Disclaimer : les personnages d'Harry Potter ne sont pas ma propriété

Note de l'auteur : Publication d'un chapitre tous les deux ou trois jours - Merci aux quelques personnes qui continuent à me laisser leur avis ;)

Bonne lecture !

Brisé

Chapitre 8

Harry avait survolé les derniers parchemins qui lui restaient mais ils s'étaient révélés relativement pauvres en réflexions personnelles. Ou du moins, relatives aux jours présents. Il avait pu lire tout un long passage sur son séjour à Azkaban pourtant, en dépit de la rigueur évidente des lieux et des descriptions assez glauques qu'il avait pu en faire, le survivant s'était borné à se dire que cela n'était rien de moins que ce qu'il avait mérité. Sirius avait vécu pire alors que lui était innocent.

Le maître des potions avait passé sous silence toutes les fois suivantes où il l'avait rejoint dans sa chambre et ne s'était pas montré très expansif sur la récupération de sa baguette. En fait, depuis cela, il avait vraiment très peu écrit – et il n'avait même trouvé aucune explication sur sa soudaine colère plus d'une semaine auparavant dans son laboratoire. C'était presque à se demander s'il ne planifiait pas réellement quelque tentative d'évasion.

Le gryffondor avait été, d'une certaine façon, dépité de ne pas pouvoir en découvrir plus. Mais il avait cependant rejeté l'idée qui lui était venue à l'esprit deux jours plus tôt – même si certains passages étranges l'avaient rendu encore un peu plus perplexe. Ce serait aller trop loin, et se mettre en danger pour pas grand-chose. Ce qui ne l'avait pas empêché de placer un sortilège sur le livre de Rogue pour que chacun des nouveaux écrits qu'il y placerait se duplique au même instant dans le bouquin qu'il gardait dans sa chambre.

Sa lecture, au-delà des choses qu'il savait qu'il allait trouver, l'avait amené à se poser des questions sur l'ex-espion. Il n'accordait aucun doute à sa culpabilité. Il s'était seulement aperçu que ces mots lui donnaient une image plus semblable à celle qu'il avait de lui avant la guerre qu'à celle d'un soldat de Voldemort.

Fierté, mordant, esprit d'analyse et une aptitude à prendre de manière objective certaines situations critiques. Et puis, étonnamment, la capacité de se remettre en question – chose qui, en tant qu'éternel fidèle du Mage Noir, il aurait difficilement cru possible.

Bien sûr, à plusieurs moments, emporté par sa fureur, il le décrivait comme un bourreau infâme… et peut-être cela était-il finalement une description juste de certains de ses comportements. Peut-être allait-il vraiment trop loin. Mais était-il réellement si cruel ? N'aurait-il pas pu lui faire bien pire ?

Harry se leva du bureau installé dans un coin du salon et soupira.

Depuis sa lecture, de plus en plus de pensées contradictoires lui venaient à l'esprit et, pour pouvoir revenir à une opinion claire du mangemort, il se demandait parfois si le sort qu'il avait songé à employer ne serait pas plus efficace que dangereux.

Non. Il ne devait même pas penser à de telles extrémités.

Dans un nouveau soupir, il appela un elfe de maison pour qu'on leur apporte leur dîner et que l'on avertisse Rogue. Cette habitude semblait visiblement être destinée à durer. Même s'il aurait pu essayer de se persuader qu'il préférait la solitude à la présence du maître des potions, ce n'était pas le cas. Mais ça ne signifiait absolument rien ; sa présence dans ses quartiers lui avait simplement réappris à vivre avec la compagnie de quelqu'un d'autre, et commençait à effriter sa volonté d'isolement qui avait été omniprésente durant ces deux dernières années. Et que ce soit Rogue ou quelqu'un d'autre était du pareil au même.

Le gryffondor fut sorti de ses réflexions par trois coups légers frappés contre sa porte.

