Chapitre 8 : «Le recommencement°»
AN : Dans la version originale, la voix de Callie est plus profonde et plus douce. Rien à voir avec la version niaise que lui donne la version française. D'où une certaine phrase qui pourrait interroger les plus purs des fans -)
Désolée pour les fautes ou fautes de frappe, j'ai relu en diagonale…
Ce chapitre sur l'appropriation du deuil et la manière de le dépasser n'a pas été simple à écrire. Il a remué beaucoup de choses en moi. J'attends vos avis avec impatience.
Bob : You're the only one able to read what's in my heart throught my eyes.
x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x
« Le sens unique est une invention de l'homme pour l'homme. Un besoin maladif de croire qu'une seule voie est tracée et qu'on ne peut y déroger au risque de créer un déséquilibre. Une vie s'écoule et défile autour d'un quotidien plus ou moins parfait que l'on a construit, plus ou moins consciemment, plus ou moins heureux. Un mirage de pelote de laine, un enchevêtrement de nœuds auquel les autres nous identifient. Un évènement survient et la pelote se défait. La mort par exemple. Elle surgit et emporte tout sous son passage, faisant table rase du passé et ouvrant ainsi tout un champ de possibilités. C'est dur de parler de possibilités à la perte d'un être cher. Et pourtant c'est la vie : un recommencement douloureux.
Le fil se déroule, on le perd parfois ou on a envie de s'y pendre. Les caractères choisissent, des choix se dressent, les directions se multiplient alors qu'une longue route bienveillante de deuil de sa vie s'offre, aguicheuse, prête à tout pour convaincre, à tous les mensonges. Ce serait si facile de se complaire dans la peine et de faire comme si. Tellement beau aussi aux yeux des autres, de passer pour cet idéal de femme alors qu'on bouillonne de vie intérieurement. La culpabilité déchire, pas le deuil. La culpabilité de vivre pour ne pas crever d'être soi.
Callie et moi étions sur deux routes différentes. Nous marchions chacune à notre rythme, attendant peut-être qu'un chemin de traverse nous ramène l'une vers l'autre. Je pense que c'est ce qu'elle voulait. Pour moi c'était différent. Je l'aimais mais j'étais passée à autre chose. J'avais réussi à passer à autre chose tout en conservant jalousement le passé de notre amour dans un coin de ma tête. Et là, c'était comme si on me faisait revenir en arrière.
La culpabilité n'existe qu'à travers notre rapport à ces autres. Ceux qui sont au bord de la route et qui attendent de nous un comportement. Ou du moins dont on pense qu'ils attendent de nous un comportement, ou qui parfois nous y encouragent, nous laissent penser que c'est comme ça et pas autrement.
Pourquoi prendre un risque ? Pourquoi désobéir à cette route qu'on nous a tracée ? Elle est si normale… Le déchirement intérieur est tellement plus facile à cacher, plus sain aux yeux malveillants.
Il faut réguler alors régulons ! Réfrénons nos vies… Pourquoi ? Pour qui ? Qui sont ces autres dont il ne faut surtout pas déranger le quotidien ? A quel titre ma vie vaudrait moins que la leur et que savent-ils de moi et de mon deuil ?
Tout se bouscule et se mélange, noyant les espoirs secrets, les convictions intimes devant les yeux d'une enfant pour qui on se sait que faire. Je ne sais plus où j'en suis…
x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x
Les funérailles de Callie ont eu lieu un vendredi. Il faisait beau, un soleil éclatant. Un léger vent faisait voleter de la poussière de neige dans un cimetière blanc. Un voile se répandait. La poudre scintillait et rappelait sa robe de mariée. Arizona revoyait la cérémonie conduite par Bailey et les efforts de Mr. Torres pour revenir offrir une danse à sa fille. Le sourire éclatant de Callie semblait rayonner sur tout le paysage et les nombreuses personnes présentes.
