Daeamon, merci pour cette nouvelle review, ça fait plaisir de voir que tu suis toujours l'histoire. Pour Mace ça rassure, en même temps vu que les personnages ne sont pas exploités à fond, ça laisse une grande marge d'action.


Another Earth

8


Mace avait encore passé sa journée dans les jardins, il se plaisait à regarder le faux ciel s'illuminer à chaque mouvement qu'il faisait et ça semblait le détendre. Sam lui avait demandé d'attendre le rétablissement de Capa avant de pouvoir le voir et lui parler, aussi il était resté dans son coin avec ses interrogations et ses fragments de mémoire attendant patiemment qu'il ait le feu vert de la part de Sam afin de combler les trous qui subsistaient. Lorsqu'il eut faim, il se dirigea vers les quartiers communs mais s'arrêta net en voyant Sam dans le couloir menant vers la salle des machines. Il lui fait un signe de tête afin de la saluer et de l'interpeller, puis n'y tenant plus il pose la question qui lui brule les lèvres.

- Il va bien ? »

Sam relève la tête de son écran portable, elle soupire puis incline le visage vers le militaire car cette question ne veut strictement rien dire.

- Si tu parles de sa forme physique, ça va très bien, à part son cerveau. »
- C'est-à-dire ? »
- C'est-à-dire que ma machine ne peut rien faire contre un cerveau de cette envergure… cependant il s'en sort pas trop mal. Heureusement que c'est toi qui est mort, car jamais je n'aurais pu ramener une intelligence aussi développée dans sa globalité. »

Mace rigole, c'était un fait avéré, on n'appelait pas Capa le petit génie pour rien. La phrase de Sam aurait pu le peiner, mais en face du physicien il ne faisait pas du tout le poids, ça aussi c'était un fait avéré. Pas qu'il se trouvait idiot, loin de là, mais il savait qu'il avait toujours été un élève moyen, voir médiocre dans certaines matières. S'il n'y avait pas eu la mécanique pour le réconcilier avec l'apprentissage, il n'aurait rien fait de très glorieux de sa petite vie. Son diplôme, il l'avait eu à l'armée c'était à cette entité qu'il devait le fait d'avoir trouvé sa place et par extension à la femme qu'il avait aimé.

- Je peux le voir ? »
- Oui, il est sous calmant par contre, vas-y en douceur. »
- Ok ! »

L'homme avance à grandes enjambées, il a un cadeau pour Capa, aussi il est plutôt de bonne humeur car bientôt il sera à nouveau complet, se trainer des trous dans sa mémoire l'exaspère au plus haut point. En pénétrant la chambre du petit génie, il n'est pas surpris de ne pas le trouver dans son lit, mais debout à côté de l'aide médicale robotique. A coup sûr, il est entré dans l'intelligence de la machine afin de la disséquer scientifiquement…

- Alors ? »
- Il est formidable, je n'imaginais pas que le futur puisse avoir tant de choses à m'apprendre. »
- Futur ? »
- Tu te rappelles pas ? »
- En fait, c'est pour ça que je viens te voir, je suis mort, comme tu le sais et le processus a quelques effets comment dire… indésirables, comme l'amnésie partielle. Je me souviens bien de tout ce qu'on a vécu sur Icarus, mais cette histoire de seconde vie… je ne pige pas trop. Qu'est-on l'un pour l'autre et comment on est passé de je te fous sur la gueule par ce que ta tête me revient pas… à ça… »

Mace le pointe du doigt, il doit faire allusion à sa réaction excessive face à la mort du militaire… ainsi donc Mace ne se souvient plus. Quelque part son coéquipier est soulagé par le fait que l'homme ne le dénigre pas juste à cause de la présence féminine, mais par ce qu'il a oublié les moments qu'ils ont vécus ensemble. Robert a l'occasion de lui rappeler le temps qu'ils ont passé tous les deux, mais le doit-il ? Doit-il dire à cet homme qu'ils étaient proches au point de se toucher, de se désirer et de s'embrasser ? Idiotie, Mace ne le croirait pas, impossible ! Ils sont des inconnus et à ce stade il ne peut rien avouer de tout cela. Par ailleurs, il a peur qu'en le disant ça ne change pas grand-chose au présent car à voir le militaire joyeux comme aujourd'hui, le physicien se dit que son ami mérite mieux qu'un petit génie dont tout le monde se fichait éperdument. Détournant le visage, il retourne à la contemplation de la machine.

