Hello !
Nouveau chapitre bourré d'action et beaucoup plus long que les précédents: J'essaie de me faire pardonner de vous faire attendre plus d'un mois entre deux updates ... ( ._.) Désolée pour les éventuelles fautes, je n'ai pas tellement eu le temps de me relire.
Attention ! : Violence graphique et usage immodéré de mots en italique. Vous êtes prévenus.
Enjoy !
Cognitive dissonance
Il pressa de toutes ses forces les paumes moites de ses mains contre la poitrine tremblante. Entre ses doigts, il pouvait voir le sang continuer à couler généreusement de la plaie suintante. Prenant de profondes inspirations pour ne pas céder à la panique, il passa en revue tous les sorts qu'il connaissait dans l'espoir d'en trouver un susceptible d'arrêter un tel écoulement de sang, mais seuls des noms de potions lui vinrent à l'esprit. Episkey bien sûr n'avait pas marché : Le sort à l'origine de la blessure lui était totalement inconnu et il n'aurait pas été surpris d'apprendre que l'agresseur avait usé de magie noire. Réfléchis Harry, trouve quelque chose. Mais l'inquiétude entravait le fil de ses idées le rendant totalement incohérent. Pour le moment, il se concentra du mieux qu'il pouvait pour maintenir les sorts de protection et de désillusion qu'il avait jeté autour d'eux en état de fonctionnement.
A genoux devant le corps inerte étendu devant lui, épuisé par le manque de sommeil, ses articulations commencèrent à le tirailler. Il ne pouvait cependant quitter des yeux le visage pâle, recouvert d'une fine pellicule de sueur, les cheveux blonds maculés de sang là où la tête de son gardien avait heurté le sol. Harry déglutit et s'efforça de garder courage, d'alléger l'incroyable poids de la culpabilité qui pesait sur sa poitrine, mais il n'y parvenait pas vraiment. C'était de sa faute. Il avait entraîné Malfoy dans ce bourbier malgré les mises en garde de celui-ci, il avait manqué de vigilance en déclenchant le piège qui avait signalé leur présence et pour couronner le tout, il n'avait même pas été capable d'assurer sa propre défense. Pitoyable.
Il se laissa tomber sur le dos pour soulager sa nuque endolorie. Au-dessus de lui les arbres joignaient leurs branches en un toit végétal fait de feuilles jaunies et de brindilles asséchées, laissant passer une pâle lumière mouchetée qu'Harry aurait trouvé charmante en toute autre occasion mais qui à présent lui donnait chaud et l'empêchait de se concentrer. Il passa la main sur son front humide et maculé de terre. Tout ce qu'il avait à faire, c'était de les maintenir tous les deux en vie. Le jour s'était levé à présent, Blaise et les autres allaient les trouver d'une minute à l'autre, ils étaient sûrement déjà en train de les chercher.
Oui, ils l'étaient sûrement.
Il restait à savoir qui allait les trouver en premier. Il se remémora ce qui s'était passé quelques heures plus tôt et frissonna.
« Alors comme ça, Travers avait raison… On n'enseigne pas à Poudlard qu'un maître de runes sait toujours, toujours, lorsque quelqu'un s'est amusé avec son œuvre. »
La phrase avait sonné comme un glas retentissant et tinté aux oreilles d'Harry pendant plusieurs secondes. Ce n'était pas le moment de s'administrer des gifles mentales, il fallait être alerte et réactif, ne pas baisser sa garde et alors peut-être, peut-être allaient-ils s'en sortir en un seul morceau. Il serra sa baguette magique jusqu'à ce que les jointures de ses doigts blanchissent et fixa des yeux la femme qui avait pris la parole. Elle était grande, même plus grande que lui, et avait cet air pâle et maladif, cette lueur de folie dans l'œil qui n'avait rien à envier aux détenues émaciées d'Azkaban. Il avait la curieuse impression de l'avoir déjà vue quelque part mais il ne savait pas où. Flanquée d'une dizaine de gardes drapés dans de lourds manteaux noirs, elle fit quelques pas vers eux sans que son visage blafard ne perde un seul instant sa froide arrogance.
« Qui l'eût cru, deux enfants perdus au milieu de la forêt, mettant le nez dans ce qui ne les regarde pas. » dit-elle d'une voix monotone qui ne s'accordait pas du tout avec la teneur sarcastique de ses propos, son rude accent écossais donnant à ses mots un caractère sentencieux absolument sinistre.
Harry fut légèrement soulagé d'apprendre que visiblement, elle ignorait leur identité.
« Le seigneur Gaius m'a donné une mission, une seule… sais-tu ce que c'est jeune homme ? » dit-elle alors.
Elle s'adressait à Malfoy.
« Eliminer tout élément qui menacerait ses plans pour Aurora. » poursuivit-elle sur le même ton. « Tu m'entends ? E-li-mi-ner. »
Manifestement, l'impassibilité caractéristique de Malfoy l'agaçait au plus haut point. Elle devait être habituée à ce que les autres se recroquevillent de peur sur son passage.
