Désolée pour cet immense retard ! Je crois que je n'ai même pas d'excuses assez fortes pour que vous puissiez me pardonner... Bon je vais quand même tenter ma chance : j'ai eu des semaines assez chargées entre le TPE et les bacs blancs et en plus je suis sûr une autre fic avec Cloudy-L donc j'ai du mal à bien répartir mon temps d'écriture ^^''
Bref ne vous inquiétez pas, la moitié du chapitre 9 est déjà écrit, avec un lemon à la clé en plus ! Donc courage, cette fic est presque finit, vous n'aurez bientôt plus à supporter mes retards ! Sur ce, bonne lecture !
Review anonyme : Akuroku powaaa, merci pour ta review, j'espère que la suite te plaira ! :)
Chapitre 8 : I stand by you
POV Axel
Des coups de téléphones. Des allers retours incessants. Un brouhaha dérangeant et une certaine tension désagréable. Sans parler de cette horrible boule au ventre que j'ai. Non, vraiment, les commissariats, c'est vraiment pas mon truc… Pourtant, la fine main que je tiens dans la mienne me réconforte légèrement. Roxas, collé à moi, les doigts mêlés aux miens regarde l'air perdu un point imaginaire. Son corps a enfin cessé de trembler, mais de petites secousses continuent de l'agiter par moment. Cela est dû au stress, évidemment.
A présent, j'arrive plus aisément à discerner ses émotions, ainsi, dès que je le sens plus troublé qu'à l'accoutumé, je m'empresse d'émettre une légère pression sur sa main pour le rassurer. Suite à ça, il relève la tête et ses yeux me fixent avec une certaine tristesse, mais au fond d'eux, je vois de la reconnaissance. Il n'y a pas si longtemps, son regard était terne mais maintenant que la drogue s'est dissipée, l'éclat bleu pur de ses yeux est enfin revenu. Malgré l'évanouissement de ce poison dans son sang, l'enfant chétif que je tenais dans mes bras il y a de cela quelques heures est encore là, blottis contre moi, attendant nerveusement son tour d'interrogatoire sans savoir comment se préparer.
« Ne t'inquiète pas, tout va bien se passer, tu verras. »
Je ne cesse de le lui répéter tandis qu'il se contente de hocher la tête, ses yeux retournant systématiquement dans le vague. Il doit bien être deux heures du matin passées. J'ai l'impression que nous attendons depuis une éternité… Pourtant, il ne devrait pas y avoir foule à une telle heure ! Enfin c'est ce que je pensais, mais toute cette histoire a provoqué un tel scandale qu'il a fallu convoquer d'urgence le maire et tout un tas de policiers pour mettre au clair ce problème. Dans une pièce adjacente, Marluxia est en train de se faire cuisiner par les flics, et nul doute qu'il est en ce moment même en larme en train de tout avouer.
« Tu penses… Tu penses que je vais aller en prison ? »
La voix faible de Roxas me paraît si vulnérable à ce moment précis que j'ai envie de le prendre dans mes bras pour le bercer, mais je me retiens et me contente d'observer son visage figé dans une expression presque impassible. Je tente alors de le rassurer.
« Bien sûr que non ! C'est pas comme si t'étais un criminel ! Marluxia risque bien plus que toi !
- Mais Larxene n'avait rien fait…
- Elle t'a harcelé moralement, elle t'a cherché, elle voulait te briser psychologiquement, c'est largement suffisant ! »
Roxas sombre de nouveau dans son mutisme, comme si je n'étais plus là. Si seulement mes mots pouvaient l'atteindre, si seulement ils pouvaient le rassurer… Pourtant, la pression douloureuse sur son poignet ne peut lui faire oublier la raison de sa présence ici. Effectivement, si sa main droite est tranquillement dans la mienne, son autre, elle, est prisonnière par des menottes qui le relient aux barreaux du banc sur lequel nous sommes assis. Un infime soupir s'échappe de mes lèvres tandis que je regarde l'horloge et son entêtante aiguille avancer dans une infinie lenteur. Combien de temps encore allons-nous rester assis comme cela ?