- Lorsqu'on est tous morts, le soleil m'a permis de vivre la vie que je lui avais sacrifiée, il m'a demandé de choisir une personne de l'équipage pour la ramener avec moi à la maison. Théoriquement, j'étais le seul à devoir mourir car je devais lancer la bombe manuellement, vous auriez dû tous rentrer, toi, Corazon, Cassie, Trey, Kaneda et Searle, vous auriez dû rentrer et voir le soleil baigner la Terre comme dans les vieux films cinématographiques, mais ma décision, mon erreur a précipité tout le monde dans la mort. Deux dernières chances valaient mieux qu'une, c'était juste de la logique, mais jamais je n'avais imaginé qu'Icarus 1 ait pu échouer à cause d'un sabotage, je n'ai pas pensé une seconde que ce choix nous tuerait tous. J'avais honte… »
- De tous, tu m'as choisi, pourquoi ? »
- Parce que tu n'as pas pu dire au revoir aux tiens à cause de moi, parce que toi aussi tu étais prêt à donner ta vie pour que ça marche. Tu t'es jeté dans le liquide de refroidissement en sachant ce qui allait t'arriver. Tu savais que ça allait te tuer, mais le peu de jus que tu as redonné à Icarus m'a permis de lancer la bombe, de sauver la Terre. On n'a pas toujours été sur la même longueur d'onde, mais toi et moi, on avait ça en commun, la volonté de changer les choses au péril de nos vies. Tu es devenu le choix le plus judicieux. »

Il avait essayé de comprendre le choix du petit génie et en était arrivé aux mêmes conclusions, ainsi donc, il l'avait choisi à cause de leurs ressemblances sans prendre en compte leurs différences et le fait que Mace ne lui ait pas fait de cadeau durant tout le voyage. Il y avait quelque chose d'angélique dans ce gamin… Dommage qu'il ne s'en était pas rendu compte pendant la mission, il aurait été plus sympa avec le benjamin de l'équipage.

- Merci. »
- Pas de quoi… Tu m'avais demandé pourquoi je n'avais pas choisi Cassie et sincèrement, je n'étais moi-même pas certain de la réponse, mais une chose est sûre, c'est que j'ai fait le choix le plus judicieux, car sans toi, je serais mort rapidement. »
- Que veux-tu dire ? »
- Tu te souviens pas dehors, les morts, la fin du monde que l'on a connu ? »

Le visage de Mace devient blême, lorsque le militaire reprend des couleurs et qu'il reconnait ce regard fougueux et colérique, Capa se recule manquant de faire tomber une table de soin. Il ignore si il doit avoir peur de cet homme qui n'hésitait pas à lui en mettre une rien que pour se calmer, il ignore qui il a réellement en face de lui. Pendant une fraction de seconde le militaire s'étonne de son comportement, avant de sortir de sa chambre à grandes enjambées et hurler le nom de la femme. Cette Sam est le seul être humain qu'ils ont vu depuis le début de leur périple ; connaissant le caractère du militaire, il le suit, car cette femme devra répondre à leurs interrogations.

- C'est vrai ça, ils sont morts là-haut ? C'est pour ça que tu ne veux pas que je sorte ? Il s'est passé quoi ! Répond ! »

La scientifique est assise sur un fauteuil, elle lisait un livre qu'elle referme lentement pour offrir son attention au militaire qui braille comme un malade. Il avait oublié ça, la voix portante de Mace lorsqu'il se mettait à hurler sur lui ou sur Harvey. Le souvenir de cet homme lui donne la nausée, à bien y réfléchir, Capa n'avait offert sa confiance qu'à un type d'hommes bien particulier, malgré que Mace avait démontré un cœur généreux et aimant, il n'en restait pas moins un homme colérique et quelque peu imprévisible.

- J'attendais le réveil de Capa pour n'avoir à raconter ça qu'une fois, maintenant prend une bonne bouffée d'oxygène et calme-toi, sinon je te jure que je te balance un dose de calmant pour cheval, compris ?! Je n'accepte pas du tout ce genre de comportement ici ! »

La belle blonde jette son livre sur une table basse, les sourcils froncés en deux lignes menaçantes, elle fait signe aux deux hommes de prendre place en face d'elle, puis sa main vient jouer avec sa chevelure.

