Chapitre 8 : Souvenirs oubliés

Kristoff fit les cents pas devant la porte de la chambre princière qu'il occupait depuis environ dix ans avec sa femme la Princesse d'Arendelle, attendant inquiet le diagnostic de Beata. Cette dernière sortit calmement comme si il n'en était rien. Kristoff se précipita à l'interroger.

« Alors ? » demanda le prince anxieux.

« Votre femme va bien, ce n'était que de vilaines contractions. En revanche, il faudra régulièrement vérifier si elle ne perd pas les eaux dans les prochains jours. » dit Beata à voix basse.

« Tant mieux...enfin, j'espère que notre enfant viendra au monde le plus tard possible, ce n'est pas le bon moment, et je pensais qu'il était prévu dans un mois. »

« Ces choses là sont imprévisibles, j'ai déjà fait mettre au monde des prématurés où il n'était qu'à sept mois de gestation, très rares sont ceux qui survivent malheureusement. Mais ne vous en faites pas, plus le temps passera moins les risques seront élevés, et il n'y a pas meilleur endroit que le château pour naître en Arendelle. »

« Merci Beata, je m'en vais la rejoindre. »

Kristoff s'apprêta à ouvrir la porte que Beata l'en empêcha en lui disant.

« Il y a un autre problème. »

« Expliquez-vous je vous en prie. »

« Elle réclame la Reine et votre fils. Elle semble avoir oublié les récents événements... »

« Que lui avez-vous dit ? »

« Pour ne pas la brusquer, vous savez dans son état, je suis allée dans sons sens en disant que Karl dormait, de même pour notre reine, mais j'ai bien peur que la supercherie ne tienne longtemps, aussi je vous confis le reste. »

« Mais que voulez-vous que je lui dise !? Je pourrais lui inventer n'importe quoi, mais si Elsa ne revenait pas ? Que faudra t-il lui dire ? Comment lui expliquer ? » s'offusqua Kristoff.

« Jusqu'à l'arrivée de l'enfant, faisons lui croire que la Reine Elsa est en voyage diplomatique, quant à Karl...pour quelle raison serait-il absent pour une longue durée ? »

« Le soucis est là, c'est peine perdu. » déplora Krsitoff la tête dans ses mains.

Alors que le médecin et le prince débâtèrent autour d'une solution, une petit voix hésitante les coupa.

« Ex...excusez-moi mais... »

Cette voix provenait du petit troll de pierre, seul rescapé de l'effroyable sort de Yûki Onna.

« Nous avons à faire mon petit, reviens me voir demain ! » s'exclama Kristoff avec impulsivité.

« Mais il s'agit de votre problème...il y a peut-être une solution... » répliqua-t-il timidement.

« Dans ce cas nous t'écoutons, allons fait vite, ne soit timide. » dit Beata.

« Je ne suis qu'un petit troll en pleine apprentissage, mais il est possible d'effacer ou faire recouvrir la mémoire d'une personne. »

« Donc si chaque jour nous renouvelons sa mémoire en rapport avec son fils, elle ne se doutera pas de son absence et nous n'aurions nul besoin de lui inventer une histoire abracadabrantesque à son sujet. » renchérit la femme médecin qui avait vu clair dans l'idée du petit troll.

« Tu saurais faire ça ? » demanda Kristoff.

« J'ai pu un peu étudié, mais je ne suis pas sûr d'être capable d'un tel exploit » répondit-il gêné.

« Essayons quand même, faisons un essaie dès à présent. » s'exclama Beata.

Les trois entrèrent ensemble dans les appartements. Anna les accueilli d'un grand sourire.

« Oh ! Quel adorable petit troll ! Je ne m'attendais pas à un tel invité de marque, tu es sans doute un ami de mon cher et tendre Kristoff. » s'enthousiasma Anna.