Soudain, un bruit grinçant se fait entendre. Je sens Roxas sursauter et tente de le rassurer d'une caresse du pouce sur sa main. Il est aux aguets quand un homme pénètre dans la pièce. Le corps tendu, il fixe gravement cet inconnu qui s'avance doucement. Je resserre mon emprise sur les doigts de Roxas qui fait de même, mon cœur bat à tout rompre et sa réaction me donne l'impression qu'il en va de même pour lui. Cet homme est-il là pour l'emporter, pour l'interroger ? Le charcuter sans que je ne puisse rien y faire ? Je fronce légèrement les sourcils tandis que l'étranger continue de se rapprocher.
Il s'accroupit alors à notre niveau et nous regarde tour à tour avant de tendre sa main sans un mot. Après un instant d'hésitation, je la lui sers de ma main libre puis il fait de même pour Roxas qui se contente de faire tinter les chaines entravant son poignet en le foudroyant du regard. Dans un sens, je me sens vraiment heureux de voir qu'il n'a pas lâché ma main pour serrer celle de cet homme. Ce dernier se relève alors doucement et prononce enfin sa première phrase.
« Enchanté, je suis votre avocat jeune homme… On m'a mis au courant de l'affaire. C'est fâcheux, vous avez été embarqué dans une histoire bien compliquée. Mais ne vous inquiétez pas, je vais vous sortir de ce mauvais pas ! »
Il adresse un sourire à Roxas qui le fixe, déstabilisé, en hochant la tête. C'est son avocat, pas de quoi s'inquiéter alors, au contraire ! Il fait signe à un policier qui se lève et enlève les menottes de Roxas. L'avocat nous fait un signe pour que nous le suivions, ce que nous faisons, toujours main dans la main. Enfin, nous nous asseyons dans une salle plus discrète. L'homme me dévisage un moment.
« J'imagine que je ne peux pas m'entretenir seul avec mon client, il semble très… Attaché à vous… Marmonne-t-il.
- Si vous voulez que je sorte je...
- Je ne parle pas si Axel n'est pas avec moi, m'interrompt Roxas à mon plus grand étonnement. »
Il n'ajoute pas un mot de plus. Les deux se regardent en chiens de faïence quand brusquement, l'avocat éclate de rire. Perplexe, je me tourne vers Roxas qui fait de même, suspicieux. L'homme reprend sa respiration et se calme enfin puis continue là où il s'était arrêté.
« On m'avait mis au sujet de votre caractère, jeune homme, et je dois dire que j'aime votre regard défiant, il est fort ! Même durant ces tragiques événements… – Il baisse légèrement la voix et marque une pause. – Parlons affaire à présent. Avez-vous une idée de la peine encourue pour ce genre d'incident ? »
Roxas secoue la tête et baisse les yeux. Cette vision me brise de nouveau le cœur et je questionne l'avocat.
« Rien de grave j'espère ? Vous pouvez faire quelque chose pour lui, n'est-ce pas ? »
Il est dur de dire ça pour moi : car cela sous-entend que moi, peu importe ce que je fais, peu importe mes prières, peu importe mes supplications, je ne peux rien faire pour le sauver. Ça me met en rage, de me sentir si inutile… Mais malheureusement je dois prendre sur moi et tout faire pour avoir un semblant d'utilité à Roxas.
« Je vais tout faire pour que vous ayez une peine minime, ne vous inquiétez pas. Pour commencer, je leur dirai que les circonstances n'étaient vraiment pas à votre avantage. Votre mère est obligée de vous élever seule, elle n'a qu'un faible revenu et par la faute de Marluxia, votre frère a été envoyé à l'hôpital, il l'a lui-même avoué il y a peu de temps. Émotionnellement, vous n'étiez vraiment pas stable et surtout, vous étiez propice à la fêlure psychologique, il était évident que vous craqueriez… Ainsi, le fait que vous soyez mineur va nous aider d'autant plus : dans un tel moment, un enfant naïf et seul pense pouvoir se faire justice soit même. Or ce n'est pas le cas, mais la spontanéité juvénile vous y aura poussé. Car dans ce procès, il sera important de vous faire passer pour un adolescent encore considéré comme enfant. Les juges ne pourront pas nier que vous êtes encore un jeune, instable et un peu perdu qui cherche juste un peu de réconfort.
