Thorin se dirigea vers l'arène de la Forêt Noire avec un sérieux qui faisait frémir ses nains. Il se jeta dedans sans un mot.
Il n'avait rien à dire. Il n'avait pas besoin de dire quoi que ce soit. Il avait échoué à gagner pour ses nains une fois, hors de question que cela se reproduise. Il allait surmonter chaque obstacle qui se présenterait à lui. Il gagnerait assez pour payer les dettes d'Ori et après le tournoi de Dale, ils auraient assez pour acheter une terre. Il pourrait loger les nains qu'il avait recueilli et même d'autres qui seraient dans le besoin. Un lieu sûr pour tous les nains errants. Un lieu indépendant où leur peuple pourrait se développer et s'épanouir. Thorin consacrerait le reste de sa vie à faire de ce rêve une réalité. Si il était condamné à vivre dans un monde sans couleur, il ferait au moins en sorte qu'aucun autre nain ne doive dormir à la belle étoile.
Pour Thorin, il n'y avait plus aucun espoir. Le seul être qui aurait pu lui donner le bonheur et la chaleur d'un foyer lui avait dit qu'il n'en valait pas la peine.
Thorin se concentra sur le duel à l'épée qu'il venait de gagner et leva son épée au ciel. Fili le rejoignit et ses nains l'acclamèrent. Son neveu le conduisit hors du stade et l'aida à enlever son casque. On lui donna quelque chose de brillant qu'il n'arrivait pas à distinguer et qu'il jeta à Ori.
Kili les rejoignit et ses deux neveux l'emmenèrent sous la tente. Le regard de Balin était rivé sur lui mais Thorin ignora ses yeux lourds. Il n'y avait rien à dire.
Après la deuxième joute, Kili le supplia d'essayer de parler à Bilbon, mais Thorin ne pouvait pas. Il avait déjà essayé de trouver une façon de convaincre le hobbit de la sincérité de ses intentions, qu'il n'avait jamais voulu lui causer le moindre mal mais chacune de ses idées lui donnaient l'impression que cela ne ferait qu'aggraver les choses. Le hobbit lui avait confié que perdre un duel serait une bien plus grande preuve de dévotion qu'une victoire.
Mais Thorin ne pouvait pas perdre. Si cela ne concernait que lui, il perdrait sans hésitation et le ferait même de façon spectaculaire. Seulement, il n'était pas le seul à dépendre de ces duels. Il y avait tant de nains qui comptaient sur lui.
Sans parler des rumeurs qui avaient commencé à se répandre parmi son peuple.
Partout où son regard se posait, il pouvait voir des nains chuchoter entre eux. Ils parlaient de la rumeur, du nain qui avait réussi à gagner le tournoi. L'autre jour, il avait entendu quelqu'un fredonner une chanson à propos d'un grand nain en khuzdul. Il avait amené de l'espoir à son peuple. Il ne pouvait pas risquer de perdre tout ça rien que pour son coeur.
-J'ai euh... j'ai des nouvelles, annonça délicatement Gloin en entrant dans la tente avant de risquer un rapide coup d'oeil à son frère qui l'épiait avec curiosité.
-Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Balin.
Thorin se mit à enlever son armure. Sa prochaine joute se déroulait dans deux heures. Il n'allait pas transpirer et se déplacer mécaniquement dans cette armure trop grande pour lui durant tout ce temps.
-Euh... eh bien..., bredouilla Gloin en s'agitant alors que Thorin se retenait tant bien que mal de lever les yeux au ciel, ça ne pouvait pas être aussi horrible. Smaug s'est retiré de la compétition.
Pendant un instant, les mains de Thorin s'immobilisèrent et il laissa tomber le casque. Le bruit qu'il fit en heurtant le sol attira l'attention de tous les nains présents sous la tente. Thorin poussa un profond soupir et ses poings se contractèrent. Il essaya de rester calme mais il n'avait pas besoin d'un miroir pour savoir que ce n'était pas le cas. Ce n'était pas vrai. Ce n'était pas possible. Il ne pouvait pas avoir autant de malchance. Cette merde de gobelin lui avait coûté son amour et maintenant, Thorin ne pouvait même pas avoir la chance de le vaincre ? Le lâche s'était-il enfui ?
