Merci Lilys, c'est zentil tout plein ! :).
Huhu elle me plaît cette fic, dans le sens où je prends beaucoup de plaisir à l'écrire, même si je rame parfois sur certains passages ! :)
Une proposition
Tetsu se laissa ramener sans plus prononcer un mot. Il avait peur, s'il se montrait trop reconnaissant ou familier, de rompre un peu le charme. Enfin ceci dit, le service que Hideto lui rendait en le ramenant chez lui n'avait rien d'exceptionnel, mais tout de même non plus... Il accueillit avec plaisir ce geste serviable et absolument pas obligé de sa part. Ils roulèrent bien, comme il y avait peu de monde sur la route à cette heure et une vingtaine de minutes plus tard, après avoir consciencieusement indiqué deux ou trois rues, Tetsu déclara :
C'est là.
Effectivement. Du bar, ça ne fait pas si loin, mais depuis chez moi...
Euh... 'Chez toi ?', releva Tetsu. Comment ça, 'chez toi' ?
Tu y as passé la nuit.
Attends... Tu veux dire que tu habites dans cet hôtel ?
Oui.
Tu vis dans cette chambre minuscule ? Répéta Tetsu, ahuri.
C'est ce qu'on entend par 'habiter', oui.
Mais comment c'est possible, ça ?
Bon, je t'explique, fit Hideto en coupant le moteur. C'est mon... lieu de travail, si tu préfères, et une fois qu'ils ont eu ce qu'ils venaient chercher, ils s'attardent si ils veulent mais sans moi. Hors de question que je reste... Et une fois eux partis, je rentre me coucher. C'est là que je vis.
Ok, assimila Tetsu avec difficulté. Alors deux questions. Pourquoi tu ne restes pas si c'est... Chez toi ? Et pourquoi tu habites là ?
Pratique.
Mais tu dois dépenser pas mal d'argent. Tu ne peux même pas faire la cuisine là-dedans vu comme c'est petit, tu dois donc toujours manger dehors. Et puis même, c'est pas vraiment un 'chez toi'...
J'ai... un accord avec le proprio.
Un accord ?
Paiement en nature, se contenta de dire Hideto avec désinvolture.
Non attends, tu déconnes là.
J'ai l'air de rigoler ? Et crois-moi ça ne me fait pas plaisir, ça. C'est un sale con.
Alors tu loges là-bas, t'as ta chambre à l'oeil.
Presque, je paie quand même une partie.
Admettons. Et il vient se servir quand il veut ?!
En gros, ouais.
Tetsu ne trouvait même pas les mots qui pourraient un tant soit peu refléter sa pensée à cet instant. Lui qui croyait que rien ne le choquerait plus maintenant... Il avait déjà de la peine à paraître décontracté lorsque Hideto lui racontait ses activités, alors là... Il trouvait ça très glauque. Vraiment trop. Inexplicablement, le fait de savoir que déjà il logeait là-bas, dans ce quartier minable, ça le minait. C'était comme si Hideto n'en sortait pas. Du matin au soir, il restait dans ce monde là. Et d'autre part, cet accord avec le propriétaire de l'hôtel dont Hideto parlait, c'était écoeurant, sur le principe. Il en fut si troublé qu'il ne releva pas le regard lointain de Hideto, pas plus que son 'ça ne me fait pas plaisir', qui contrastait avec son attitude jusque là.
Mais c'est... C'est...
C'est mon job, répondit sombrement Hideto. Tu sais en quoi ça consiste.
Non non ! s'exclama Tetsu. Alors tout ton délire tout à l'heure... c'était des conneries, sur le fait de coucher ou non, l'importance que ça a etc !... Ca, ça ne fait pas partie de tes activités. C'est carrément autre chose là ! Moi quand je vais acheter une brique de lait, je ne paie pas avec mon corps !
Ca ne déplaîrait peut-être pas à ton épicier, vas savoir, fit Hideto en souriant.
Je ne plaisante pas ! S'énerva Tetsu. Merde, il t'exploite ! Et puis c'est... vraiment dégoûtant et...
Tu es vraiment trop drôle, fit Hideto, intrigué par le fait de le voir prendre cela autant à coeur. Et d'une certaine façon... mignon, aussi.