Il se leva de la table où il attendait patiemment son dîner. Et il se sentait déjà légèrement irrité. Personne n'avait l'audace de venir le déranger dans ses appartements sans y être invité, et même le directeur avait la politesse de lui envoyer un mot pour le convoquer dans son bureau au lieu d'empiéter sur ses quartiers. Personne sauf…

- Bonjour, Harry ! Comme je suis heureux de vous revoir !

- Professeur, répondit-il sobrement.

Le sorcier au teint mat, de quelques années son aîné et à peu près de sa taille, le fixait avec son éternel sourire plaqué sur le visage.

- Voyons, je vous ai déjà dit que vous n'aviez pas besoin d'être aussi formel, nous sommes collègues depuis deux ans après tout !

Le survivant regardait son vis-à-vis avec ennui. Ce professeur de sortilèges l'agaçait prodigieusement. Il ne voulait apparemment pas comprendre qu'il le laissait indifférent, que ses mèches châtain clair qui lui retombaient devant ses yeux bruns ne le séduisait pas plus que son comportement jovial ou son sourire charmeur. Pour dire à quel point en était son désintérêt, malgré qu'il l'avait prié maintes et maintes fois de l'appeler par son prénom, il n'avait jamais fait aucun effort pour ne serait-ce que le retenir. Il commençait par un 'M' ou un 'J' peut-être ? Harry n'en savait rien et était très heureux comme ça.

- Que voulez-vous ? coupa-t-il en retenant à peine son grognement.

Il y avait eu un tic de contrariété au coin de son œil droit mais, malheureusement, il ne se découragea pas.

- Eh bien, juste vous inviter à dîner, Harry, vous ne devriez pas passer tant de temps seul-

- Non.

- Venez ne serait-ce que nous rejoindre dans la Grande Salle, plaida-t-il sans se démonter. La plupart de nos collègues sont déjà revenus à Poudlard et je suis certain qu'ils seraient tout aussi heureux que moi de vous revoir !

- J'ai déjà prévu de dîner ici, répondit le plus jeune en jetant un vague regard sur la nourriture enfin apparue sur la table.

En suffisance pour deux personnes.

- Permettez-moi de me joindre à vous alors, puisque je vois que les elfes ont pris en compte ma visite, minauda-t-il d'un petit air ravi.

Le gryffondor le fixa durant de longues secondes. Puis, il s'écarta pour le laisser entrer.

Avant même qu'ils ne s'installent, la porte du laboratoire s'ouvrait pour laisser apparaître Rogue ; Harry masqua un rictus en voyant le professeur de sortilèges se tendre, et même finir par tout simplement arrêter son cheminement vers la table.

- J'imagine que vous allez devoir demander votre part aux elfes de maison, dit le survivant d'un ton badin. Oh. Je suppose que vous n'avez pas oublié que Severus Rogue a été mis sous ma tutelle durant l'été, n'est-ce pas ?

Et le jeune sorcier s'installa sans plus de cérémonie devant son repas, en faisant un vague signe au maître des potions de s'installer face à lui, à sa place habituelle. L'ex-espion s'exécuta non sans avoir jeté un regard indifférent à l'homme qui se tenait toujours muet au centre de la salle. Avec un peu de chance, se dit Harry, cela serait suffisant pour le faire définitivement fuir ses quartiers.

- …je suppose que les présentations sont de mises, finit-il par déclarer un peu maladroitement. Ancien élève de Beauxbâtons et professeur de sortilèges depuis deux ans, je suis…

Mais comme Rogue ne leva même pas le regard vers lui et qu'il sembla se rendre compte qu'il était ridicule de se présenter de cette façon à l'ancien détenu d'Azkaban, le professeur se tût et s'installa en silence. Un nouvel elfe de maison fut convoqué et il reçut l'ordre d'apporter un repas de plus accompagné d'une bouteille de vin.

Ils commencèrent à manger en silence mais, rapidement, l'invité non désiré reprit la parole, agissant même comme-ci il n'était que tous les deux autour de la table.

- Vous n'avez jamais répondu à mon invitation de l'année dernière, affirma-t-il avec un sourire espiègle. Un dîner en tête à tête au Chemin de Traverse, minauda-t-il encore, vous ne pouvez pas me refuser ça.