- Un gamin hein… Et pour la drogue … ?
- La drogue ? – L'avocat fronce les sourcils. – Eh bien, personne n'y a fait référence… Vous en aviez pris avant ?
- Hum oui mais… Peut-être que les flics ne l'ont pas vu. Par contre, Marluxia l'a bien vu, lui…
- On dirait que cette petite expérience lui aura fait assez peur, il n'en a pas parlé. Je pense qu'il ne veut pas avoir à faire à vous de nouveau. Ecoutez, nous allons passer ça au silence. Pour nous, vous étiez totalement sain, vous étiez juste submergé par la tristesse. »
Roxas hoche la tête sans un mot. Le regard de l'homme s'adoucit légèrement.
« Ecoutez, tout ce que vous risquez seront sûrement des travaux d'intérêt général, rien de plus. Et si ce n'est pas le cas, alors je ferai tout mon possible pour que ça s'arrange, faites-moi confiance. »
La confiance est quelque chose que Roxas n'attribue pas à n'importe qui, mais vu son état actuel, je pense qu'il la lui donnera sans rechigner. Un dernier serrement de main et l'homme s'en va, nous suggérant de quitter également la salle. Nous le suivons donc pour retourner à notre siège initial quand soudain un policier qui semble bien plus gradé que le précédent nous arrête.
« Il est temps de procéder à votre interrogatoire jeune homme… »
La main dans la mienne se crispe instantanément, elle me la broie douloureusement tandis que la panique monte lentement mais surement en Roxas, ce que je devine quand il me lance un regard désespéré.
« Ne t'inquiète pas, tout va bien se passer. Dis leur juste ce qui s'est passé et pourquoi tu en es arrivé à faire ça. Parle-leur de Sora… »
Il hoche la tête et me lâche la main, ce que j'ai du mal à accepter. Alors que c'est moi qui l'encourage, non ? Je ne dois pas lui montrer ma tristesse, je dois le rassurer en me montrant fort. A l'instant où nos mains se séparent, je lui murmure de nouveau que tout va bien se passer. L'agent l'emmène alors dans une autre salle isolée et Roxas se retourne vers moi une dernière fois avant que la porte ne se referme.
Une heure est passée. Comment cela peut mettre autant de temps ? Je me ronge les ongles : au fond de moi je ne peux m'empêcher de me morfondre. Il est seul, harcelé de question par des gens qui veulent lui faire avouer des choses qu'il n'a pas fait, pour montrer qu'il est un tyran et non un martyre. Dans cet endroit où je ne peux rentrer, ou je ne peux l'aider, je me sens inutile, comme souvent en ce moment…
Tout à coup la porte s'ouvre sur un Roxas, qui, à première vue semble accablé de fatigue. Le policier s'avance vers moi tandis que mon blondinet s'écroule sur un siège à côté de moi. L'homme me fait un signe pour que je le suive et il m'emmène dans la même salle isolée. Là, il me pose différentes questions assez rapides sur ce que j'ai vu, ma réaction et des avis quant à la personnalité de Roxas et celle de Marluxia, que je connais moins évidemment. J'essaye un maximum de défendre Roxas et de lui donner des raisons pour avoir agi ainsi, mais ça sera au tribunal que mon témoignage aura une véritable importance. Il me laisse partir moins d'une demi-heure plus tard et me raccompagne dans la pièce principale où je retrouve mon protégé.
« C'est bon, veuillez signer ce papier et veillez à ce que ce jeune homme rentre bien chez lui. Le rendez-vous au tribunal sera jeudi prochain à 16h, vous n'êtes pas obligé de venir mais tachez à faire parvenir cette convocation à la mère de Roxas, elle doit être présente. Et, hm… – Il baisse légèrement la voix. – Si son frère se réveille, il serait bien qu'il soit présent lui aussi.
