Voici enfin le chapitre 7 qui sera tronqué en deux. Parce qu'il est long et parce que moi, je suis décidément très lente à écrire. J'espère pouvoir retrouver un rythme de croisière confortable mais pour l'instant, c'est un peu chaotique.

Étrangement, la mouture de ce chapitre est la toute première que j'ai écrite lorsque j'ai voulu commencer cette fic.

En espérant que vous passiez un bon moment de lecture.


Chapitre 7 : L'Ombre

Link pressa le pas tandis que la nuit froide pesait de tout son poids sur les plateaux des Gorges de Cocorico. Le ciel était clair et se couvrait d'étoiles frissonnantes, mais l'hylien ne les vit pas, tout occupé qu'il était à scruter l'environnement ténébreux. Il atteignit bien vite sa petite cabane de fortune en bois gris qu'il avait monté lui-même dans un renfoncement de pierre. Déverrouillant la porte d'entrée avec précaution, il poussa lentement le battant grinçant, comme s'il redoutait de voir surgir de l'intérieur quelque monstre féroce. Le jeune homme entra prudemment, s'adossa à la porte qu'il venait de refermer en douceur et observa un instant l'unique petite pièce à vivre, plongée dans la pénombre. Le silence emplissait lourdement les lieux, un instant troublé par le hululement plaintif d'une chouette dans le lointain. Les pâles rayons de la lune à demi pleine filtraient timidement par les petites fenêtres qui flanquaient la pièce froide. L'hylien savait qu'il était inutile de fermer les volets et il préférait garder la visibilité que les vitrages offraient sur l'extérieur. Quand il fut assuré qu'aucun bruit ne retentissait, il déposa ses armes dans un angle de la salle. Il avança doucement vers sa couchette à même le sol pour se saisir d'une petite lanterne posée sur sa table de chevet. Il l'alluma et fit brûler la mèche au minimum pour ne pas repousser totalement l'obscurité. Le rituel nocturne allait commencer.

Link fit glisser un petit tapis contre le mur, près de la couchette, et s'assit en tailleur, adossé à la paroi. Il sortit alors une fine dague qu'il avait accrochée à son côté gauche et la laissa reposer sur sa cuisse, la main serrée sur la poignée. S'il le fallait, il pouvait rester ainsi des heures sans bouger. Le jeune homme resserra son manteau contre lui. L'attente pouvait être longue et le froid envahissait la pièce. Il ne voulait pas attendre sur le lit qui aurait été pourtant plus confortable, pour ne pas risquer de s'empêtrer les pieds s'il devait agir, et surtout ne pas se laisser surprendre par le sommeil. Il lui fallait garder ses sens éveillés.

Link demeura fébrilement dans la lumière vacillante de la lanterne, écoutant les battements sourds de son cœur qui semblaient résonner dans la pièce. Cela faisait plus de dix jours qu'il ne l'avait pas vu reparaître, et chaque nuit qui s'écoulait le rapprochait inexorablement d'une nouvelle confrontation. Cela pouvait tomber à tout moment. Peut-être cette nuit, peut-être la suivante. Il ne pouvait jamais en avoir le cœur net et devait, par conséquent, se tenir prêt à chaque instant. Cependant, cette attente fiévreuse le consumait chaque jour un peu plus et ne lui permettait aucun repos. L'hylien abhorrait cette vulnérabilité qui frémissait dans son corps et couvrait son front d'eau glacée. En réponse aux menaces qui pesaient sur sa vie, Link avait toujours compté sur l'action réfléchie et l'assurance de ses mains. Mais cet ennemi presque invisible qui le guettait dans l'obscurité ne ressemblait à aucun de ceux qu'il avait combattus et semblait insensible au fer. Chaque fois qu'il lançait une attaque, la lame traversait l'ennemi comme s'il n'avait plus de consistance que le vent. Pourtant, lorsque les mains sombres s'élançaient sur lui, l'hylien sentait une étreinte plus froide et plus dure que l'acier lui saisir la chair et paralyser tout son corps. Et ensuite venait ce moment…

Le jeune homme fut secoué d'un frisson et pris une lente inspiration. Il devait se concentrer sur l'instant, écouter, observer, respirer. Les tourments étaient inutiles car ils dévoraient l'énergie et disloquaient le temps. Et les minutes s'écoulaient déjà avec lenteur dans le silence de la nuit, les heures sans doute, il avait peine à en juger. Il lui semblait que les ombres projetées par les rayons de la lune s'étaient allongées depuis qu'il avait pris place sur le tapis. Parfois, le craquement d'une latte le tirait vivement d'un début de somnolence et lui faisait resserrer sa prise sur la poignée de son arme. Il ne devait pas s'assoupir avant le lever du jour. Tout était encore possible tant que le ciel n'avait pas retrouvé sa lumière matinale.

Soudain, un froid saisissant arracha Link à sa somnolence et son corps se raidit lorsqu'il aperçut une silhouette encore vague se tapir dans un recoin sombre de la pièce. Son souffle se pressa tandis qu'il serrait le manche de sa dague. Il était là, tout près de lui, il l'observait lui aussi. C'était d'ailleurs un étrange comportement, moins précipité et moins vorace que d'habitude. Il n'avait même pas cherché à surprendre Link dans son sommeil, comme il l'avait déjà fait de nombreuses fois. Il semblait rester calme, affamé mais contenu.

Le cœur battant, L'hylien vit l'ombre venir lentement vers lui. Il fut frappé par sa morphologie quasi humaine, presque tangible, alors qu'elle ne semblait être jusqu'ici qu'une forme nébuleuse et dépourvue de chair. Ce soir-là, il lui sembla que la donne avait quelque peu changé. L'ombre semblait plus vivante, plus consistante. Il crut même apercevoir un regard luisant dans la pénombre. Et même si ce regard avide lui glaçait le sang, Link sentit comme un regain de confiance l'envahir à mesure que son ennemi s'approchait. Si cet être était bel et bien vivant, il était donc mortel. Il pouvait donc le vaincre.