Harry aurait juré voir le maître des potions suspendre un instant ses mouvements et ses jointures blanchir sur la main qui tenait son couteau. Le survivant ne jeta cependant qu'un vague coup d'œil au professeur de sortilèges.

- Je ne suis pas friand de ce genre de rencontre et j'ai des cours à préparer.

Bien sûr, il avait déjà abattu tout le travail nécessaire pour la rentrée et dire qu'il n'était pas 'friand' de ces rendez-vous était plus qu'un euphémisme… mais il y avait quelque chose avec Rogue, même s'il ne savait pas vraiment lui-même de quoi il s'agissait…

- Je comprends. Eh bien, j'imagine que ma présence ici est déjà un premier pas, reprit-il avec contenance, tout en leur servant à tous les deux un peu de vin – et en ignorant totalement le troisième verre.

Le survivant retint un grognement ; l'idée de le laisser partager leur dîner n'était peut-être pas aussi bonne que cela. Il préférait de loin la calme compagnie de Rogue à celle de ce m'as-tu vu de…

Bon. Au moins, cette fois son esprit lui avait fourni la preuve que n'importe quelle compagnie n'équivalait pas celle du maître des potions, et il n'était pas près de recommencer l'expérience pour savoir si ce satané professeur de sortilèges était une exception. L'homme lui tapait sur les nerfs et il savait que ce n'était pas – plus le cas de l'ex-espion. Enfin, si, sa présence l'irritait parfois mais ce n'était définitivement plus une constante. Et, maintenant qu'il y pensait, cela aurait dû l'inquiéter… et pourtant ce n'était pas l-

-… nouvelle année à Poudlard !

Harry répondit distraitement au toast, n'ayant guère écouté les derniers babillages du professeur. A son plus grand agacement, son aîné se pencha vers lui comme pour lui confier un quelconque important secret. Avant que le gryffondor ne choisisse sciemment de s'écarter, un mouvement vif de Rogue provoqua un sursaut chez l'invité indésirable et il se redressa nerveusement sur sa chaise. Le maître des potions s'était simplement saisi de son verre de manière un peu brusque mais cela avait été suffisant à faire remonter à la surface le malaise de l'autre.

Le professeur de sortilèges sirota son vin en silence ; Harry aurait presque été capable de remercier le maître des potions pour être parvenu à interrompre tout ce bavardage inutile.

- Hmm, Harry, commença-t-il à nouveau, après avoir jeté un regard circonspect au serpentard, croyez-vous qu'il soit réellement prudent de vous en tenir aux dispositions dont vous avez fait part au directeur ? Je veux dire, votre choix est très certainement guidé par un certain nombre de raisons légitimes mais ce château n'est peut-être pas-

- Etes-vous en train de me suggérer de renvoyer Severus Rogue ici présent à Azkaban pour qu'il subisse le baiser du détraqueur ? le coupa le survivant, relativement calme.

L'ex-espion avait cette fois reposé son verre et fixait le châtain d'un regard neutre ; ce dernier ne semblait même pas oser poser ses yeux sur son visage. Harry retenait difficilement un rictus devant toutes ces petites interactions muettes mais qui jouaient visiblement sur les nerfs de l'ancien élève de Beauxbâtons.

- Non, bien sûr que non, se défendit-il d'un ton presque alarmé. J'envisageais juste la possibilité que… Enfin, tenta-t-il de se reprendre, je m'inquiète de ce que ce genre de responsabilité pourrait vous obliger à abandonner…

Son expression adoucie et charmeuse le fit presque grincer des dents.

- Je peux vous assurer que ce qui mérite mon attention continuera à l'obtenir, inutile de vous inquiéter, répondit le survivant d'un ton froid. Je n'oublierai cependant pas votre suggestion, ajouta-t-il vicieusement, dans le seul but de le voir trembler en sentant le regard noir toujours dirigé vers lui se durcir.

Le professeur de sortilèges vida d'une gorgée ce qu'il restait de son verre puis se leva, paraissant de plus en plus dérangé par l'insistance du regard de Rogue.