Mr. Torres était venu seul ce jour là, digne. Callie ne lui avait jamais dit pour leur séparation, aussi traita-t-il Arizona comme sa fille. Cet homme qui l'avait terrorisée au début de sa relation avec Callie lui apparaissait comme un rocher aujourd'hui. Jackson était resté tout près d'elle aussi, juste derrière. Le board avait fait corps. L'hôpital avait fermé le temps des funérailles.
Sofia s'était tenue droite, devant Arizona. Elle n'avait pas pleuré, pas pendant ce moment. Arizona regardait sa fille. Arizona n'avait regardé que sa fille. Tout paraissait vaporeux autour d'elle. Rien ne comptait. Elle aurait voulu un comité restreint pour libérer tout son chagrin au lieu de le contenir avec une pudeur imposée. Elle n'écoutait rien. Elle ne voyait rien à part sa fille qui se tenait droite. Jackson murmurait de temps en temps quelques mots à son oreille, sans doute pour lui dire qu'il n'y en avait plus pour longtemps. Elle ne le savait pas. Elle n'aurait pas pu dire. Tout n'était que silence, comme si elle faisait face à sa propre âme en approchant le cercueil du regard. A présent elle contemplait son malheur. Elle toisait sa prison.
L'hommage prit fin et les masques se mirent à bouger. Les corps s'approchaient, présentaient leurs respects. Rien ne comptait. Elle allait exploser. Elle aurait aimé être seule.
x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x
Avant, après la cérémonie, elle avait du mal à accepter les regards. Tout ce qui pouvait de près ou de loin se poser sur elle donnait la sensation d'une brûlure, comme si l'enfer soufflait sur les braises d'une vie en veille pour la rappeler à ses pires heures. Les caresses léchaient, les chuchotements attisaient. Des paroles valsaient, des paroles qu'on ne lui disait pas forcément mais que les vents contraires rabattaient dans sa direction. Arizona avait l'impression de rapetisser et de se consumer jusqu'à devoir cesser d'exister pour coller à l'image que les autres avaient d'elle.
« Tu vas bien ? », « Ce n'est pas trop dur ? », « C'était quand même l'amour de ta vie… », « Il va te falloir du temps… », « Tu verras, ça passera avec le temps... », « Si tu as besoin de parler je suis là, j'ai partagé de beaux moments avec elle aussi… », « Avec le temps… », « La pauvre, elle n'a vraiment pas de chance… », « Et se retrouver seule avec un enfant, et lesbienne en plus !... », « Quel malheur… un si joli couple…», « Elles traversaient juste une crise… », « J'espère qu'elle va s'en remettre ! ». Les flammes dansent, lèchent, invitent à la destruction comme ces âmes bienveillantes. La vérité d'un cœur ardant, personne ne la connaît sauf celui qui en vit.
Cette combustion intérieure n'était pas sans résonance. Elle rallumait un feu que trop récemment éteint dans les cendres duquel gisait sa jambe calcinée. Elle en connaissait l'inflammation, le mordant. C'était un véritable retour en arrière : elle ne savait ni quoi faire ni comment réagir, partagée entre l'envie de tout envoyer en l'air dans l'appartement, et celle de hurler sur tout le monde.
Hurler mais pour dire quoi ? A nouveau ces accès de violence l'effrayaient. Ils ne prenaient aucune forme verbale. Sa colère désertait toute forme syntaxique et sombrait dans une parataxe douteuse. Ne sachant pas comment exprimer la réalité de sa peine, Arizona se renferma. Les crises d'angoisse avaient disparu. Elle choisit une façade de douleur et de dureté dans un premier temps. Mais ce choix s'avéra désastreux. Il ne fit que ramener vers elle les âmes les plus insistantes. « Non, mais c'est normal de souffrir. Après tout ce que tu as traversé… », « Le deuil est un long processus… », « Tu garderas toujours son souvenir, bientôt il ne te fera plus mal, tu seras heureuse de l'évoquer avec Sofia… », « Il faut que tu sois forte pour deux… », « Tu verras »… Mais qu'est-ce qu'elle verrait ?