- Très bien, merci… »
Je fais un signe à Roxas après avoir signé le formulaire que le policier me tend. A l'instant où nous franchissons le seuil de la porte du commissariat, la mère de Roxas déboule, telle une furie, et se jette sur lui puis l'enlace vigoureusement. Pleurant à moitié, son fils lové contre sa poitrine, cette femme me semble bien plus douce et tragiquement attendrissante qu'elle ne l'était avant. Dans un sens, cette expérience lui aura était bénéfique, pour qu'elle puisse enfin se rendre compte de l'importance de ses deux enfants. Roxas se laisse bercer par ces bras réconfortants et je l'entends même chuchoter un « tout va bien ». La mère nous explique rapidement que dès qu'elle a été prévenue de ce qui était arrivé, elle s'était dépêchée de trouver un moyen de venir, mais si tard il n'y avait plus aucun taxi. Elle avait donc appelé Riku qui était parti chez Hayner avec ce dernier pour prendre la voiture de son père, récupérer la femme en détresse et l'amener ici.
Tout en écoutant ses péripéties, nous montons dans la dite voiture. Roxas garde la tête baissée, ne voulant pas regarder Riku et encore moins son ami Hayner. Dans un silence alors absolu, nous arrivons à destination. Soudain, Roxas s'adresse à moi, la mine piteuse et la voix enrayée.
« Tu voudrais pas dormir à la maison ce soir ? Juste parce que… »
Il laisse sa phrase en suspens mais inutile qu'il la finisse, je descends de la voiture en remerciant les autres de nous avoir raccompagné et je monte calmement dans sa chambre avec lui. J'installe un simple matelas à côté de lui et sa mère vient le border puis l'embrasser sur le front en lui souhaitant de bien dormir. Un petit signe de tête et un sourire pour moi alors qu'elle mime un merci silencieux sur ses lèvres.
Ma nuit est agitée, remplie de rêves bizarres et violents, mais heureusement je les oublie bien vite. Au réveil, la mère de Roxas est déjà partie, elle a simplement laissé une note disant qu'elle est allée rendre visite à Sora à l'hôpital. Nous prenons donc le petit-déjeuner sans un mot et cette matinée morose s'annonce très longue et silencieuse. Si bien qu'il a suffi d'une simple sonnerie de téléphone pour nous faire sursauter tous les deux. D'un pas las, Roxas va décrocher et après quelques secondes à écouter son interlocuteur, il lâche le combiné et se tourne d'un mouvement vif vers moi, les yeux écarquillés.
Comme la première fois, je revis cette sensation désagréable dans cet endroit. Mais à la différence de la dernière fois, cette fois-ci est bien plus réconfortante… Quand nous entrons dans la chambre d'hôpital, une atmosphère étrange y règne. Joie, malaise, pleurs, tendresse, un mélange contradictoire de sensations submergent la salle tandis que Roxas, paralysé à l'entrée regarde avec mélancolie sa mère en larmes prendre un Sora souriant dans ses bras. Riku, à leur côté, couve le petit brun du regard, une lueur dans les yeux que je ne peux pas vraiment déchiffrer... Comme s'il avait senti la présence de son frère, Sora se retourne lentement vers Roxas et esquisse un mouvement pour se lever mais se fait très vite arrêter par son meilleur ami.
Pour éviter qu'il ne retente de bouger, c'est Roxas qui s'avance dans une infinie lenteur. Son allure est hésitante alors que la main tendue de Sora fait tout pour le rassurer, l'encourageant à le rejoindre. Quand il arrive à sa hauteur, la femme se décale pour laisser la place de s'asseoir à son deuxième fils. Soudain, empreint à une joie incontrôlable, Sora enlace Roxas, posant la tête de ce dernier sur son torse, ses bras l'étreignant affectueusement, tandis que son jumeau fait de même. Son corps secoué par de légers tremblements me laisse deviner que ses larmes cachées par son frère coulent à présent sur son visage.
De loin, n'osant pas m'avancer, je regarde avec un pincement au cœur cette scène. Dans un silence religieux, ils restent collés l'un à l'autre, inséparable. Je me sens de trop dans cette ambiance fraternelle, même leur mère et Riku, attendris, semblent légèrement mal à l'aise. Évidemment, on aurait presque envie de s'éclipser pour les laisser tranquilles. Dans un sens, ça me fait bizarre de les voir comme ça. Sora m'a dit qu'enfants ils étaient très proches, donc il n'y a rien d'étonnant, mais ces dernières années n'étaient vraiment pas comme ça, j'en suis témoin.