- Icarus2 a réussi sa mission, le soleil a été relancé et tout le monde a cru que la Terre avait été sauvée, mais ça n'a été que le début de catastrophes dont même la science n'avait jamais rêvées… »
- Les tachyons ? »
- Les tachyons ? Oh Capa, c'était de belles histoires à dormir debout pour rassurer la population. On a joué avec des forces qui nous dépassaient grandement et on a payé le prix fort. Ta bombe devait relancer le soleil en créant un big bang, on n'a jamais pensé que celui-ci continuerait à officier pendant des années, des siècles même. Tu as distordu le temps et l'espace afin de le faire renaitre de ses cendres et c'est ça qu'il nous a renvoyé. L'été était magnifique, les gens heureux et puis il y a eu quelques cas isolés de cancers inconnus, des malformations que jamais le monde de la science n'avait répertorié, des oiseaux qui ont disparu du jour au lendemain par espèces entières, mais les relevés de la Nasa n'ont rien dévoilé de pertinent jusqu'à l'éruption solaire de 2203. Les autorités ont gardé cette trouvaille secrète car le soleil n'a pas envoyé des tachyons, mais un flot d'espace-temps en direction de la Terre. Les radiations ont touché une partie du Brésil et les gens ont tout bonnement disparu entre deux heures et deux heures quinze, heure locale. En fait, ils sont morts de vieillesse en quelques minutes d'exposition. »

Capa se souvient très bien de cet instant suspendu dans le temps, ça avait dû être quelques microsecondes pour tout à chacun, mais pour lui ça avait été des secondes et des minutes de symbiose avec le soleil. Il se rappelle la sensation de l'astre brulant rencontrant ses chairs. La suspension du temps, l'arrêt total de sensations, de peurs et d'angoisses pour laisser place à l'émerveillement, à la croyance pure et dure en quelque chose de plus puissant qui existait. Lorsqu'il écoute Sam, les mots de Pinebacker reviennent à sa mémoire, impossible de faire autrement que de se rappeler les avertissements de ce fou, fou ou touché par la férocité d'un dieu capable de tout pour se défendre ? Quelque part, Capa ne sait plus comment définir ce qu'il est aujourd'hui, est-il toujours un scientifique, ou croit-il enfin ?

- Lorsqu'on a su ce qui nous pendait au bout du nez, ils ont repris les recherches du projet Endymion, ils ont installé des plaques micro biotechnologiques dans tous les staffs médicaux et les gros bonnets de l'industrie, de la politique, les diplômés d'ingénieries afin de sauver l'espèce humaine. Jusqu'à ce que le prophète Pinebacker raconte à la population que le soleil était en train de les juger. Il y a eu tellement de morts, tellement de guerres pendant ces années sombres qu'à côté, les émeutes que vous avez connu n'ont été que bagatelles… Quand on a décidé d'offrir la puce à la population pour faire taire le courroux, il était déjà trop tard, ceux qui ne sont pas morts de vieillesse lors de la seconde vague d'éruptions solaires ont simplement évolué. Les gens sont devenus… différents. Les mutants ont décimé la population qui n'avait pas changé, les autres ont pris la direction de Mars où une base a été construite pour récupérer les hautes sphères des états et des pays. Nous autres, nous sommes restés coincés ici, les gens qui ont pu s'y réfugier se sont cachés sous terre, laissant la surface aux mutants. Il y a quatre-vingt ans, une autre vague plus puissante a terrassé la Terre, les mutants ont disparu de la surface de la planète atteignant certainement le dernier stade viable de l'humanité. La vague fut si puissante qu'elle traversa les terres et qu'elle décima tous les humains qui s'y étaient réfugiés, y compris Lucas. »
- Mais ça voudrait dire que tu as plus de cent ans ? »
- Presque trois cents. »
- Comment c'est possible ? »
- C'est un être synthétique. »

Sam hausse un sourcil, mais son sourire est doux. Elle est étonnée que Capa ait compris ce qu'elle est mais elle ne doute pas un seul instant de sa capacité à interpréter les faits. Elle sait qu'il est entré dans le système informatique de la base et sait ce qu'il y a vu.

