N'oublie jamais

« Je n'attends plus rien de la vie qu'une suite de papiers à barbouiller de noir. Il me semble que je traverse une solitude sans fin, pour aller je ne sais où, et c'est moi qui suis tout à la fois le désert, le voyageur et le chameau », de Flaubert.

C'était la dernière fois que Lana allait visiter la demeure familiale des Walker avant que cela ne soit démoli. Alors qu'elle garait la voiture un peu plus bas dans l'allée consciente qu'elle ne devait pas se retrouver ici, elle descendit tout en fermant la portière en la verrouillant. Ses pas étaient précis et nets allant dans la direction de son envie. Son regard scrutait les alentours en s'approchant de la demeure pour que personne ne puisse la voir. Sa mère lui avait interdit de venir ici à cause des dégâts causés par l'incendie. La façade était couverte de traces noires, la porte fut consumée par les flammes. Ses deux mains s'accrochèrent sur la bandoulière de son sac, pied après pied avec prudence, Lana rentra dans la maison. Il n'y avait que des débris, le canapé où elle s'asseyait couramment n'était que poussière juste un bout calciné faisant présence de son existence. La tristesse la prit d'un coup, il n'y avait plus rien juste des tas et des tas de débris où autrefois étaient remplis d'objets égayant l'endroit. En soupirant, elle avança entre les objets tout en faisant attention à ne pas tomber. Personne ne savait qu'elle était ici donc évitée un accident était sa priorité pour l'instant.

Une dernière visite pour son cœur, pour graver à jamais les emplacements des choses importantes pour elle comme la cuisine surtout le frigo. C'était sa vie. Une passion transmise par son papy. L'endroit n'était plus vraiment reconnaissable. Lana avait pris du temps pour venir ici entre ses cours, ses révisions, son emploi du temps et ses problèmes de jeune adulte. Tout n'était pas facile à gérer surtout ses problèmes avec sa mère qui ne la laissait pas respirer. Un vrai petit bonheur en somme. En montant les escaliers avec prudence, le grincement à chaque petit pas qu'elle faisait, la poussière se levait. Les cadres de photo étaient tous calcinés, les photos n'existaient plus. C'était tellement dommage. Des belles photos anéanties à cause d'un mauvais fonctionnement à la cuisine. Ses pas la menèrent dans une chambre qui avait accueilli sa mamie durant tant d'années ainsi que sa mère pour quelques mois. Un vrai nid à souvenir. À côté, se trouvait la chambre de son papy, un ventre sur pattes comme sa grand-mère aimait l'appeler. Avec son portable, elle commença à prendre des photos des lieux. Un petit projet pour montrer à sa famille.

Elle voulait faire un album photo avec les anciennes et les nouvelles photos pour ses grands-parents et son papy que Lana adorait tellement. Depuis sa tendre enfance, Lana aimait observer les choses de la vie, comment cela pouvait être créé et s'effacer aussi vite. C'était garder un instant, un moment dans une photo. Elle avait une bibliothèque remplie d'album photo. La photographie était sa première relation sérieuse. Une passion jamais séparable d'une expérience du corps. C'était immortaliser des sensations, des vérités, des joies, des tristesses et des combats. C'était feu, flamme et foudre aussitôt vu aussitôt pris. C'était toujours un premier regard, une photo ne peut pas tromper, elle était là pour exposer et raconter son histoire.

– Merde'' dit-elle en cognant son pied contre le mur. Elle fit une pause pour reprendre le contrôle avant de continuer. Des planches carbonisées gisaient dans les couloirs, elle se colla au mur pour ne pas entremêler ses pieds et s'avança.

Toussant un peu à cause de la poussière et ayant du mal à respirer de temps en temps, elle arriva dans la chambre qui était autrefois à Mana Walker et prit quelques photos. Puis, elle retourna vers la chambre de son papy pour reprendre quelques photos. En regardant de plus près, Lana remarqua une petite main toute jaune sur le mur. Elle trouva ça joli. Il faudrait demander à qui appartenait cette main en rentrant à la maison tout en évitant de dire qu'elle était ici alors que sa mère lui avait interdit de venir. La joie d'être fille unique mais pas pour longtemps. Elle frotta ses yeux, la poussière prenait trop de place qu'elle faillit glisser sous un plancher et ouvrit les yeux, le cœur battant.

– Plus peur que de mal, ma chérie'' dit sa voix, d'une voix lointaine ressemblant à s'y méprendre à celle de sa grand-mère.

Être seule sans personne à qui parler, la rendait bavarde pour ne pas sentir le silence remplissant cette maison. Elle fronça les sourcils, une pointe rouge illuminait les cendres. Curieuse comme elle était, elle dispersa les cendres pour trouver un album quasi intacte avec quelques brûlures superficielles, en le prenant, elle remarqua autre chose très étrange. Une petite fonte qu'elle attrapa et aida à soulever le plancher. Elle siffla de surprise. Lana n'avait jamais vu ça avant. Il y avait plusieurs cahiers quasi intacte et elle ne fit qu'un tour en courant pour aller chercher un carton dans sa voiture ne faisant pas attention où elle mettait les pieds. Elle était tellement contente d'avoir trouvé au moins quelques souvenirs. C'était son papy qui allait être content après avoir pleuré durant des mois et des mois des dégâts. Elle était fière maintenant d'être venue ici. Lana resta encore quelques heures dans la maison à explorer tout en prenant des photos. En regardant sa montre, elle grinça des dents. Sa meilleure amie allait la tuer. Elles avaient rendez-vous dans pas longtemps à l'autre bout de la ville. Que le temps s'arrête'' se répéta continuellement Lana en démarrant la voiture. Elle était fichue car Pippa détestait ses retards, elle était comme son grand-père toujours en retard jamais à l'heure.

Lana arriva avec quelques minutes de retard dans le café où sûrement son amie l'attendait de pied ferme. Pippa faisait parfois plus peur que sa mère, c'était peu dire. Sa meilleure amie était assise dans leur endroit qu'elles réservaient tout le temps. C'était un lieu vraiment tranquille et calme. L'odeur du café la détendait tout de suite. Elle salua le responsable en souriant avant de monter un escalier deux à deux pour aller trouver Pippa. À bout de souffle, elle s'assit en tirant sur la chaise alors que son amie était plongée à regarder son téléphone.

– Salut, désolée du retard'' dit-elle rapidement en enlevant son sac ainsi que sa veste.

– Dis-moi Lana à quoi te sert les heures ?'' Pippa parla sans la regarder toujours les yeux fixés sur son téléphone.

– Je sais, je sais'' elle fit un sourire que son amie ne vit pas pour s'excuser,- j'avais une chose importante à faire avant.

– Tu m'as promis d'être à l'heure cette fois'' dit-elle avec nonchalance, Lana n'a pas pu répondre que son amie enchaîna,- à quoi bon. À chaque fois que tu promets c'est encore pire'' soupira-t-elle en quittant l'écran des yeux pour la regarder.

– Je sais, je sais, je sais'' dit-elle rapidement avec ses deux mains jointes,- je suis incorrigible, impardonnable toujours à promettre quelque chose qui est contre ma nature'' elle continua à blablater sous le regard amusé de Pippa.

– C'est bon arrête de dire des choses qui n'ont aucun sens'' elle dit en recevant un regard indigne,- tu pars trop loin. Pardonner'' finit-elle et se trouva dans les bras de Lana.

– Merci, merci. Tu es la meilleure'' dit Lana en riant. Débordant d'amour et de joyeuseté, elle se rassoit sur la chaise.

– Alors où tu étais passée ?'' demanda Pippa en regardant son amie.

– Je suis allée dans la maison des Walker'' sa voix était douce.

– Ta mère ne t'a pas interdit d'y aller'' Pippa était sceptique et soupira,- incorrigible, va.

– Merci'' Lana le prit comme un compliment,- tu me connais, j'écoute jamais ma mère.

– Et c'est comme ça que vous disputez tout le temps.

Lana hocha les épaules en prenant la carte sur la table. Elle regarda ce qu'il y avait dans le menu du jour.

– Pas grand-chose de spécial'' murmura-t-elle dans un mutisme. Pippa soupira de désespoir.

– Comme toujours, commande ce que tu veux vraiment au lieu de te morfondre à chaque fois dans ta bêtise.

Lana sourit tout simplement avant d'appeler un serveur et commander. Son amie fit de même. Toujours la même scène. Elle soupira discrètement. Ce garçon avait un faible pour sa meilleure amie qui ne le calculait même pas. Le pauvre, il était tombé sur la personne la plus difficile à atteindre. Pippa était vraiment magnifique, elle avait des longs cheveux bruns bouclés, des yeux d'amande avec un corps de guépard toujours à la mode. Elle faisait tourner des têtes mais Pippa s'en fichait royalement de tout ces gens. Pippa était une fille qui se laissait peu impressionner, elle était vouée corps et âme à ses études. Se comparer à elle n'a jamais été bon, cela avait plus tendance à la faire souffrir qu'autre chose. Elle était rousse aux yeux de jade avec des formes qui l'a toujours complexé. Pippa détestait lorsqu'elle se comparait à elle. C'était souvent des sujets de disputes entre elles. Une fixation qui exaspérait la brune qui rageait la rousse. La nature était injuste…

– La Terre appelle Lana'' dit son amie.

– Oui… désolée.

– Je te disais qu'est-ce que tu es allée faire là-bas ?

– Ah, je suis allée faire une dernière visite'' sa voix était douce et mélancolique.

– Tout est partie en poussière'' dit Pippa en buvant son café.

– Détrompe-toi, j'ai trouvé quelques petits trucs…

– Comme quoi si mademoiselle voulait bien se donner de la peine ?

– Toi et tes expressions, je te jure'' elle gratta derrière son oreille gauche,- j'ai trouvé un album et quelques cahiers. Et non, je n'ai pas encore jeté un coup d'œil'' en répondant au regard interrogateur de son amie.

Le serveur était revenu avec leur commande. Elles le remerciaient avant de continuer à parler :

– Tu as fini tes révisions'' lança Pippa.

– Pas encore, c'est celles de mathématique qui me posent un petit problème donc je rame un peu et toi ?!

– J'ai tout terminé'' Pippa sourit.

– Même avec ta rédaction'' dit septique Lana.

– Surtout ma rédaction'' sa voix était rauque,- un vrai enfer.