Alors les voir ainsi, à exprimer leur amour fraternel, je trouve ça… Étrange. Pas dans un mauvais sens ! C'est tant mieux, je suis heureux pour eux ! Mais c'est comme s'il était impossible de se mettre entre eux, donc aucun moyen de m'accaparer, pour ainsi dire, Roxas. J'en conclus que ce sentiment ressenti doit finalement être de la jalousie… Honteux de penser à ça dans un moment de sensibles retrouvailles, je baisse les yeux, un sourire gêné plaqué sur les lèvres et je me détourne silencieusement de la scène pour fuir cette situation. Pourtant, la petite voix de Sora m'appelle faiblement, et face à cette intonation, je ne peux partir sans rien dire.
« Ne pars pas si vite, Axel. »
Les jumeaux se sont dorénavant lâchés, mais leurs mains jointent me fait esquisser un sourire amer. Je m'approche de quelques pas puis regarde de manière peiné le blessé.
« Je suis désolé pour ce qui t'es arrivé. Je suis content de te voir réveillé et j'espère que tu vas vite retrouver ton entrain habituel. Sur ce excusez-moi, mais il faut que je rentre : j'ai du travail. »
Tout le monde hoche la tête sans un mot. Tandis que la honte et la gêne m'envahit et que je m'apprête à franchir le seuil de la porte, la douce voix de Sora m'arrête de nouveau.
« Merci, Axel. J'ai le sentiment que tu as été présent pour mon frère, et il n'y a rien d'autre qui peut me rendre aussi heureux. Alors reviens vite nous voir à la maison ! »
Tant d'innocence et d'honnêteté dans cet adolescent, j'en suis moi-même choqué... Alors qu'un instant avant ma jalousie commençait à prendre le dessus, la gentillesse de Sora me perturbe. Je reste bloqué au niveau de la porte un certain temps, puis, dans un sourire sincèrement heureux, je promets de repasser très bientôt. Mon regard glisse un instant vers Roxas qui me fait un signe de la tête que j'interprète comme un « à bientôt ».
Je quitte l'hôpital, perdu dans mes pensées. Après tout ce qui est arrivé, que va-t-il se passer ? Que va faire Roxas ? J'aimerai être à ses côtés, pour éviter qu'il lui arrive d'autres ennuis, pour devenir quelqu'un de spécial à ses yeux… Enfin pour ça il faudrait déjà qu'il me considère comme un ami.
A partir de cette idée, je décide de venir lui rendre visite dans les prochains jours. Et mon enthousiasme étant ce qu'il est, « les prochains jours » ça voulait dire le lendemain. Devant la porte d'entrée, une hésitation me surprend. Devrai-je vraiment être là ? Je me sens comme un pot de colle qui revient à la charge toutes les deux minutes… Ma main bloquée à quelques centimètres de la sonnette me rappelle nostalgiquement mon premier jour ici. Quand je me demandais encore si je devais toquer ou sonner, quand j'ignorais quel était l'élève dont je devais m'occuper et quand ma simple préoccupation était de vite trouver de l'argent. A présent cette époque me semble bien loin. Alors qu'en y pensant, ça n'est pas le cas. Pourtant je suis toujours là, au même stade, à hésiter…
« Tu vas rester encore longtemps comme ça devant la porte… ? »
Je sursaute à l'entente de cette voix familière. D'un mouvement vif je me retourne pour voir Roxas, deux sacs en plastiques en mains qui me dévisage avec une mimique amusée et un brin moqueuse.
« Ah, désolé ! C'est que je…
- C'est bon, m'interrompt-il, pousse toi, sinon je pourrai pas ouvrir cette porte. »
Je m'excuse en me décalant. Bon, je me sens un peu inutile comme ça… C'est pourquoi, en gentleman que je suis, je tends la main pour le débarrasser de ses sacs… J'ai dit que je le débarrassais ? Pardon, je voulais dire : j'essaye de le débarrasser. Mais c'était sans compter le regard sauvage du petit Roxas qui me foudroie des yeux quand je tente mon approche.