Il voulait frapper quelque chose. Le briser. Il aurait voulu l'apprendre avant le duel à l'épée. Il devait attendre deux heures avant de pouvoir libérer sa rage. Il ne pouvait même pas hurler. Il se concentra sur sa respiration pour la réguler et tenta de trouver quelque chose qui pourrait lui servir de défouloir. Ses jambes et ses mains tremblaient et il baissa la tête pour voir une des fourrures qui leur servaient de siège. Il se redressa et serra les poings en continuant à respirer calmement. Balin, Fili et Kili s'approchèrent de lui mais ils s'arrêtèrent. Il se demanda vaguement de quoi il avait l'air pour que leurs regards soient aussi méfiants.
-Pourquoi ?
-Parce que son père l'a rappelé chez lui pour défendre les frontières du Nord.
Ce n'était même pas à cause d'une quelconque lâcheté. C'était à cause d'une bataille.
-Je suis désolé, murmura Gloin.
Thorin secoua la tête et dénoua le fourreau attaché autour de sa taille. Il tomba par terre dans un claquement sonore et Thorin le laissa là.
-Ça ne change rien. Ça nous rend les choses encore plus faciles. On va continuer comme prévu. Ori, tu as encore assez pour ton frère ?
Ori écarquilla les yeux, ne s'attendant pas à ce qu'il s'adresse à lui et recula. Sa main attrapa sa bourse et l'ouvrit. Il passa les doigts dedans et compta le nombre de pièces d'or qu'il avait.
-Oui... Je pense que ce sera assez avec ce que mon autre frère a réussi à rassembler.
-Je pensais qu'il était en prison ?
-Il a deux frères, répondit Dwalin, à la grande surprise de Thorin alors qu'Ori lui souriait avec un hochement de tête.
-Mon second frère aîné est un voleur. Il vole des bibelots et de l'argent pour nous nourrir. Il a été capturé par un seigneur elfe mais mon frère aîné, Dori, a pris le blâme. Nori et moi tentons d'avoir assez d'argent pour le libérer.
-Alors ça ne fera pas un nain de plus mais deux ?
Ori acquiesça avec un regard inquiet. Thorin les compta dans sa tête. Fili, Kili, Balin, Dwalin, Nori, Dori, Ori, Oin, Gloin, et lui-même. Dix nains. Doux Mahal...
-Dix nains. On va avoir besoin d'une plus grande tente.
Ori haleta et se rapprocha de Dwalin.
-Merci. Merci Monseigneur, murmura-t-il.
Thorin se figea. Il n'avait pas été à être appelé ainsi quand ils étaient avec ses nains. Il était loin d'en être digne.
-Il n'y a pas besoin de titre ici, Ori. Nous sommes tous égaux, dit-il en secouant la tête.
Il était à mi-chemin du tournoi. Il pouvait faire autre chose que de se complaire sur ce qu'il ne pouvait vaincre ou gagner.
-Fili, tu veux t'entraîner à l'épée ?
Son neveu se retrouva en un clin d'oeil à côté de lui, une épée à la main. Il prit sa propre épée et se dirigea avec son neveu hors de la tente.
Bofur était calme. Hors, Bofur n'était jamais calme. Bilbon l'avait connu toute sa vie et il n'arrivait pas à se rappeler d'une seule fois où Bofur ne lui parlait pas.
C'était troublant.
Près de deux semaines s'étaient écoulées depuis la fête. Bofur avait de moins en moins parlé à mesure que les jours passaient. Bilbon regrettait presque de lui avoir dit ce qui s'était passé.
Thorin... Thorin lui avait menti. Il avait laissé Bilbon tomber amoureux de lui et lui avait menti pendant tout ce temps. Bilbon lui avait dit des choses qu'il n'avait jamais dites à personne d'autre. Il lui avait confié ses pensées et ses rêves. Il avait laissé l'homme-nain voir des parties de lui que personne d'autre n'avait vu, pas même Bofur.
Ils étaient à Vertbois mais Bilbon n'était pas sorti de sa chambre. Il se sentait seul, il voulait se changer les idées mais Bofur restait dans son coin à tailler du bois. Le silence qui flottait dans la pièce était bien trop pesant pour que Bilbon puisse le supporter plus longtemps.