« Ou...oui madame, on m'a dit que vous attendiez un bébé donc j'ai voulu savoir comment vous vous portez. »

« Je vais très bien mon petit, Beata m'a rassurée, il n'est pas pour tout de suite tu sais, même si je trouve que mon ventre commence à devenir bien encombrant. Mais d'un autre côté j'aurais peine à mettre au monde mon bébé dans l'urgence sans la présence de ma chère sœur. Est-ce que tu veux le sentir ? Peut-être qu'avec tes pouvoirs tu saurais me dire si c'est un garçon ou une fille...oh une fille, comme je voudrais bien. »

Le troll sembla très anxieux suite à la demande de la Princesse d'Arendelle. Il regarda Kristoff et Beata qui lui firent signe de faire, profitant de ce moment pour s'attaquer à la mémoire d'Anna.

« Euh oui je veux bien... »

Il monta sur le lit et posa sa main sur le ventre de la princesse. C'était l'occasion pour le jeune troll de mettre en pratique ses compétences. Il attendit la moindre inattention de son sujet expérimental. Celle-ci soupira en baissant les yeux dû à l'heure tardive qui lui engendra la fatigue. Le troll imposa ses mains, une lueur bleue sortit du front de la princesse, il malaxa cette lueur en une orbe puis la renvoya dans l'esprit d'Anna. Celle-ci eu un frisson, ouvrit les yeux l'air un peu hébété.

« Anna, comment te sens-tu ? » intervint Kristoff.

Anna le regarda d'un air tendre et lui dit le sourire grand au lèvre comme si de rien n'était, pas même perturbée par la présence du troll à ses côté sur le lit.

« Dis-moi mon doux Kristoff, j'ai réfléchie à ta proposition, un prénom court, commençant par un K, que pense-tu de Karl pour un garçon ? C'est un joli prénom non ? »

« Voyons Anna, c'est ridicule, nous avions déjà... attend ! Un prénom court commençant par K ? Je ne t'ai rien demandé de tel cette fois-ci ! A moins que... » répondit Kristoff avec un mauvais pressentiment.

« Voyons chéri, ne te tourmente pas, le bébé risque de le ressentir, tu vois c'est notre premier enfant, je veux qu'il naisse dans les meilleurs conditions. »

« Notre premier enfant tu dis !? »

Les soupçons du prince se confirmèrent, Anna avait perdu toute trace de Karl son véritable premier enfant de sa mémoire. La situation avait pour lui empiré, il fixa le troll les sourcils froncés et lui jeta en pleine figure avec beaucoup d'autorité.

« Qu'est ce que tu lui as fait ? »

Le troll se fit le plus petit possible, honteux d'avoir commis l'irréparable. Il sauta du lit et sortit de la pièce en sanglotant allant se cacher derrière une colonne. Il n'avait jamais vu Kristoff en colère, c'était chose rare, tout comme le Grand Pabbie. Qu'aurait pensé ce dernier se demanda-t-il. Il aurait sans doute réagi de la même façon, ce n'était qu'un apprenti, il n'avait pas à user de ses pouvoirs sans présence d'un maître ou avant qu'il ne soit confirmé. Il pleura de longues minutes jusqu'à ce qu'il sentit une main se poser sur son épaule.

« Pourquoi te caches-tu ? » demanda Beata

Le troll tenta de sécher ses larmes et se retourna sans dire un mot se retenant de pleurer davantage. La femme chercha à le réconforter.

« J'ai discuté avec Kristoff. Oh pardonne-le, sa réaction est normal, mais tu le connais mieux que moi, il n'est pas rancunier. Je lui ai dit qu'en fait, ce que tu as fait n'est pas plus mal pour le moment. La princesse ne cherchera pas un fils qu'elle a oubliée. »

Elle lui caressa le sommet du crâne en signe de soutien, mais le troll recula aussitôt apeuré.

« Mais...mais...vous ne comprenez pas ! Il y a de fortes chances que mon sort soit irréversible ! Et si Kristoff avait raison...si la Reine ne revenait pas, Grand Pabbie ne pourrait plus rien faire et je serais le dernier de miens. »

Le petit troll s'écroula et pleura sur le sol inconsolable. Beata fut prise de pitié pour cette créature. Sa mésaventure la touchait au plus profond de son âme. Son peuple menacé d'être décimé, sa solitude, sa maladresse malgré sa bonne volonté à venir en aide à autrui. Cela lui rappelait sa propre histoire. Elle s'assit en tailleur pour être à sa hauteur à côté de lui et attendit qu'il se calme un peu et soit en mesure de parler. Si fait elle le fit se relever comme une mère l'aurait fait à son enfant dans le chagrin et lui parla posément.