Le ciel s'était déjà paré des couleurs irisées de l'aurore. Harry observa les gardes qui se tenaient immobiles autour d'eux et essaya de les compter du coin de l'œil. Même s'il arrivait à en neutraliser deux d'un seul coup _ ce qui était peu probable étant donné que même au repos, ils irradiaient de puissance_ il ne pourrait jamais en venir à bout. Peut-être avaient-ils une chance de battre en retraite ? Malfoy savait peut-être déjà transplaner, mais si tel était vraiment le cas n'auraient-ils pas déjà été à l'abri au village ?
Au final, Malfoy n'en fit rien. Ce fut bien lui qui ouvrit les hostilités, mais le résultat fut autrement plus spectaculaire que tout ce qu'Harry aurait pu imaginer. Il avait à peine eu le temps d'apercevoir un mouvement furtif à sa droite quand soudain il fut plongé dans le noir le plus total. On aurait dit que quelqu'un avait brusquement éteint la lumière. Il eut beau cligner des yeux, il ne put rien distinguer dans l'obscurité, pas même sa main qu'il souleva inutilement à hauteur de son visage. Cette obscurité-là n'avait rien à voir avec celle, naturelle, de la nuit. C'était comme si l'air autour d'eux avait été peint d'un noir d'encre, comme si un voile opaque avait été posé devant leur yeux.
Harry devait le reconnaître : l'idée était brillante.
Il se remémora ce qu'il avait lu des années plus tôt dans un manuel de défense contre les forces du mal : Si les vampires pouvaient voir dans le noir, c'était uniquement parce que leur iris était extrêmement sensible à la lumière, à la manière des félins. Leur pupille se contracte à souhait, interceptant le plus imperceptible faisceau lumineux. Des siècles d'évolution avaient fini par leur accorder cet avantage non négligeable sur leurs proies diurnes. Mais si le monde était tout à coup totalement privé de lumière, ils perdaient alors cet avantage et se retrouveraient sur un pied d'égalité avec les simples mortels.
Une série de jurons sonores percèrent le silence, ce qui le convainquit qu'il n'était pas le seul à être frappé de cécité. Quoique Malfoy ait fait, cela avait pris l'autre camp complètement au dépourvu et il ne pouvait qu'applaudir. D'ailleurs, ce dernier passa à quelques centimètres de lui pour lancer un sort informulé à l'ennemi le plus proche qui s'écroula alors sans un mot.
Avant que le cerveau d'Harry n'ait pleinement enregistré l'information, il se rendit compte de l'étrangeté de la situation. Il ne pouvait pas même voir la couleur de sa propre chemise, pourtant il savait qu'un adversaire était à terre. Cela ne voulait dire qu'une seule chose : l'instinct que la prophétesse lui avait assuré qu'il allait acquérir à force d'entraînement et de persévérance était déjà assez développé chez lui pour qu'il distingue clairement des individus uniquement par leur signature magique sans qu'il n'ait besoin de faire usage de ses cinq sens. Les ténèbres épaisses qui les entouraient et qui l'empêchaient de s'appuyer sur ses yeux pour sonder son environnement avaient sûrement contribué à exacerber son ses capacités intuitives. L'idée n'était pas pour lui déplaire.
Il ne perdit pas un instant et lança un stupéfix à un garde qui se mouvait, désorienté, à quelques mètres de lui et qui tomba au sol avec un bruit sourd. Un autre avait conjuré un bouclier magique, mais Harry le brisa avec un diffindo impitoyable. Il sentit l'excitation le gagner, l'adrénaline inonder ses veines et le faire trembler d'une fébrilité semblable à de l'ivresse. Tel un Dieu omniscient, il était partout et nulle part à la fois, tournoyant agilement dans la pénombre, frappant là où ses ennemis s'y attendaient le moins.
Pendant ce temps, Malfoy en avait déjà neutralisé trois et se dirigeait vers sa prochaine cible.
« Guidez-vous au bruit ! » lança celle qui semblait être leur chef à la cantonade. « Ils ne peuvent pas s'échapper ! »
Harry essaya de faire le moins de bruit possible, scannant les environs à la recherche de sa prochaine victime. Leur chef était absolument indétectable, s'évertuant probablement à dissimuler son aura magique. Malfoy, lui, ne prenait pas cette peine et Harry avait presque l'impression de le voir combattre l'un des gardes de Gaius dans une danse effrénée de lames et de baguettes magiques. Il était tellement concentré que sa magie gagnait en puissance de minute en minute, de seconde en seconde, jusqu'à éclipser peu à peu celle des autres.
Un terrible pressentiment empoigna alors Harry, naissant au creux de son ventre et se répandant dans tout son corps jusqu'à rendre sa respiration difficile et son souffle saccadé. Quelque chose de terrible allait se produire, mais il ne savait quoi.
