Chapitre 9 : Emily.- Serre-moi contre toi.
Freddie devait passer nous chercher vers vingt heure trente, mais je savais que la ponctualité n'était pas son point fort. Pour une fois, Katie était déjà prête depuis près d'une demie-heure et s'impatientait. Thomas serait peut-être présent ce soir et elle ne voulait pas louper une occasion de l'impressionner. Elle était devant le miroir de l'entrée, en train d'arranger pour la énième fois sa coiffure.
"Katie, tu es très bien." dis-je, un poil énervée.
Elle stoppa et me fixa à travers le miroir.
"Ce n'est pas parce que tu ne payes pas attention à ton image, que c'est le cas de tout le monde." commença-t-elle. "Et d'ailleurs, tu devrais faire plus d'effort de ce côté-là… Ce n'est pas comme ça que tu attireras la blonde dans ton lit."
"Naomi ?"
"Oui, c'est ça."
Je n'avais toujours pas dit à Katie pour ma relation avec elle. Je ne savais même pas si je devais appeler ça une relation. Après tout, on ne s'était embrassé que trois fois. Dont deux fois passionnément. Je ne savais pas quoi en penser. Je m'étais beaucoup confiée à elle aujourd'hui, lui révélant plus que je n'avais jamais révélé à aucune de mes petites amies. Mais je ne savais rien d'elle. Ou pas grand chose. Elle aimait le rouge, le chocolat, les chiens, et n'était jamais sortie avec une fille. C'était un début. Peut-être n'était-je qu'une expérience pour elle ? J'espère que non. Ce n'était sûrement pas le cas, puisqu'elle avait accepté de me voir pour un vrai rendez-vous. Je ne savais d'ailleurs toujours pas quoi prévoir pour vendredi.
"Em ! Tu bug !"
"Pardon." m'excusai-je.
"Fred est en bas."
Je pris mon sac et ma veste et quittai l'appartement, laissant Katie verrouiller la porte. Freddie attendait devant sa voiture, une Ford rouge d'occasion qu'il s'était payé récemment. Lorsqu'il nous vit, il afficha un sourire à la fois surpris et ravis. Ravis de nous voir (du moins j'espère) et surpris car il avait (je pense) remarqué la tenue de ma soeur. Elle avait opté pour l'une des robes les plus courtes qu'elle possédait, pour mettre ses cuisses en valeur pour impressionner Thomas. Si Freddie appréciait ce qu'il avait devant les yeux, je n'en doutais pas qu'il en serait de même pour Thomas.
Le pub où on s'était donné rendez-vous était bruyant mais tout de même assez convivial. Il y avait en fond sonore un album de Supertramp et je reconnu plusieurs des titres joués dont Breakfast in America. Katie et Thomas semblaient être plongés dans une conversation très intéressante tandis que Freddie était, comme moi, accoudé sur le rebord de la table, pensif. Je le connaissais trop bien pour savoir que quelque chose le tracassait. Ce quelque chose était sans nul doute Effy, pour qui il avait eu le béguin depuis quelques années. Elle n'avait jamais accepté de lui accorder une chance, car elle ne voulait pas se risquer à lui briser le coeur. Je savais pertinemment que c'était une excuse de sa part et que c'était Effy qui avait peur de voir son coeur se briser. Elle ignorait cependant à quel point les sentiments que Freddie éprouvait à son égard étaient purs. J'avais beau être dans ma bulle à penser aux magnifiques yeux de Naomi, je ne devais pas laisser tomber mon meilleur ami. Je posai ma main sur la sienne, en guise de compassion et soupirai.
"Tu penses à elle ?" demandai-je.
Je sentis les muscles de sa main se crisper. Il soupira et me regarda dans le blanc des yeux. Il me fixa pendant quelques secondes puis, quand la douleur fut trop grande, il détourna le regard sur la piste de danse, où Thomas et Katie avait commencé à danser sur un air de vieux jazz.