Quoi ? Rougit Tetsu. Vraiment, tu trouves ? Non non. Attends. Restons concentrés, bafouilla-t-il, troublé.
Tu devrais y aller, lança soudainement Hideto, comme s'il se mordait les doigts d'avoir dit cela.
J'ai pas terminé.
Moi si. Allez, je ne veux plus te voir pour aujourd'hui. Ouste !
Tetsu descendit à contrecoeur, mais il fit le tour de la voiture et se baissa pour avoir la tête à hauteur de la vitre côté conducteur. Hideto soupira et abaissa la vitre en le regardant, attendant qu'il déballe ce qu'il avait sur le coeur. Quelle plaie, ce type...
T'as pas répondu à mon autre question, Hyde.
Qui était ?... demanda-t-il en notant que Tetsu commençait à utiliser ce surnom qu'il lui avait donné.
Pourquoi tu ne restes pas ? Pourquoi te barrer juste après ?
Y en a que ça fatigue... et qui piquent un somme. Ou juste qui aiment rester... expliqua-t-il en regardant droit devant lui. Ca ne fait pas partie de mes attributions. Je ne suis pas là pour tenir compagnie ou aider à se détendre. Je ne veux pas rester et passer ces moments avec eux, sans qu'il ne se passe quelque chose.
Alors quoi ? Ca te dérange pas de coucher, mais l'intimité, oui ?
Je t'en pose des questions ? Répondit-il froidement. C'est mes oignons.
Je le vois bien... fit pensivement Tetsu.
Quoi ça ?
Tu détestes faire ça, constata Tetsu en souriant. Je commence à croire que la seule raison qui te pousse à continuer, c'est que tu ne sais rien faire d'autre. Ou tu penses ça, au moins.
T'as raison, je me sens mieux ! Ironisa Hideto. Merci, tu m'as sauvé !
C'est ça... Tu montes prendre un verre ? Proposa brusquement Tetsu.
On n'en a pas bu assez, tu crois ? Par ailleurs, tu vas aller bosser d'ici deux heures à peu près...
Justement, à ce stade c'est plus la peine de me coucher.
Désolé mon vieux, j'y vais.
Pourquoi ?
Je ne vais pas chez les clients. Je ne suis pas une call-girl.
Je te proposais un verre, rien de plus, marmonna Tetsu.
Tu parles.
Tu fais quoi, la journée ?
Des petits boulots, je te l'ai dit...
Alors si un jour tu n'as rien à faire, passes me voir au magasin. Ca me fera plaisir.
Nom de Dieu ,Tetsu ! S'exclama Hideto, effaré. Tu ne vas jamais me lâcher, c'est ça ?
Tu as tout compris. Bonne nuit !
Tetsu tourna les talons et rentra vite chez lui se mettre au lit. Il allait travailler dans quelques heures, et visiblement, ça allait être long. Il commençait à ressentir la fatigue et pourtant, impossible de dormir. La journée serait rude... Et qui plus est, il ne savait absolument pas quoi penser de cette soirée puis de cette nuit riches en évènements. Il y avait vécu ou vu des choses qui tour à tour, l'avait rendu heureux ou bien triste, voire énervé. Content parce que Hideto semblait moins sur la défensive, il l'avait vu à de multiples reprises... content aussi parce qu'il voyait que Hideto ne montrait que ce qu'il voulait, et que cet homme revenu de tout et qui se fichait du tiers comem du quart, ce n'était pas vraiment lui en réalité... Mais énervé parce qu'il semblait ne pas vouloir chercher autre chose, et par là mêem, Tetsu comprenait que Hideto n'avait pas une haute opinion de lui-même. Et cela l'énervait au plus haut point, parce qu'il sentait qu'il y avait autre chose pour lui. Il ne passerait pas sa vie là-dedans. Enervé aussi contre lui-même. Par deux fois, il avait failli céder. Il s'était même posé la question 'si jamais je le fais, ça changera quoi ?'. sûr que pour Hideto, rien ne changera... Il ne serait qu'un visage de plus sur sa liste... Pour lui-même, cela ne changerait peut-être pas grand chose non plus, s'il s'e nréférait à la théorie du 'c'est aps important' selon Hideto. Mais pour eux, en revanche... Il l'avait convaincu qu'il ne cherchait rien d'autre qu'une relation saine, et en craquant, est-ce qu'il ne gâchait pas toute possibilité d'y parvenir ? Ou vraiment, est-ce que ça ne compterait pas ? En regardant l'heure tourner et le sommeil persister à être aux abonnés absents, Tetsu soupira, fatigué et l'esprit confus.