« Hé ! Je peux encore ouvrir une porte en portant des sacs !
- Désolé, je voulais juste me rendre utile… »
Il secoue la tête en levant les yeux au ciel et fait tourner sa clé dans la serrure puis pousse la porte d'un coup d'épaule. Il pénètre alors dans la maison et pose ses sacs dans la cuisine. J'entre à mon tour et ferme derrière moi. Roxas est déjà afféré à ranger ses courses dans les différents placards et le réfrigérateur. Quand il a fini, il se tourne vers moi puis se mordille la lèvre. Dans le langage Roxasien : c'est qu'il hésite. Au moins ça n'est pas très compliqué, mais quand même, c'est une chose de le savoir !
« Hum… Tu veux un truc à boire ou à manger ? »
J'ouvre de grands yeux à cette question. Viens-t-il de me proposer quelque chose poliment ? Moi qui pensais que son hésitation était dû au fait qu'il se demandait comment me rembarrer, me voilà vraiment étonné. Mais mon expression de pure surprise à l'air de le gêner, ou peut-être le vexer, il regarde de droite à gauche sans savoir quoi dire ou faire. Pour rétablir la situation, je lui offre mon plus doux sourire.
« Merci beaucoup, Roxas, mais ça ira.
-O-okay… »
Tellement adorable… Suite à ma réponse, il se dirige vers sa chambre et me laisse comprendre que je peux le suivre. Nous nous asseyons sur son lit dans un silence gênant. A vrai dire, je ne sais pas trop ce que je suis sensé lui dire. Premièrement, je peux tout de suite rayer l'idée de l'engueuler pour ce qu'il a fait : je crois qu'il a compris maintenant. Alors quoi ? En parler ne ferait qu'enfoncer le couteau dans la plaie, mais ignorer totalement le sujet semble un peu… Lâche… ? Finalement, je trouve une autre conversation banale.
« Ta mère et Sora ne sont pas là ?
- Sora est encore à l'hôpital, les médecins veulent le garder encore un moment pour lui faire je ne sais quoi de médical… Et ma mère est restée avec lui, elle reviendra ce soir. »
Je hoche la tête sans savoir comment continuer cette discussion. Ce n'est pas que je manque de sujets, ça non, je pourrai lui parler d'un milliard de trucs, lui dire à quel point j'aime être avec lui, mais tout serait trop déplacé, alors je ne sais pas quoi faire… Mais c'est lui, sûrement plus inspiré, qui prend la parole.
« Tu sais, je voulais te remercier pour ces derniers jours. »
Je hausse un sourcil surpris. Il se triture les mains et garde la tête obstinément baissée.
« Tu es resté à mes côtés, tu m'as soutenu, alors que je n'ai jamais rien fait qui méritait un tel traitement… Et en plus, aujourd'hui encore tu es là. D'une certaine façon, je suis plutôt content… »
Je le fixe gentiment. Un tel aveu est rare chez lui. En tout cas c'est la première fois que j'entends ce genre de propos sortir de sa bouche. En gloussant, je lui ébouriffe les cheveux et lui souris.
« C'est rien Roxy ! C'est normal que je t'aide. Tu vois, je t'apprécie beaucoup, pour moi tu n'es pas un simple élève, tu es un ami, et les amis s'entraident, non ? »
Il me regarde un moment avant de détourner la tête. Ce sont des rougeurs que je vois sur son visage ? Si c'est le cas, il gagne vraiment la palme du garçon le plus adorable aujourd'hui ! Il répond alors faiblement.
« Ouais, j'imagine… Mais ça n'est pas le cas pour tout le monde… Alors… »
Je crois entendre un dernier « merci » mais sa voix n'étant plus qu'un murmure, mon esprit amoureux a très bien pu l'inventer… Soudain, sans que je m'y attende, il aborde un sujet bien plus délicat et compliqué que le précédent…
« Axel, au sujet de l'autre jour… Tu sais quand on a… Enfin tu vois quoi. Je…
- Je suis désolé ! »
Il relève la tête, abasourdi. Si on en vient à cette conversation, je dois vite me rattraper avant que tout ça devienne vraiment très gênant. Je répète donc.