- Les humains se sachant menacés ont créé des êtres cybernétiques. Je me suis portée volontaire pour stopper mon évolution. Les particules du soleil ne touchaient que l'ADN, la pierre, les constructions ne subissaient aucun dommage, alors on m'a changé. Je ne vieillis pas, je n'ai pas faim, pas soif, je ne mourrais pas… mais aujourd'hui je suis le dernier reliquat de ce qu'a été l'humanité. »
- C'est quoi la zone morte, alors ? »
- Bonne question Capa. Je viens de dire que les gens ont muté n'est-ce pas, qu'en est-il des animaux ? Une nouvelle race de primate est apparu en Afrique et tient toi bien, ils ont les mêmes caractéristiques que l'homme de Neandertal, c'est là que les scientifiques ont su… »

Capa ouvre de grands yeux étonnés, il a du mal à rester calme après cette révélation, Mace ne comprend rien du tout à ce qu'ils disent, mais attend patiemment qu'on daigne lui faire la version plus abordable pour son cerveau moyen. Et entre une machine et un génie, il se sent pour le coup très lent et très con. C'est Capa qui se retourne et qui en l'observant, se rend compte qu'il ne suit pas.

- Le soleil m'a dit qu'on avait gagné le droit de survivre, il m'a dit qu'en faisant preuve d'abnégation pour lui, il nous offrait une chance. Pinebacker pensait que le soleil était un dieu, un père et qu'on l'avait mis en colère. Imagine alors que nous ne sommes pas ses enfants, qu'il s'éteignait car il ne voulait pas de nous. Imagine qu'on ait tué ses enfants et qu'on ait investi la Terre qui ne nous appartenait pas. »
- De quoi tu parles ? »
- Tu sais qu'il y a eu plusieurs type d'évolutions de l'Homme, les scientifiques ont toujours été très confus lorsque l'homo sapiens et l'homo neanderthalensis ont été découvert car ils sont ressemblants mais très différents que ce soit morphologiquement ou dans leur façon de vivre. On a dit que l'homo sapiens avait éradiqué l'autre branche, ou qu'on l'avait intégré à notre race, mais des ossements découverts un peu avant ma naissance ont révélé une toute autre histoire. Il y a eu deux espèces totalement différentes sur Terre, nous et une autre forme de primate avancée, une espèce que l'on a détruite afin de s'approprier son territoire. Ces autres étaient beaucoup moins intelligents que nous, c'est nous qui avons inventé les armes, maitrisé le feu, eux ils vivaient en harmonie avec la terre, nous on l'a conquise ! On a tué les enfants du soleil et on a détruit la Terre à petit feu. Le soleil ne mourrait pas, c'était notre condamnation. »

Mace reste dubitatif et d'ailleurs si les faits ne s'enchevêtraient pas comme il faut, Capa le serait aussi, car ça veut dire une chose, l'homme moderne ne venait pas de cette planète. S'avouer extraterrestre avait quelque chose d'étrange car jamais il n'avait adhéré aux théories parlant de l'homme comme d'un consommateur de planètes habitables. Mais voilà, ils avaient détruit la Terre et maintenant ils avaient colonisé Mars… Capa ne pouvait pas faire autrement que d'accepter les faits.

- Alors, on n'est pas… Terrien ? C'est ça que vous insinuez ?! »
- En effet. Bien après que la zone morte a été délimitée quelque chose a affolé tous les radars de la défense, un point en Afrique à quelques kilomètres de là où Lucy a été découverte. Ils ont envoyé un escadron de forces spéciales en reconnaissance. Avant d'avoir perdu tous contact avec les soldats, ils ont eu un communiqué étrange ainsi qu'une série de photos qui sont restés top secrets pendant des décennies. Au milieu du sable d'Ethiopie, une structure en métal soi-disant inconnu a émergée du sol lors des grands tremblements de terre, j'ai pu retrouver le dossier lorsque le monde s'est tu, j'aimerais vous le montrer. »

Capa est le premier debout, il sait par son langage corporel que le physicien a hâte de voir ce que Sam a pour eux ; Mace, lui, n'a pas tellement envie d'en savoir plus, car plus il écoute moins il comprend ce qui se passe. Il y a encore quelques heures, il pensait être revenu chez lui et que le monde en haut avait été sauvé… mais voilà qu'on lui dit que tout le monde était mort, qu'ils sont dans le futur, que le soleil a détruit le genre humain pour recréer la Terre d'i milliards d'années et qu'en plus il est un extraterrestre ! Pardonnez-le mais c'est bien trop pour son pauvre esprit ! Il pourrait bien y avoir le vaisseau mère alien dans le désert d'Ethiopie ou allons savoir quoi, pour lors il est hors de question qu'il y pense ! Cela dit le physicien qui s'était approché de l'écran principal revient en arrière pour le tirer dans sa course.