-Bien. J'ai été ravi de ce petit dîner, Harry. J'espère que vous me ferez bientôt l'honneur de me laisser vous retourner l'invitation. Nous nous reverrons à la rentrée, j'imagine.

Il lui décocha un sourire, moins confiant que précédemment cependant. Le châtain hésita ensuite quelques secondes.

- Monsieur Rogue, salua-t-il poliment.

Et puis, il les quitta avec un peu plus de hâte qu'il ne l'aurait dû.

Une fois la porte refermée derrière lui, Harry se permit un sourire moqueur. Voir l'homme si facilement affecté, voire intimidé, par la présence du maître des potions – alors qu'il n'avait même pas prononcé un mot ! - avait été assez divertissant. Après tout, sa réputation n'était plus à faire, que ce soit en tant que serviteur de Voldemort ou en tant qu'ancien enseignant de cette école. Il savait imposer la crainte aux plus faibles avec peu de choses, et il gardait aujourd'hui encore une part de sa prestance si particulière. Il était capable d'impressionner tant par la colère que le silence, une expression soigneusement maîtrisée ou simplement son regard de suie. Il avait une puissante volonté et une consistance qui n'appartenait qu'à lui.

Cela le rendait intrigant. Donnait à Harry, à ce moment précis, une raison de plus de vouloir découvrir qui était vraiment Severus Rogue. Et était peut-être une partie de la raison pour laquelle il était si fasciné par l'idée de posséder cet homme fort au point d'avoir survécu à la guerre.

Comme à cet instant, alors que son esprit dérivait vers le côté le plus charnel de la chose.

Le maître des potions se leva pour rejoindre son laboratoire, sans paraître remarquer ce qui agitait son cadet ; le survivant le retint par son poignet.

- Attendez.

Le serpentard se tourna lentement vers lui et, lorsqu'il croisa son regard, une étincelle de haine surgit dans les yeux noirs.

Non.

Non, ce n'était pas ce qu'il voulait voir sur son visage à cet instant, décida-t-il avec certitude.

Au lieu d'essayer de le tirer vers lui, sachant parfaitement qu'il se serait fait le plus rigide possible, Harry se déplaça pour lui faire face, bougeant avec patience et calme. Il observa le visage anguleux durant quelques secondes, essayant d'ignorer la lueur dérangeante présente dans les orbes noirs, puis laissa ses doigts s'égarer autour de son visage, laissant les mèches ébène caresser sa main. Ses cheveux étaient lourds mais doux, lui donnant l'envie de presser son visage contre eux.

Rogue le fixait maintenant avec méfiance, sans doute pas certain de savoir ce que ce genre de geste – qu'il avait toujours évité – signifiait. Mais le survivant aurait été lui-même bien incapable de lui fournir une explication. Tout ce qu'il savait, c'était qu'à présent c'était différent. Le maître des potions lui semblait, dans un certain sens, plus proche depuis qu'il avait lu ses écrits. C'était la première fois qu'il en avait une telle conscience. Et il se sentait comme-ci il avait été stupide de ne pas s'être permis plutôt d'agir avec lui avec plus de douceur.

- A quoi jouez-vous ?

La voix rauque le sortit de sa contemplation.

- Je ne vous aurais pas cru si impatient de passer à l'étape suivante, répondit-il d'un ton légèrement moqueur.

Les lèvres fines se pincèrent d'irritation ; son expression laissait croire qu'il se retenait de lui répliquer une chose qui aurait pu ressembler à « inutile de rendre tout cela plus pénible encore ». Son aîné était tendu, comme à chaque fois qu'il l'approchait, mais se refusait clairement à lui montrer toute crainte.

Harry laissa ses doigts glisser sur sa nuque, se penchant jusqu'à enfouir son visage dans les cheveux sombres. C'était vraiment différent, il ne s'agissait pas d'un oubli total de son environnement mais d'une conscience accrue de la présence de Rogue, du sentiment que le monde autour de lui perdait vraiment en importance, alors qu'il se reposait contre cet autre corps solide et vivant.

