Chapitre 8 : Reste avec moi...

-Ed ! Ed, s'il te plait, réveille-toi ! criait une voix à son oreille.

Le vampire remua un peu et ouvrit les yeux. Elycia et Russel se tenaient juste au dessus de lui et semblaient fous d'inquiétude.

-Mais qu'est-ce qui s'est pass...

Puis les détails lui revinrent à l'esprit et il se redressa d'un coup, manquant d'assommer ses amis au passage.

-Envy ! Où est-il ? Il est en vie ? Blessé ? Oh, dites-moi qu'ils ne l'ont pas emmené... !

Elycia posa une main apaisante sur son épaule.

-Ed, je suis désolée, mais il a disparu... On n'aurait rien pu faire...

-Mais merde ! J'aurais dû les voir venir...le faire sortir du bus...

Le vampire se recroquevilla sur le sol, la tête entre les mains, les épaules agitées de soubresauts.

-Putain...Envy...Qu'est-ce qu'ils sont en train de lui faire subir, ces connards ?

Russel le secoua, puis, devant son absence de réaction, lui assena un coup de poing dans la figure.

-Edward ! Je ne sais pas ce qu'ils lui voulaient, mais ce n'est pas en se morfondant qu'on va le retrouver ! J'ignore pourquoi tu te sentais aussi responsable de lui, mais si tu veux le sauver, reprends-toi bordel !

Le vampire leva les yeux vers le jeune homme.

-Je...Tu as raison. J'imagine que les autres se sont rendus compte de sa disparition ?

-Oui, répondit Elycia. On est en chemin pour l'auberge. Les profs sont super inquiets, ils se demandent pourquoi ils l'ont kidnappé... Ils ont déjà téléphoné aux parents. Et même nous, on a du mal à comprendre... J'imagine qu'on va rentrer chez nous dès demain...

Edward se sentit un peu mal à l'aise. Il s'était apitoyé sur son sort parce qu'il avait raté sa mission, mais il n'avait pas songé une seconde à l'état de sa classe. Les parents et les profs devaient être morts de peur, les élèves tristes pour Envy et déçus de la fin du voyage, Christina effondrée, Russel et Elycia incapable de comprendre...

-Je vous expliquerai tout à l'auberge, juré.

Ils reprirent leurs places dans le car de nouveau opérationnel au milieu des adolescents à mine d'enterrement. Sans doute les vampires avaient-ils encore usé de sabotage pour immobiliser le bus et intervenir avant l'arrivée de la véritable dépanneuse. Edward se haïssait pour sa bêtise. Si Envy venait à connaître le même sort que Sloth, Ed ne donnait pas cher de l'existence des humains. Mais si il se ralliait aux vampires... ? Non, il en serait incapable...si ?

Envy Aglieri ne savait pas où se mettre. On l'avait forcé à prendre un bain, on lui avait enfilé des fringues de force, et là, il était assis sur le même divan qu'à son arrivée, devant une multitude de vampires qui le regardaient en discutant en diverses langues. Leurs vêtements différaient d'après le pays d'où ils venaient, mais leur point commun était le grand sourire qu'ils arboraient dès que leur regard rencontrait celui du jeune homme. Autant dire qu'il se sentait très embarrassé.

Demetrius finit par le rejoindre après avoir fait le tour des convives et passa un bras possessif sur le dossier derrière son dos. C'était un homme très séduisant qui semblait avoir à peine la trentaine. Il était blond, grand, mince et sa peau, contrairement à ce qu'avait pensé Envy était d'une belle couleur dorée, comme celle des stars qui passent leur vie à bronzer sur les plages de sable blanc. Un peu déroutant pour un vampire, mais bon, après tout ils ne craignaient pas le soleil. Le plus étonnant chez lui était la couleur de ses yeux.

Mauves, comme son prisonnier. Ça devait être de famille.

-Alors, première impression ?

-J'ai l'impression qu'ils sont tous venus pour me bouffer... répondit très sincèrement l'humain. On est où exactement ?

-Dans une de mes résidences en Russie. Savais-tu que c'était le nouveau pays d'accueil de notre race ?

-Oui, Edward m'avait dit que vous aviez quitté la Roumanie pour aller vers l'Est, pendant les Années Folles.