Merde...
La nuit était loin d'être terminée pour Hideto. C'était aussi pour cela qu'il n'avait pas voulu de ce dernier verre : un client l'avait contacté dans la soirée. Un habitué plutôt généreux. Un de ceux à ne pas envoyer se faire voir ailleurs, même s'il avait surtout envie de dormir, là. Alors il alla le rejoindre, l'autre étant déjà arrivé à destination. Ce fut rapide, à son grand soulagement et fort heureusement pour lui, chose qu'il aimait chez cet homme : il partait immédiatement. A chaque fois un peu honteux, il s'empressait de se rhabiller et de décamper, de retourner jouer au mari modèle, sans doute. Lorsque Hideto ferma la porte de sa chambre après son départ, les rayons du soleil étaient déjà bien présents. Il n'avait qu'une envie alors : se coucher. Mais malgré sa fatigue due à la nuit blanche et à ces ébats, impossible de le faire immédiatement.
Certaines choses relèvent de l'habitude. Mais l'habitude, c'est souvent quelque chose de machinal. De... neutre, un peu. Alors devrait-on appeler 'rituel', ce que Hideto faisait toujours après avoir reçu de la 'visite' ? Invariablement, il répétait les mêmes gestes, une fois le client parti. Il ôtait tous ses vêtements s'il lui en restait et se précipitait sous la douche. Ensuite, il s'armait d'un gant épais qu'il noyait sous le savon, et se frictionnait entièrement. Aucun centimètre carré de peau ne lui échappait. Et il recommençait encore et encore, jusqu'à 3 ou 4 fois parfois, avant de se rincer enfin. Il se frottait si fort que sa peau rougissait ou lui faisait mal après. Pour rien au monde il ne serait sorti de la douche avant au moins 30 minutes, minimum. Et cette fois, il s'assit au fond, laissant la douche couler sur lui même si l'eau refroidissait... Moment de faiblesse passager et autorisé, puisque les murs n'iraient pas le raconter. Ensuite, en peignoir, il retourna dans la chambre et accomplit la fin de son 'rituel' : enlever les draps et les oreillers, les rouler en boule et les balancer dans un coin comme s'ils allaient lui refiler la peste. Là seulement, il pouvait se coucher. Il ne trouvait jamais le sommeil immédiatement, parce que parfois, il avait envie d'aller se laver de nouveau. Il s'e nempêchait maintenant, sachant bie nqu'il aurait pu se polir le corps jusqu'aux os, ça n'aurait rien changé. Mais ça n'aidait pas pour autant.
Après cela, il se passa plusieurs jours sans qu'ils ne se revoient. Tetsu était fort occupé. Il avait fini par trouver un batteur et dans le feu de l'action, ils avaient commencé à répéter. Hiro, le guitariste, possédait un garage tout à fait approprié pour cela. Alors le soir après le travail, deux à trois fois par semaines,Tetsu se hâtait de les rejoindre pour qu'ils avançent. Cela marchait plutôt bien, même si Tetsu doutait sérieusement de ses qualités de chanteur. Mais bon, l'essentiel était là. C'est ainsi qu'il se passa pratiquement une semaine avant qu'il ne refasse un tour au même sans tout cela, il se serait sûrement pas revenu avant. Il avait trop peur maintenant. Trop peur de faire un pas de travers, quel que soit le sens, et d'abîmer tout lien -si lien il y avait- avec Hideto. Pourtant, tout cela fut balayé de son esprit en un battement de cils, lorsque Hideto s'approcha de lui ce soir là. Un cocard digne de ce nom ornait son oeil droit et sa joue était quelque peu enflée. Sa lèvre inférieure était fendue et à sa façon de se tenir, nul doute que ses côtes devaient avoir dégusté également. Inquiet, il s'écria :
Hyde ! Mais tu as vu ta tête ?