Une semaine passa. Elle se terra dans l'appartement.
x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x
Tout s'enchaina. Des dates furent prises, parfois imposées. Il fallut vider des souvenirs, emballer une vie dans des cartons, supporter l'odeur de certaines affaires et faire taire les réminiscences douloureuses qui voulaient s'imposer. Jeter, trier, abandonner, choisir ce qu'il fallait garder, c'était le plus important. Ce qui comptera plus tard aux yeux de Sofia. Dans une porte s'anima l'idée que Callie allait apparaître avec son énergie naturelle et les éclats de sa voix suave. La même voix qui l'avait chassée et insultée autrefois. La même fois qui avait dit aux autres qu'elle était morte dans l'avion et la colère étrangle les souvenirs. Comment peut-on faire le deuil d'un amour qui n'était plus ? C'était sa place qu'elle ne trouvait pas dans ce deuil. Callie était partie alors qu'elles étaient sur le point de se réconcilier définitivement. Il y avait ce manque qui lui interdisait d'avancer. Les yeux de Callie, ce regard avant de la quitter, ce sourire qu'elle avait néanmoins réussi à lui donner. C'était injuste. On l'avait privée d'une chance et c'était injuste. C'était bien de ça dont l'avait privée cette mort brutale : une chance de se reconstruire définitivement. Etait-elle en train de reprocher à Callie d'être… morte ?
Voir Sofia devant elle, aidant à tout ranger des éléments d'une vie passée lui fendit le cœur. Que devait-elle faire ? Affalée dans le sofa elle regarda faire la petite fille lancée dans un étrange monologue. Elle faisait un tri dans ses jouets et ses DVD. De temps en temps elle semblait parler à des personnages en plastiques, arrangeait les cheveux d'une poupée avant de la poser dans un sac poubelle. Arizona s'étranglait avec ses sanglots pendant que Sofia continuait. La musique de la petite voix apaisait sa mère. L'enfant exécutait un tri implacable et méthodique, ne semblant rien laisser au hasard. Elle ne marquait aucune hésitation entre ce qui resterait dans le passé et le reste. On lui avait expliqué qu'on ne pouvait pas tout ramener à l'appartement, et qu'elle devait faire un choix. Et elle le faisait sans aucune difficulté. Arizona se demandait si elle avait vraiment conscience de ce qui se passait. Avait-elle conscience de laisser tout un pan de sa jeune vie dans ces sacs, avec une partie des souvenirs de sa mère ? Qu'est-ce que ça signifiait pour elle ? Et comment pouvait-elle être sûre que ce qu'elle laissait ne lui manquerait pas plus tard ?
Annoncer à sa fille que sa mère était morte avait été un calvaire. Depuis lors elles n'en avaient pas reparlé. Arizona n'avait pas osé lui en parler. C'était à elle de le faire. Arizona se posait mille questions sur ce que ressentait sa fille, mais elle n'osait pas le lui demander. Elle avait peur. Son regard restait bloqué sur Sofia. Elle continuait son activité avec la plus grande rigueur. Des mèches noires s'échappaient de ses barrettes et cachaient son regard. La mécanique de Sofia déroutait toujours autant Arizona qui ne comprenait toujours pas.
« La pauvre petite… », « Elle doit être perdue… », « déjà son père l'année d'avant… », « C'est terrible de se retrouver orpheline à cet âge là… » Y-a-t-il un âge convenable pour être orphelin ?
x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x
Le temps défilait. Elle n'avait toujours pas repris le travail. Cedric Woods, lui, avait été transféré dans un centre de rééducation pour enfants. Son père avait filé en préventive. Dans le regard des autres elle voyait surtout de la compassion et de la pitié. On voulait qu'elle souffre. On voyait qu'elle souffrait mais on ne la comprenait pas. Et cette souffrance, elle-même avait du mal à la comprendre.