- Je vous présente, l'objet non identifié PX4598. Huit mètres de longueur, six de profondeur et huit de largeur, c'est immense et jamais on a su que c'était là… Les militaires qui l'ont approché sont morts instantanément après avoir rapporté une suite de symboles étranges. J'ai ici une capture d'écran. J'ai passé des années à décoder le message mais je n'ai pas réussi. Capa, tu veux y jeter un œil ? »

La tête brune se colle devant l'écran principal, une sorte d'écran plasma rétro à pleurer orne le bâtiment d'une série de glyphes orangés. Bien entendu que Capa a envie d'y jeter un œil, même si ce n'est pas de la physique quantique, le challenge de comprendre une langue si ancienne est trop important pour qu'il le laisse passer ! Quand Mace l'observe de ses yeux d'humain normal ce n'est qu'une combinaison de barres sans queue ni tête, comme si quelqu'un avait fait tomber une boite d'allumettes et c'était dit : tient, je vais en faire un alphabet ! Ça pourrait être une de ces vielles langues dont usait et abusait les films de science-fiction.

- On croirait du cunéiforme… »

Qu'est-ce qu'il disait, bientôt il entendrait les mots : prophétie maya ou égyptienne ou allons savoir quoi ! Mace soupire, il se laisse tomber dans le plus proche fauteuil ressassant ce qui vient d'être expliqué. Avec ça il n'a pas pu demander à Capa ce qu'ils étaient l'un pour l'autre.

- J'ai besoin d'espace, d'un article sur le langage cunéiforme de Mésopotamie, d'une base de données et de silence, je veux personne autour de moi, j'ai besoin de me concentrer. Je suis physicien, chimiste si vous voulez mais pas linguiste, ça va me prendre un temps fou. »
- Tu es le seul à pouvoir le faire… »
- Je sais. Du café, il y a du café ? »
- Hum, Mace t'en apportera… je vais débrancher tout ce que je peux, pour te donner une plus grande vitesse de calcul. Mace ? Vient avec moi. »

Voir Mace suivre la femme est un mauvais moment à passer, il préfère retourner à sa tache afin de ne pas y penser. Au moins il se sent utile, au moins il se sent vivre, ce n'est peut-être pas la sensation inconnue qu'il a vécu avec l'ingénieur, mais c'est quelque chose de commun et de réconfortant. Il est utile pour le bien d'autrui, peut-être qu'il saura déchiffrer le message, peut-être qu'il pourra mener Mace et Sam là où ils sont vraiment attendus ? Il imagine ce que ça pourrait être de rentrer enfin chez lui. La maison… voilà qui était bien plus passionnant que de rester cloitrer ici ! Soudainement, il lève le nez au ciel même si il ne peut le voir d'ici, il se demande si le soleil voulait qu'il fasse ça, qu'il ramène l'humain d'où il venait ? C'est excitant ! Un sourire flottant sur les lèvres, il se met à briser le code, enfin, il essaye.

- Café ? »
- Volontiers ! »
- Une pause ? »

Capa regarde de droite et de gauche, Mace est passé par-là lui aussi, car on ne voit pas le temps s'écouler dans cet endroit, il sait maintenant que ça fait plus de douze heures que le petit génie a le nez collé contre son écran à faire défiler des caractères bizarres dont il ne comprend rien.

- Ça fait presque douze heures que tu es là-dessus, ça te fera pas de mal. Dans quelques jours tu t'habitueras au fait de ne pas voir le cycle du jour et de la nuit. »
- Merci… »

Capa se frotte les yeux, il doit être fatigué d'avoir bossé comme un dingue depuis tout ce temps. Il tire de la poche de son vêtement une mangue qu'il tend au physicien

- Je voulais te la donner ce matin, mais avec tout ça… »
- C'est quoi ? »
- Un fruit, tu verras c'est délicieux. Je peux… te demander quelque chose ? »

Capa observe la mangue avec intérêt, un peu comme lui lors de sa première découvert ; il doit se demander si la peau se mange ou si c'est réellement comestible. Le physicien la secoue puis la coupe en deux avec un couteau qui lui semble familier.