« Je suis désolé, je me suis jeté sur toi sans penser aux conséquences. J'ai agis par instinct, comme un animal. J'aurais dû me contrôler, pardon… »
Je lui adresse un sourire peiné en me frottant machinalement l'arrière du crâne. Si seulement de simples excuses pouvaient réparer cette erreur… Il continue de me fixer, les yeux écarquillés. Il baisse la tête mais je le vois mordiller nerveusement sa lèvre. De sa voix faiblement cassée il bégaye quelques mots.
« Pourquoi t'excuses-tu ? Je veux dire… C'est pas à toi de le faire, c'était de ma faute, je n'aurais pas dû… Je suis sincèrement désolé, Axel… »
Il relève ses yeux une fraction de seconde pour entrapercevoir ma réaction. Y a pas à dire, on met à plat pas mal de cas difficiles aujourd'hui. Et il se surpasse question honnêteté dans ses sentiments ! Attendri, je lui souris en rentrant de force dans son champ de vision.
« Écoute, disons que les circonstances n'étaient pas vraiment à notre avantage à ce moment. La prochaine fois ça ne se passera pas comme ça. Enfin, quand je dis prochaine fois, c'est pas obligé, je veux dire, comme tu veux quoi ! J'ai pas dit qu'on devait recommencer, juste que… – Je m'arrête un instant. – Je m'enfonce là, non ? »
Il éclate de rire en hochant la tête. Le voir ainsi sourire et rire de nouveau m'emplit de joie, aussi je le rejoins dans son fou rire. C'est comme si la tension de ces dernières semaines venait de redescendre d'un coup, dans un sens, ça allège mon cœur. Bon, quitte à aller jusqu'au bout, je me lance tout de suite.
« Je voulais te demander hum… Je sais qu'il s'est passé pas mal de choses mais… Enfin… Ça te dirait d'aller au ciné avec moi un de ces quatre ? Ou quelque chose dans le genre, comme tu veux ! Mais hm, tu vois ce que je veux dire… ? »
Il me regarde, fronçant légèrement les sourcils.
« Quoi ? C'est une sorte de rencard, c'est ça ?
- Euh… On peut dire ça, oui. »
Je lui fais un grand sourire pour cacher ma nervosité. En règle générale, je ne suis pas du type « timide transi par la peur à l'idée de demander un rendez-vous » mais c'est la première fois que je le propose à un garçon, de surcroit, pas à n'importe quel « garçon ». Là on parle quand même du ô combien lunatique, instable, violent et arrogant Roxas… Pas une mince affaire... Je soupire.
« Si tu savais, j'ai passé un temps fou à me préparer à cette discussion ! Je m'étais dit : je vais prendre l'air cool et posé du mec qui a une totale confiance en lui et je vais demander ça tranquillement ! Voilà un truc foiré…
- Hey ! Si t'avais fait ça, j'aurais peut-être pas accepté, – il pouffe – je préfère que tu sois naturel Axel. D'une certaine façon… T'es plutôt cool, alors pas besoin de sur-jouer… »
Les yeux écarquillés et les joues légèrement rosies, je le fixe sans pouvoir prononcer un simple mot. Pardon… ? Est-ce qu'il vient d'accepter à l'instant ? Nan nan plutôt, est-ce qu'il vient de dire que j'étais cool ? De manière très peu classe, malheureusement pour moi, je baragouine quelques bouts de mots incompréhensibles. Enfin ce sont plutôt des lettres alignées sans aucun sens logique en fait… En tout cas assez pour que Roxas me vienne en aide en m'interrompant.