Un testament avait été fait. Arizona ne le savait pas. Elle supposa que Callie l'avait fait après leur séparation. Le notaire qui s'occupait de la succession avait appelé. Elle devait le rencontrer dans deux jours. Encore une date imposée. Mr. Torres serait là. Sofia resterait avec Jackson. Jackson. Il s'était encore une fois montré fantastique durant cette épreuve. Présent, attentionné, doux. Il était toujours là. Les liens qui les unissaient lui et Arizona étaient de plus en plus puissants.
Arizona avait repris la course. Au fil des miles elle reconstituait la pelote de sa vie. Les évènements s'enrubannaient autour d'elle pour former un cocon d'idées. Elle courait toujours jusqu'à la limite de l'épuisement, le corps en sueur, presque en transe, les muscles au bord de la tétanie. L'étourdissement guettait. Il montait avec un frisson, le paysage autour devenait flou et le souffle se perdait. A ce moment, elle s'asseyait sur un banc ou dans l'herbe. Quand son corps essayait de reprendre le dessus, c'était souvent que le cerveau s'affranchissait de son fardeau quotidien et qu'elle pouvait à nouveau penser. Il suffisait que la douleur physique prenne le pas pour que la souffrance morale s'atténue.
Sofia occupait constamment les pensées d'Arizona. Elle la trouvait digne, forte, beaucoup plus qu'elle-même. Elle était la parfaite combinaison de Callie et de Mark. Qu'est-ce qu'elle allait bien pouvoir apporter à sa vie ? C'était la question qu'elle se posait sans cesse. Sofia avait pris les jouets qu'elle avait décidé de garder. L'appartement de Callie avait été vidé et mis en vente. Sofia était sortie sans se retourner.
Arizona s'arrêta hors d'haleine. Elle s'appuya sur une poubelle. L'appartement, les jouets, tout cela n'était que matériel. Ce n'était pas Callie. Callie manquerait à Sofia, pas l'appartement, encore moins quelques morceaux de plastique. Sofia avait besoin d'elle, de sa présence… Elle lui parlerait…
Durant des mois elle avait affirmé à Callie qu'elle était mère. C'était le moment de le prouver à tout le monde, à commencer par sa fille.
« Il faut toujours en passer par là…. », « Le chagrin sera toujours là, il ne faut pas se leurrer… », « Je me demande comment elle va tenir le coup sans Callie. C'est vrai, déjà qu'elle n'était pas flambante quand elles étaient séparées… », « Ah oui, là c'est du définitif… », « Hé bien elle traînera sa peine dans les couloirs de l'hôpital… »…
x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x
L'étude était dans un quartier chic de Seattle. Arizona s'y rendit en compagnie de Mr. Torres. Tous deux se complétaient bien dans la nervosité. Un décor froid, une secrétaire froide, et ils furent introduits dans un bureau à la chaleur identique. Des étagères entières étaient remplies de livres de droit soigneusement rangés. Ils attendirent que le notaire sorte l'ensemble des documents relatifs à la succession. Ils étaient installés dans deux fauteuils qui faisaient face au bureau du notaire. Arizona croisait et décroisait ses jambes nerveusement.
_ Bonjour Mr. Torres, Mrs. Robbins.
_ Maître, répondirent-ils en même temps.
_ J'ai préparé les documents nécessaires à l'ouverture de la succession de Calliope H. Torres. Il faut que vous sachiez que la défunte était venue enregistrer un testament un peu plus d'un mois avant son décès. Les documents sont enregistrés et conformes au droit en vigueur dans l'Etat de Washington. Voilà. Avant de faire lecture du testament à proprement parler, j'aimerais que vous vous retourniez pour faire face à l'écran situé derrière vous.