-Ah, oui, Edward...gronda le vampire. Ce sale petit morveux traître à son sang. Il a déshonoré son père et toute sa lignée en s'alliant aux humains. Le Tigre...Pfff... Mes hommes ont maintes fois eu affaire à lui, ces derniers siècles. Il a même assassiné un de mes lieutenants il y a quelques mois.

-Il l'a fait pour me sauver, objecta Envy.

-Te sauver de quoi ? De nous ? Nous ne te voulions aucun mal, mon enfant !

S'il y avait bien une chose qu'Envy détestait, c'était qu'on l'appelle « mon enfant ». Il trouvait ça vieillot et insultant. Il plissa les yeux et fit la moue en s'écartant le plus possible de son geôlier.

-Ah ouais ?

-Tout ce que nous voulons, c'est t'aider.

-En m'utilisant ? Je ne sais même pas ce que vous comptez faire de moi ! Et la seule façon de m'aider, c'est de me foutre la paix et de me ramener chez moi !

-Chez toi, avec les humains ? Qu'ont-ils jamais fait pour toi ? Ils t'évitent comme la peste car ils sentent que tu n'es pas comme les autres...

-C'est faux ! J'ai des amis ! Russel, Elycia, Edward...

-N'as-tu jamais compris pour quelle raison ton cher Edward est resté à tes côtés ?

-Pour me protéger !

-Peut-être, mais crois-tu qu'il éprouve encore de l'amour pour les humains ? Il en a connu tellement ! Il en a enterré tellement ! Crois-moi, pour lui, tu n'es qu'une mission de plus ! Un devoir dont il doit s'acquitter...

-C'est faux ! répéta Envy. Il est mon ami !

-En as-tu la moindre preuve ? Ressent-il le même amour que tu éprouves pour lui ? Ne mens pas, je sais très bien que tu l'aimes.

Envy sentit ses joues le brûler.

-Il était toujours avec moi quand j'avais besoin de lui, il m'a toujours dit la vérité, il a été jusqu'à me raconter son enfance alors que ça pouvait me dégoûter !

-Justement. Et s'il avait cherché à t'éloigner ? À te faire préférer la protection de Mustang par rapport à la sienne ? Tout ça pour ne plus devoir te supporter ?

-Il n'est pas comme ça, vous ne le connaissez pas !

-Je le connais mieux que tu le penses, petit. Mais passons ! Mes invités qui, tu t'en doutes, sont venus de très loin veulent te rencontrer.

-Pourquoi ? Je n'ai rien d'une star ou d'un truc comme ça !

Demetrius lâcha un soupir et se tourna vers lui, l'air décidé.

-Envy. Sais-tu qui je suis ?

-Le connard qui a créé tous les vampires il y a des siècles.

-Tu aurais pu éviter le « connard », mais c'est à peu près ça. Je suis le chef suprême des vampires, leur Roi. Tu sais ce que ça signifie ?

-Que vous avez une couronne ? ironisa Envy.

-Qu'il me faut un héritier. Et comme je suis un vampire, il me serait difficile d'avoir des enfants. Il n'y a que ton cher Edward qui soit né vampire, d'ailleurs, je ne sais pas comment son père a fait... Bref, tu es le plus proche membre de ma famille, mon cher neveu.

-Olah ! Je vous voir venir, avec vos gros sabots ! Je refuse de faire ce job !

-C'est fou ce que tu ressembles à ma chère sœur. Elle aussi, elle avait cet air-là quand elle se fâchait.

-Arrêtez avec votre nostalgie à la noix, parce que je sais bien que vous l'avez anéantie, Amestris, avec vos idées à la con !

-Je lui ai proposé l'immortalité, elle a refusé et a voulu me combattre ! Crois-moi, elle s'est mise toute seule dans le pétrin !

-C'est normal de vouloir combattre un frère qui zigouille des gens pour le plaisir !

Demetrius leva la main, passablement énervé.

-De toute façon, pour en revenir avec la question de ma succession, tu n'as pas le choix.

-Si. Ed et les chasseurs peuvent débarquer pour me sauver.

-On va éclaircir les choses, toi et moi. Soit tu acceptes et tu deviens le Roi de la race la plus puissante de la Terre, soit tu refuses et je te vide de ton sang pour récupérer tout ton pouvoir. C'est clair, comme ça ?

-Heu...Tout bien réfléchi...

-Hé bien voilà, c'était pas compliqué !