Si seulement… Si seulement cet homme n'avait pas été un mangemort, si seulement il s'était révélé être un véritable allié… Alors, il ne regretterait pas de préférer sa présence à celle de l'un de ses collègues, de s'avouer que son obsession n'était pas quelque chose dont il pouvait se guérir, de se sentir si bien dans cette étreinte ou de se rendre compte que son excitation s'accentuait – et non pas parce qu'il savait qu'il allait simplement le posséder à nouveau mais parce qu'il s'agissait de lui, du maître des potions qui lui avait sauvé la vie à plusieurs reprises, de l'homme qui semblait encore se préoccuper de lui à travers les lignes de ses parchemins, car c'était bien ça qui lui avait paru si particulier tout au long de sa lecture.

Ce n'était pas la réalité. Mais ne pouvait-il pas faire comme-ci ? Juste une fois ? Oublier qu'il était censé le haïr, que l'autre le considérait avec dégoût et mépris, qu'une guerre lui avait enlevé tous ceux qu'il aimait et qu'il se sentirait à nouveau désespérément seul lorsqu'il s'éloignerait de ce corps…

Harry s'écarta un peu, ne cherchant pas à croiser son regard, et défit lentement les premiers boutons du col de la robe noire, glissant ses doigts sous la chemise qu'il déboutonnait en même temps. La peau claire frissonnait sous son toucher occasionnel et, lorsque sa gorge et la naissance de ses clavicules furent suffisamment dégagées, il posa ses lèvres sur la chair chaude, l'embrassa, la goûta. Il avait soudain désespéramment besoin de l'illusion que tout cela n'était pas factice, qu'il donnait du plaisir à son partenaire et qu'il en recevait en retour.

Malgré son silence, il entendait le souffle léger de Rogue devenir irrégulier sous ses attentions alors que ses mains continuaient à le débarrasser lentement de ses robes. Le maître des potions sortit de son immobilité et fit un pas en arrière comme pour lui échapper ; Harry se contenta de presser fortement une main dans son dos pour le faire rester contre lui.

- Vos mains autour de ma taille, murmura le survivant entre deux baisers.

L'ex-espion ne réagit pas et le jeune sorcier continua l'exploration de sa gorge, s'attardant un peu sur sa jugulaire puis marquant un peu plus durement le creux de son cou jusqu'à faire tressaillir le serpentard.

- Ne me forcez pas à vous y contraindre, ce n'est pas grand-chose. Vos mains…

Il se pressa contre lui de telle manière qu'il ne puisse pas ignorer son sexe dur, et lécha la marque qu'il venait de lui graver dans la peau.

-… autour de ma taille.

L'homme s'exécuta bien qu'il sembla trouver par là un moyen de l'éloigner un peu de lui. Les mains fines posées juste au-dessus de ses hanches rendaient l'illusion encore un peu plus réelle et une nouvelle vague de désir le traversa. Il le dévêtit avec un peu plus d'impatience, dévoilant bientôt complètement le torse pâle et y plongeant sans plus se préoccuper des mains qui quittaient son corps.

La sensation de la peau chaude sous sa langue, de la cage thoracique qui se soulevait légèrement contre son menton, il aimait ça. Mais taquiner de ses dents les tétons jusqu'à les rendre durs, jusqu'à sentir Rogue trembler et entendre son souffle se bloquer dans sa gorge… ça c'était vraiment excitant.

Harry ôta sa propre chemise, tout en continuant son exploration, puis revint à la hauteur des yeux noirs. Il hésita, fixant un instant ses iris troublés, s'approcha, mais évita ses lèvres pour lui mordiller l'oreille tout en le poussant vers le canapé. Il laissa ses mains descendre plus bas, passant sous le tissu pour caresser ses fesses, et fit finalement disparaître ces dernières barrières, déjà grisé en sentant le maître des potions réagir sous sa main.