Arizona et son beau-père se retournèrent étonnés. En entrant dans la pièce ils n'avaient pas vu qu'une télé était posée sur un buffet. Elle était reliée à une sorte de lecteur vidéo. Arizona sentit tout son être se glacer. La perspective de voir Callie était aussi belle qu'effrayante. Elle allait être projetée devant son choix. Ses mains tremblaient. Elle tenta de les tordre dans tous les sens sur ses genoux. Lorsque la vidéo démarra, Mr. Torres pose une main ferme sur celles de la pédiatre.
Callie était assise sur le canapé dans son appartement. Elle souriait. Le début de son intervention débuta par le nom des témoins en présence. Ils étaient deux, dont le notaire qui était en leur présence aujourd'hui.
Son sourire rayonnait. Autour d'elle, l'appartement comme elle l'avait toujours connu. Les jouets de Sofia s'étalaient au pied du canapé. Un bouquet décorait la table basse. Les rideaux du salon voletaient. La fenêtre était ouverte. Le regard d'Arizona était bloqué sur cette vie quand sa tête ne se remémorait que le dernier tour de clé qu'elle avait donné dans la serrure.
« Je ne vais pas faire bien original… Si vous voyez cette vidéo, c'est que ne suis plus des vôtres. C'est assez flippant de dire ça. Sérieusement. » Son sourire se fana rapidement. « Si je fais cette vidéo aujourd'hui, c'est parce que je ne sais pas trop où va nous mener la vie. Quand je pense à tout ce qui nous est arrivé à tous ces derniers temps, à tout ce qu'on a pu se dire… Tous… » Elle passa une main dans ses cheveux, comme à chaque fois quand une émotion l'étreignait, nota Arizona. La pudeur qu'elle avait mise dans la non évocation de ces drames réconforta son père. Lorsqu'elle reprit, son ton était plus apaisé. « Je pense à Sofia. Si quoi que ce soit devait arriver, j'aimerais que les choses soient au clair pour tout le monde et qu'elle soit protégée. Papa, je voulais juste te dire que j'étais reconnaissante pour tout ce que tu avais toujours fait pour moi, de la manière dont tu as réagi en acceptant ma relation avec Arizona. C'est l'amour de ma vie… Merci d'avoir dansé avec moi à notre mariage… Merci… pour tout. Si jamais je dois disparaître, il faudra que tu t'arranges avec Arizona pour venir voir ta petit-fille aussi souvent que tu le voudras. Et surtout que tu lui apprennes à parler correctement espagnol. Je compte sur toi papa, je t'aime. Je suis ta hija, pour toujours. » Le cœur d'Arizona s'accéléra. Mr. Torres pleurait et elle ne s'était pas rendu compte qu'elle pleurait aussi. C'était son tour. « Arizona. » Elle soupira et se mit à sourire. « Les choses n'ont pas toujours été simples entre nous. Il y a tant de choses que j'aimerais te dire. Et pourtant parfois je sais qu'il suffit d'un simple regard pour qu'on parle et qu'on se comprenne. Je veux que tu élèves Sofia. Tu es sa mère et elle a besoin de stabilité. Je sais que tu sauras quoi faire, que tu sauras la protéger. Après tout, c'est toi le brave gars dans la tempête. Au moment où j'enregistre, je sais qu'il est temps que je te dise que j'ai exagéré et qu'il y a longtemps que je t'ai pardonnée pour ce que tu as fait. Je suis désolée pour tout ce que j'ai pu dire ou faire. J'ai été une vraie garce d'avoir voulu te prendre Sofia. » Sur son fauteuil, Mr. Torres se demandait ce qui se passait. « Je suis désolée. Et si quoi que ce soit devait m'arriver… j'espère que tu vivras heureuse sans te retourner. Il faudra que tu passes à autre chose car la vie continue. Je t'embrasse. Je vous embrasse à tous les deux. Avec Sofia vous êtes les amours de ma vie. »
x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x
Les jours qui suivirent, Arizona les prit pour réfléchir. Elle prit véritablement le temps pour la première fois depuis des mois. A l'hôpital et dans son entourage, on crut qu'elle tombait en dépression à se cacher comme ça. Les commérages allaient bon train. Certains téléphonaient pour « la soutenir dans cette épreuve » et lui raconter une nouvelle fois les mêmes conneries.