Les vampires aux alentours applaudirent et un serveur proposa le contenu de son plateau à Envy, qui s'empara d'un verre de champagne, quoiqu'il n'ait rien à fêter.

-Attendez, j'avais pas fini ! continua-t-il. Je suis forcé de vous obéir, mais ça ne veut pas dire que je suis de votre côté, tonton. Je suis avec les chasseurs !

Demetrius eut un sourire...ben...flippant.

-Plus pour longtemps...

Les visages choqués de Russel et Elycia remplirent le champ de vision d'Edward quand il eut terminé son récit. Tout son récit, sans omettre aucun détail. Ils le méritaient.

-Alors depuis le début, Envy devait supporter tout ça ! s'exclama Elycia, horrifiée.

-Tu es un vampire ? fit Russel avec une tronche d'halluciné.

Edward laissa ses instincts prendre le pas sur son corps, et ses prunelles virèrent au rouge sang tandis que ses crocs s'allongeaient en s'effilant.

-Wouah ! fit le petit couple en sursautant.

Même si Elycia était au courant pour les vampires, elle n'en avait jamais vu un dans cet état. Il y avait de quoi être choqué, en effet.

-Et...tu ne sais pas où ils l'ont emmené ?

-J'imagine qu'il est à l'Est, avec Demetrius, mais j'ignore l'endroit exact. Il peut être au Japon ou aux USA, ou même en Russie ! Tout ce que je sais, c'est qu'ils ont migré vers l'Est.

-Mais alors...Comment on va retrouver sa trace ? se lamenta Elycia.

-Je ne sais pas.

On frappa à la porte et Edward se hâta d'aller ouvrir. Ils étaient de retour dans la chambre des garçons, à l'auberge. Dès son arrivée, Ed avait téléphoné à la Team Mustang, qui avait eu des problèmes sur la route et avait donc un peu de retard.

L'équipe de chasseurs pénétra dans la chambre, la mine sombre. Edward fit rapidement les présentations et fit le point sur la situation.

-Donc, on doit sauver un gars qui a importance capitale dans la guerre contre les vampires et on ne sait même pas où il se trouve. C'est bien ça ? ironisa Roy.

-Tout à fait.

-Tu veux que je te dise, Ed ? T'as merdé sur ce coup-là.

-J't'emmerde, Roy. T'avais qu'à venir avec nous.

-Pfff...

-Tss...

Un grand silence s'installa.

-J'ai peut-être une idée, annonça timidement Elycia.

-Vas-y. Après tout, au point on en est...

-Roy ! gronda Riza.

-J'ai pensé...le type qui vous a trahis, là...

-Kimblee.

-Oui. Vous avez passé des avis de recherche avec sa photo, non ?

-En effet.

-Ben alors, si on retrouve ce type, on pourra l'interroger pour savoir où se trouve Envy ! Après tout, c'est de sa faute s'ils l'ont enlevé ! Il suffit de contacter les aéroports, les gares et les douanes pour l'empêcher de quitter le pays où il se trouve ! Vous pourriez envoyer des chasseurs à ces endroits pour l'attraper s'il se pointe. Normalement, il devrait aller vers l'Est pour retrouver ses copains les vampires, donc on peut contacter les chasseurs qui s'y trouvent...

-C'est vrai, la plupart des lieux infestés de vampires ont été quasi tous désertés, les informa Falman. Ils doivent partir vers l'endroit où se trouve le gamin. Il nous suffit d'en trouver et de les suivre.

-Sauf s'ils nous envoient dans une mauvaise direction.

-C'est le risque à prendre pour le sauver.

Les chasseurs passèrent la nuit à téléphoner vers tous les QG des pays voisins pour mettre le plus de gens possible sur les traces de l'adolescent. Tous répondirent favorablement à leur appel, ce qui devait être une première dans l'histoire des chasseurs, car les relations entre chaque pays étaient basées sur la rivalité. C'était donc un bon signe.

Le lendemain matin, Russel et Elycia durent revenir au pays. Mustang se fit passer pour le tuteur légal d'Edward afin qu'il puisse rester en Roumanie pour les aider à chercher Envy. Les professeurs, dévastés, guettèrent juste l'accord d'Edward et s'assurèrent que le grand brun était responsable. Comme Ed n'avait pas de parents et était devenu officiellement majeur depuis décembre, il avait tout à fait le droit de rentrer quand il le voulait.