– Quand tu vas la rendre ?

– Dans deux semaines, je dois encore l'affiner et pour ton projet.

– Ce n'est pas pour maintenant, j'ai encore deux ans.

– Deux ans qui passent vite'' dit Pippa en buvant un peu d'eau.

– T'inquiète pas, je gère. j'ai commencé à prendre des photos, à rédiger quelques petits textes et l'année prochaine, il faut que j'interroge quelques personnes et je dois construire 366 chapitres. Ma vie en somme.

– L'université est encore pire que le lycée…'' dit Pippa. Lana rit :

– Parce que le lycée était encore pire que le collège'' elles se regardèrent tous les deux avant d'éclater de rire.

– Mais au moins, on fait des choses qu'on aime, toi dans la photographie et moi dans le journalisme'' continua Pippa.

– Des vraies passions, on va pas se laisser consommer'' murmura Lana alors que leurs verres s'entrechoquaient doucement pour faire un toast.

– Longue vie à nos études'' dit Pippa et Lana continua :

– Longue vie à nos études'' et elles burent d'un coup leur shot de vodka. C'était une tradition chez elles à chaque fois qu'elles venaient dans ce café.

– J'espère que tu auras un 20/20 à ta rédaction'' dit Lana.

– Un 15 c'est déjà pas mal…

– Tu es trop douée pour recevoir qu'un 15 ma chère consœur !

– C'est vrai ma chère amie, tu as raison. Je suis la meilleure de la promo.

– Bien dit, Pippa. Tu vas tout déchirer.

Elles continuèrent à parler. De temps en temps, des rires s'élevaient perturbant certains clients. Elles se faisaient chut de la main pour contenir leur rire, leur expression, leur mouvement. Elles se sont toujours bien senties à cet endroit. C'est un lieu reposant où il y a bien longtemps son grand-père avait demandé à sa grand-mère en mariage devant tout leurs amis. Dans leur bulle, elles commencèrent bien sûr à chanter des musiques de leur enfance faisant remonter beaucoup de souvenirs. C'était un moment à elles et de temps en temps, Lana prenait une photo pour écrire une histoire, leur histoire.

Après avoir passé un bon moment au coffee shop, Lana raccompagna Pippa chez elle en voiture. En chemin, elles parlèrent un peu de leur vie jusqu'à arriver chez son amie. Elles étaient toutes les deux heureuses en se disant au revoir. Lana attendit que son amie rentre à l'intérieur du bâtiment avant de monter dans sa voiture pour rentrer chez elle. Le temps n'était pas beau, le ciel était un peu grisâtre, il y avait quelques nuages recouverts d'oiseaux volant vers le nord. De temps en temps, Lana regardait un peu vers le ciel où des avions passaient. Sa conduite était un peu ralentie à cause des bouchons, en s'avançant, elle voyait des lumières rouges et bleues, signe de la présence de pompiers et de la police. Après deux heures d'attente à attendre dans les bouchons, la route s'était dégagée et enfin elle put rentrer chez elle.

Lana savait que sa mère allait lui en vouloir de son retard même si, ce n'était pas de sa faute. En garant sa voiture, elle pensait à la dispute qu'elle aurait avec sa chère mère et soupira de lassitude en sortant de la voiture tout en la verrouillant. Ses pas la menèrent en bas de chez elle, prit sa clé dans sa poche droite de son pantalon et ouvrit la porte. Lana marcha dans un petit couloir pour arriver à l'ascenseur où elle appuya pour le faire descendre. Elle attendit quelques minutes, ouvrit la porte, appuya sur le 5ᵉ étage et monta. Ces quelques secondes de temps, elle réfléchissait à comment sa mère allait réagir. Son cœur palpitait un peu, ses mains étaient moites alors que l'ascenseur s'ouvrait, elle vit l'orage devant elle. Sa mère était dans une rage furieuse, elle tapait des mains et des pieds, mordillait de temps en temps sa lèvre inférieure. Son corps tremblait de nerf.

– Bonjour, maman'' dit-elle d'une petite voix. Elle avait l'impression d'avoir cinq ans.

– Où étais-tu ?'' dit sa mère d'une voix colérique en bougeant sa main droite de façon frénétique. Bon sang qu'est-ce qu'elle pouvait détester sa mère, ce n'était pas horrible de dire ça. C'était un Bookman de trop apparemment. C'était des cris et des larmes mais la fin était plus douce avec un arrangement. C'était difficile pour elle de rester tranquille alors que sa mère pensait avoir tout le temps raison. C'était fatiguant de vivre dans une famille avec autant de secrets qu'elle n'aurait jamais dû lire dans ces cahiers de bord. Franchement, l'avenir était vraiment con alors que le passé était horrible.

XOXOXOXOXOXOX

Je ne sais pas comment commencer cette histoire, comment la faire pour que tout le monde l'apprécie. C'est compliqué de vouloir raconter une histoire, mon histoire alors qu'elle n'est même pas fini. Il y a sans doute des choses que j'ai oublié, des choses que j'aimerais effacer et d'autres que j'aimerais me rappeler. Je me fais vieux de plus en plus. Les années, mes années ne me respectent pas du tout. C'est une course contre la montre, à chaque fois je perds, c'est comme ça. J'en ai tant traversé, tant souffert que je ne sais pas où commencer. C'est tellement facile de penser à ces histoires, de le raconter dans ma tête et de ne pas pouvoir le raconter sur un papier comme je le fais maintenant. C'est grotesque de vouloir toujours me décevoir. C'est vrai, je n'ai jamais été complaisant avec moi-même pour dire que je me détestais, vous avez bien lu « détestais » pas « déteste » avec le temps, j'essaye de me modérer, je suis en constant débat avec moi-même quoi que, il y a des jours quand je vais mal, je m'en prends qu'à moi-même. C'est une partie de moi qui ne veux pas partir. Je vois mon temps raccourcir de plus en plus mais ça me va. Il n'y a plus grand-chose que j'ai envie de faire, d'espérer. J'ai vécu une vie trépidante, tumultueuse et agitée. J'en rigole même aujourd'hui.

Qu'est-ce que j'étais con avant, je le suis encore mais moins. On se prend pour le roi du monde avec la vie devant nous, voulant toujours plus sans vouloir les conséquences. De l'insouciance à l'état pur. Une maladie qui te prend et qui ne veut plus te lâcher et à cause de ça, les conneries que j'avais faites étant enfant est du délire. Une liste interminable que comparait à mon adolescence n'était rien. Ma famille avait dû me supporter pour un oui et pour un non. Des bons souvenirs que j'ai envie de garder, de la nostalgie qui me fait pleurer comme une madeleine. D'ailleurs cette expression est bizarre comment une madeleine peut pleurer, on a envie juste de la croquer. Mais j'ai appris avec le temps que tout n'était pas écrit. Cette expression vient de la personne du nom de Marie La Magdaléenne que l'on nomme également Marie-Madeleine ou bien Madeleine une ancienne prostituée. Lors de la confession de ses péchés auprès du Christ, elle fut envahie par tant de remords qu'elle a pu laver les pieds du Christ avec ses pleurs puis les a séchés avec ses cheveux.

Je vous dis quand on est curieux, on apprend toujours plus. C'est mon père qui m'avait expliqué l'origine de cette expression alors que moi, je croyais que c'était le gâteau. J'aime vraiment pas les madeleines. C'est tout, il n'y a rien à dire dessus même sous la torture je n'en mangerais aucune. Je me perds dans mes pensées qui veulent sortir toutes ensembles. Où j'étais… ah oui, parler de ma vie. J'espère que personne ne lira mes histoires de toute façon comme mon compagnon avait l'habitude de dire, je suis tellement ennuyant que personne ne voudra lire mon histoire à moi mais au moins ça me permet de me souvenir et de ne pas oublier. Ce sont des souvenirs très importants que je vais raconter. Il y aura peut-être un peu de fantaisie, ma tête n'est plus aussi jeune. Je voudrais tout raconter et rien laissait mais c'est impossible, mon cerveau dès la naissance avait fait le choix de me faire oublier des choses importantes mais c'est peut-être une bénédiction de temps en temps. La souffrance est quelque chose que je n'ai pas envie de me souvenir.

C'est une marque qui est resté en moi, collée comme une empreinte ne voulant jamais me laisser. Le temps guérit tout dit-on. Ça peut être vrai dans certains cas mais c'est nous qui faisons tout le travail de vouloir oublier et de ne plus souffrir et en même temps, on essaye de tout refouler. Il y a eu tant de perte dans ma famille, c'est la vie dira-t-on. Je sais mais c'est difficile. On vient au monde et on sait qu'à la fin, il n'y a que la mort qui nous attend. Entre les deux, il y a beaucoup de chose qui se passe. Une vie remplie de joie, de tristesse, d'allégresse, de colère, de pleurs, d'attente et tellement d'autres choses. Je voudrais croire un monde au-delà. Je suis pessimiste de nature, je voudrais le croire, mais je ne peux pas ou je le peux. C'est compliqué, mes grands-parents m'ont bercé sur ça même si je trouvais ça futile aujourd'hui, je me pose la même question, car je voudrais le retrouver. Allons, nous allons pas pleurer toi et moi, pas vrai. La vie est une vraie salope sans offense à qui que se soit. C'est un mot qui lui va bien, je trouve. Ne soyez pas offensé, mes parents m'ont bien élevé. À qui voudra lire mon histoire, je sais personne, mais je prends toutes mes précautions. Je ne suis pas vulgaire ni idiot enfin sauf pour une certaine personne que je prendrais malin plaisir à décrire.

Il faut pas que je me perde, reste concentrer. Mes mains sont fatiguées d'avoir écrit ce petit bout. Je vais me perdre, c'est logique personne ne pourra jamais raconter avec exactitude tout leur souvenir. Il y aura des moments où cela paraîtra bizarre presque irréel mais c'est ma vie donc ma réalité. Il faut que je vous dise à quiconque voudra lire, vous aurez une place dans ma tête, vous allez faire le dialogue avec moi que ça vous plaise ou non. C'est moi qui écris et vous n'avez aucun pouvoir sur ça. Je suis très respectueux, vous voyez mes parents m'ont bien élevé. Alors on va commencer, plutôt je vais commencer par mon adolescence, de ma vie adulte, mais je vais commencer par le plus facile, par mon enfance. Alors tenez bon à qui veut lire, cela va être très long. J'aime bien parler tout seul, je ne suis pas dingue mais ça me donne une légitimité dans cette vie morne où je suis resté bloqué. Une conversation avec mes propres pensées est un pur délice, une échappatoire vers un monde plus imaginaire plus audacieux. Cela m'accompagne avec le peu de temps que j'ai.