- Ho, c'est vrai, il est à toi. »
- A moi ? »
- Hum. Tu veux savoir quoi ? »
- Toi et moi, on est quoi au jour d'aujourd'hui ? »
- Je ne sais pas, amis ? »

Pourquoi il ne croit pas un traitre mot de ce qui sort de ces lèvres étirées en un faux sourire ? Mace se demande si il ne loupe pas quelque chose de plus important, mais le bip du moniteur interrompt ses pensées, Capa a le nez dans son fruit, désintéressé par ce qui se trame derrière lui.

- C'est délicieux ! »

Ce sourire-là est vrai, il ne provoque pas un arrière-gout détestable dans la bouche du militaire, Mace sourit à Capa, sa main glisse dans la chevelure brune comme si il l'avait toujours fait. Pendant quelques secondes, le geste lui en rappelle d'autres. Il voit Capa sourire entre ses bras, il le voit se caler contre son torse sous la lumière diffuse de leur tente. Dans ses bras…

- Bordel, il n'y a aucune suite logique à ces symboles si ça se trouve ce n'est même pas du cunéiforme… Mace, si tu as besoin de rien d'autre je dois recommencer mes recherches. »
- Je… on s'est embrassé ? »
- Je ne vois pas de quoi tu parles ! »

Le ton est sec, il ne se remémore pas avoir déjà entendu le physicien faire montre d'une telle froideur, Mace se recule puis sort sans demander son reste car le cerveau du petit génie est déjà hors d'atteinte, plongé quelque part entre le premier et le second millénaire avant jésus christ. Il n'a pas d'image sur laquelle appuyer cette étrange sensation, mais son corps sait, la partie animale de son corps se souvient avoir embrassé le brun. En tournant dans le corridor est, il rentre dans Sam car il est trop bouleversé pour se rendre compte de ce qu'il fait ou, où il va.

- Je crois… je crois que j'ai violé Capa. »

Ses souvenirs sont de plus en plus confus, mais il a l'image de lui frappant le physicien, il le voit allongé dans l'herbe en train de pleurer, en train de rager sur la façon dont quelqu'un l'a traité. Il raconte des sévices qu'il croit dur comme fer avoir officiées.

- Qu'est-ce que tu racontes ? »
- Je l'ai violé, je m'en souviens ! Il a eu peur de moi toute à l'heure, il est distant, j'en suis persuadé ! »

Il marche de long en large chamboulé par ce qu'il vient d'en déduire car il n'est pas homme à être comme ça, il se connait un minimum malgré les coups durs à l'armée, il n'a jamais touché à l'un de ses camarades, il a flirté avec quelque femmes, il a même couché avec une petite adjudante mais il n'a jamais obligé qui que ce soit à passer dans son lit ! Pourtant… Pourtant il l'avait fait, il avait mis Capa dans son sac de couchage, il avait profité du fait que le petit génie soit une proie facile pour avoir ce qu'il voulait. Il était un monstre ! Jetant son crâne contre le mur le plus proche, le lieutenant pousse un cri rauque et guttural.

- Tu es sûr ? C'est rare de voir quelqu'un s'en faire autant pour une personne qui l'a violé, ça arrive mais dans des cas très extrêmes. Si c'est réellement le cas, Capa ne devrait théoriquement pas te fuir, une fois que le syndrome de Stockholm est mis en place, il est difficile de s'en défaire. »
- La machine… »
- N'a aucun effet sur la psyché de Robert, tu as vu comme moi qu'il se souvient de ta mort. »
- Alors ? »
- Alors ?! Soit tu ne l'as pas violé, soit il éprouve des sentiments forts pour toi qui font qu'il t'a pardonné… Tu devrais lui en parler. »

Capa l'aimerait ? Il ne s'en souvient pas, il n'a pas de souvenir précis lui indiquant que Robert lui a dit ces mots-là, mais il ne peut oublier ce regard qui l'observe, ce bleu qui le suit, qui espère et qui contient un flot incroyable de non-dits. C'est pire encore de se servir de quelqu'un qui l'aime pour… Mace n'arrive pas à croire qu'il a pu faire une chose pareille. Dégouté, le militaire tourne les talons puis s'en va se cloitrer dans sa chambre car il doit se souvenir, car il doit tirer ça au clair !