Les jours passèrent lentement, très lentement.

L'équipe fit des tas de rondes à l'aéroport de Bucarest, passa des tas de coups de fil pour se tenir au courant, travailla même avec la police, qui enquêtait aussi sur la disparition d'un jeune touriste pendant un voyage de classe. Les autorités les prirent pour des détectives privés et furent ravies de cette aide inattendue, même si cela leur sembla bizarre de déployer autant de force pour un gamin... Edward reçut des appels angoissés de Christina et lui assura de tout aire pour retrouver son fils. Ça lui faisait un drôle de truc, de savoir qu'une humaine comptait sur lui plus que sur la police.

Kimblee fut arrêté cinq jours après l'enlèvement et incarcéré dans le QG d'Allemagne, où il tentait de passer la frontière vers l'Est. Il s'était déguisé, mais pas assez bien pour le nez affûté des autres vampires chasseurs de vampires. Après tout, ça faisait des jours qu'il réussissait à passer inaperçu, alors au bout d'un moment, l'Homme finit toujours par commettre une erreur.

Il ne se départit pas de son sourire figé lors des interrogatoires. Il avoua avoir été payé par des vampires pour saboter le véhicule d'Edward, pour écouter et rapporter tout ce qui se passait au QG, tout pour permettre aux vampires d'attraper Envy. Il était passé à l'ennemi depuis un bon moment déjà, depuis sa mise à l'écart. Il n'avait pas apprécié que l'on bride sa soif de sang et qu'on le relègue aux archives. Par contre, rien ne put lui faire dire à quel endroit se trouvait le jeune homme.

-Cherchez, et vous trouverez, ricanait-il.

Et ça faisait enrager Ed...

Cinq autres jours passèrent. Aucune nouvelle positive. Les frontières étaient fermées, tous les chasseurs européens (ou presque) travaillaient ensemble, mais rien. Pas un indice.

Jusqu'à ce qu'Ed reçoive un message assez bizarre.

Il dormait comme une masse, après avoir passé des jours sans fermer l'œil. Même un vampire ne peut veiller éternellement. Son sommeil jusque là dépourvu de toute activité se trouva alors envahi par des images inconnues. Il voyait des murs ornés de torchères, des tapisseries, des divans écarlates, la cour d'un château ancien, des chevaux blancs, de la neige, beaucoup de neige... Et un siège. Haut, imposant, doré. Un trône. Il ressentait une envie étrangère, celle de s'y asseoir, mais aussi une angoisse face au fauteuil de bois riche, une peur qui ne venait pas de lui... Il voyait des gens bien habillés qui dansaient sans arrêt, des personnes qui criaient victoire en levant des coupes de champagne, et un grand drapeau tricolore accroché à un mur...

Et du sang. Beaucoup, beaucoup de sang qui coulait à flot.

Il se réveilla en sursaut, le cœur battant et les crocs découverts.

-Il est en Russie, annonça-t-il à ses amis. Dans un vieux château.

-Comment le sais-tu ? s'étonna Havoc.

-Je l'ai vu en rêve. Enfin, j'ai vu par ses yeux dans mon rêve. Mais ce n'était pas un rêve ordinaire, je l'ai senti.

-Et tu veux qu'on parcoure la Russie en long et en large en se basant sur un rêve ? Tu sais à quel point c'est grand ? Et tu sais combien il doit y avoir de châteaux là-bas ?

-Prenez-moi pour un fou si vous voulez, mais je sais ce que j'ai vu. Il est en Russie.

L'équipe, bien qu'un peu réprobatrice, quitta la Roumanie pour la Russie. Riza, de son côté, tentait d'en savoir plus sur ce qu'Ed avait vu.

-Tu as vu l'extérieur de ce château ?

-Non. Juste l'intérieur. Il est prisonnier. Même si de toute évidence, il participe aux réjouissances... J'ai juste reconnu l'architecture et le drapeau russe, c'est tout ce que j'ai vu. Et il neige beaucoup.

-...On va le retrouver, ne t'en fais pas, le rassura la vampire.

À l'aéroport de Moscou, les deux vampires reconnurent l'odeur d'Envy, bien que ténue.

-Ed avait raison. Il est bien venu ici il y a un bout de temps.

-Bien sûr que j'avais raison, bouda le jeune homme.