Comment commencer mon histoire sans perdre personne inclut moi. Haha, ce que je suis drôle. On se concentre, je me concentre. Voilà, je sais comment commencer sans paraître dérisoire. Bonjour, je me présente, je m'appelle Allen Walker et dorénavant, je serais votre guide dans mes souvenirs. J'ai le cœur qui bat rien qu'en pensant à ce que je vais écrire. C'est une partie de moi qui aie personnelle. Racontez tout ça n'est pas sans conséquence, je le sais. Ma vie est une foutue montagne russe qui n'a cessé de monter et de descendre sans me laisser aucun répit de quelque manière que se soit. J'aime parler comme j'aime raconter, tout viendra tout doucement pour que mes souvenirs restent intactes sans vouloir tout glorifier à chaque fois. Je me dis que cela va m'enlever un poids énorme que je garde depuis longtemps. Ça va m'alléger un peu. Je crois que c'est le temps de me pencher sur mes souvenirs d'enfance. Je devrais commencer par quand j'ai volé, quand j'ai couché, quand j'ai joué avec l'électricité, quand j'ai pleuré, quand pour la première fois mon père à levé la main sur moi et tant d'autres choses. Pour que ça soit clair et nette, je vais raconter étape par étape jour par jour un de mes souvenirs. Et pour aujourd'hui, je vais raconter mon adoption.

Je vous ai dit que ma vie n'est pas de tout repos. Je ne veux pas vous attrister ou m'attrister. Mes parents biologiques m'ont abandonné à ma naissance à cause de ma pathologie. Je ne sais rien d'eux et eux ne savent rien de moi. Comment je sais tout ça car une gentille personne m'a expliqué pourquoi ces personnes m'ont laissé. Un égoïsme sans nom. À cause de mon apparence. C'est un autre sujet que je n'ai pas envie de ramener là tout de suite. Restons dans mon adoption mais avant je dois parler de ces trois années où j'ai vécu dans un orphelinat. Je dois faire face à ces démons-là et dieu sait combien j'en ai. Comme j'ai dit, écrire va me permettre de pardonner, d'oublier et d'accepter les choses qui ne se sont pas bien passées dans ma vie. Je n'ai pas beaucoup de souvenirs avant mon adoption, j'étais très jeune donc impossible de dire si oui ou non tout est vrai. J'avais peur là-bas, créant des créatures imaginaires qui allaient me manger pendant mon sommeil.

Tout est à cause du rejet que j'ai eu mais incomparable après mon adoption. Que les gens peuvent être cruels, sérieux qui les a éduqués, ceux qui font la misère aux autres. Combien d'autres cicatrices je devais porter pour que les gens me laissent tranquille. C'était à n'y rien comprendre. On dirait que les mots étaient passés pour dire aux gens de faire chier ceux qui sont différents. Qu'est-ce qui ne va pas dans la tête des gens ? J'en ai bavé et franchement je n'ai pas envie d'y retourner. Je voudrais réécrire mon histoire, l'inventer pour que ça soit plus gai, plus acceptable mais nous y voilà racontant mon histoire, mon unique histoire que j'ai construit durant toute ma satanée vie qui n'est même pas encore finie, sinon je serais pas encore ici à écrire. Reprenons nos moutons, j'adore les moutons comme Shaun le mouton que j'adorais regarder quand j'étais petit. Ma passion pour la télévision un autre sujet à traiter. Pauvre de mon père qui a dû me supporter, négocier avec moi. Je vous ai dit que mon père était un papa poule maintenant vous le savez. Mon père n'a jamais su rien me refuser sauf les quelques fois qui m'ont vraiment énervé. J'ai même fait une fugue, une autre anecdote à raconter plus tard. La vache qu'est-ce que j'adore mon mini moi. J'étais un vrai diablotin. J'avais trop d'énergie à dépenser selon un certain docteur de pacotille que je détestais.

Pourquoi vous me le demandez ? Je vais vous répondre, ces aiguilles, ces piqûres. J'avais peur des aiguilles et à chaque fois, je faisais une scène pas possible. Les grosses larmes, les cris dans les aiguës, mes joues toutes rouges, mes pieds qui voulaient frapper tout le monde. Ces jours-là étaient les jours de terreurs de mon père qui devait m'accompagner pour aller voir mon docteur. Mais cette crise passait aussitôt que mon père me proposait une glace à la vanille et à la fraise mais surtout lorsque je me comportais très bien, j'avais droit à une glace triple. Oh la vache qu'est-ce que c'était bon. Tiens ça me donne envie d'aller en manger une tout de suite. Concentre-toi, bon sang Allen. Je ne suis toujours pas dingue de vouloir parler avec moi-même. Ah oui, avant mon adoption. J'étais un gamin vraiment tranquille qui ne voulait pas être remarqué mais c'était peine perdue à cause de mes cheveux blancs et de ma malformation à mon bras gauche. À chaque fois qu'une personne me regardait d'une façon étrange où se mélangeait l'horreur, le dégoût et la pitié. Un vrai cocktail de plaisir que ce monde m'offrait à chaque respiration, à chaque regard, à chaque pas que je faisais.

Et ça n'a pas changé, mais je me suis fait avec. Je vais pas changer pour faire plaisir à quelques regards. Je ne vais pas mentir, c'est toujours douloureux, il n'y pas de passé, de présent ou de futur où je vais cesser de souffrir. Je remercie Mana, mon père de m'avoir adopté et de m'avoir sorti de cet enfer. Dieu que j'aime ma famille. On va pas se mentir comme je n'ai jamais menti Mana à propos de ça. Il y aura toujours un vide dans mon cœur, c'est comme ça. Je sais que j'ai fait souffrir mon père quand la colère était trop grande pour le supporter où mes mots dépassaient mes pensées. À ces instants-là, j'étais le fils ingrat, indigne mais Mana me souriait toujours car, il savait que je ne pensais pas à ça, qu'il n'était pas mon père et pourtant les mots blessent sans que ça soit la vérité. C'était juste que c'était difficile de vouloir passer le cap de l'abandon, de la frustration. Mana me voulait comme son propre fils et je le suis. Mais on va pas se mentir, c'est difficile de recoller les morceaux de l'abandon de ses parentes biologiques. Mais j'avais vécu une enfance incroyable, j'ai eu un avenir grâce à ma famille, à mon père, à mon oncle, à mes grands-parents. Une vie pas parfaite.

Je ne sais pas quoi dire de plus, je ne veux pas m'apitoyer si mon compagnon était là, il ne serait pas content des inepties de ce que je raconte. Continuons voulez-vous bien. Le jour où Mana était rentré dans l'orphelinat, je savais que c'était la bonne personne. Mon père transmettait des douces émotions en nous voyant jouer avec des jouets. On était tellement beaucoup, chacun et chacune voulant être choisi et partir de cet endroit. Je ne vais pas enjoliver tout ça, on était des lots sans plus. C'était comme ça. Vous aussi, vous n'allez pas vous mentir. J'en ai souffert de rester là-bas où personne n'allait venir me lire une histoire, personne n'allait me consoler. On était tellement beaucoup que les gens qui s'occupaient de nous ne pouvaient rien faire. Triste conte, triste fable. Mais de temps en temps, la gentille dame venait me voir et me raconter des petites histoires qui faisaient ma nuit. Je chérissais ces instants-là comme si c'était la dernière et puis mon père m'a offert d'autres histoires offrant d'autres possibilités laissant derrière moi mes peurs nocturnes à l'orphelinat. Ce jour-là, Mana avait joué avec nous prenant le temps de nous connaître.

Marie que j'adore appeler la gentille dame avait proposé à mon père mon dossier. C'était le coup de foudre immédiat. Mon père voulait m'adopter, j'étais tellement content quand la gentille dame me l'avait dit après bien sûr plusieurs jours pour me préparer. Mon père me rendait visite tous les jours, voulant créer un lien avec moi et Mana avait réussi. Tellement de préparation, tellement de rencontre et moi voulant juste m'envoler dans les bras de mon père et quand ce jour était arrivé, mon père avait pleuré en me prenant dans les bras. Voulant toujours me protéger, c'est ce que j'avais compris et c'est ce qu'il a fait. J'étais tombé sur une belle famille, une bonne famille voulant toujours me couver, voulant toujours savoir quand j'allais mal, quand j'allais bien, me laissant toujours de l'espace, me laissant respirer. Une famille que j'ai aimée à comprendre, à vouloir rester, à vouloir donner raison de mon adoption et pas un autre ou une autre juste Allen Walker l'enfant de Mana Walker. La première fois que j'étais descendu de la voiture de mon père, j'ai vu une grande maison et j'étais tellement émerveillé que j'avais pleuré et que d'une seconde à l'autre mon père me prenait dans ses bras me consolant. C'était tellement beau d'avoir un chez soi, c'était mon chez moi dorénavant. J'ai eu du mal à le croire, mon père à passer des années à me convaincre. Comment ? En m'aimant tout simplement, en me donnant l'amour que j'avais tant besoin. Un parfait acte de bonté.

Moi et Mana, on était resté devant la maison me laissant le temps de la regarder, la maison, ma maison. De vouloir comprendre que c'était chez moi aussi. Après que j'avais fini de pleurer, on avait marché jusqu'à la porte, moi regardant les alentours voulant découvrir ce nouveau monde, ce nouveau chez moi. Mon père m'avait fait rentrer dans la maison et mes yeux s'étaient posés directement sur un magnifique canapé violet que je n'oublierais jamais, c'était là où j'ai eu mon premier baiser. Mon père a été patient avec moi de toute façon, il n'y avait pas d'autre solution.

– Je vais te montrer ton chez toi'' une phrase qui m'a marqué.