« Dis-moi mon petit, c'est ce Grand Pabbie qui t'a tout appris ? »

« Oui, c'est notre maître à tous, personne n'est aussi fort que lui dans son domaine. »

« Comment ton maître a-t-il apprit la magie ? »

« Il a eu un maître lui aussi, et il y avait des parchemins. »

« Qui a écrit ces parchemins ? »
« D'autres trolls, depuis des années. »

« Et le premier troll sur Terre, comment a-t-il tout appris ? Le premier qui a écrit ces parchemins. »

Le troll se tût ne trouvant pas de réponse. Beata répondit à sa place.

« Il a apprit de lui-même et a transmis ses savoirs à sa descendance. Tout comme mes ancêtres ont appris par recherche acharné qu'une plante était bonne pour les maux de tête, qu'une autre était un poison mortelle, qu'une faisait tomber la fièvre et qu'une autre provoquait la paralysie. Ils ont fait don de leur connaissance à leurs enfants qui ont eu des enfants jusqu'à aujourd'hui. »

« Vous êtes une sorcière ? »

« Je préfère guérisseuse si cela ne te dérange pas. »

« Mais, pourquoi me racontez-vous tout ça ? »

« Le Grand Pabbie t'a enseigné des choses que son maître lui a enseigné, et plus tard ce sera toi qui enseignera. Tu as déjà des bases qui pourront t'aider dans ta quête, maintenant tu vas devoir apprendre le reste par toi-même pendant ces temps difficiles. Et si le pire devait arriver, ce sera à toi de trouver un remède. »

« Mais j'en suis incapable ! Et il y a tellement de chose à apprendre ! »

Beata posa ses deux mains sur chaque épaule du troll et s'exclama à lui à haute voix.

« Mais si voyons tu en est capable ! », elle sourit, se releva et invita le troll à la suivre « Viens suis-moi, à compter d'aujourd'hui tu seras mon assistant, voudrais tu apprendre à concocter de bonnes tisanes pour la Princesse ? »

Le troll avait retrouvé le sourire. Il rejoignit la gentille femme médecin avec jovialité prêt à tout pour honorer Grand Pabbie et les siens.

Dans la tanière au cœur de la forêt par-delà la Montagne du Nord, la Reine Elsa d'Arendelle avait trouvé refuge avec pour seule compagnie Viktor, Melyngar sa jument, l'ourse et son petit. Il devait être plus de minuit. Tout le monde trouva le sommeil sauf Elsa qui n'avait rien mangé depuis plus de douze heures. Viktor avait patrouillé les lieux, il ne trouva rien sauf un étang gelé. Il brisa la glace, fit immergé plusieurs hameçons liés par une ficelle, et alluma un torche de fortune au-dessus du trou. La technique consistai à attirer les poissons vers la lumière de la flamme, les amenant vers les appâts, soient des miettes de pains trouvées au fond de ses bagages. Mais il ne fallait espérer qu'ils viennent instantanément. Viktor recommanda d'attendre le lendemain pour vérifier le piège. Ainsi la faim et l'inquiétude rendit Elsa insomniaque. Elle ne cessa de penser à ce qui lui était arrivé la veille, ce qu'a pu devenir Friedrich qu'elle commençait a bien plus que l'apprécier, pour qui elle aurait du mal à porter la culpabilité face à sa femme, au capitaine de la garde et ses hommes qui avaient à chacun une famille qu'ils chérissaient. Elle sortit de sa poche la pierre de feu que Kristoff lui avait fait parvenir et l'observa. C'était une pierre qui dégageait une douce chaleur et une aura réconfortante, elle permettait également de s'éclairer dans la pénombre. Elle se souvint alors de sa première rencontre avec l'ourse sauvage, l'animal s'était calmé au contact de la pierre. Elsa se persuada que c'était une source de magie lié au feu, un élément de la nature, qui devait avoir des vertus secondaires comme celui de communier avec la faune. Elle serra l'objet magique contre sa poitrine, cela pourrait l'aider à s'endormir pensa-t-elle. Elle jeta un dernier regard à ses bienfaitrices et à Viktor qui dormaient paisiblement. Elle s'arrêta troublée par le visage de ce-dernier. Elle examina sa face, ses sourcils, ses paupières fermées, son menton, son nez. Quelque chose clochait, pourquoi ce visage lui était si familier ? Elle le connaissait que depuis trois jours, ou du moins c'est ce qu'elle avait pensé jusqu'à maintenant. Elle en était sûr, elle avait rencontré Viktor bien avant, mais dans quelle circonstance ?

