Chapitre 4
Je passais la nuit à réfléchir à tout ce qui s'était passé ces derniers jours.
Tout d'abord, la rencontre avec les Cullen. Dire que Thomas m'en avait dit si peu sur eux et qu'il n'avait pas hésité à venir leur porter assistance. Pour un peu, j'avais l'impression qu'il m'avait caché pas mal de choses. Et puis, cette famille n'avait pas l'air si étrange que cela.
D'accord, ils se nourrissaient d'animaux plutôt que d'humains. Mais bon, chez les humains aussi, il y en avait qui s'alimentaient bizarrement. D'ailleurs, je trouvais que les végétariens n'avaient pas un très bon goût. C'est comme s'il leur manquait quelque chose. Leur sang était beaucoup trop fluide. Cette réflexion me fit sourire. Deviendrai-je difficile ? Non. C'était une simple constatation. Ça ne m'empêchait nullement de m'en nourrir. C'est juste que… Enfin, on a tous nos préférences. Cela amena une autre pensée. Quel goût pouvait bien avoir les animaux ? Sûrement quelque chose de fade, crois que cela m'aurait coupé l'appétit. Et puis, après tout, c'était leur choix. Tant mieux pour eux s'ils appréciaient ce régime.
Ensuite, ils avaient l'air plus unis, plus soudés que les groupes de vampires que j'avais rencontrés. Je savais que, si j'avais un problème, même grave, Thomas et Carole ne remueraient pas ciel et terre pour me venir en aide. Tout en sachant pertinemment que j'avais raison, je ne pus m'empêcher d'en être attristée. Les relations entre nous étaient-elles donc si faibles par rapport à celles unissant les Cullen ? La réponse était évidente : oui. Et cela n'était pas valable uniquement pour nous. Il semblerait que les Cullen aient des relations uniques dans notre monde. Ils formaient une vraie famille. J'en ressenti de l'amertume. Je me souvenais d'avoir été aimée en tant qu'humaine. Mais depuis ma transformation, les choses avaient changé. Est-ce que j'aimais Thomas et Carole ? Décidée à être sincère avec moi-même, je pris le temps de la réflexion. Non, je ne les aimais pas vraiment. A vrai dire, on se tolérait, on appréciait être ensemble. Mais ce n'était pas de l'amour. Alors, comment se faisait-il que les Cullen semblent s'aimer ? J'espérais bien le découvrir pendant mon séjour ici.
Il y avait leurs yeux, aussi. J'ignorais totalement que notre régime alimentaire influait sur la couleur de nos iris. Il fallait donc renoncer au sang humain pour avoir cette belle couleur dorée. Mais renoncer totalement ? Ou juste de temps en temps ? C'était un détail, mais les yeux d'Edward m'avaient fascinée.
Je m'attardais ensuite sur leur mode de vie. Ils avaient une résidence permanente. Un endroit où ils se sentaient chez eux, en sécurité. Cela avait l'air agréable. Surtout que la villa était bien meublée, pour ce que j'en avais vu. J'étais certaine que le reste de la maison était identique. Ils avaient l'air de ne manquer de rien. D'ailleurs, j'avais pu voir des vampires emprunter des voitures à Edward. C'était sympathique de sa part, de les prêter sans problème. J'irai sûrement les regarder d'un peu plus près tout à l'heure. Pour l'instant, je préférais m'isoler et faire le point. Je me demandais comment ils avaient les moyens pour entretenir ces voitures. Je ne comprenais pas. Mais bon, après tout, je n'étais qu'une nomade. Tout ce qui tenait de l'ordre du matériel m'échappait totalement. Je devrai peut-être le leur demander. Quoique… serait-ce correct de ma part ? Ou donnerai-je l'impression d'être trop curieuse ? Réflexion faite, j'attendrai de voir comment se dérouleraient les choses. Il est vrai que j'allais reprendre ma vie d'errance d'ici peu, alors à quoi bon…
Enfin, il y avait les loups. Je comprenais, à présent, comment c'était possible. Les Cullen avaient été piégés pendant leur chasse, ils n'avaient pas eu d'autre choix pour s'en sortir que de parlementer avec eux. La suite relevait d'un concours de circonstances. Bella, en tant qu'humaine, était l'amie de Jacob Black et leur amitié avait résisté à sa vampirisation. En repensant à Jacob, un sourire s'attarda sur mes lèvres. Il avait l'air un peu perdu, au milieu de tous ces vampires, mais bien décidé à rester protéger ses amis. Du caractère chez un être aussi jeune… je n'arrivais pas à le voir pour ce qu'il était. Un loup. Mon ennemi. Non, ce jeune homme n'avait rien de dangereux. Je changerai peut-être d'avis en le voyant sous son autre aspect. Mais, ce n'était pas certain. Il était sympathique. Et puis, comme moi, il appartenait à ce qu'on appelait aujourd'hui le folklore. Tous les vampires ne sont pas pareils, et tous les loups non plus. Certains méritaient d'être connus.