« Derrière toi ! » cria-t-il alors. Il sentit Malfoy se retourner pour esquiver de justesse l'Avada Kedavra qui avait été lancé dans sa direction. La sorcière au teint cadavérique était en train de lancer des impardonnables à l'aveuglette et dans toutes les directions dans un brusque accès de démence.
Mais Harry eut à peine le temps de lancer sa mise en garde avant qu'une main puissante ne lui empoigne la nuque, des ongles crochus s'enfonçant dans la peau tendre de son cou. Il tressaillit et étouffa un gémissement de douleur.
« Lady Babbling ! » appela son agresseur d'une voix profonde et caverneuse qui le surprit. Il s'était attendu à ce que des râles sépulcraux s'échappent de ses lèvres.
Harry se débattit frénétiquement, tentant en vain de s'échapper de la poigne de fer du garde. La main qui tenait sa baguette magique était tordue derrière son dos, et une lame frémissant de magie était pressée contre sa gorge rendant toute tentative de fuite impossible. C'était fini, terminé, et la réalisation tomba sur le jeune homme comme une chape de plomb, le laissant pantelant.
La dénommée Babbling fut près de lui en quelque seconde, répondant à l'appel de son second. Elle enfonça sa baguette dans sa côte et il dut se mordre les lèvres pour ne pas gémir de douleur.
« Montre-toi ! » hurla-t-elle à plein poumon. « Arrête ce cirque tout de suite ou je jure que sa tête finit sur un piquet ! »
Elle eut d'abord le silence pour seule réponse. Ceux de ses gardes encore debout s'étaient regroupés autour d'elle dans un réflexe d'auto préservation. Harry pouvait entendre le bruit de leur respiration laborieuse.
« Finite »
C'était un chuchotement, à peine plus audible qu'un murmure, l'expression d'une abdication mais pas d'une reddition. L'épais nuage noir se dissipa rapidement, aspiré par la petite fiole que Malfoy tenait entre le pouce et l'index. De la poudre de disparition instantanée du Pérou ! Et ce membre décharné accroché à sa ceinture, ça devait être une main de la gloire. Harry était impressionné, ce qui rendit d'autant plus grave encore à ses yeux la manière dont il avait gâché les efforts ingénieux de son gardien pour les sortir de là en un seul morceau.
« Lâche ta baguette. » intima Babbling « Ton épée aussi ».
Malfoy et Harry échangèrent un regard. Devant l'hésitation du Serpentard, la baguette qui vrillait les côtes d'Harry se fit encore plus appuyée.
« Armes à terre ou je le tue ! »
« Ils ne peuvent pas me tuer » dit Harry avec calme « tu sais très bien qu'ils ne peuvent pas. »
La femme à la robe sombre l'empoigna alors par les cheveux et lui tira la tête en arrière.
« Petit prétentieux… si tu crois que j'hésiterais une seule seconde, après ce que vous avez fait… »
« Si vous m'achevez, votre Lord sera très en colère … »murmura Harry, son souffle balayant le visage de son antagoniste.
Elle sembla perdre un peu de son assurance, une ride perplexe se formant entre ses sourcils noirs.
« Tais-toi P-» dit Malfoy avant de s'interrompre. Babbling, mue par une soudaine inspiration, avait soulevé sa frange d'un coup sec, révélant sa cicatrice en forme d'éclair. Ses yeux saillants s'écarquillèrent et Harry aurait ri s'il n'avait pas été aussi angoissé. L'expression de profond étonnement laissa bien vite place à un rictus de plaisir.
« Tiens, voilà qui est encore mieux. Je ne sais pas pourquoi je ne t'ai pas reconnu tout de suite … Lord Gaius sera très heureux d'apprendre que j'ai capturé le Castus, oui, je pense qu'il me couvrira de gloire. »
« Il a dit qu'il voulait que je le rejoigne de plein gré » dit Harry sans sourciller. « Vous risquez plutôt de perdre ses faveurs. »
Babbling fut secouée d'un petit rire nerveux.
« Bien essayé Potter. » dit-elle avec un sourire en coin.
Elle recula, invoqua un cimeterre d'une longueur impressionnante et se tourna vers Malfoy qui avait finalement décidé de rester armé maintenant que la menace sur la vie d'Harry était écartée.
« Celeritas Veneni » dit elle et des sombres volutes grises se mirent à s'échapper de sa lame.
Non non non non...Ce fut la seule pensée que put produire Harry à ce moment précis. Ce n'était pas bon signe.
« Silence.» ordonna Babbling. « J'ignorais que Malfoy et toi étiez aussi ami, il me semblait qu'à Poudlard c'était plutôt l'inverse. »
Harry se demanda ce que cette bonne femme savait de Poudlard.
« Messieurs… » dit-elle et deux de ses sbires se détachèrent du lot pour se poster de part et d'autre de Malfoy.