Ils essayèrent de le pister dans la ville, mais il avait été emmené en voiture dès son arrivée, ce qui rendait les choses compliquées.

-Vous savez ce qu'il faudrait ? L'aide de la police du coin pour jeter un œil aux caméras de surveillance et voir la plaque de la bagnole qui l'a emmené, lança Breda en voyant les vampires galérer en reniflant partout.

-Ouais, ben on ne l'a pas, alors on devra chercher par nous-mêmes ! s'énerva Edward.

Ils s'installèrent dans un hôtel où ils continuèrent discrètement leur enquête. Dommage pour eux, mais la Russie ne comportait aucun QG de chasseurs, juste quelques agents éparpillés dans le pays. Aucune aide à espérer de ce côté, donc. Ed commençait à désespérer plus le temps passait, car la vie de son ami était toujours plus menacée à chaque jour qui passait.

Un soir, il resta seul dans sa chambre pour surveiller d'éventuels coups de téléphone ou appels d'Envy alors que les autres mangeaient au restaurant de l'hôtel. Il grimaça en sentant un vent froid pénétrer dans la pièce et se leva pour fermer la fenêtre. Un homme se tenait devant. Un vampire.

Le jeune homme se mit immédiatement en garde et fit face à l'ennemi qui ne bougeait pas.

-Tu es fou d'être venu ici, vampire ! cracha-t-il. Et si je t'attrapais pour te faire parler ?

-Tu n'en auras pas besoin.

-Ah ? Et pourquoi ?

-Maître Envy te demande.

-Maître... ?

-Oui, tu as bien entendu.

-C'est une blague ?

-Pas du tout.

-Et vous allez nous conduire à lui, comme ça ?

-Seulement toi. Pas les autres.

-Ce cher Demetrius est au courant ?

Le vampire eut une grimace devant son manque flagrant de respect.

-Oui.

Le blondinet réfléchit deux secondes.

-D'accord, je viens.

-Bien. Mais tu laisses tes armes et ton portable ici.

-Heu...

-Quoi ?

-Je peux aller au petit coin, d'abord ?

-Dépêche-toi.

Edward s'enferma dans la salle de bain de sa chambre et sortit un deuxième GSM de sa poche. C'est Izumi qui lui avait conseillé de faire ça, parce que mieux valait trop que trop peu. Il texta sa situation à Riza et tira la chasse, abandonnant son téléphone dans la pièce blanche. De toute façon il était sûr d'être fouillé dès son arrivée là-bas, alors...

Le « Maître Envy » était vraiment trop bizarre. Envy était-il si doué qu'il pouvait faire ami ami avec les vampires pour se faire obéir ? Pas sûr...

Puis l'image du trône lui revint en tête.

Ah, d'accord. Demetrius voulait un héritier.

Et aussi une arme redoutable et insouciante à sa portée.

Edward descendit au rez-de-chaussée avec son escorte vampirique et monta dans la voiture qu'on lui montrait. Ils roulèrent pendant une heure à peu près, temps durant lequel Ed tâcha d'en apprendre plus sur ce qui s'était passé pour qu'Envy commande les suceurs de sang. Rien à en tirer.

Merde.

Il espérait que son équipe avait alerté les autres et le suivait en voiture à distance raisonnable pour le seconder en cas de problème. Ed était peut-être un vampire, mais il était tout seul contre une ribambelle de monstres sans remords.

Le véhicule quitta la ville, s'enfonça dans la campagne et finit par entrer dans la cour d'un château moyenâgeux. S'il n'avait pas su où il allait, le conducteur n'aurait jamais trouvé le domaine tant il était bien caché par la brume.

« Oh, faites qu'ils m'aient suivi, ces abrutis ! » pensa Edward.

On l'emmena dans l'enceinte même du bâtiment et il déboucha sur un salon à la décoration beaucoup trop chargée à son goût, ce qu'il fit remarquer à son hôte, qui préféra l'ignorer.

Ils continuèrent à marcher dans une enfilade de couloirs étroits, puis qui allaient en s'élargissant, ce qui laissait à penser qu'ils arrivaient dans une salle imposante. En effet, quelques mètres plus loin se trouvait une grande porte en chêne sombre qui s'ouvrit automatiquement devant eux.