Je ne l'ai jamais oublié. C'était une concrétisation de mes songes, de mes rêves à l'orphelinat. Ma vision d'enfant était restreinte, j'ai eu ce que je voulais, mais je n'étais pas préparé pour la suite. Un enfant ne voit pas au-delà de ce qui l'intéresse, c'était le cas pour moi. Et j'ai pu découvrir des merveilles insoupçonnables dans ma vie. Je remercierais éternellement mon père pour ça de m'avoir donné tout ce que je désirais. En fait, c'était facile pour lui, j'étais un enfant adorable qui allait pourrir sa vie de mes bêtises répétées lorsqu'il m'avait donné le feu vert. Je n'osais pas par peur qu'il me retourne à l'orphelinat et quand je lui avais dit ça, il s'était empressé de me réconforter et de m'expliquer. Mana ne me prenait pas pour un imbécile, j'avais grandi avant l'heure et mon père avait compris ça. Toujours à mon écoute qu'importent les problèmes que je pouvais lui causer ou les autres pouvaient me causer. Un cercle sans fin et vicieux où personne ne donnait une marche.

– Allen, viens je vais te montrer ta chambre'' avait dit mon père ce jour-là.

J'avais tellement peur en rentrant dans la maison, ma maison que quand Mana avait dit ma chambre, j'étais devenu excité et il avait souri. Un sourire sincère et tendre que j'aimais tant chez lui. J'avais hoché tout simplement la tête par peur de parler ou de dire quelque chose qui ne fallait pas. Je ne savais pas encore les règles à adopter par la famille Walker qui était devenu la mienne. Il n'y avait pas de règles mais l'enfant en moi pensait que si. Une triste vérité, c'était à cause de mes camarades à l'orphelinat qui m'avaient dit beaucoup de choses. Comment se comporter, comment être en présence d'autres membres de la famille. Des vraies petites pépites d'or que je n'ai jamais suivi. J'étais un enfant difficile que voulez-vous de plus. Ce n'était pas tout le temps de ma faute, c'était les circonstances de ma vie et personne et surtout pas mon père ne pouvait les arranger. J'ai vu beaucoup de spécialiste pour essayer de me calmer, de dépenser cette énergie pour d'autres choses mais c'était le temps qui me fallait. Un vrai petit bonheur en soi. Une décision qui avait en quelque sorte complété ma vie.

– Voilà…

Un petit mot alors que mon père m'ouvrait la porte. J'étais resté là statufié, c'était la première fois que j'avais une chambre pour moi-même. Je ne savais quoi dire, quoi ressentir. C'était assez compliqué. C'était tout un autre univers alors que j'avais encore la sensation que mon corps était resté à l'orphelinat. C'était comme si c'était hier, je me souviens encore de tous les petits détails de ma chambre. Ma chambre n'a pas beaucoup changé depuis mon enfance même si je grandissais à vue d'œil. Il y a toujours un tableau énorme qui prenait tout le mur. C'était quelque chose et ma réaction étant était de siffler. C'était plus grand que moi, plus grand que mon père et c'était tellement beau, magnifique, des grandes vagues et quelques étoiles scintillantes dans la nuit. Je savais que cela allait bercer mes nuits même aujourd'hui. J'ai rêvé, j'ai imaginé parcourant les océans, navigant, cherchant et découvrant des créatures imaginables. Un monde construit par un enfant où les aventures avaient laissé place à l'adolescence. Cette période-là aussi avait été un vrai cauchemar.

– Alors, Allen, tu aimes ta chambre'' dit mon père, sa voix enrouée d'excitation.

À cette époque-là j'avais pas conscience de la réponse que mon père attendait. Mana m'avait expliqué plus tard qu'il était pétrifié de savoir ma réaction et pourtant je n'avais pas répondu, j'avais juste hoché les épaules. Le pauvre, j'étais tellement impressionné que je ne savais pas comment réagir alors j'ai fait comme tout enfant qui ce respect. Je n'ai rien montré, j'avais été abandonné une fois qu'est-ce qui allait me prouver le contraire. Je n'étais pas un enfant renfermé mais quand la vie avait la tendance à te faire souffrir, tu décroches de l'évolution du temps et tu te renfermes ne voulant plus sentir ton poids mais avec les années Mana m'avait montré d'autres facettes de la vie. Et cette chambre, c'était ma chambre et elle l'est toujours. Ma chambre a connu beaucoup d'histoire, elle m'a vu grandir entre ces quatre murs, m'a vu pleurer, rire, sourire. C'était en quelque sorte mon âme, mon jardin secret. Le lit était grand pour un enfant mais pour moi c'était le paradis, je dormais dans un nuage. J'avais l'impression de flotter les jours qui ont suivi dans la maison même si la nuit, je faisais des cauchemars et me réveillais en sueur alors que je n'attendais personne pour venir me consoler mon père était venu chasser mes démons, ceux tapis dans l'ombre.

Les mots étaient tellement réconfortants que rien ne pouvait m'arriver tant que j'étais à ces côtés. Le premier jour avait été dense dans tous les sens du terme. J'entends encore la voix de mon père « ça va, tout va bien », « ce n'est qu'un cauchemar », « je suis là ». Ce n'était pas les mots qui m'aidaient mais surtout la présence de Mana et de sa voix, c'était tout ce que j'avais besoin car mes cauchemars je savais comment y faire face. J'étais tout seul avant pour les combattre, c'était quelque chose qui était resté en moi. J'avais du mal à m'ouvrir avec mon père. C'était compréhensible dans le fait que Mana pensait qu'il était un inconnu pour moi mais avec le temps, mon père avait compris tout simplement que je ne disais pas les choses que je ne voulais pas dire. J'étais un enfant réservé, calme et timide pour un temps. La grande armoire où souvent j'allais me cacher pour que personne me retrouve alors que c'était l'inverse. C'était une belle cachette lorsque je jouais à cache-cache avec mes amis. J'étais difficile à trouver parce que l'armoire avait une petite porte où je pouvais rentrer et que c'était invisible à l'œil nu.

– Tu veux faire le tour de la maison'' dit mon père. Je me souviens d'avoir répondu avec une petite voix :

– Oui…

Et mon père m'avait fait visité l'endroit, sa chambre, celle de ces parents donc de mes grands-parents. Ils vivaient là tous ensemble. Mana voulait garder un œil sur eux, ils étaient vieux et mon père ne voulait pas les laisser seuls. La salle de bain était grande pour l'œil d'un enfant, aussi les toilettes un peu plus bas. C'était un long couloir grinçant qui me faisait peur la nuit même aujourd'hui. Je ne vous dis pas les cauchemars à cause de ce son. Puis, on avait descendu pour qu'il me montre la cuisine, la salle à manger, le salon juste à côté de l'entrée. C'était un endroit ouvert mais la seule chose que j'ai aimé et que je lui ai dit était l'immense jardin derrière la maison. Je vais pas vous mentir, j'avais imaginé toutes les bêtises que j'allais faire sans la surveillance de personne. Je vous dis un vrai diable dans un corps d'enfant.

– Tu veux manger quelque chose !

Je ne l'avais pas entendu la première fois, car j'étais en train d'explorer du regard les endroits, à la deuxième mon ventre s'était réveillé et mon père avait étouffé son rire. C'était le truc qui m'avait marqué et je ne le sais toujours pas pourquoi d'ailleurs. Peut-être que je le savais lorsque j'étais un enfant mais maintenant il y avait que la sensation qui était restée avec moi. Je me rappelle de mes petits pieds foulant le sol allant jusqu'à la cuisine où je me suis assis alors que mon père me préparait à manger après m'avoir demandé qu'est-ce que j'aimais. Ah le pauvre du frigo qui allait souffrir de ma présence dans la maison. Je suis un ventre sur patte, j'ai toujours faim alors imaginer enfant et surtout adolescent avec le changement de mon corps. C'était une bombe à retardement. Mes grands parents m'ont toujours soutenu dans mes bêtises alors que mon père n'en pouvait plus. J'étais un enfant très actif qui donnait de la joie, de l'animation à notre maison. J'ai envie de tout raconter d'un seul coup, mais je ne peux pas me perdre. J'ai peur d'avoir oublié certaines choses importantes dans ma vie, mais il y a ceux qui sont toujours-là, marqués au fer rouge ne voulant jamais partir.

– Tiens…

– Merci, Mana.

Je ne pouvais pas l'appeler encore papa et Mana ne m'a jamais pressé pour l'appeler ainsi. Il m'a laissé toujours le temps de m'adapter. Je n'étais pas à l'aise pour appeler qui que se soit père, mère, grand-père, grand-mère, oncle. C'était des mots qui ne voulaient rien dire pour moi, pas à cet instant-là. Les gens devaient mériter qu'on les appelle ainsi, ces deux personnes qui m'ont conçu m'ont abandonné. Je ne comprends pas, je ne sais pas s'ils s'aimaient ou s'ils se détestaient, mais ils ont voulu concevoir un enfant, construire une famille. M'abandonner à cause de ma malformation me fait les détester encore plus. Et pourtant dieu sait que je les hais mais en même temps ça me blesse qu'ils m'ont abandonné. Ce n'était pas juste, ce n'est pas juste. J'ai vécu avec un certain déséquilibre chez moi à cause de ça même avec l'amour de ma famille. L'abandon marque à vie.

On fait tout pour se faire accepter, on ne supporte pas d'être rejeté. Sur le plan sentimental, on est toujours en train d'essayer de réparer le mal qui a été fait. Partant de là, il est très difficile d'avoir une relation amoureuse « normale ». Mes relations ont toujours été problématiques jusqu'au jour j'ai accepté que rien n'était parfait, que je n'étais pas parfait et que je n'allais pas me laisser abattre par ce gouffre qui ne cessait de grandir, de m'emprisonner laissant personne rentrer dans ma vie et lorsque je l'ai fait je ne l'ai pas regretté, j'ai un conjoint formidable un peu ronchon avec un caractère de cochon mais que j'aime tant. J'espère qu'il ne trouvera jamais mon cahier parce que seigneur me garde je vais parler de lui. Cela a toujours désespéré mon amant que je prenne soin de lui comme s'il était un enfant, d'être toujours présent à ses côtés. C'était d'une façon pour moi de ne jamais laisser tomber quelqu'un comme mes parents biologiques ont fait. C'était plus fort que moi et cela avait tendance à nous faire disputer et de me trouver sur mon magnifique canapé violet. Si seulement Kanda savait que c'était sur ce magnifique canapé violet que j'ai eu mon premier baisé ainsi qu'une nuit de sexe de folie. Je crois pas que ça lui plaira.