-Qu'est ce que j'ai fait ?
Bofur leva les yeux, son couteau à mi-chemin du morceau de bois. Il cligna des yeux, surpris, avant de baisser lentement la statuette pour la poser sur ses genoux.
-Pardon ?
-Tu as taillé dix jouets et pendant tout ce temps-là, tu m'as à peine adressé la parole.
-Je suis un peu en conflit entre vous et mes racines naines, souffla Bofur, les yeux baissés sur le jouet.
-A cause de Thorin ? devina Bilbon d'une voix si forte que c'en était presque un cri.
-Oui.
Bofur n'avait jamais cherché à lui mentir. C'était quelque chose qu'il aimait beaucoup chez son meilleur ami.
-Pourquoi ?
-Parce qu'il fait de son mieux pour gagner assez d'argent pour libérer sept... non, pardon neuf autres nains. Et que je pense qu'il devrait avoir le droit de se battre en tant que nain sans avoir à cacher son identité.
-Mais il aurait pu me dire la vérité.
-Oui. Il aurait pu. D'où la raison du conflit.
Bilbon s'assit et fixa le mur.
-Il m'a dit que j'étais son Unique. Mais si j'étais vraiment aussi important pour lui, il ne m'aurait pas menti.
Il s'interrompit lorsqu'il entendit Bofur pousser un drôle de bruit. Le nain avait laissé tomber sa statuette et avait failli tomber à son tour par terre. Bilbon bondit pour venir en aide à son ami. Il l'aida à se redresser avant de retourner sur son siège.
-Vous êtes son Unique ?
-Pourquoi ? Qu'est-ce que ça veut dire ?
-Oh Mahal ! C'est un miracle qu'il n'ait pas tué Smaug, marmonna Bofur en se penchant sur sa chaise et Bilbon vit l'urgence et le léger désespoir nuer ses yeux. Vite, dites-moi exactement ce qu'il vous a dit.
Bilbon rougit et baissa les yeux. Il répéta tant bien que mal la conversation qu'il avait eu avec Thorin en tentant de ne pas pleurer. A la fin de son récit, Bofur était pâle comme un linge.
-J'aurais dû vous parler de l'amour chez les nains. Bilbon, Thorin ne vous a pas simplement dit qu'il vous aimait ou même qu'il vous admirait. Vous êtes son Sanzeuh. Son Unique.
Le mot seul frappa le coeur de Bilbon comme un coup de poing, bien qu'il ne sache pas pourquoi.
-Dis-moi ce que cela signifie.
/
Thorin pensait avoir vu quelque chose qui l'avait stupéfié. Il était à trois joutes de la fin du tournoi et il était à peu près certain que Bilbon et Bofur se trouvaient dans les tribunes. Il en était sûr pour Bofur, il avait aperçu son chapeau reconnaissable entre tous. Mais il avait peur de jeter un nouveau coup d'oeil et d'y voir effectivement Bilbon.
Le hobbit n'assisterait certainement pas à un duel auquel Thorin participait. Il ne reviendrait pas. Thorin devait se concentrer sur le duel et vaincre celui qu'il combattait. Il resserra son emprise sur la lance qu'il soulevait et sur les rênes de Beorn qu'il tenait avec fermeté. Il fixa son regard sur son adversaire dont il n'arrivait même pas à se rappeler si il s'agissait d'un homme ou d'un elfe... Bilbon continuait à s'infiltrer sans arrêt dans ses pensées.
Il chargea et stabilisa sa lance, se focalisant sur sa cible et sur le galop de sa monture. Il visa l'épaule de son rival et réussit à le faire tomber. Il avait gagné le duel. Thorin fit ralentir Beorn et remit la lance brisée à Fili. Kili le regardait comme si il s'attendait à ce qu'il fasse quelque chose. Il descendit de cheval et attendit qu'il lui dise pourquoi il le regardait ainsi.
-Tu n'as donc pas remarqué ?
Thorin cligna des yeux et fronça les sourcils. Ses yeux se posèrent sur Fili qui avait le même regard que son frère.
-Remarqué quoi ?
-Peut-être qu'il est juste dans le déni ? proposa alors Kili en se tournant vers Fili.