Derrière elle, on voyait une pièce assez grande pour accueillir tous les chasseurs du QG de la Reine des Glaces et leur permettre de danser comme les jeunes humains de maintenant, c'est-à-dire en remuant comme des anguilles sous le sable et en se marchant sur les pieds. Là se tenaient deux sièges : un grand doré et un plus petit et argenté. Demetrius lui-même occupait le premier et dans le second...

(Ecouter Love theme de Sawano Hiroyuki)

-Envy ! s'écria le vampire. Tu vas bien ?

-Plus que bien. Je suis super bien, ici ! Mais approche, tu es tellement loin que je te vois à peine.

-Dis tout de suite que je suis petit ! s'enflamma Edward en avançant quand-même vers son ami.

-Hé bien, j'ai l'impression qu'on ne s'est pas vus depuis dix jours ! sourit Envy.

-Ben, peut-être que c'est le cas, grommela Edward.

Le brun avait changé. Son visage était plus dur, plus sérieux. Son ton avait des intonations un peu traînantes et il portait des vêtements classes, comme s'il allait à un bal juste après.

-Qu'est-ce qui t'est arrivé, Envy ? Tu n'étais pas comme ça, avant !

-Je suis toujours le même, sauf que j'ai pris conscience de ma place. Mon oncle a fait de moi le Prince des vampires. De tous les vampires du monde, tu imagines ?

-Je ne te savais pas si vénal.

-Disons que j'ai accompli mon destin, j'ai choisi mon camp.

Edward vit quelque chose de nouveau dans les yeux de son ami. De l'orgueil. Du désir. Et de l'espoir, aussi.

-Tu me déçois.

Envy se renfrogna.

-Tu savais très bien que ça risquait d'arriver !

-Je te croyais plus attaché à ceux pour qui tu comptais! Ta mère, Russel, Elycia ! Et moi, soit dit en passant. Je croyais que tu étais quelqu'un de bien ! Amestris aurait été déçue de voir ça.

-C'est trop tard, Ed. J'ai fait mon choix. Et je voudrais aussi que tu fasses le tien.

-Qu'est-ce que tu veux dire ?

-Reste avec moi...

Le regard d'Envy s'était fait suppliant.

-Je te l'ai déjà dit, non ? Tuer les vampires est mon métier, ce à quoi j'aspire. Pas d'accord qui tienne avec eux.

-Mais si je deviens Roi, je ferais en sorte que les vampires ne s'attaquent plus aux gens, je pourrais même faire une trêve avec les chasseurs !

-Tu es trop jeune pour te rendre compte que ce n'est pas aussi facile ou quoi ? Tu crois qu'on peut arrêter ainsi une guerre qui a fait autant de morts ? C'est impossible, Envy.

-Je peux quand-même essayer d'améliorer les choses...S'il te plait, Edward, laisse-moi une chance ! Reste ! On ne te fera aucun mal ! Parce que si tu refuses, ils...

-...M'enfermeront dans un cachot bien sombre, c'est ça ? Plutôt mourir. Et plutôt mourir que de rester avec ce que tu es devenu. Je ne te reconnais même plus.

Envy ferma les paupières.

-Qu'est-ce que je disais...chantonna Demetrius. Bon ! C'est pas tout ça, mais j'ai laissé sa chance à ce morveux comme tu me l'as demandé. Il l'a refusée, alors à mon tour de m'amuser ! Gardes !

-NON ! S'il te plait ! Laisse-moi lui montrer...

-Désolé, Envy, mais c'est trop tard. Il a déjà eu de multiples occasions de changer de camp, il ne l'a pas fait, alors qu'il ne vienne pas se plaindre !

(Et voilà, ça vire à la tragédie)

Les grandes portes de chêne s'ouvrirent et une troupe de vampires entra, l'air prête à en découdre avec l'intrus désarmé qui se mit tout de même en garde.

-Je t'en prie ! Ed ! Accepte ! Il est encore temps !

-Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans N-O-N !?

Les gardes vampires bondirent en avant pour le déchiqueter. C'est là qu'Envy apprit que les vampires, bien que sans armes, ne sont pas pour autant désarmés. Edward avait des griffes aussi aiguisées que des hachoirs. Et il savait s'en servir, paix à l'âme des gardes si ils en avaient une, bien sûr. Il crocheta un attaquant par le cou et lui arracha la gorge avec les crocs, prouvant que même en lui coupant les ongles, un vampire n'est quand-même pas désarmé.