Oui, on vit dans la maison de mon père, de mes grands-parents. C'est une belle maison qui se donne de génération en génération. On l'aime parce que c'est mon chez moi, là où j'ai grandi, là où j'ai eu ma première fois, mon premier baiser, ma véritable histoire d'amour. Il n'y a pas de vrai ou de faux. C'est juste que j'aime penser que Kanda est mon unique. C'est tout, je l'aime tellement que ça me fait mal des fois. Il y a deux poèmes que j'aime qui m'ont toujours suivi dans la vie. C'est ma grand-mère qui me les a dits alors que j'avais un cœur brisé à reconstruire : « Un amour véritable accepte tout de la personne ou de la chose aimée on la prend comme elle est, avec ses qualités et ses défauts » de Raymond Queneau.

« L'amoureux ne veut pas être aimé pour ses mérites. Au contraire, si l'objet de sa flamme lui dit : ''Je t'aime parce que tu es bon, riche, intelligent, ambitieux'', il en éprouve quelque amertume, considérant que l'amour qui a besoin de justification n'est pas un amour véritable » de Jean Dutourd. J'aime les poèmes depuis que j'en ai découvert, une passion que ma grand-mère m'a transmise. Elle était professeur de lettre à l'université. Une personne passionnée racontant ces journées de cours que j'adorais écouter car ça me fascinait. Elle m'a fait découvrir beaucoup de chose, une sensibilité en moi que je n'arrivais pas à mettre en avant. Dieu que j'ai envie de pleurer en parlant d'elle. Amelia Walker une femme d'une bonté énorme qui aimait passionner les autres. Mon père m'a enseigné le piano pour me calmer et depuis je ne l'ai jamais lâché faisant de mon art un gagne-pain. Sans m'inventer, je suis quelqu'un de reconnu dans le milieu artistique et j'en suis fier. Tout le parcours que j'ai fait pour arriver où j'en suis est juste énorme. Je ne dirais pas que c'est un conte de fée car c'est faux, le monde réel est cruel depuis ma naissance. Le monde veut nous écraser au premier cri qu'on pousse, la première respiration, le premier regard, la première odeur.

J'aime regarder les choses, passer du temps à contempler l'évolution de ma vie. Ces choses que je n'arriverais jamais à mettre sur papier, elles sont indéfinissables tellement compliquées et tellement pas humaines. Des mots venant, s'en allant me laissant pas le temps de les poser. Je veux tellement m'exprimer sur tout et n'importe quoi, que je m'y perds un peu plus dans mes pensées. C'est une habitude que j'ai, je peux passer des heures dans mes pensées sans me rendre compte du temps qui passe. Une tendance qui agace mon compagnon de vie. C'est tellement relaxant d'être seulement soi, être tranquille et vouloir juste être seul. C'est des choses que je ne demande pas assez souvent. Revenons à nous moutons où j'en étais ah oui, ma maison, la cuisine. J'aime penser que les choses vont qu'en s'arrangeant mais c'est faux. Je suis pessimiste et optimiste en même temps. Une combinaison qui m'épuise en me donnant mal à la tête. J'étais bien avec mon père à manger mon pain au chocolat et mon lait et sans faire gaffe j'avais renversé le lait. J'ai eu la peur de ma vie, pensant qu'il allait me tuer, me punir, me ramener où j'étais avant. L'orphelinat était un endroit strict, pas pour des enfants. Un lieu austère et sans âme. Un cauchemar pour un enfant. Je garde toujours des mauvais souvenirs de là-bas. Je ne faisais que répéter mes mots encore et encore.

– Désolé, désolé, désolé.

– Ce n'est rien Allen'' avait dit Mana me caressant ma tignasse laiteuse. J'ai toujours aimé comparé mes cheveux au lait car c'est vrai que mes cheveux sont blancs.

– Je suis désolé…

– Allen ne pleure pas, c'est juste un accident'' avait dit mon père avec un magnifique sourire.

Mana ne pouvait pas savoir que chaque ''accident'' à l'orphelinat était suivi d'une punition atroce. Je ne lui ai jamais dit mes années dans cet endroit, je ne voulais pas l'inquiéter plus qu'il ne l'était. Et puis j'aimais garder les secrets pour moi, faire que si une personne me disait quelque chose, elle avait confiance en moi pour toujours. La confiance est quelque chose qui se méritait, ce n'était pas quelque chose en l'air. Je me suis fait trahir plusieurs fois en pensant que j'avais appris ma leçon alors que pas du tout. J'avais l'impression que sur ma tête était écrite ''je suis un pigeon venez je mords pas''. Plein de souffrance en somme. Un vrai débile qui croyait à l'être humain qui le croit encore. Je vous dis, je suis têtu et morose, écoutant personne lorsque ça sent mauvais et l'arnaque à dix kilomètres mais que veux-tu, je suis comme ça. J'aime vraiment pas la vie de temps en temps. J'ai eu même quelques pensées suicidaires, je les ai toujours. Aucune pensée ne s'en va naturellement, elle reste, stagne et revient en pleine tronche comme un couteau glissant et tranchant.

Une pensée par ici, une pensée par-là et une touche de drame, tout est joué. Un vrai plaisir de vouloir se débattre avec soi-même. Il y a des pensées légères et d'autres plus sombres et celles-ci viennent surtout la nuit lorsque je suis dans mon lit, essayant de m'endormir, ces mots me dorlotant, me faisant mal jusqu'aux os. Je les sens me faisant mal, me détruisant. Je fais des crises d'angoisses à ce sujet parfois même j'arrête de respirer. Ces pensées sont puissantes, elles m'accompagnent depuis l'orphelinat. Celles-là viennent lorsque je vais mal, lorsque j'ai tendance à m'isoler et de ne plus parler avec personne. Je sais que ça blesse mon japonais, mais je ne peux rien y faire. C'est trop douloureux, trop obscène, trop c'est trop. J'ai tendance à me faire du mal, à vouloir évacuer cette colère, les remords, mes angoisses, mes peurs. Des sentiments puissants que je gâche même la vie de Kanda. Je le sais, j'en suis conscient, mais j'ai du mal à lui dire, laisse-moi, va-t'en, va trouver quelqu'un d'autre. Je suis trop abîmé, trop ça, trop peu pour lui. On a tellement fait de concessions moi et lui pour notre vie de couple. Je sais que lui aussi s'en veut, de m'avoir imposé ses choix, mais je les ai acceptés, car je l'aime. Je veux dire des choses futiles que je ne concevais pas avant car je les voulais.

J'aime un homme qui m'aime pour mes défauts et mes qualités. On a tant vécu lui et moi, tant traversé ensemble. Je suis content de savoir que j'ai fait le bon choix d'être avec lui, de l'aimer, de vouloir le connaître alors qu'il me tapait sur le système. J'ai peur de le perdre, cette angoisse ne me quittant jamais. C'est tellement fort que je fais des cauchemars, je le veux toujours encore et encore jusqu'à ma mort. C'est terrible de dépendre de quelqu'un d'autre, de faire la personne ton existence. Je sais que ce n'est pas sain mais Kanda m'a toujours inspiré confiance dans sa manière d'être avec tout le monde. Il dit ce qu'il pense, il fait ce qu'il dit. Père, je crains le jour où…

XOXOXOXOXOXOX

Lana soupira en se sentant un peu coupable. Lisant ce qu'elle venait de lire, c'était quelque chose d'intime. Son papy ne lui a jamais parlé de ça. C'était dérangeant d'être à la place du blandin. Allen invitait n'importe qui à le lire mais c'était faux et elle le savait. C'était un coup de chance que ces cahiers ont pu survivre. Tout avait été réduit en cendre et dire que son papy et ses grands parents ont pleuré à cause de tout ce qu'ils avaient perdu de leur enfance. La dernière fois, Lana l'avait compris. « Père je crains le jour où… » Une phrase qui a maintenant du sens. Son grand-père l'utilisait tout le temps, c'était son papy qui avait passé ce proverbe à son grand-père. C'était un made in Walker. Elle espérait que son papy avait pu dire à Mana la vérité de ce qu'il avait vécu. Quelques gouttes tombèrent sur son lit.

– Merde'' elle murmura, sa voix était douce. Ses mains essuyèrent ses joues.

Son cœur battait à la chamade. Pouvait-elle ou pas mais la curiosité l'emporta voulant connaître un peu plus de ces grands parents et ses aventures. Elle espérait ne rien trouver de cochon.

– Oh kamisama…

XOXOXOXOXOXOX

Mes rêves me parlent de secrets, de chagrins que j'ai éprouvé. Une promesse insidieuse et puante s'y terre. Je l'ignorais, un rêve dont je ne peux pas me remettre assombrit mes souvenirs. Mes douleurs s'engourdissent, mon cœur s'évapore. Mon âme brûlée n'est plus qu'un tas de cendres froides…

S'en dit tellement beaucoup sur moi que c'est effrayant. Il y a tant de choses que je voudrais mettre au clair, tant que j'ai envie de cacher. Je suis une personne compliquée de nature. Je ne sais pas où je vais, je ne savais pas ni à l'enfant ni à l'adolescent. Ce sont des questions qui font peur parce que c'est se jeter au grand large vers l'inconnu. Pour l'adoption c'était pareil même si au fond j'aimais Mana rien ne pouvait me permettre de dire que j'allais avoir une enfance heureuse, une vie heureuse. Tout devait dépendre de ce que j'allais faire ensuite. Le parcours de chacun est empli d'amertume, d'envie de dépasser. Une frustration qui suit tout le monde même à mon âge. On veut toujours plus, toujours trop et pas assez, mais pauvre de nous qui n'arrivons pas décrocher le gros lot. C'est un cercle sans fin, je suis passé par-là, d'autre le feront. C'est ce qui me dégoûte le plus. Toujours le même chemin même si tout le monde diffère. On vit, on couche, on travaille, on a une famille, on vieillit et à la fin tout ce qui nous reste c'est la mort.