Elsa réussit finalement à s'endormir pour quelques heures. Elle fut réveillée au petit matin en sursaut par un cri et des hennissements provenant de l'extérieur.

« Viktor ! » pensa la Reine à voix haute.

Elle se leva rapidement et accourut à son secours suivant les cris à travers la forêt. Dans sa course elle hurla son prénom à plusieurs reprises. Elle arriva derrière un géant de neige et de glace qui devait mesurer près de quatre mètres qui suspendait Viktor par les pieds de sa grosse main. Elsa le reconnu.

« Guimauve. Lâche-le ! » commanda Elsa avec fermeté.

Le monstre des neiges ouvrit ses mains, lâchant prise sa proie sans ménagement. Il s'approcha d'Elsa et s'inclina.

« Maitresse... » dit Guimauve d'une voix grave.

« Moi aussi Guimauve je suis heureuse de te revoir, tu as entendu mon appel. » répondit Elsa soulagée de ces retrouvailles.

Viktor se remit de sa énième chute et fut interloqué par ce qu'il venait de voir.

« Cette chose à un nom ? Ridicule si je puis le permettre. Et vous vous connaissez ? » s'exclama t-il ébahit.

Guimauve prit mal la remarque de ce qu'il voyait comme nuisible pour sa créatrice, il se retourna vers lui et hurla, lui envoyant l'équivalent d'un blizzard en pleine figure. Elsa s'interposa entre les deux.

« Allons c'est un ami tu n'as rien à craindre ! » s'élança t-elle avec un sourire gêné.

« Vous avez dit un ami ? » s'étonna Viktor.

« Il faut bien lui faire comprendre, si vous ne voulez pas finir écartelé ou que sais-je encore ! »

Viktor haussa les épaules et chercha quelque chose au sol en disant.

« Ah c'était bien trop beau pour être vrai. Autrement j'ai croisé votre... Guimauve c'est bien cela mon brave ? En allant chercher le petit déjeuner, regardez ! ».

Le pêcheur dégaina la ligne qu'il avait posé la veille dans l'étang. Il y avait en tout cinq petits poissons accrochés aux hameçons. Elsa fut satisfaite de la prise mais ne voulu pas trop le montrer par fierté et par malice.

« Faites les cuire ! » dit-elle hautainement se retournant sur ses talons en route vers la tanière.

« Un merci était apparemment trop demandé » marmonna Viktor à sa jument qui lui répondit par un hennissement moqueur.

Alors que Viktor s'exécuta avec une pointe d'amertume, Elsa profita des quelques rayons du soleil qui passaient à travers les nuages. Guimauve était aux aguets s'assurant en premier lieu de la sécurité de sa maîtresse. Il sentit la présence d'une troupe et ne tarda pas à le faire savoir à Elsa. Cette-dernière accouru alors à travers les bruyère et les sapins suivi par Viktor et le géant de neige. Elle arriva dans une clairière et vit de loin ses compagnons de route qu'elle croyait perdu. Elle hurla à pleins poumons pour les attirer, elle fut ensuite aidé par Viktor dans cette tâche. Quelques minutes plus tard, tout le monde se retrouvèrent sous des cris de joie et des pleurs pour certains.