeleine… comprenez-vous qu'un chef n'est rien sans le soutien de ses troupes ? Que le discrédit d'un commandeur peut lui coûter la tête ?
Hightower s'était levée à demi et avait maintenant son visage presque sur celui de Jane.
- Vous me menacez, Jane ?
- Vous croyez que j'en ai vraiment besoin, Hightower ?
Ils restèrent comme cela quelques secondes qui leur parurent une éternité puis Hightower battit en retraite.
- Nous en reparlerons demain…
- Je ne crois pas que nous en aurons l'opportunité… Je démissionne, demain… j'en informerai moi-même le Gouverneur… Peu importe ce qu'il en dit... Je me retire...
Jane lut dans les yeux de Hightower une enfilade de calculs, comme un joueur d'échec essayant de prévenir un mat dans dix coups. Il voyait qu'elle pesait le pour et le contre, ce qu'elle pouvait y gagner, y perdre. S'il démissionnait sa carrière était finie, le Gouverneur la rendrait responsable du départ de Jane et par son influence, elle pourrait commencer à prospecter dans le privé dès le lendemain, si Jane balançait son aventure avec Bonnefeuille, son autorité sur ses équipes serait anéantie – traîner avec les bœufs carottes, la honte -, si, en revanche, elle laissait filer ces histoires d'amourettes de bureau…
- Regarder ailleurs… C'est ce que vous me proposez, Jane ?
- Madeleine… Laissez plutôt vivre vos « hommes »…Rappelez-vous Machiavel : « Il ne peut y avoir de bonnes lois sans de bonnes troupes, et où il y a de bonnes troupes, il y a de bonnes lois. »
- Rappelez-moi l'ironie de vous voir citer Machiavel… Jane… Vous êtes un fumier…
Il sortit en souriant – le mépris des chefs était une décoration qu'il portait fièrement à la boutonnière - et Hightower se laissa aller et s'enfonça dans son fauteuil.
Il ne l'emporterait pas au Paradis. Peut-être pas aujourd'hui, sans doute pas demain mais avant de le voir quitter le CBI, elle mangerait de la soupe dans son crâne en guise de bol.
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Lisbon raccrochait d'une discussion avec Rigsby lorsque Jane entra dans son bureau à nouveau.
- Qu'est-ce qu'elle te voulait ? Demanda-t-elle.
- Oh… rien d'important… fit-il malicieux.
- Toi, tu as la même tête que quand tu me roules dans la farine… tu l'as embobinée sur une histoire pas claire, toi…
- D'accord… je l'ai baratinée… dit-il en s'approchant de Lisbon.
- Et c'était quoi, cette histoire ? On peut savoir ?
- Rien d'important.
Il la prit dans ses bras, elle se débattit sous prétexte qu'ils étaient au bureau, il la retint, elle ne résista pas longtemps.
Il l'embrassa férocement. Elle répondit en lui mordillant la lèvre inférieure.
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Cho était sur le point de partir lorsque Rita, un t-shirt trop large pour elle enfilé à la va-vite sur les épaules, le retint par la manche de son costume.
- Hey, cow-boy… tu me reviens entier… d'accord ?
Il la prit par les hanches et l'embrassa doucement sur les lèvres.
- Tu me connais… Au fait, hier soir, je pensais…
Cho sortit un trousseau de clés de sa poche et le tendit à Rita.
- … Je serais content de te voir un peu plus souvent traîner dans mon appart'… enfin… je veux dire, une fois que tout ça sera fini…
Des larmes apparurent dans les yeux de Rita. Elle prit les clés doucement dans ses mains. Pour Cho, c'était presque la demander en mariage… c'est en tout cas, ce qui y ressemblait le plus pour l'impassible Kimball…
Elle le regarda et pinça les lèvres de joie.
- Rien ne me ferait plus plaisir…
- Alors à tout à l'heure… tu traînes à la maison, tu sors un minimum et tu n'ouvres à personne… okay ?
- D'accord… j'ouvre à personne… tu vas dormir où ce soir dans ce cas ?
Il sourit et l'embrassa encore une fois avant de quitter l'appartement.
Une longue journée en perspective qu'il abordait pourtant le cœur léger.