Je ne m'étais pas rendue compte du temps qui passait. Aussi, je fus surprise de voir les premières lueurs de l'aube poindre à l'horizon. Mes dernières pensées amenèrent un autre sourire sur mes lèvres. J'étais un vampire, et loin de l'idée que s'en faisait les humain. Contrairement à ceux dépeints par Anne Rice (un auteur qui m'avait bien fait rire, à l'époque), je ne passais pas la journée dans un cercueil, à dormir. Je pouvais admirer chaque aurore et profiter de toutes les heures que m'offrait l'éternité. Sans perdre du temps à me reposer. Je n'avais pas ces horribles crocs, et étais beaucoup moins vulnérable que Lestat ou Louis. Alors, si les idées communément admises par les humains sur les vampires sont fausses, pourquoi les idées qu'avaient les vampires sur les loups ne pouvaient-elle pas être erronées ? Après tout, l'erreur est humaine et nous étions tous des humains, à la base. Et non des créatures parfaites comme certains aimeraient le penser.
Je me levai et retirai les brins d'herbe qui s'étaient pris dans ma chevelure. Je me rendis au garage et admirais les voitures. Vraiment, elles étaient magnifiques. J'effleurai du bout des doigts la peinture rouge d'une superbe BMW décapotable. Quel plaisir cela devait être de la conduire. Perdue dans ma rêverie, je ne les entendis pas approcher.
- Ma voiture te plaît ?
Je me retournais afin de faire face à mon interlocutrice. J'avais reconnu sa voix.
- Elle est magnifique, Rosalie. Et, à propos… Bonjour.
- Bonjour, Rachel. Me répondit-elle.
- Salut. Toujours là, à ce que je vois ? Continua Emmett
- J'ai décidé de m'attarder un peu. Edward a su être convaincant. Enfin…c'est plutôt sa fille qui m'a convaincue.
- Je comprends ce que tu veux dire. Affirma Rosalie avec un sourire éclatant.
Je me tournais à nouveau vers sa voiture.
- Si tu veux, je te la prête. Proposa-t-elle
- Tu plaisantes ?
- Non. Vas-y, va faire un tour. Ajouta-t-elle en me lançant les clés.
Je les saisis au vol, mais ne fis pas mine de m'en servir.
- Je regrette, Rosalie. Mais j'ai bien peur que cela ne soit pas possible.
- Pourquoi ?
- On a la frousse ? Ajouta Emmett
- Pas du tout ! M'exclamai-je. C'est juste que…
Je ne pus continuer ma phrase.
- Que quoi ? Je ne comprends pas. Explique. Insista Rosalie.
Je la regardais. Je poussai un soupir et décidai de prendre mon courage à deux mains.
- Deux raisons. La première, je n'ai jamais conduit de voiture de cette classe.
- On n'a pas confiance en ses réflexes ? S'amusa Emmett
- Tu charries, Emmett. Mes réflexes sont excellents. C'est dans ceux de la voiture que je n'ai pas confiance.
- Ne t'inquiète pas, elle réagit très bien. Je l'ai améliorée personnellement. Poursuivi la belle blonde.
- Admettons.
- Première raison jugée inacceptable. Continua Emmett, implacable. La deuxième, je te prie.
- Il suffit de me regarder.
- Je ne saisi pas.
- Dommage que tu ne lises pas dans les pensées, mon grand. Tu comprendrai plus vite.
- Assurément. Dit-il dans un grand éclat de rire. Alors, aurais-tu l'obligeance d'éclairer la lanterne d'un pauvre ignorant ?
- Je vais la salir. Avouai-je dans un murmure.
Le couple me jeta un regard incrédule. J'étais certaine qu'on ne la leur avait jamais sortie, celle-là. Rosalie fut la première à se reprendre.
- S'il n'y a que cela, suis-moi.
Et elle parti en direction de la villa.
- Si tu veux un conseil, obéis-lui. Rose n'apprécie pas tellement de voir ses envies contrariées par un détail. Déclara Emmett en me faisant un clin d'œil.
- Je ne sais pas pourquoi, j'ai comme un mauvais pressentiment, là, tout de suite.
- Alors ne la fais pas attendre ou ça risque d'empirer.