Le blondinet referma les bras autour du cou d'un ennemi, un peu comme s'il allait l'embrasser. Sauf que la suite fut un peu moins romantique que prévu, car il apparut bien vite que c'était la position idéale pour couper la tête de quelqu'un quand on a la force brute d'un vampire en colère.

Non, en fait, même une manucure et un dentiste ne peuvent rien contre un vampire.

En plus, les assaillants ne devaient pas se sentir aidés car Envy ne hoquetait de peur que quand Ed se trouvait en mauvaise posture. Pas cool pour eux, ça.

Bientôt, et au terme d'une bagarre sanglante et salissante, la salle fut nettoyée. Au figuré, bien sûr.

-S'ils sont tous aussi nuls que ça, ça va aller vite de ramener tes petites fesses d'ingrat chez ta mère ! ricana Ed en se léchant les lèvres, les prunelles aussi pourpres que le sol.

-Hum, attends, ce n'est pas encore fini ! annonça Demetrius en levant le bras.

Quelqu'un passa la porte et Ed se retourna pour lui faire face.

Et son cœur de rater un battement.

-Non, c'est impossible...Tu es mort ! hurla-t-il, les yeux écarquillés.

-Ravi de voir que tu obéis enfin à tes instincts, Edward, commenta le nouvel arrivant.

-Je t'en prie, ne l'encourage pas ! se plaignit Demetrius. Il tue mes hommes !

-Heu, c'est qui ? demanda Envy en se sentant très con.

-Je te présente Van Hohenheim, dit son oncle.

-Heu... ?

-Mon père, cracha Edward, révolté. Tu étais censé être mort !

-Faut croire que non, gloussa le Roi vampire.

-Tu n'étais pas très au point, à ce moment-là, fiston. Il en fallait plus pour me tuer.

-Ne m'appelle pas comme ça ! hurla Ed, hors de lui. Je t'ai transpercé le cœur !

-Oui, c'était un beau mouvement, mais ça n'a pas suffit. Après tout, je suis plus puissant que tu le crois. C'est notre Roi qui m'a transformé. Et je te rappelle que tu lui dois le respect.

-Plutôt mourir que de respecter un connard pareil !

-Mais qu'est-ce qu'ils ont tous avec « connard » ? gémit Demetrius.

Edward reprit bruyamment sa respiration.

-Bah, après tout, je n'ai qu'à en finir encore une fois !

Et un combat de titans commença. Par égard pour son fils, Hohenheim se battit à mains nues.

Ed courut droit vers son père, la rage au cœur, esquiva un coup de griffes en plongeant vers la droite et se releva dans son dos pour le frapper entre les omoplates pour lui couper la respiration. Malheureusement, Hohenheim avait déjà changé de position et l'avait contourné à l'aide de sa vitesse vampirique pour lui porter un coup de boule. Ed roula au sol, étourdi.

-Ed ! Attention ! hurla Envy.

Grâce à la mise en garde, le blondinet put éviter le pied que son père tenta d'abattre sur lui en se laissant aller sur le côté. Il se remit rapidement sur pieds et visa la zone sensible d' « entre deux jambes ». Raté, car Van disparut de son champ de vision pour se retrouver dans son dos et le frapper de toutes ses forces à la tête. Le plus jeune fut envoyé bouler aux pieds d'Envy, qui l'aida à se relever sous le regard ennuyé de son oncle.

-Tiens bon, crut-il l'entendre dire avant de se remettre debout.

Un filet de sang coula de son front et il le lécha, recouvrant quelques forces grâce à cette maigre nourriture. Il ne pouvait pas gagner ainsi. Pas contre son père, qui avait le bénéfice de l'expérience.

Il oscilla sur ses pieds, avança péniblement et se laissa tomber de tout son poids sur le sol.

-Ed ! gémit Envy avec angoisse.

-Achève-le, Hohenheim !

-Avec plaisir.

Edward vit les jambes de Van s'approcher de lui, les griffes se lever, prêtes à frapper son cœur ou à lui arracher la tête...

Tiens, Hohenheim est vivant...quelle surprise ! (rire désabusé)

Le combat n'étant pas ma tasse de thé, j'espère que c'était quand-même pas trop mal fait ! Vous remarquerez que ce chapitre était un poil plus long que tous les autres,

parce qu'il y avait beaucoup de choses à dire...

La fin arrive à grands pas, mes chers zamisch !

Review ?