L'ombre était tout près à présent, légèrement penchée sur le jeune homme qui la fixait froidement, bien qu'un peu tremblant. Son aura glaciale dévorait les alentours et pulsait comme un souffle. Il était temps d'agir.

D'un geste vif, Link propulsa la dague en direction de son ennemi pour l'atteindre au flanc. La lame sembla s'enfoncer dans une masse légèrement dense sans réellement faire de dégât mais l'ombre eut un mouvement de recul nettement plus vif que les fois précédentes. Link profita de cette réaction pour bondir sur ses jambes endolories et contourner rapidement son adversaire. Il assena plusieurs coups frénétiques sur l'arrière de la silhouette qui semblait réagir sans toutefois faiblir. C'était comme si sa lame s'enfonçait dans du coton.

L'étrange créature fit volte-face et balaya son sillage avec force, projetant Link au sol. Elle se jeta sur le jeune homme à terre, les bras tendus vers sa gorge. L'hylien roula vivement sur le côté pour esquiver la prise, sachant pertinemment qu'il ne pourrait plus rien tenter s'il se laissait saisir. Il se releva et empoigna la lanterne qu'il brandit en direction de l'ombre pour la repousser. Celle-ci recula sous l'effet de la lumière. Sa peau sombre semblait presque palpable. Mais Link ne savait toujours pas comment lui percer la chair.

Le souffle court, l'hylien s'avança vers son ennemi, la lanterne à bout de bras et l'air aussi menaçant que possible. L'ombre continuait de reculer, visiblement incommodée par la lumière. Ses yeux presque blancs réfléchissaient l'éclat de la flamme qui se dressait contre elle. Link accula l'ombre dans un coin de la pièce tandis que celle-ci émettait un feulement lugubre. Il frappa rapidement avec sa dague mais la créature dévia son geste et se jeta sur lui tel un félin. Dans la bousculade, Link perdit l'équilibre et lâcha la lanterne qui se brisa au sol. Très vite, l'huile se dispersa et le feu commença à grignoter le plancher. L'hylien se redressa fébrilement lorsque deux mains glacées le saisirent au cou et le plaquèrent violemment contre le mur. La prise froide lui coupa le souffle et son cœur se comprima brutalement quand il comprit que le combat était sur le point de se terminer pour lui. Une violente panique submergea le jeune homme, exacerbée par le feu qui grandissait à côté de lui sans qu'il pût intervenir. Il tenta d'agripper les bras puissants qui l'étranglaient presque et fut surpris d'y trouver une prise palpable. Il pouvait toucher son adversaire. Il pouvait même plonger ses yeux terrifiés dans ceux, carnassiers, de son assaillant. Link eut d'ailleurs l'effroyable impression qu'un visage familier se dessinait sur la tête penchée vers lui.

Soudain, la bouche de la créature s'ouvrit telle une béance sans fond. Elle vint se coller sur le visage de l'hylien qui se débattait dans une terreur indicible. Très vite, le corps de Link se figea tandis qu'un froid mortel se diffusait dans chacune de ses veines. Il sentit comme de fines aiguilles lui transpercer la chair à mesure que sa vie était happée par cette bouche avide. L'étreinte de son assaillant semblait l'envelopper tout entier. Il ne pouvait plus bouger, il ne pouvait pas crier. Il ne pouvait plus rien éprouver d'autre qu'une peur immense qui dévorait tout son être. Très vite, le souffle lui manqua, comme s'il était aspiré hors de ses poumons. Et le malaise commençait à survenir. Ses sens se troublaient, ses membres devenaient cotonneux, ses pensées s'éteignaient. Il ne voyait même plus le feu qui léchait dangereusement le mur du fond de sa petite cabane. Il allait perdre connaissance comme à chaque fois, ou presque. Il allait crever dans les flammes ou sous l'emprise mortelle de cette chose tout droit sortie des enfers.

Mais tandis que Link glissait vers l'inconscience, il sentit l'étreinte de la créature se desserrer vivement et le laisser s'effondrer sur le sol. Il ne distinguait pas très bien ce qui se passait autour de lui. Les bruits alentours étaient toujours sourds et sa vision était trouble. Il lui semblait que l'ombre s'agitait, qu'elle réagissait. Quelqu'un était entré dans la pièce et se battait contre elle.

Albacide avait frappé fort dans le dos de la créature tandis qu'il l'avait surprise en train de vampiriser Link. Et la lame de son sabre avait fait mouche. Une éclaboussure de sang noir avait jailli de la blessure et l'assaillant avait lâché sa prise dans un sursaut. Le capitaine fut frappé de stupeur quand il vit le visage fulminant se tourner vers lui. Ce visage… L'ombre se rua sur l'officier tel un animal enragé, se déplaçant de façon presque surnaturelle. Il la contra d'un coup de sabre dissuasif qui fit reculer son adversaire vers les flammes dévorantes. La créature pris soudainement peur à la vue du feu et se précipita vers la porte où elle disparut. Le capitaine resta un bref instant hébété, ne sachant pas ce qu'il devait penser de cet étrange individu. Il reprit vite ses esprits en entendant Link crier son nom tandis qu'il peinait à se redresser sur ses jambes. Le feu gagnait toute la cabane, l'air devenait irrespirable. Ils allaient bientôt se retrouver pris au piège tous les deux s'il ne réagissait pas rapidement. Albacide couru vers l'hylien et lui passa le bras en appui sur son épaule pour le soutenir. Ils se dirigèrent vers la sortie en clopinant, les poumons en feu.