Le blond haussa les épaules et regarda quelque chose derrière Thorin. Il avait un sourire aveuglant gravé sur le visage avant de jeter à son oncle un regard plein de semonce. Thorin se retourna lentement et sentit son estomac se nouer et son coeur battre à toute vitesse.
Bilbon se tenait en face de lui avec Bofur à ses côtés. Le hobbit portait une cape sombre qui couvrait la quasi-totalité de son corps, mais Thorin pouvait entrevoir un gilet vert et un pantalon marron à travers l'ouverture de la cape. Il avait la tête baissée et ses boucles dorées pendaient doucement autour de sa tête. Aucune tresse ornée de petites fleurs ne s'y trouvait.
Le sang figé dans la poitrine de Thorin depuis sa dernière entrevue avec Bilbon se remit à circuler dans ses veines. Il n'aurait jamais cru ça possible. Il recula un peu sans vraiment s'en rendre compte et sentit ses nains se rapprocher. Les épaules de ses neveux frôlaient les siennes et Thorin se sentait rassuré par leur présence.
Thorin ne pouvait pas, ne prendrait pas la parole en premier. Il n'était même pas certain de pouvoir rester.
-M... Maître Ecu de Chêne ?
La voix de Bilbon était à peine plus forte qu'un murmure. Bofur se rapprocha de son maître. Thorin sentit son coeur se tordre dans une faible tentative de jalousie mais abandonna rapidement. Bofur avait toujours réussi à faire sourire Bilbon. Thorin sacrifierait son bonheur pour l'éternité si cela assurait celui du hobbit.
-Oui, Monsieur Sacquet ? dit-il en essayant de garder une voix régulière mais il n'était pas certain d'avoir réussi.
Bilbon osa le regarder avant de baisser à nouveau les yeux.
-Je..., balbutia doucement le hobbit en déglutissant difficilement et en se trémoussant légèrement. J'aimerais vous voir ce soir. Nous pourrions parler en privé.
Il risqua un nouveau coup d'oeil vers Thorin qui était incapable de masquer son incrédulité lorsque les yeux de Bilbon croisèrent les siens.
-S'il vous plaît ? ajouta délicatement Bilbon.
-D'accord. Où et quand ? accepta Thorin sans prendre la peine d'y réfléchir alors que son coeur palpitait à toute vitesse.
Bilbon plongea sa main à l'intérieur de sa poche pour en sortir un petit paquet qu'il tendit à l'intention de Thorin. Le nain ne bougea pas.
Fili donna un coup de coude à Thorin qui finit par se ressaisir et tendit le bras. Bilbon déposa le paquet emballé dans un morceau de tissu dans sa main ouverte.
-Ceci répondra à toutes vos questions, Messire Chevalier.
Il recula rapidement et, avec un dernier regard, lui et Bofur s'en allèrent.
Thorin le regarda partir, son coeur se resserrant sous la douleur de le voir s'éloigner de lui.
-Thorin ? appela la voix de Kili.
Ses yeux tombèrent sur le cadeau et il vit qu'il était enveloppé dans le mouchoir de Bilbon. Une des faveurs que le hobbit lui avait accordé avant d'apprendre la vérité. Il le dénoua soigneusement d'une main presque tremblante et laissa le fin tissu glisser autour de ses doigts pour révéler le présent.
C'était la statuette d'un léopard. Thorin regarda sans comprendre durant quelques instants jusqu'à ce qu'il entende Fili haleter à côté de lui. Puis il se souvint du moment où il se tenait sur le balcon avec son précieux petit hobbit en train de regarder les étoiles. Le Léopard, la constellation préférée de Bilbon. Le protecteur de la Comté, un talentueux chasseur. Il y avait une note en-dessous, indiquant l'heure et le lieu du rendez vous mais Thorin y jeta seulement un bref coup d'oeil pour se concentrer sur la petite statue.
Qu'est-ce que cela signifiait ?
/
Bilbon n'avait jamais eu aussi peur de toute sa vie. La clairière, où Bofur avait dressé une tente, était calme et totalement isolée. Un feu brûlait en face de la tente où ils avaient disposés des fourrures pour la rendre plus confortable. Il ne savait même pas si Thorin allait venir, et il ne pourrait pas l'en blâmer si il lui posait un lapin.
Sa réaction avait été si égoïste. Il avait été si aveugle.