Il était injuste que le courage soit considéré comme un trait propre aux Gryffondor, se dit Harry. Ce jour-là, il vit pour la première fois un Serpentard faire montre d'une combativité à faire pâlir le grand Godric lui-même. Malfoy se battit vaillamment et plus d'une fois la victoire sembla proche, mais à trois contre un et devant une sorcière mature beaucoup plus expérimentée que lui il avait peu de chances d'avoir le dessus. L'espace d'un instant, Harry s'accrocha à l'espoir insensé qu'il pouvait y arriver, qu'il pouvait encore inverser la tendance, mais la désillusion n'en fut que plus grande lorsqu'il vit celui qui avait prêté serment pour le défendre jusqu'à son dernier souffle se faire transpercer de part en part par une lame étincelante.
Le temps s'arrêta.
Harry serait tombé à genou s'il n'avait pas été soutenu par ses tortionnaires. Il vit la silhouette élancée de Malfoy glisser lentement, les yeux écarquillés comme s'il voyait la mort en face, un mince filet de sang coulant de la commissure de ses lèvres, avant de heurter le sol comme un mannequin de bois. Harry fixa son corps étendu, face contre terre, les vêtements déchirés et écarlates là où il avait été touché. Le rire dément de la sorcière résonna comme un ricanement méphistophélique.
« NON » cria-t-il d'une voix étranglée. L'air avait déserté ses poumons et sa vision s'était voilée.
Il n'eut pas le temps de clairement évaluer la situation avant que le vampire vêtu de noir ne l'attrape par le col.
« Montre les moi !» tonna-t-elle en le secouant vigoureusement.
Il la regarda sans vraiment la voir. Son esprit était encore perdu dans les yeux gris, si grands, et étrangement expressifs de Malfoy. Il ne se demanda même pas de quoi elle parlait et s'en fichait. Il sentit un objet froid et aiguisé se presser contre sa nuque avant de fendre le dos de sa chemise de haut en bas.
« Montre-moi ton vrai visage Castus ! » hurla de nouveau son bourreau avant de poser une main gantée entre ses omoplates.
Et ce fut le déclic. Une foule de sensations totalement étrangères l'envahit soudain, comme s'il avait été gratifié d'une inspiration divine. Dans un état second, il baissa les yeux vers son bras toujours maintenu dans une poigne de fer et serra le poing. Une vague d'énergie traversa son corps, de la pointe de ses cheveux jusqu'au bout ses doigts aux ongles incrustés de terre, faisant crépiter la surface de sa peau d'une magie non contenue. Il releva la tête et se tourna vers Babbling comme s'il découvrait son visage pour la première fois. Les yeux de celle-ci s'agrandirent, ses pupilles se dilatèrent et ses lèvre blêmirent jusqu'à n'être plus visible dans son visage laiteux.
Les deux gardes qui l'immobilisaient le relâchèrent comme s'ils s'étaient brûlés à son contact, mais il ne se retourna pas pour regarder l'ahurissement se dessiner sur ce qui apparaissait de leurs sombres figures. Son désir n'était pas la vengeance. Il marcha vers Malfoy et s'agenouilla près de lui, posant une main tremblante sur ses fins cheveux blonds. La clairière autour d'eux disparut lentement, comme une aquarelle dont les couleurs se faneraient au fil du temps et qui finirait par rendre à la toile sa blancheur originelle. On se pressait autour d'eux, on essayait de les atteindre, mais Harry n'allait pas les laisser leur faire plus de mal. Tout ce qui importait, c'était de mettre son gardien à l'abri.
Il était sorti de sa transe pour se retrouver à quelques kilomètres de là, dans une petite enclave formée par un grand rocher couvert de mousse et d'épais buissons qui les dissimulaient partiellement des regards. Le sang pulsait à ses tempes, lui donnant un mal de tête insupportable, et la douleur de son dos qui lui avait accordé un répit de quelques jours avait repris de plus belle.
Incapable de se résoudre à laisser Malfoy là pour aller chercher de l'aide, Il avait tout d'abord décidé de lancer un Levicorpus sur son corps immobile pour aller explorer les environs, mais avait vite déchanté lorsqu'il avait réalisé que, peu importait la direction qu'il empruntait, il revenait toujours à son point de départ. Babbling avait dû lancer un sort de confusion particulièrement puissant pour s'assurer que personne ne quitterait la forêt vivant : lorsqu'il avait commandé à sa baguette magique de pointer au Nord, celle-ci avait tourné dans toutes les directions dans un mouvement effréné qui lui donna le tournis.
Il avait donc fait de son sac un coussin de fortune pour essayer de surélever la tête de Malfoy dont le visage avait perdu toute couleur, et avait tenté d'arrêter son hémorragie par tous les moyens, en vain. Il regarda impuissant de petites bulles de sang se former sur le bord de sa lèvre inférieure et éclater périodiquement.
Ce qui ne l'aidait pas à se calmer était la présence insistante des auras magique de Babbling et de ses hommes qui devaient être activement à leur recherche. Babbling … ce nom lui était familier. Il eut beau essayer de se concentrer pour s'efforcer de se souvenir de son identité, la faim et la fatigue l'en empêchaient.