« Si tu veux que je répète, je répondrai par un simple « crève » assez explicite. Pour ce qui est du fait que j'ai accepté, c'est uniquement parce que je te dois bien ça, après tout ce que tu as fait pour moi… Voilà, terminé. »
Il se lève et s'empresse de partir mais c'est sans compter mon bras qui le retient par l'épaule et le tourne vers moi pour qu'il puisse me faire face. Il fuit littéralement mon regard et tout son corps semble envoyer des signaux disant « laisse-moi partir ». Pourtant je n'accepte pas cette situation et décide d'y remédier à ma manière. Délicatement, je prends son visage entre mes mains et avec une infinie lenteur je me rapproche de lui pour arriver assez prêt, posant ainsi mes lèvres sur les siennes. Le baiser est court et chaste, mais cette douce sensation chamboule tous mes sens. A vrai dire, ce contact est bien plus agréable que les baisers langoureux que nous nous échangions l'autre jour. Celui-ci est pur, honnête, rempli d'amour…
« Ne pense pas fleur bleue s'il te plait… »
Roxas, où comment casser l'ambiance en 10 leçons, s'écarte doucement après ce baiser. Malgré tout, il reste assez troublé. Un sourire un coin, je le taquine.
« Le sarcasme pour cacher la gêne ?
- Bien sûr monsieur je-sais-tout ! C'est moi qui vois clair dans ton jeu. T'es du type « faisons comme s'il ne s'était rien passé avant et que c'était notre premier baiser ultra romantique » gna gna gna…
- Comment ? Tu préfères un baiser avec la langue bien slurpeux et tout ce qui va avec ? No problem, je suis partant ! »
Je me rapproche de nouveau mais pris de panique il me repousse en rougissant.
« T'es débile ou tu le fais exprès ? »
Je fais mine de réfléchir, regardant de droite à gauche puis fixant le plafond en prenant mon menton entre mes doigts.
« Hm… Surement un peu des deux ? »
Il serre les poings et m'insulte, me criant de sortir de sa chambre tandis que je ris à gorge déployée. Comme mes pieds restent ancrés dans le sol, il finit par « m'aider » et me pousse tant bien que mal. Arrivé à l'entrebâillement de la porte, je lui souris en lui faisant un clin d'œil.
« Hé ! Tu sais, j'aime ce Roxas là aussi ! »
Il me foudroie du regard avant de claquer violemment la porte. Je ris encore un long moment, m'asseyant par terre, le dos contre le mur qui nous sépare. Après un certain temps d'hésitation, je me décide à conclure notre entrevue.
« Tu vois, je suis content de t'avoir mis en colère, le Roxas hyper violent me manquait un peu… Ça me rassure de savoir que malgré tous ces évènements, tu sois resté le même… Alors, j'espère qu'on se reverra bientôt. Tu as mon numéro, à toi de faire le premier pas, parce que je ne veux en aucun cas te forcer la main. Tout dépend de toi maintenant. Et sache que si tu as le moindre problème, je serai là pour toi, parce que je tiens à toi, Roxas… »
Je reste quelques minutes à ne plus rien dire. Je sais qu'il m'a entendu, car j'entends sa rapide respiration de l'autre côté de cette porte. J'aimerai la franchir, mais je lui ai moi-même laissé le choix, je ne peux pas me permettre de me contredire. Avec difficulté, je me hisse contre le mur pour me relever, un dernier regard vers sa chambre désespérément silencieuse. Un soupir s'échappe de mes lèvres tandis que je m'apprête à m'en aller. Au fond de moi, j'espère entendre une certaine porte s'ouvrir, un certain blondinet me rattraper et certains mots sortir de sa bouche, pourtant quand je passe le seuil de la maison, rien de tout cela n'arrive. Je commence déjà à m'éloigner quand un cri m'interpellant me fait sursauter. Je relève la tête pour voir Roxas, accoudé à une fenêtre d'un air nonchalant.
« Je n'aime pas appeler au téléphone! Crie-t-il. Disons plutôt demain 15h dans le parc ! »
Un sourire béat se dessine sur mon visage à ces mots. Je pourrai bondir jusqu'à sa fenêtre pour l'embrasser, mais encore une fois, je ferais mieux de refréner mes envies… Je me contente donc de hocher vivement la tête en lui faisant de grands signes d'au revoir. Ce à quoi il préfère répondre en fermant la fenêtre et en s'isolant chez lui. Compris, je lui fais honte. Mais c'est avec une dégaine triomphante que je rentre chez moi, à présent certain que cette relation n'est pas vouée à l'échec !