Ouais... J'ai senti, surtout.
Mais qu'est-ce qui t'est arrivé bon sang ? Ton oeil... Ta bouche...
Et mes côtes.
Et tes... Racontes.
Laisse tomber.
Hyde...
Descente de flics cette nuit à l'hôtel.
Tu délires.
J'en ai l'air ? Je pense qu'ils cherchaient surtout de la drogue. Mais ils ont embarqué pas mal de monde.
Et toi ?
Moi je suis en taule, ça se voit non ? Ironisa-t-il, visiblement à cran. Bon sang, tu es long à la détente..
Ah oui. Excuses. Continues.
Y en a qui m'a serré au moment où je me cassais et qui m'a fait passer un sale quart d'heure...
Mais il n'a pas le droit ! S'offusqua Tetsu.
Sans blague ? T'as raison, c'est ça que j'aurais dû lui dire !
Désolé.
Quoi qu'il en soit, non seulement je ne vais pas pouvoir bosser avant un bail... Et en plus j'ai plus de toit.
Ah ?
Je ne vais pas y retourner, expliqua-t-il, du moins pas tout de suite. Trop risqué. Mais mon proprio m'a donné une adresse...
Ou le paiement sera le même, termina Tetsu avec amertume.
Probablement. Mais y en a que les éclopés ne rebutent pas...
Tetsu le regarda dire tout cela avec son 'je m'en foutisme' habituel, presque comme résigné. Lui qui se réjouissait de le revoir, quelque part -même s'il appréhendait un peu- , il était désolé de le voir dans cet état. Il n'aurait pas dû, mais une partie de lui se réjouissait de savoir que durant au moins quelques jours, Hideto ne ferait plus le trottoir. Il n'aurait pas tellement de succès avec cette tête. Et si ces quelques jours étaient l'occasion rêvée de lui montrer qu'il y avait autre chose ? Quoi, ça... L'une des caractéristiques de test uétait sa naïveté, celle-là même qui le faisait toujours parler, parfois avant d'avoir bien réfléchi. C'est pourquoi sa bouche alla plus vite que sa tête lorsqu'il dit spontanément :
Tu n'as qu'à venir chez moi.
Elle est bien bonne. T'en as d'autres des comme ça ? Rigola Hideto.
Je suis sérieux, persista Tetsu en se donnant des gifles mentales pour ne pas savoir la fermer. Viens à la maison. Je ne suis pas là de la journée, tu pourras te remettre.. Et là je vais être absent certains soirs aussi. Tu ne me verras pas beaucoup, si c'est ça qui t'en empêche.
Super. Alors j'amène mes clients dans ton pieu ?
Hein ? Ah non, pas de ça chez moi ! S'écria Tetsu avant de se rappeller qu'ils n'étaient pas seuls.
Je déconne. Je ne suis pas tordu à ce point.
Alors c'est oui ?
C'est non.
Pourquoi ?
Cherches pas. J'ai dit non.
Mais tu vas dormir où ce soir ?
A l'hôtel. Un autre.
Tu as de l'argent ?
Oui.
Garde-le pour te soigenr et récupérer. Ecoutes, je vivais avec Ken-chan avant son départ. Y a une chambre qui est vide. C'est petit, mais c'est un toit.
Pourquoi tu ferais ça ? Demanda Hideto, soupçonneux.
C'est interdit d'aider les gens ?
Pour Mère Thérésa, non.
Tetsu éclata de rire mais il ne faiblit pas. Si Ken était là, il le frapperait pour sa stupidité. D'ailleurs lui-même se jugeait complètement crétin. Mais si l'on regardait le problème objectivement : s'il avait un ami à la rue, quel qu'il soit, il lui ferait cette proposition. Là, pourquoi cela serait-il différent ? Le 'non' de Hideto semblait catégorique, mais après tout la soirée débutait à peine... Et puis aussi bien, ça ne serait que pour ce soir. Hideto aurait été bien bête de refuser.