Après un dernier soupir, je m'empressai de rejoindre Rosalie. Je la rattrapais au moment où elle pénétrait dans la demeure.
- Tu as des affaires ? Me demanda-t-elle.
- Bien sûr. J'ai au moins cinq valises. Plaisantai-je
- Sérieux, Rachel. Si tu n'en as pas, ce n'est pas grave.
- J'ai un sac à dos.
- Va le chercher, je t'attends en bas de l'escalier.
Il ne me fallu pas longtemps pour récupérer mon bagage et je rejoignis la belle blonde qui m'attendait. Sans un mot, elle commença à gravir les marches. Après un regard hésitant sur mes baskets dans un état lamentable, je lui emboîtai le pas. Tout en gravissant l'escalier, j'admirai les toiles qui ornaient le mur. Elles étaient exquises, remplies de détails. Lorsque je l'interrogeais sur l'auteur des tableaux, elle me répondit que c'était les œuvres d'Esmée. Je m'arrêtais devant un curieux patchwork.
- Rosalie, qu'est-ce que c'est ?
- Oh, ça. Ce sont nos chapeaux de fin d'année. Répondit-elle avec un sourire.
- Sérieux ?
- Oui.
- Pourquoi il y en a autant ?
- A chaque fois que nous changeons d'endroits, nous recommençons le secondaire.
- Ce n'est pas lassant ? Voulus-je savoir.
- Cela fait partie de notre vie. Cela paraîtrait étrange qu'on n'aille pas à l'école. Et il faut bien donner le change.
Nous étions arrivées au premier étage. Docilement, je la suivis. La pièce dans laquelle j'entrai me sembla immense. Des murs clairs… de la moquette…de larges baies vitrées… un « petit » salon… des croquis de vêtements sur les murs…un grand bureau… des piles de CD… une bibliothèque…des haltères… deux équipements de base-ball… un ballon de basket… deux portes sur le mur de gauche…une porte sur celui de droite… je posais mon sac près de la porte d'entrée de cette suite. Si cela était possible, la vue de cette pièce m'aurait donné le vertige !
- C'est ma chambre, avec Emmett.
- Tu appelles ça une chambre ? M'étonnais-je. Moi, je dirai plutôt une suite, voire même un appartement.
- Oui, c'est vrai. Viens, on va commencer. Fit-elle, un soupçon de commandement dans la voix.
- Commencer quoi ? Demandai-je avec un peu d'appréhension.
- Je vais m'occuper de toi.
- Qu'entends exactement par ça ?
- Tu verras, laisse toi faire. Fais-moi confiance. Me lança-t-elle avec un sourire radieux.
Elle était si belle quand elle souriait. Et puis, Thomas m'avait bien dit de ne pas froisser nos hôtes. Quand même, je me demandais ce qui allait m'arriver. Réflexion faite, je ne la connaissais pas. J'ignorais totalement ce qu'elle avait en tête. Mais elle avait l'air tellement heureuse. Je décidais de suivre le conseil d'Emmett et d'obéir à Rosalie. Après tout, je n'étais pas en danger. Je ne risquais rien. Et elle n'avait pas l'air méchante. Plutôt ravie, même, de ce qui allait arriver. Rosalie venait d'ouvrir une des portes sur la gauche et me fit signe de la rejoindre. Je m'exécutais.
Je venais de pénétrer dans une salle de bain digne d'un palace. Une immense baignoire trônait au milieu de la pièce. Rosalie faisait déjà couler de l'eau. Une douche se trouvait dans un coin, juste à proximité d'un meuble. Et encore une porte. Il y avait également des étagères pleines de produits. Rosalie ne me laissa pas le temps d'aller les regarder de plus près. La baignoire est remplie et elle y avait déjà versé le contenu d'un flacon. Une agréable odeur de jasmin se répandit dans la pièce.
- Déshabille-toi. M'ordonna-t-elle
- Tu comptes me faire prendre…un bain
- Tu en as bien besoin. Tes ongles sont pleins de crasse, tes cheveux ternes, et tu ne sens pas très…
- Ça va, n'en rajoute pas. L'interrompis-je. On ne t'a jamais dit qu'il fallait laisser sécher la première couche avant d'en rajouter une deuxième.
- Peut-être. Alors…j'attends. Continua-t-elle, inflexible, en me tournant le dos.
Je me débarrassais prestement de mes affaires et entrais dans la baignoire. L'eau chaude… J'en avais oublié le bien-être qu'elle procurait sur ma peau glacée. Je fermais les yeux un instant. Je les rouvris lorsque Rosalie reprit la parole.