"Comment tu avais fait pour Sidney ?" demanda-t-il sans quitter la piste des yeux. "Comment tu as fait pour l'oublier ? Pour qu'elle ne soit plus la seule chose au monde que tu convoites ?"
"Il faut qu'elle te brise en mille morceaux. Il faut qu'elle brise ton coeur en miettes pour qu'il puisse se reconstruire et l'oublier entièrement. Ensuite, tu laisses faire le temps."
"C'est la seule solution ?"
"Ça et une bonne cuite je dirais."
"Va pour la cuite."
Je souris. Il voulu se lever pour chercher à boire, mais je le retins fermement par la main.
"Fred…" dis-je. "Elle n'est pas Sidney. Elle n'a aucune intention de te faire du mal."
Il garda sa position un moment en contemplant nos mains jointes puis se dirigea en direction du bar. Je soupirai.
Je ne me souvenais plus combien de verres j'avais bu lorsqu'on sortit du pub. Sûrement un de trop. Freddie avait bu des doses deux fois supérieures aux miennes et je ne savais même pas comment il tenait encore debout. J'étais encore lucide mais je ne parvenais plus à marcher droit. Quelqu'un me pinça l'avant-bras.
"Emssss…" chuchota ma soeur en gardant mon coude dans sa main. (Elle devait être encore plus saoule que moi.) "Je ne rentre pas avec toi ce soir."
Je me contentai de hocher la tête. Généralement, lorsque Katie comptait passer la nuit chez un homme alors qu'elle était saoule, je ne la laissais pas, mais je savais que Thomas ne lui ferait aucun mal, qu'il ne profiterait pas de son état. Je ne le connaissais que depuis quelques semaines, mais je voyais déjà en lui à quel point il était doux. Pour une fois que ma soeur ne sortait pas avec un bad-boy…
Je refermai la porte à double-tour et m'allongeai dans le canapé, ne trouvant même plus la force pour marcher jusqu'à ma chambre. Lorsque je su que j'allais m'endormir, je fis en sorte que ma dernière pensée serait Naomi. Je m'imaginais ses magnifiques yeux bleus, ses boucles blondes parfaites, son sourire d'ange,…
Un bruit sourd me réveilla en sursaut. Quelqu'un frappait à la porte sans aucune retenue. Faite que ce ne soit pas Katie qui ait finalement changé d'avis pour revenir dormir à l'appartement… Je jetai un bref coup d'oeil à ma montre, elle indiquait deux heures quarante-sept. Je ne m'étais endormie que pendant une demie-heure. J'ouvris la porte sans réelle conviction et mon regard se figea quand je vis qui se tenait devant moi. Effy tenait Naomi par la taille et semblait perplexe. Naomi, quant à elle, avait les yeux rouges et ses joues étaient trempées. J'en conclus qu'elle avait sûrement pleuré, mais les raisons m'étaient encore inconnues. Lorsque son regard croisa le mien, elle se remit à pleurer et j'ouvris mes bras pour la serrer contre moi. En une fraction de seconde, elle s'y réfugia et je regardai Effy pour essayer de comprendre la situation. Elle fit un bref signe de tête et s'en alla. J'essayai de me déplacer tant bien que mal, en gardant Naomi contre moi, et refermai doucement la porte. Je l'allongeai sur le canapé où je m'étais assoupie quelques temps auparavant et m'assis à côté d'elle, sans briser le contact physique. Je caressai le revers de sa main pour essayer de la calmer, mais sa respiration restait forte et interrompue et les larmes coulaient encore à flots. Elle releva la tête pour trouver mon regard.
"Serre-moi contre toi, je t'en prie." demanda-t-elle.