Après, personne ne vient me dire que ce n'est pas pareil, pas le même. Je suis tout le temps en colère lorsque je pense à ma vie. L'humain n'est jamais satisfait, jamais content, jamais satisfait, jamais comblé… Nos pulsions sans limites et nos désirs inconscients nous entraînent malgré nous dans leurs spirales. C'est grotesque de dire qu'on a le contrôle de nos vies, oui c'est ça et on croit aussi au père noël, aux vampires, aux loups garous et toute autre sorte de créature. C'est toujours chercher une excuse, c'est comme la devise des Shadoks « Quand on ne sait pas où l'on va, il faut y aller, et le plus rapidement possible » qui s'applique merveilleusement à moi, à toi et à nous. La majeure partie de notre existence, on cherche à trouver le bonheur, à trouver l'amour, à vouloir avoir plus que tout le monde mais tout ça se déroule dans la plus parfaite méconnaissance de nos vrais désirs qui sont inconscients. On est tellement faible devant la diversité qu'on se raconte à nous-même nos propres mensonges, à vouloir écouter d'autres personnes prêt à nous laisser séduire ceux promettant le bonheur ou la jeunesse éternelle.

Est-ce qu'on est vraiment indépendant ? Est-ce que je suis indépendant ? Va savoir, je n'ai pas la science infuse mais mes désirs m'emprisonnent, me rendant vulnérable, voire prisonnier du désir des autres. Je le sais et je l'accepte, je ne sais pas pour les autres. C'est mon cas, c'est ce que j'ai vécu durant toute ma vie dans les bons moments comme dans les mauvais moments. Nous sommes liés étroitement à une dépendance, à la vie même. Cherchant toujours sans jamais le trouver et quand on pense qu'on l'a trouvé, cela disparaît. Les questions sont là, j'y ai pensé souvent quand mon père me regardait : « Que veut-il ? Que je vive ? Que je meure ? Que je sois heureux ? Malheureux ? ». J'ai construit mon existence pour autrui, en m'ignorant complètement. Quelqu'un veut que je fasse ça, l'autre veut que je réussisse ça. On écoute et on n'écoute pas. C'est une danse sans fin. On a tendance, parce que ce n'est pas que moi, à régler sur le désir de nos semblables, on se rend compte de la quête incessante de la plus grosse voiture, de la plus belle montre : je la veux, convaincu que mon frère, mon ami, mon ennemi, le voisin, la veut. Je la veux pour qu'il ne l'ait pas, pour qu'il m'envie.

Une croyance qui forcément pousse à vouloir toujours plus. Pour certains, un partenaire amoureux n'a d'ailleurs de valeur qu'en couple, déjà désiré par un autre. Je sais c'est la vérité quand j'étais avec quelqu'un je pouvais désirer quelqu'un d'autre, jamais satisfait toujours voulant plus. C'est épuisant que je me rends même pas compte. Ce qu'on a pas, on a envie de l'avoir. Cet objet mystérieux innommable, dont la possession nous placerait à l'abri du manque et de l'insatisfaction. Une quête qui n'a pas de fin. C'est triste et déprimant quand j'y pense. Je ne vais pas mentir et dire que j'aime ma vie comment elle s'était déroulée. Je ne peux pas aller dans le passé pour la changer sinon on serait tous dans la merde. J'aime penser qu'on est libre même si je l'ai démontré un peu plus haut que c'est faux. On a tous une raison d'y croire, de le vouloir. Laissons ma philosophie bidon de côté comme j'aime l'appeler et je vais raconter un de mes souvenirs les plus marquants. Ma rencontre avec mes grands-parents, j'ai eu peur. Je ne les ai jamais rencontrés pendant les visites de mon père à l'orphelinat.

Ce souvenir était toujours clair dans ma tête. Je me rappelle de m'être réveillé dans une nouvelle chambre inconnue en paniquant un peu avant de me souvenir que c'était ma nouvelle chambre. J'étais quelqu'un qui se levait très tôt même si j'étais épuisé. Mes yeux endormis s'étaient posés sur le grand tableau que j'avais trouvé incroyable, énorme et magnifique et cela m'avait apaisé. Les rayons de soleil s'infiltraient à travers la fenêtre. Le temps était un peu frisquet. Mon pyjama que je garde dans mon placard comme souvenir était d'un bleu nuit avec plein d'étoiles. C'était comme le tableau de Van Gogh, « La nuit étoilée ». Une pièce magnifique que j'adore aller visiter lorsque j'ai le temps. Je suis passionné d'art et chaque excursion je ramène Kanda avec moi même s'il se plaignait des fois, il aime aller regarder ces œuvres d'une beauté insoupçonnable. Quand on avait le temps, on visitait des musées à travers le monde. Mon travail me le permettait, je recevais des offres pas mal me menant dans tous les coins du monde, mais on revenait toujours chez nous lorsqu'il était temps.

J'aime travailler avec mes élèves, leur apprendre à aimer, à écouter, à vouloir aller de l'avant. J'ai choisi ce métier pour le temps qu'il offre, et non l'argent. Je suis riche de temps. Je suis riche du temps qui passe et qui s'écoule entre mes doigts, grains dorés que je vois scintiller dans mes mains, sans avoir l'impression qu'ils m'échappent, l'immense étendue sablée à mes pieds me promettant insouciance et éternité. Vivre un rêve que tout le monde n'a pas le temps d'apprécier. Je deviens sénile des fois à me ressasser le passé, à vouloir changer quelques trucs dans ma vie. Je doute que je m'ennuie de ma vie, c'est difficile à expliquer. Je passe mon temps à penser, à me perdre dans l'irréel des choses. C'est embêtant pour la plupart des gens mais pour moi, ça me permet de travailler, d'imaginer, de continuer. Je ne sais quelle empreinte je vais laisser sur ce monde, un fils respectable, un prodige de la musique, des œuvres de bienfaisance. Il y a tellement de choses et tellement peu de temps que cela me frustre. Chaque pas que je fais, le temps s'écoule à une vitesse hallucinante.

J'ai fait une vie, j'ai construit quelque chose et pourtant, je cherche toujours encore plus. C'est inévitable et persistant. Je cherche la cité d'or dans mes songes. Le temps ne pardonne pas, les rides qui se forment sur mon visage ne mentent pas. Au moins maintenant, je suis en accord avec mes cheveux. C'était le truc le plus agréable dans toute mon histoire. De ne plus être appelé un monstre, le maudit, l'enfant du diable. Il y a des gens qui ont tendance à être con dès la naissance. Ce que les gens peuvent sortir comme conneries m'a toujours surpris. Ça m'a toujours fait mal, ces cicatrices ne s'en vont pas, elles restent comme une marque, une empreinte marquait au fer rouge. Être fils unique de Mana était une bénédiction dans tous les sens du terme, je ne voulais pas partager l'amour de mon père. Un désir égoïsme venant de mon abandon. Je ne voulais pas me sentir seul à nouveau, d'être rejeté. C'était hors de question enfant et s'était mal venu quand il y avait des familles qui venaient nous rendre visite. Je ne regrette pas d'avoir ni de sœur ni de frère, je ne sais pas ce que c'est parce que je n'ai jamais eu, c'est tout simple et franchement en voyant toutes les galères que les familles doivent passer avec plusieurs enfants, c'était peu pour moi. Je l'ai fait passé dans mon attitude et Mana avait bien compris.

Je n'étais qu'un enfant donc ma voix n'était pas celle absolue. Quand on est enfant, les gens pensent qu'on sait rien, qu'on est des bébés qui ne comprennent rien, oh si seulement ils savaient. J'aimais être entendu et mon père m'a respecté. J'étais capable de comprendre, d'analyser une situation. La vie est compliquée certes mais ça ne m'empêchait pas de le comprendre. Je n'étais pas aveugle à la beauté des choses, à vouloir juste m'amuser. Je n'étais pas proprement un enfant. J'avais subi des pertes, des traumatismes, la vie, ma vie était venue trop tôt pour moi. Je ne souriais pas souvent, je m'amusais à mes jeux, ceux que je voulais essayer. On va dire que j'ai tendance à écouter une petite voix intérieure me disant quoi faire. J'ai développé ce qu'on appelle une double personnalité. Je n'avais pas conscience, je me présentais tour à tour avec ma personnalité « normale ». Il y avait des incohérences dans mon comportement qui ne ressemblait pas du tout le moi « normale ». Et les conséquences étaient désastreuses pour mon travail, ma vie de couple, ma vie de famille ou encore mes finances et surtout ce que j'aimais vraiment faire, c'était de mettre en danger mes partenaires en conduisant dangereusement ma voiture, être violent. J'étais comme un chien de garde.

C'était le jour et la nuit, deux personnalités distinctes, une dite « normale » celle connue et habituelle pour l'entourage sans incohérences ni bizarreries et l'autre, dite « pathologique », est complètement différente de ma personnalité normale. Elle apparaît d'un coup ou progressivement, à certains moments de ma vie ou pour toujours. C'était accompagné d'hallucination comme entendre des voix ou de voir des formes, là où il n'y en a pas. Délirer de temps en temps, dires des phrases sans queue ni tête, changer de ton de ma voix ou parler lentement. Oui peut-être que ça donnait aux autres l'impression que j'étais possédé, d'être le fils du diable, le maudit aux cheveux blancs. Un tableau étrange en somme. Mais le comportement que je détestais par-dessus tout, c'était mes moments de crises. Je prenais beaucoup de médicaments pour combattre ma maladie. Mon psychiatre que je vois trop souvent à mon goût, car je n'avais pas d'autres solutions me prescrivait des antidépresseurs, des régulateurs de l'humeur.

Une vie d'enfer. J'admire Kanda d'être resté aussi longtemps avec moi alors que d'autres de mes ex m'ont laissé tomber. Ma maladie était toujours présente dans notre couple. Qu'importe l'endroit où on ira, qu'importent nos nouveaux départs, elle est là, m'accompagnant dans mon parcours. Des fois quand je vais vraiment mal, je demande à mon compagnon de partir, d'aller chez quelqu'un d'autre pendant mes crises mais celui-ci refuse tout le temps. Cette phrase m'était resté en tête pour toujours alors que d'autres auraient acceptés, alors que d'autres m'auraient lâchés, lui restait avec sa phrase « Soi on est un tout, soit on est rien ». Une phrase qui disait tout pour moi. Oh chéri, tu sais me parler. Kanda avait toujours le bon mot dans le bon temps. Il ne parlait pas beaucoup. Mon amant détestait tout ce qui était associé aux gens et ça m'allait. Mon brun détestait la présence des autres, cela l'horripilait. C'était une phobie liée aux gens. Ça l'angoissait de prendre la parole en public, de demander un renseignement à un inconnu. Moi et Kanda, on se complétait en quelque sorte, je suis bavard, lui n'est pas, je suis social, lui non. Je me reposais sur lui et lui sur moi. J'attends toujours qu'il m'explique la raison depuis 20 ans. Je suis patient, je ne bascule pas. Lorsque le temps viendra, mon amant me racontera j'en suis sûr. Je ne perds pas espoir. Kanda m'avait raconté une petite anecdote lors de son premier entretien professionnel. Il avait tellement paniqué qu'il s'était évanoui. Mon brun ne pouvait tolérer que deux ou quatre personnes près de lui pas plus, si personne ne voulait pas le voir prendre la poudre d'escampette.