Voir Thorin aujourd'hui avait failli être trop dur pour lui et il avait manqué de s'effondrer. Le nain avait l'air misérable, le coeur en lambeaux, mais il combattait toujours aussi vaillamment. Avec une intensité effrayante à voir. Bilbon ignorait complètement ce qui avait pu lui laisser croire que Thorin se battait pour une autre raison que les nains qui l'entouraient - le fait que leur nombre ne cessait de croître aurait dû suffire à faire taire tout soupçon.
-Ils arrivent, prévint alors Bofur.
Bilbon se leva d'un bond. Il apercevait les lueurs des torches vacillantes s'avançant entre les arbres. Toute la Compagnie de Thorin était venue. Ils avaient l'étoffe d'une petite armée. Il échangea un regard avec Bofur qui lui offrit un sourire encourageant et fit un pas en avant. Ils attendirent silencieusement qu'ils les rejoignent jusqu'à ce qu'ils puissent les voir. Bilbon enroula étroitement sa cape autour de ses épaules et essaya de ne pas trembler. Les nains s'assemblèrent en face du feu, un regard suspicieux sur chacun de leurs visages. Thorin portait un manteau de fourrure et une simple tunique. La seule originalité de sa tenue se trouvait dans le fermoir en argent qui retenait sa cape. Il ne portait jamais de bijoux. Bilbon ne l'avait jamais remarqué auparavant.
Son nain était habillé exactement comme ses serviteurs avec pour seule différence le manteau de fourrure. Il s'avança lentement puis se mit à genoux face à Thorin.
-Je vous demande humblement pardon, Sire Thorin. Je me suis trompé en vous accusant de choses aussi horribles et en vous rejetant, murmura-t-il en déglutissant et en pliant ses doigts sur ses genoux, le corps entièrement raide. Me permettez-vous de m'expliquer ?
-Est-ce que votre explication est vraiment importante, mon petit gars ? demanda Balin d'une voix dure, les yeux plissés.
-C'est important, décida doucement Thorin, ses yeux bleus sévères et inflexibles. Je veux savoir. Pourquoi êtes-vous revenu ? Vous savez ce que je suis et ce que j'ai fait.
Bilbon grimaça en se rappelant tout ce qu'il avait dit. Il avait été si méchant. Si cruel. Il n'avait pas réalisé la portée de ses mots mais ce n'était pas une excuse.
-Ecoutez, soupira-t-il en se relevant, sentant Bofur se rapprocher de lui, la présence fidèle de son ami le calmant un peu. Je sais que vous doutez de moi et vous avez toutes les raisons de le faire. Je ne mérite pas votre pardon ni même votre considération après la façon dont je me suis comporté. Et c'est vrai... Je pense souvent à la Comté. Mes livres me manquent, et mon fauteuil, mon jardin. Parce que c'est là d'où je viens, c'est ma maison.
Bilbon avala sa salive pour tenter de chasser le goût amer qui flottait dans sa bouche alors que sa poitrine se tordait de douleur, nostalgique de ses souvenirs. Ça n'avait pas d'importance pour le moment. Tout ce qui importait, c'était de regagner la confiance de Thorin.
-C'est pour ça que je suis revenu... parce que vous n'en avez pas, de maison, déclara le hobbit en cessant de regarder Thorin pour observer le reste de ses nains, ses amis. On vous l'a pris à chacun d'entre vous, injustement. Mais je vous aiderai à la reprendre.
Il regarda Thorin.
-Je ne repartirai pas. Mes actes envers vous étaient cruels et injustes. Vous êtes de loin la personne la plus courageuse que j'aie jamais rencontré, et l'amour que vous avez pour vos nains suffit à prouver votre valeur sans même tenir compte de vos exploits. Vous combattez vaillamment des ennemis qui seraient ravis de prendre votre vie. Et tout ça, pour avoir une chose que tout le monde devrait avoir. Je ne connais personne qui ait autant de bravoure.
Thorin avança, les yeux toujours aussi durs mais teintés d'une émotion que Bilbon pensait ne plus jamais revoir.
-Puis-je vous parler en privé ?
Bilbon hocha la tête, épris d'une ridicule sensation de vertige, ressemblant étrangement à l'espoir inondant ses veines.