Sofia fut sa première préoccupation. Elles eurent une longue discussion. Arizona lui parla en adulte. Ensemble elles évoquèrent Callie et leur amour, leur manque. Sofia était très lucide, Arizona très aimante. Elles échangèrent pendant un long moment dans le secret de l'appartement.
Une semaine après, Arizona prit son courage à deux mains et parla à Jackson. Ils étaient allongés sur le canapé, dans leur position favorite. Un sac de banalités avait été vidé, comme d'habitude. Mais cette fois, Jackson sentait que quelque chose avait changé chez son amie.
_ Jackson, je vais quitter Seattle.
_ Pour aller où ?
_ Je ne sais pas.
_ Pourquoi ?
_ Pour tout recommencer à zéro et prendre un nouveau départ pour Sofia et moi.
_ Viens à Boston.
_ Quoi ?
_ Ça fait un moment que je veux quitter le Grey-Sloan Memorial. Je suis trop jeune pour diriger un hôpital et je ne suis même pas un chirurgien reconnu ! Je veux continuer à apprendre mon métier à mon rythme.
_ Pourquoi Boston ?
_ A cause du Massachussets General Hospital… La fondation Avery dirige …
_ Je comprends.
_ Là-bas, nous pourrions avoir un nouveau boulot et un nouveau départ. J'ai besoin de grandir professionnellement. Tu as besoin de partir. Partons ensemble. Nouvelle ville, nouvelle vie… nouvelle colloc ! Tu ne crois pas que tu vas te débarrasser de moi comme ça quand même ? Et puis je veux être là pour toutes les deux, Sofia et toi.
_ Tu sembles avoir beaucoup réfléchi à la question.
_ C'est le cas. Alors, j'envoie nos candidatures ?
x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x
… Les autres ne comptent pas. Ils ne comptent pas dans le sens où on se force à l'entendre. Ils sont là sans l'être vraiment, nous croisent, nous entrecroisent, nous gratifient parfois de leurs conseils, de leur présence oppressante. On les aime. On les déteste. Ils sont toujours là. Ils clament toujours agir par bienveillance, à moins que leur supériorité fantasmée ne les incline à penser qu'ils ont toujours raison. On n'ose leur dire ce que l'on pense vraiment d'eux et de leurs idées. Ils ne nous voient qu'à travers le prisme déformé de leur vie et non de notre réalité. La plupart sont pourtant sympathiques.
Il faut se forger pour les empêcher de nous atteindre, c'est notre intégrité qui est en jeu, peut-être même nos propres idéaux, notre survie. Sur les ruines d'une vie perdue il ne reste que deux options possibles : la première revient à se terrer, se complaire dans la douleur et se rendre esclave de l'avis des autres. On se condamne à un lavis où malgré le relief il n'y aura peut-être pas de malheur, mais pas de bonheur. On se voue au dessein d'une vie lancinante. Que restera-t-il à la fin ? Une vague fierté d'avoir été le martyr qu'on cherchait à faire jaillir de nous.
La seconde consiste à se prendre en main, à prendre des risques. Le premier risque est pris quand on parle en disant « je ». Le docteur Durant a raison. On commence à sortir d'un mauvais pas quand on se met à penser à soi. On franchit définitivement le pas quand on emmerde les autres. S'ils ne comprennent pas que chacun a sa façon de passer une épreuve, ils ne nous méritent pas et n'est pas forcément de leur faute.
J'ai compris cela bien tard. La vie n'est qu'un recommencement.
»
Une prochaine fic viendra dans quelques temps. Il s'agira de la suite.
Merci à tous et à toutes d'avoir pris le temps de lire cette histoire.