Dans ces situations courantes de la vie quotidienne, il peut nous arriver à tous de ressentir une gêne, voire une tension intérieure mais pour mon amant cette anxiété, que l'on peut assimiler au trac ou à la timidité, l'appréhension devient peur panique, et le tétanise complètement dans ses rapports à l'autre. C'est une peur massive, excessive, et durable, du rapport à l'autre. Elle correspond précisément à la peur intense et persistante du jugement de l'autre dans toute situation où il est vu ou entendu, que ce soit par un seul individu, quelques-uns, un grand groupe ou, à l'extrême, un public entier. Kanda est souvent tendu, soucieux, stressé, incapable de se raisonner ou de relativiser. Il anticipe les situations qu'il redoute bien à l'avance et lorsqu'il s'y confronte, peut être pris de crises de panique plus ou moins paralysantes : mains moites, accélération du rythme cardiaque, rougissements, tremblements, perte de mémoire. C'est ce que je vois à chaque fois qu'on sort, quand on rencontre de nouveaux gens. C'est pour ça qu'on est souvent à la maison.

Faire voyager Kanda à travers le monde est une crise existentielle assurée. C'est pour ça depuis quelque temps, je restais dans ma ville natale à enseigner et ça me dérange pas tant que mon amant est à l'aise et bien, pourquoi je vais me priver. Et puis, je n'irais jamais sans lui. Kanda est ma bouée de sauvetage. J'aime être à ses côtés tout le temps même si ça peut paraître un peu maniaque parano ou contrôleur. On se complète lui et moi. J'aime ma vie comme ça. Je ne vois personne pour passer le restant de ma vie avec. Je n'ai pas de frustration lorsque je suis avec mon amant, je n'ai pas envie d'aller voir ailleurs. C'est tellement facile d'être avec lui, sans me juger, sans me regarder de haut. Un petit ami parfait en somme. On a nos problèmes comme tout autre couple qui se respecte, notre vie n'est pas parfaite, mais on avance, on reste pas à l'écart à laisser nos démons nous manger. C'est la pire chose à faire dans un couple, laisser les non-dits détruire le couple, c'est quelque chose que je ne tolérais jamais.

J'ai appris à respecter, à aimer en voyant le couple qu'était mes grands-parents. Ils se connaissaient depuis petits, Amelia et Jack Walker. Un couple qui a fait rêver tant d'autre par le passé, toujours là, l'un pour l'autre. C'est une éternité comme disait ma grand-mère. Quand on aime, on ne compte pas. Le premier jour que je les ai rencontrés, ils étaient tellement soudés, proches toujours en harmonie, toujours quoi qu'il arrive. Le regard d'un enfant, le mien ne comprenait pas encore tout ça, mais ce souvenir m'était resté dans la tête, m'incitant à vouloir ce qu'ils avaient. C'était la mâtinée de mon arrivé dans la maison. J'avais bien dormi à part quelques cauchemars, mon père était venu me réveiller mais m'avait trouvé déjà réveillé.

– Salut mon grand'' j'adorais comment mon père m'appelait. C'était dire que je n'étais pas un bébé.

– Bonjour'' j'avais dit timidement. Je n'étais pas quelqu'un qui s'exprimait dès le matin surtout dans une maison encore inconnue qui allait devenir mon sanctuaire.

– Le petit déjeuner est prêt'' sa voix était douce, c'était comme ça chaque jour après. Toujours le même ton quand il venait me réveiller jusqu'au jour, je n'avais plus besoin,- tu sais où est la salle de bain'' j'avais hoché la tête, il m'avait fait le tour de la maison hier,- alors va te préparer, je t'attends en bas, euh…

Je me rappelle encore de sa tête, son expression. Il avait peur de quelque chose, que tout foire après ce qu'il allait m'annoncer. Je vous dis mon père est quelqu'un de vraiment gentil. Chaque rencontre que je faisais, il avait peur de me voir partir de la maison, c'était bête mais c'était mon père.

– Oui'' la voix d'un enfant qui était juste pressé pour aller faire pipi. Je voulais courir, mais je ne laissais rien transparaître dans mon visage de mon agonie. Je voyais bien qu'il était préoccupé alors je lui avais laissé le temps de m'expliquer et de partir en courant vers les toilettes sous son regard ahuri.

– En bas, t'attends ma mère et mon père. Ils sont dans la cuisine, ils ont hâte de te rencontrer…

Et il avait pensé à ce moment-là que je m'enfuyais, le pauvre. Il m'avait appelé jusqu'à ce qu'il comprenne mon empressement avant de rigoler. J'ai beaucoup aimé ce son, c'était agréable et tellement accueillant. Je m'étais préparé lentement redoutant la rencontre en me posant beaucoup de questions dans ma petite tête d'enfant. C'est bizarre de dire que tout va dépendre d'une bonne impression, d'être souriant et de ne pas faire faux bon. Pourquoi toutes ces insécurités. Croyez-moi lorsqu'on est seul et désemparé personne pour t'aimer dans un orphelinat austère, les questions viennent et les réponses ne sont jamais données. Dans ma chambre, Mana m'avait préparé de quoi m'habiller. Un tee shirt noir avec quelques dessins dessus, des oiseaux principalement et un pantalon noir et des chaussures noires avec quelques rayures rouges. Un enfant ne devait pas se préparer mentalement à la situation qui allait arriver, mais je n'étais pas un enfant normal.

Je me revois encore descendre les escaliers, petit pas par petit pas tremblant de peur avant le dernier pas où j'ai pu me reprendre et de ne rien montrer. Des voix, trois voix venaient de la cuisine. L'angoisse était à son comble, j'aimais cette maison et je ne voulais pas la quitter, c'est ce que je me disais à cette époque-là. En rentrant dans la cuisine silencieusement, trois adultes m'ont repéré. Mana et deux autres. Je ne connaissais pas leurs noms et mon père ne me l'avait pas dit juste « papa » et « maman ».

– Bonjour, Allen'' dit une voix féminine et douce avec un regard tendre. La première pensée que j'ai eu était « dieu qu'elle est belle ». C'était sa manière d'être, qu'avec cette simple phrase m'avait mis en confiance.

– Bonjour'' je lui avais répondu d'une toute petite voix et son sourire avait grandi encore plus. Elle s'était approchée de moi et s'était agenouillée. Ses longs cheveux bruns avec quelques fils blancs m'avaient pris dans ses bras. Je n'ai pas eu de réaction violente, elle était douce, même son parfum. J'aimais tellement son parfum, ça sentait l'odeur d'épice et de chocolat.

– Je m'appelle Amélia et voici mon mari Jack'' elle lui montra du regard, je l'avais suivi. Ce monsieur qui était Jack était venu me dire bonjour.

– Je suis enchanté de te connaître, Allen'' avait-il dit. Je ne savais pas ce qui m'avait pris à cette époque-là, je n'arrive plus à me souvenir, mais j'avais ri et eux aussi. C'était tellement agréable. J'avais dit à ma grand-mère que j'aimais beaucoup son prénom Amélia, c'était un nom qui faisait conte de fée et elle avait rit et m'avait fait plein de bisous sur les joues.

J'aime mes grands parents, mon éducation passait par eux, car mon père travaillait tout le temps. Ce que mon père m'enseignait, mes grands parents le faisaient. C'était tout simple. J'étais leurs centre de l'univers. J'étais le nouveau dans la maison et dès le premier jour, je l'avais senti qu'ils avaient envie de s'occuper de moi. Ma grand-mère m'a raconté un jour que ses parents lui avaient donné son nom à cause d'Amélia Pond du Doctor Who. J'adore cette série qui ne l'aime pas. Mon personnage préféré est Rory Williams, le mari d'Amelia Pond et le voir mourir m'a brisé le corps. Quand on tient à un personnage, on ne le lâche plus et quand ledit personnage meurt, disparaît, on est désemparé. Je suis dans ce cas-là. Pitoyable quand on y pense. J'ai eu l'impression de perdre un membre de ma famille en regardant cet épisode. C'était tellement déchirant, je n'arrive toujours pas à regarder cet épisode d'ailleurs. Trop de cœur, trop sentiment.

C'était mon grand-père Jack qui m'avait initié à cette série. Au début, je n'étais pas très fan mais avec le temps, les intrigues et surtout les régénérations, j'ai commencé à l'aimer et à attendre chaque épisode de chaque semaine à en crever jusqu'au jour, j'ai découvert internet. Ma vie, un monde s'ouvrait à moi à partir de l'adolescence. Seigneur combien de films j'ai regardé, des séries. Une vraie mine d'or. C'était ma cité d'or. Ce jour-là avait été stressant pour moi mais enfin de compte, j'avais trouvé deux personnes en or. Je me rappelle d'avoir rit avec eux. On était tous assis et les adultes parlaient et j'aimais écouter. Un monde parfait où quelques années plus tard j'ai perdu mon grand-père à l'âge de neuf ans et ma grand-mère à l'âge de seize ans. C'était tout un monde qui s'écroulait. Le cœur brisé d'avoir perdu deux êtres chers. Je peux vous dire que ça marque la première mort. Je vois encore mon grand-père allongé dans son cercueil.

Je me rappelle comme si c'était hier, mes vêtements étaient en blanc et en noir. C'était trop triste, car je ne comprenais pas encore. Je n'arrivais pas exprimer mes sentiments, je ne comprenais pas pourquoi les gens pleuraient. J'attendais que mon grand-père se réveille pour venir me dire bonjour. J'attendais et d'une certaine façon j'attends toujours. La douleur s'était atténuée avec le temps mais la mort de ma grand-mère m'avait achevé. C'était recevoir un deuxième coup, je le sais, tu le sais, tout le monde le sait. On est pas immortel, ton premier souffle sera ton dernier aussi. On ne veut pas avoir à faire face. On est seul face à la mort. Je n'étais pas bien et c'est toujours aussi dur de dire que mes grands parents ne sont pas ici avec moi.