Le survivant se laissa tomber dans le canapé, retenant le sorcier par son bras pour qu'il le suive ; l'homme nu se retrouva à genoux au-dessus de lui, une jambe de part et d'autre des siennes. Il y eut quelques secondes de flottement durant lesquelles Harry se perdit dans la vue du serpentard, ses cheveux lui retombant sur ses joues creuses mais légèrement colorées, son souffle dont il tentait visiblement de garder le contrôle, la marque sur son cou, les tétons tendus et son sexe à moitié dur suspendu à quelques millimètres de la bosse déformant son pantalon…

Rogue eut un brusque mouvement de recul comme-ci il retrouvait à peine sa lucidité. Mais il l'empêcha de se relever d'une pression forte sur sa nuque. Le plus âgé tenta de lutter, l'observant avec fureur, semblant sur le point de l'insulter pour qu'il le lâche, et Harry força son visage à se rapprocher du sien, jusqu'à ce que leurs lèvres puissent presque se toucher.

- N'y pensez même pas, murmura le survivant. Je n'aimerais pas devoir utiliser l'Aegroris contre vous maintenant, ajouta-t-il en se rappelant quelques lignes de son journal, et je suis sûr que vous non plus.

Une lueur alarmée brilla dans son regard et il cessa de se débattre.

Un peu agacé d'avoir dû à nouveau utiliser la menace, ses mouvements furent assez violents lorsqu'il poussa ses doigts humides contre son anus et Rogue gémit de douleur tout en se retenant à son épaule et au dossier du canapé pour rester stable. Le jeune sorcier grogna contre lui-même, il était en train de perdre son illusion par sa propre faute.

Harry revint embrasser la gorge solide, utilisant sa main libre pour entamer de longs va et vient sur le pénis ayant perdu presque toute sa vigueur, et lentement il fit se mouvoir les trois doigts qui violaient la chaude cavité. Ses efforts furent récompensés lorsqu'il sentit sous ses lèvres la gorge vibrant de gémissements retenus. Un instant plus tard, les hanches pâles entamaient leur premier mouvement. Il laissa Rogue être gagné par l'excitation durant un long moment, jusqu'à le sentir pulsant durement dans sa paume, avant de l'amener plus près encore de son corps et de remplacer ses doigts par son propre membre épais et impatient.

Le survivant abandonna la chair fragile de son cou, bougeant légèrement en lui par la même occasion, une fois de plus submergé par l'ardente chaleur qui l'entourait. Il reposa le regard sur le visage du maître des potions dont les yeux étaient à nouveau clos, la tête légèrement penchée vers l'arrière et la mâchoire serrée. Ses ongles creusaient aussi dans la peau de son épaule et le picotement que le jeune homme en ressentait était très loin d'être désagréable.

Il ne résista pourtant pas longtemps à la sensation de ce corps brûlant semblant plus proche de lui qu'il ne l'avait jamais été, de sa main accrochée à même sa peau, à la vue de Rogue glissant lentement de l'inconfort au plaisir… Les hanches du sorcier se levèrent brutalement à son premier coup de rein ; au second, Rogue soulevait déjà ses cuisses pour suivre et donner son rythme.

Harry n'était plus tout à fait maître de la situation et il adorait ça.

Seule une de ses mains était posée sur son côté alors que l'autre s'animait toujours autour de sa verge à une vitesse similaire à celle de ses entrées et ses sorties dans les entrailles moites. Chacune de ses poussées en lui récoltait une réponse plus sauvage encore et le poids de Rogue, chaque fois que leurs hanches se rejoignaient, loin d'être un inconfort, rendait la pénétration plus profonde encore, lui coupant presque le souffle à chaque choc.

Il ne voulait pas jouir si tôt mais il lui était vraiment difficile de résister à la cadence de plus en plus rapide qui lui était imposée. Et la contemplation du maître des potions – ses cheveux en désordre, ses lèvres presque mordues jusqu'au sang, la sueur qui brillait sur ses tempes et ses mouvements de plus en plus désespérés pour approfondir le contact – ne l'aidait pas à tenir.

Ses doigts plantés dans son épaule comme des serres, le râle bas qui lui emplissait les oreilles mais qu'il n'aurait pas su dire s'il venait de lui ou non, le rythme qu'il ne contrôlait pas tout à fait lui-même...