Il enroula un mouchoir en tissu autour de sa main et pressa de nouveau contre la poitrine du blessé. Il aurait aimé que la légende moldue soit vraie, mais se répéta avec amertume que les vampires aussi pouvaient mourir. C'était vraiment une plaie effrayante et Malfoy aurait sûrement déjà péri sans l'incroyable résistance qui venait avec ses dons magiques.
Alors qu'il essuyait tant bien que mal la sueur du visage de Malfoy, la voix qu'il avait le moins envie d'entendre à ce moment-là parvint à ses oreilles. Il s'aplatit contre le Serpentard, l'oreille plaquée contre son cœur aux battements erratiques, et retint sa respiration.
« Séparez-vous et ratissez toute cette zone » disait-elle d'une voix où pointait l'excitation. « Langley, Mors, par ici ! »
Elle s'interrompit pendant quelques secondes.
« Je sais qu'ils sont là, quelque part, ils ne peuvent pas aller bien loin. » repris la sorcière qui était à présent beaucoup plus proche. « Il ne m'échappera pas cette fois-ci. »
Elle était à présent si proche qu'Harry entendait distinctement le bruit que faisaient ses pas sur le sol légèrement humide. A ce moment-là Malfoy remua légèrement, et Harry leva la tête pour scruter son visage fermé. Ses yeux gris voilés et perplexes le regardaient sous des paupières lourdes et ses lèvres pâles s'écartèrent légèrement pour laisser échapper un soupir de douleur. Il avait l'air désorienté. Harry posa l'index contre ses propres lèvres pour le dissuader de faire du bruit. De toute façon, dans l'état où il était, il valait mieux qu'il ne gaspille pas son énergie en vaines paroles.
Malfoy sembla enregistrer la situation car une lueur compréhension éclaira soudain son regard épuisé.
« Aide-moi… à… me relever » murmura-t-il péniblement, la voix entrecoupée de halètements et Harry dut tendre l'oreille pour parvenir à l'entendre. Au moment où il ouvrit la bouche pour protester, il sentit la présence du lieutenant de Gaius à quelques mètres d'eux et la referma. Il suffisait maintenant qu'elle tourne légèrement la tête pour les apercevoir.
Et alors ils seraient perdus.
Il passa le bras de Malfoy autour de ses épaules et l'aida à s'adosser contre une souche d'arbre en décomposition. Lorsqu'il essaya de se dégager, il se rendit compte que la prise de celui-ci était beaucoup plus ferme qu'il ne se l'était imaginée, trop ferme pour un homme à l'article de la mort. Le jeune homme enfouit alors le visage dans le cou d'Harry et inspira profondément.
« Dra-Draco ? »
Le nom sonnait étrangement sur ses lèvres.
« Pardonne-moi » fut la réponse à sa question informulée.
La douleur fût si intense qu'Harry ne sut tout d'abord pas d'où elle provenait. Son sang s'était transformé en lave ardente et était en train de le consumer de l'intérieur, il en était sûr. Il cria, abandonnant toute velléité de discrétion. Il ne se souvenait même pas de ce qu'il faisait là, tout ce qui emplissait ses pensées était cette torture insupportable qu'on lui infligeait. Il allait mourir, il en était sûr.
De diffuse, la douleur devint localisée, puis de plus en plus aigüe, jusqu'à se concentrer sur la base de son cou, cette zone exceptionnellement douce et fragile où palpitait sa veine jugulaire. Où est Malfoy ? pensa Harry l'esprit embrumé. Il était là avec moi, pourquoi ne fait-il rien pour m'aider ? Mais Malfoy était toujours là, à ses côtés, et lorsque l'atroce sensation se dissipa enfin et que les paupières d'Harry purent à nouveau se rouvrir, il cligna plusieurs fois des yeux pour les plonger dans ceux si différents du Serpentard. Ses iris avaient pris la couleur argentée du métal en fusion, mais ce ne fut pas cela qui frappa Harry en premier.
Malfoy irradiait de puissance. Certes, depuis l'été précédent, ses pouvoirs avaient impressionné Harry qui à Poudlard ne l'aurait jamais soupçonné d'être aussi incroyablement fort sous ses airs de fils de bonne famille. Mais à ce moment précis, l'aura magique de Malfoy était tellement imposante que dans son état d'extrême faiblesse, Harry se sentait au bord de l'évanouissement. Son regard balaya le visage pâle et anguleux, s'arrêtant sur ses pommettes colorées, sur ses lèvres fines et entrouvertes, d'un rouge si vif et brillant, qu'elles semblaient recouvertes de sang. Son propre sang.
Draco Malfoy l'avait mordu.
Si l'idée ne le révolta pas plus que de raison, c'était peut-être que l'intense douleur avait laissé place à un état de voluptueuse détente. Le sol mousseux et humide lui paraissait soudain plus confortable que le plus douillet des lits à baldaquin. Il avait toujours chaud, mais c'était une chaleur agréable qui lui rappela ces soirées où les Dursley le laissaient seul à la maison et où il pouvait enfin passer des heures à se prélasser dans un bain délicieusement tiède. Ni les canines saillantes de Malfoy, ni son regard affamé, ni même ses mains qui lui immobilisaient la têtene soulevèrent le moindre sentiment d'alarme en lui. Etait-ce cela, être ivre ? C'était une sensation formidable qui lui fit même complètement oublier la souffrance qui l'avait précédée.