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Lana renifla un peu, ses larmes aux bords des yeux. Oui, elle le savait que c'était dur de perdre quelqu'un. Allen parlait à tout le monde de ses grands-parents. La souffrance dans ses yeux était toujours-là. Elle aussi avait peur de perdre ses grands-parents et d'y faire face. C'était dérangeant mais tout le monde savait qu'un moment donné tout le monde partira. Elle avait peur, c'était encré en elle. Elle rangea vite le cahier quand sa mère rentra dans sa chambre et essuya ses larmes.

– Oui…'' sa voix était un peu enrouée.

– Tu te prépares, on va voir tes grands-parents'' dit sa mère d'une voix terne. Sa mère ne s'entendait pas bien avec sa grand-mère. C'était une guerre sans fin.

– Oui'' elle ne dit plus rien d'autre. Elle n'avait pas besoin de se disputer avec sa mère encore une fois. Trois fois par jour était de trop déjà.

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Je ne suis pas fier de moi et je ne cherche pas à me trouver des excuses. On dit jamais deux sans trois. Je ne sais pas combien de personne que j'ai sorti avec mais la seule constante que j'ai faite pour les trois derniers, je les aie trompés avec mon actuel compagnon. On va dire que moi et Kanda, on n'avait pas la relation la plus saine. J'ai fait souffrir ces gens-là et je m'en veux, mais mon japonais a toujours su me détourner de mes objectifs. Je ne sais pas comment il le faisait, mais il le faisait. C'était assez dérangeant de savoir ça. C'était comme si mes autres amants ne comptaient pas quand la chose était proposée. Nos baisers volés, nos regards trop appuyés. Je me demande encore pourquoi je sortais avec quelqu'un d'autre alors que je voulais tout simplement ce beau ténébreux qui a toujours tendance à m'énerver. J'étais masochiste apparemment. Je l'aime toujours mon amour pour lui n'a jamais affaibli avec le temps. J'avais et j'ai toujours l'impression de vivre dans un conte de fée. C'est tellement facile de parler de Kanda et de ne rien parler d'autres. Mes souvenirs les plus heureux ont toujours été avec lui. C'était revivre à chaque fois.

Oh les vacances que je prenais avec lui était les meilleurs. Je lui ai même raconté la fois quand j'avais huit ans et avec quelques amis, on est allé à la plage et on a initié un jeu sous l'eau. Embrasser et être embrasser et je me rappelle toujours du baiser que j'avais partagé avec un autre garçon. C'est toujours aussi sucré que doux. Je me rappelle toujours. Ce jour-là j'avais embrassé autant de personnes possibles. Dire que nos jeux n'avaient rien d'innocent surtout en jouant au papa et à la maman. Mon père m'avait même puni quand il m'avait trouvé en train d'embrasser ma cousine dans un lit. Oui, je vous le dis. Il n'y avait rien d'anormal, j'étais qu'un enfant comme tant d'autres donc on avait pas la notion du mal ou du bien et en agrandissant ces notions disparaissaient totalement avec tout ce qui se passe. Je n'avais pas peur de rien étant enfant. Mana a toujours su m'accepter telle que je suis. J'aimais des personnes tout simplement. Mon père était fier de moi. La première à savoir c'était ma grand-mère qui m'avait encouragé à le dire à mon père à l'âge de quatorze ans.

C'était le jour le plus horrible de mon existence. Ma grand-mère l'a toujours su car quand elle me parlait, elle ajoutait toujours des petits phrases qui me disaient qu'elle savait et qu'elle attendait que je sois près pour le dire. Ma famille a toujours été génial avec moi. C'est avec elle que j'ai appris à cuisiner à faire des plats merveilleux. Mon grand-père, je n'ai pas eu trop de temps avec lui mais les quelques moments qu'il a passé sur cette terre était les meilleurs souvenirs pour moi comme la fois, on était parti tous les deux voir une gigantesque cascade, j'avais déjà mon maillot de bain. Un après-midi où le soleil brillait de mille feux. Des jours heureux, l'insouciance dans tout son art. La vie est vachement compliquée. J'aurais aimé ne jamais naître mais avec le temps je m'y suis fait. Il y aussi la fois où j'ai volé un truc dans un magasin où je me suis fait sévèrement punir. Mon grand-père n'était pas du tout content. Oui, je me suis laissé influencer par mon meilleur ami Lavi. Pas la bonne idée du siècle mais quand t'es rebelle ou tu penses être rebelle, voilà les conneries qu'on fait.

Toujours essayant de prouver que l'autre à tort. Il y a des choses que je ne peux pas mettre par écrit, car je ne pourrais pas. Des choses horribles qui se sont passées dans ma vie, celles de mes amis.

XOXOXOXOXOXOX

– Pippa, ça va ?'' dit-elle au téléphone.

– Oui, ça va pourquoi tu demandes ça ?'' dit son amie amusée.

– Ta voix est enrouée et ça fait trois semaines qu'on ne s'est pas vue''dit-elle ronchon.

– Je suis malade et je te signale qu'on se parle sur messenger.

– Ce n'est pas pareil'' sa voix était douce. Pippa rigola avant de tousser.

– Je vais te croire alors toi et ta mère, toujours en guerre'' dit Pippa.

– Oui, elle me tape sur les nerfs je ne sais pas ce qu'elle a'' son amie entendit sa colère,- mais ce n'est pas pour ça que je l'appelle.

– Alors pourquoi ?

– J'ai trouvé une note bizarre.

– Tu lis encore les mémoires d'Allen.

– Oui

– Ton papy'' sa voix était devenue très grave.

– Je sais mais c'est tellement fascinant, j'apprends tellement de chose sur lui, sur Kanda et sur ma famille. Comment je pourrais pas dire non.

– Tu vas le regretter.

– Pippa'' sa voix monta dans les aiguës.

– C'est vrai quoi. Tu sais que ce genre de truc est dangereux. Il y a toujours des secrets qui ne sont pas bons à entendre.

– Ça va, il parle seulement de son enfance jusqu'à l'âge adulte.

– Lana…

– Alors tu m'aides ou pas !

– D'accord'' Pippa soupira.

– Voilà, j'ai trouvé une note qui n'avait rien à faire dans le cahier. Ce sont des noms ou des endroits.

– Ok, tu peux me lire.

– Bah, il y a des noms comme sierra, tango.

Elle entendit son amie rigoler à l'autre bout du téléphone.

– C'est une note codée. Tu n'as jamais entendu parler de l'alphabet phonétique de l'OTAN.

– Non…

– Ok, tu vas sur internet et tu cherches. Et je te conseille de ne pas le décoder.

– Il fallait pas m'expliquer alors.

– C'est vrai, mais ma parole a été plus rapide que mes pensées'' elles rigolèrent tous les deux,- mais sérieusement, Lana. Elle est codée pour une raison.

– Oui, je vais y réfléchir.

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– C'est vrai'' dit Lana les larmes aux yeux en regardant sa grand-mère Lenalee.

– Oui, j'aurais préféré que tu ne le découvres jamais.

– C'est pour cela que ma mère te déteste'' elle vit sa grand-mère hocher la tête.

– Ce n'était pas de ta faute, comment elle peut ?

– Ne la déteste pas. Elle a le droit de me détester.

– Non, je sais que c'est horrible, mais elle aurait dû te soutenir.

– Je lui ai menti.

– Pour la protéger grand-mère'' dit elle en prenant les mains,- pour la protéger et puis vous êtes des grands-parents géniaux.

– Merci…

Son grand-père Lavi dormait alors qu'elle et sa grand-mère discutait depuis quelques heures dans la cuisine.

– Je vais voir papy…

Lenalee sourit :

– Celui-là, toujours à marcher à droite et à gauche même à son âge'' elles rigolèrent tous les deux.

– Tu sais où je peux le trouver si je ne peux pas le trouver chez lui.

– Le seul endroit au monde où il est avec Kanda.

Elle hocha tout simplement la tête avant de continuer à parler et à manger. Son grand-père s'était réveillé alors qu'elle partait. Elle leurs dit au revoir avant de monter dans sa voiture. Elle passa chez une fleuriste avant d'aller rejoindre Allen. L'endroit était immense et morne. Le soleil était agréable sur sa peau alors qu'elle voyait la tignasse de son papy. Toujours aussi blanc.

– Bonjour, Allen'' elle dit doucement en s'asseyant à côté de lui,- bonjour, Kanda'' elle regarda la pierre tombale où le nom de Kanda Yuu était inscrite,- comment tu vas, papy ?

– Bien comme je peux'' dit-il en lui souriant.

La tristesse dans son regard toujours-là et elle ne diminuera jamais. C'était ce que le regard d'Allen disait. Elle posa les fleurs sur la tombe.

– J'ai tellement de chose à te raconter'' elle parla en regardant la tombe de Kanda,- mais d'abord, il faut que je te parle papy.

Allen lui sourit en caressant ses cheveux roux.

– Je t'écoute'' sa voix était grave peut-être à force de pleurer sur la tombe de son compagnon.

– Je suis allée à la maison'' Allen compris tout de suite,- et j'ai trouvé quelques photos encore intactes ainsi que…'' elle mordilla sa lèvre inférieure et prit son courage, ouvrit son sac pour lui donner les cahiers.

– Je pensais que…'' les larmes montèrent dans les yeux d'Allen avant que quelques larmes silencieuses tombent.

Allen regardait la photo de lui et de Kanda à l'âge de vingt ans. Une photo tellement banale mais qui lui donna chaud au cœur car toutes les autres étaient parties en poussière comme son amant. Son sourire heureux alors que Kanda le tenait dans ses bras. Un moment marqué, un moment de leur vie. Au dos il y avait écrit : « s'aimer soi-même est le début d'une histoire d'amour éternelle ».

– Ça va…

– Merci'' dit Allen sachant que Lana avait interdiction d'aller là-bas. C'était risqué. Il la prit dans ses bras. Son corps était endolori. Il était ici depuis le matin. Il n'arrivait pas à faire autrement. Il vivait pour espérer le jour où il rencontrera à nouveau Kanda où il s'endormira pour toujours avec lui.

Fin