Rogue jouit entre leur deux corps. Avant même qu'il n'ait terminé, Harry se libéra durant de longues secondes, trop conscient du corps tremblant de plaisir – et de sa propre libération – contre lui.

Le front de l'ex-espion retomba sur son épaule, sa respiration lourde faisant délicieusement écho à ses oreilles, et il laissa ses mains se perdre à caresser le corps fatigué, la courbe de son dos, ses épaules relâchées ou ses mèches noires chatouillant son nez. Il se sentait si bien à soutenir ainsi ce corps qui s'abandonnait dans ses bras, à sa place, en paix.

Harry enfouit son nez dans ses cheveux pour ensuite embrasser sa nuque avec tendresse, appréciant le goût de sa peau salée. Il n'était pas encore arrivé à son visage qu'il se rendit compte que tous les muscles du maître des potions étaient contractés.

Le voile de son illusion venait de se déchirer.

Le survivant tourna la tête et laissa ses bras retomber contre le canapé ; Rogue n'attendit pas plus pour se lever et le jeune homme ne protesta même pas, fermant simplement les yeux. Il l'entendit récupérer ses vêtements puis refermer la porte de sa chambre derrière lui. A ce moment-là seulement, Harry ouvrit à nouveau les yeux.

Il sentait les traces de leur acte encore sur son estomac, son épaule douloureuse et l'odeur de Rogue embaumant encore l'air qui l'entourait.

C'était ça, depuis le début.

Ce n'était définitivement pas de simples parties de jambes en l'air qu'il voulait, c'était plus, beaucoup plus. Et il avait fallu que ce soit avec le serpentard qu'il cherche à l'obtenir. De tous, il avait dû jeter son dévolu sur lui, le mangemort, l'assassin, le traître. Celui qui, au contraire, aurait dû attirer sa haine la plus féroce.

Quelle connerie.

Il laissa retomber le dos de sa main sur ses paupières.

Il aurait aimé pouvoir se dire qu'il était devenu fou, et y croire suffisamment pour s'en persuader.

N'était-on pas censé se sentir heureux lorsque l'on découvrait ce genre de chose ? Ne souriait-on pas bêtement tout au long de ses journées ? Ne voyait-on pas toute la prétendue « beauté » de la vie ?

Il n'y avait rien de tout cela. Mais l'obsession, elle, était bien présente. Il voulait envahir son corps, plonger dans son esprit – surtout depuis ce foutu journal, le savoir toujours proche de lui, le désirant, se souciant de lui…

Des chimères que tout cela. Il devait s'enfoncer dans le crâne que ces souhaits-là n'avaient aucun avenir. Que tirerait-il de tout cela à part réussir à se détruire lui-même ? Chercher de l'affection de quelqu'un qui n'en éprouverait jamais pour lui ? Alors que ce qu'il venait de faire n'avait sans doute dû servir qu'à augmenter sa haine puisqu'il avait encore pris avantage de la faiblesse de son corps… Et commencer à trahir la mémoire de tous ceux – Dumbledore, Ron, Hermione, et tant d'autres – qui étaient tombés sous sa baguette ? Rien de mieux pour le priver des derniers remparts qui le gardaient encore sain d'esprit.

Un évènement suffisamment fort pour qu'il considère à nouveau son masque de mangemort comme la partie dominante de sa personnalité, pour que ses crimes reviennent au premier plan dans ses pensées, c'était ce dont il avait besoin. Oui, ce sort était définitivement la solution. Il ne l'utiliserait pas comme il l'avait prévu au départ mais cela valait mieux. Ainsi, il se purgerait les veines de ce poison qui le rongeait. Et après…

Après, Harry n'aurait plus d'autre envie que celle de le rendre au Ministère et d'attendre patiemment son exécution.

A suivre…

Chapitre avec un premier vrai lemon que je ne pouvais pas me résoudre à enlever… si vous pensez que ce chapitre est bien trop graphique, n'hésitez pas à me le dire je m'emploierai à censurer davantage ^^''