Quelque part au fond de son esprit nébuleux, il constata que toute trace de blessure avait disparu du corps de son gardien. Certes, ses vêtements restaient maculés de sang à moitié coagulé, mais il avait gagné en vigueur et en vitalité. Celui-ci le relâcha, et sa tête retomba paresseusement en arrière, ses paupières se refermant à moitié, ses épais cils noirs lui voilant légèrement le regard. Il avait l'impression qu'en le vidant d'une partie de son liquide vital, Malfoy l'avait aussi débarrassé de toute inquiétude quant à l'issue des combats imminents. Il regarda pendant quelques secondes un volatile traverser lentement le petit morceau de ciel visible entre les rameaux, jusqu'à ce que ses yeux se referment de leur propre gré. Mais il n'avait pas sommeil. Lorsqu'il les rouvrit, il tomba nez à nez avec un visage tordu en une affreuse grimace : La tête ruisselante de sang de Babbling avait roulé jusqu'à lui, les yeux révulsés, la bouche pleine de terre.
Il sentit la bile lui monter à la gorge et détourna vivement le regard. Cela lui avait fait l'effet d'une douche froide et il sortit brusquement de son état apathique. Il se leva juste à temps pour voir Malfoy enfoncer sa lame dans le cou d'un homme déjà à terre, faisant gicler une fontaine de liquide rouge vif. Chancelant, il fit un pas en arrière et jeta un regard circulaire sur la scène. En l'espace de quelques secondes, le jeune vampire avait commis une hécatombe absolument indescriptible. Harry ne put très longtemps soutenir la vue du sol jonché de membres déchiquetés, des flaques de sang si profondes que le sol n'avait pas eu le temps de les absorber. Malfoy avait à présent terminé son affreuse besogne et fut prêt de lui en un éclair.
Harry tressaillit. Il s'était toujours senti en sécurité près de son gardien, et il en avait été le premier surpris. Mais ce jour-là, un sentiment de peur inexplicable lui tordait les entrailles. C'est Draco, Draco Malfoy, se répétait-il pour calmer les battements affolés de son cœur. Mais rien n'y fit.
« Hey » lui dit celui-ci d'une voix rauque méconnaissable. « Tu ne crains plus rien. Ça ira. »
Il essaya de poser une main conciliante sur son épaule, mais tout ce qu'Harry pouvait voir était la créature sanguinaire qui avait remplacé celui qu'il avait côtoyé pendant plus de cinq ans sur les bancs de l'école.
« Tous ces gens, t-tu n'avais pas besoin de… N-n'avance pas ! » bégaya le Castus en brandissant sa baguette magique. Il fit un nouveau pas en arrière mais son dos heurta le tronc d'un arbre. Sa chemise en lambeaux glissa, révélant une épaule tremblante.
L'expression de Malfoy était insondable. Au lieu de soutenir son regard, il allait et venait entre ses yeux et la petite lésion au-dessus de sa clavicule.
« Ne sois pas stupide, j'ai juré de te protéger. » Dit-il« Allez, viens… »
Lorsque le vampire fit un nouveau pas en sa direction et avant même qu'il ne se rende lui-même compte de ce qu'il faisait, le poing fermé d'Harry vint lui percuter violemment la mâchoire.
Malfoy ne parut pas particulièrement perturbé, mais ses yeux perdirent un peu de leur éclat exceptionnel. Il sembla émerger d'un état de transe où il n'était plus lui-même, et de retrouver quelques peu à ses esprits. A la grande surprise d'Harry qui s'était préparé à de lourdes représailles, il ne riposta pas. Le blond se contenta de le dévisager comme s'il ne l'avait pas vu depuis plusieurs années.
« Je te protégerais » répéta-t-il comme un mantra. Et Harry voulait bien le croire.
Une série de cracs sonores retentit soudainement autour d'eux, les tirant de leurs pensées.
« Par la barbe de Merlin, qu'est-ce qui s'est passé ici ? »
Harry aurait pu reconnaître cette voix entre mille. L'accent distingué, le ton goguenard et les airs supérieurs ne pouvaient provenir que d'une seule bouche, celle d'Adrian Linsen. Et le voilà qui arpentait le champ de bataille, avec une grimace de dégoût, suivit d'une dizaine de personnes aux baguettes magiques levées en posture défensive, dont un Blaise contrit arborant un sourire d'excuse.
« Quand j'ai vu que vous n'étiez pas là, j'ai contacté le château » expliqua-t-il à toute vitesse d'un air penaud. « Je n'avais pas la moindre idée de la personne qu'ils enverraient. »
Harry ne lui en voulait pas vraiment. Ça ressemblait bien au Lord de ne faire confiance qu'aux personnes les plus proches de lui pour gérer les situations de crise. Il appréhendait toutefois l'effet qu'aurait la présence du jeune Linsen sur un Draco Malfoy à la magie en ébullition. Il n'avait certainement aucun motif de se réjouir.