Sans hésiter, j'ouvris à nouveau mes bras pour qu'elle puisse s'y blottir et je caressai l'arrière de son dos de haut en bas. Ses mains se perdirent elles aussi dans mon dos et cherchèrent refuge sous mon t-shirt. Ses doigts glacés me donnèrent des frissons mais firent en même temps monter ma température à une vitesse incroyable. Elle me repoussa légèrement pour me faire face et me regarda à nouveau dans les yeux. Elle ne pleurait plus mais je voyais encore de la tristesse dans son regard. Je brûlais de savoir ce qui lui était arrivé, mais elle ne me donnait aucune réponse. Quand l'attente était trop grande, je finis par dire :
"Qu'est-ce qui s'est passé ?"
À nouveau, elle ne répondit pas et baissa le regard. Elle prit son sac et lorsque je cru qu'elle voulait partir, elle sortit son téléphone et me le tendit sans dire un mot. Elle me fit un signe de la tête pour que j'y jette un oeil.
Tu prétends te cacher, mais tout le monde le voit.
Derrière les murs que tu as forgés, tout est là.
Tu te crois en sécurité, mais il n'en est rien.
Petite fille, ne tremble pas devant l'assassin.
Je relisais attentivement chaque ligne, mais je n'y comprenais toujours rien. La signification de ces paroles m'échappaient. Peut-être n'était-ce qu'un canular envoyé par un débile mental. Dans tous les cas, ça n'avait rien de drôle. Je ne comprenais cependant pas la réaction de Naomi, qui semblait y prêter une attention particulière. Je la regardai, intriguée.
"C'est un message de menace." expliqua-t-elle. "J'en ai reçu un similaire il y a quelques mois sur mon ancien portable. J'avais cru que c'était une blague ou un faux numéro, mais quand… Quand j'ai reçu celui-ci ce soir… J'ai… J'ai compris que ce n'était pas dû au hasard… J'ai pris peur… Et j'ai eu besoin de toi." ajouta-t-elle en sanglotant.
Je la serrai à nouveau contre moi, mais plus fort cette fois, pour qu'elle puisse comprendre que j'étais là pour elle et que je ferai tout pour que rien ne lui arrive. Je déposai un baiser sur son épaule puis dans son cou puis me retirai d'elle.
"Je vais te faire couler un bain, tu te sentiras mieux." dis-je en l'embrassant sur la joue.
Elle était encore en état de choc, je compris qu'elle ne se lèverait donc pas sans mon aide. Je le conduis jusqu'à la salle de bain et l'assis sur la baignoire et encore une fois, elle ne bougea pas et son regard était vide. Quand je vis qu'elle ne retirerait pas sa robe, je la fis se lever et la retourna pour pouvoir dégrafer l'arrière de sa tenue. Alors que je défis doucement chaque bouton l'un après l'autre, je sentis mon pouls s'accélérer. Naomi allait se retrouver nue devant moi dans quelques secondes. Je savais que je ne devais pas y penser, mais c'était plus fort que moi. J'essayais de retirer cette idée de ma tête, mais plus je me forçai à penser à autre chose, plus je vis son corps se dénuder. Quand j'arrivai au dernier bouton, la robe tomba presque automatiquement de ses épaules à ses mollets, mais Naomi ne bougeait toujours pas. Je décidai alors d'envelopper mes mains autour de son bassin en la serrant encore une fois contre moi. À ce contact, elle réagit et posa ses mains sur les miennes et s'enveloppa plus profondément contre mon corps. Mes mains remontèrent alors doucement au niveau de sa poitrine et je massai délicatement son sein droit puis le gauche, en déposant un baiser sur son omoplate. Sa peau était si douce et j'imaginais ses formes parfaites par ce simple toucher. Elle se retourna pour me faire face et posa ses mains sur mes épaules. Puis je sentis la peur la gagner à nouveau. Je la pris à nouveau contre moi et massai l'arrière de son dos. Après quelques secondes, je décidai qu'il était temps de faire couler l'eau et de l'installer dans la baignoire. Elle restait toujours encore muette mais son silence ne me gênait pas. Je savais que j'aurai des réponses, tôt ou tard.
A/N: commentaires ? :)