Arrivé à leur hauteur, le neveu du régent s'arrêta soudain de marcher. Pendant que ses compagnons examinaient les restes de cadavres déchiquetés, il prit connaissance de vêtements chiffonnés du Castus, de sa chemise qui n'en était plus vraiment une, et surtout de la plaie écarlate qui, il le savait, ornait son cou. La compréhension se dessina sur son visage tandis qu'une bouffée de colère émanait de lui et atteignait Harry comme une vague déferlante. Lui qui d'habitude cultivait soigneusement cet air de calme indifférence…
« Qui t'as fait ça ? »
Il posa une main sur l'épaule d'Harry et effleura légèrement sa blessure du pouce. Le gryffondor poussa un cri de douleur et se débarrassa de l'appendice offensant d'un brusque mouvement d'épaule. Il jeta un regard noir à l'héritier Linsen.
« C'est bien ce que je pensais » murmura Adrian, la mine sombre.
Il fit un signe de tête presque imperceptible à une femme aux cheveux courts et à la taille imposante qui inclina la tête en signe d'acquiescement.
« Incarcerem ! » dit-elle et des cordes surgirent de nulle part pour venir s'enrouler autour de Malfoy. Ce dernier ne résista pas, ne sembla même pas s'en rendre compte, à la grande exaspération d'Harry.
« NON ! Relâche-le ! » S'écria-t-il d'une voix brisée. « Il n'a rien fait de mal. »
« Rien fait de mal ? » répéta Adrian incrédule. « Rien fait de mal ? Il t'a sauvagement attaqué. Si je n'étais pas intervenu, qui sait ce qu'il aurait fait encore? »
Malfoy garda le silence, comme si la conversation en cours ne le concernait pas. Il se tenait fièrement, menton relevé, et malgré le joug du sortilège d'incarcération, il avait l'air plus puissant qu'il ne l'avait jamais été. Harry était sûr qu'il pouvait aisément briser ses chaînes sans le moindre effort s'il le désirait. Même Blaise sembla hésiter un instant avant de s'approcher de lui et de lui murmurer quelques mots inaudibles à l'oreille.
« Le conseil décidera à présent de son sort. » dit Adrian d'une voix qui se voulait apaisante. « Et je ne pense pas vraiment qu'il sera clément. Allez viens… »
Il passa un bras autour de ses épaules pour le retenir d'aller arracher les chaînes qui maintenaient Malfoy captif. Mais Harry ne quittait pas le Serpentard des yeux. Dans le regard froid et placide de celui-ci, il pouvait pourtant lire un message, presque une prière : Ne t'en fais pas pour moi, ne fais rien de stupide.
Ils étaient de retour à Blackhill.
« Je savais que ça allait finir par arriver » Dit le jeune homme aux boucles blondes. Il avait du mal à dissimuler son exultation, et n'y mettait pas tant de zèle à vrai dire. « J'ai même promis à mon oncle que je garderais un œil sur lui. »
Harry ne répondit pas tout de suite. Il ne pouvait reprocher à Adrian d'avoir démêlé une situation dont il aurait lui-même eu du mal à se dépêtrer sans assistance. Malfoy avait certes eu des mots rassurants qui présageaient de sa lucidité retrouvée, mais il avait tout de même eu l'air excessivement intéressé par le sang qui battait dans sa veine carotide. Il se contenta de marcher en silence à côté de son protecteur autoproclamé qui ne tarissait pas d'imprécations contre son jeune rival.
« Tu n'es pas très bavard ce soir… » fit remarquer Adrian devant son manque de responsivité.
« Il n'y a pas de quoi palabrer pendant des heures » rétorqua Harry d'une voix affaiblie par la fatigue. « Ce qui est arrivé est arrivé. »
« Ta sagesse m'éblouit noble Castus » dit alors Adrian d'un air moqueur. « Cette vieille mégère de Vera aurait-elle déteint sur toi ? »
A ce moment précis, un bruissement de tissu s'éleva dans le couloir désert et un parfum d'encens emplit l'air.
« Prophétesse » dit Harry pour saluer celle qui venait d'apparaître au pied d'une tapisserie aux couleurs bigarrées. Adrian se confondit en excuses mais Vera ne sembla pas l'entendre. Ses yeux brillants, comme deux orbes opaques et luisants, étaient grandes ouverts et les fixaient sans les voir. Elle semblait avoir vieilli d'une dizaine d'années depuis la dernière fois qu'il l'avait vue et un flot continuel de murmures inintelligibles s'échappait sans interruption de sa bouche ridée.
« Pardon ? » dit poliment Harry en s'approchant d'elle, Adrian sur les talons.
Elle ne sembla pas remarquer sa présence et continua de susurrer des mots inaudibles aux accents étrangers. Harry ne l'avait jamais vue aussi agitée, elle qui d'ordinaire respirait le calme et la fermeté. Elle sortit brusquement une main aux doigts décharnés et l'agrippa par la chemise, le faisant sursauter.
« Tu La regarderas dans les yeux comme Elle l'exige »
Son souffle était si chaud contre son oreille qu'Harry eut une irrépressible envie de se dégager brutalement. Elle finit par resserrer son manteau autour de ses épaules et s'éloigner à pas rapides, sous son regard éberlué.
« Qu'est-ce que c'était que ça ? » s'exclama Harry décontenancé, en se frottant vigoureusement l'oreille. Tu la regarderas dans les yeux comme elle l'exige. De qui parlait-elle ?
« Complètement folle cette bonne femme… » déclara Adrian en secouant la tête d'un air désabusé avant de poser la main derrière le dos du plus jeune pour l'inciter à avancer.
Mais l'image du visage troublé de Vera ne quitta pas les pensées d'Harry lorsque plus tard, dans sa chambre de Blackhill, il fit les cent pas loin, très loin des inquiétudes d'un simple élève de Poudlard. Il avait prévenu Hermione et Ron de son absence, les avaient rassurés en leur répétant autant de fois qu'ils voulaient l'entendre qu'il serait de retour avant Lundi. Seulement, les récents évènements l'avaient poussé à s'opposer férocement à son retour programmé à Poudlard.
Il ne pouvait pas se résoudre à laisser Malfoy seule contre la machine juridique d'un autre temps qu'était le conseil des douze. Celui-ci avait été temporairement placé dans une cellule spéciale, au fond des froids cachots de Blackhill. Il ne devait cette information qu'au dévouement de la pauvre Mathilda, la jeune femme de chambre qui avait fini par la lui révéler après de longues heures de harcèlement intempestif.
Et pour cause, il était très inquiet. Lorsqu'Adrian lui avait confié que le conseil ne serait pas clément, c'était bien sûr un honteux euphémisme. Si la réaction de Leonard à la nouvelle était une quelconque indication, alors le conseil risquait d'être absolument furieux contre l'héritier de la famille Malfoy. Comme Adrian avait eu le plaisir de le lui rappeler, la dernière fois qu'un vampire avait posé ses mains sur un Castus, cela s'était terminé dans un bain de sang. Mais Malfoy avait des circonstances atténuantes, Harry en était persuadé. Il n'avait pas trouvé l'expérience particulièrement plaisante, au contraire : cela avait été l'un des moments les plus douloureux de sa courte existence et sur le coup, la perspective d'étrangler le vampire de ses propres mains l'aurait comblé de joie. Il s'était senti… utilisé, privé de tout libre arbitre, simple outil aux mains d'un Serpentard manipulateur.
Mais en y réfléchissant de manière plus posée, il se dit que Malfoy n'avait pas vraiment eu le choix. La morsure qu'il lui avait infligée lui avait permis de se régénérer. L'inconfort temporaire dont Harry avait souffert n'était rien devant la mort certaine qui aurait attendu Malfoy n'eût-il rien fait pour s'en sortir.
On frappa à la porte, et Blaise, le visage assombri, passa l'embrasure de la porte.
« L'audience est prévue pour demain matin.» dit-il. « Apparemment, ils ne veulent pas lui laisser le temps de se constituer une défense correcte. »
Harry leva les yeux au ciel. La technique lui était familière.
« Au fait, lady Malfoy m'a chargé de te demander si tu accepterais de témoigner demain. » poursuivit Blaise en s'affalant dans un fauteuil duveteux. « Elle aurait aimé s'entretenir avec toi, mais elle est retenue au manoir Malfoy par des affaires urgentes. »
Harry hocha la tête, pensif.
« Et elle prend tout ça comment ? » demanda-t-il après une courte hésitation, avant de se rendre compte de la stupidité de sa question. En tant que mère elle devait évidemment être bouleversée par la nouvelle. Après tout, son fils unique risquait le bannissement définitif de la communauté sorcière d'Europe.
Blaise eut un haussement d'épaule évasif.
« Elle se concentre sur l'audience de demain, en p- … ça va ? »
Harry avait soudain senti le sol tanguer sous ses pieds. Il s'était accroché à une commode pour ne pas tomber, attribuant sa faiblesse à l'état de déshydratation prolongée qu'il avait vécu plus tôt.
« Ça va, ça va » répéta-t-il comme pour s'en convaincre lui-même tandis que Blaise se précipitait pour lui porter assistance.
« Si tu le dis. » répondit Blaise d'un air sceptique, tout en l'aidant à se remettre sur pieds. « Au fait, ne t'inquiète pas pour Poudlard, Lord Linsen a déjà prévenu Dumbledore de notre absence. »
« Notre ? » releva Harry en arquant un sourcil interrogateur.
« Pas question que je parte avant que « l'affaire Malfoy » ne trouve une issue ! » déclara le garçon à la peau sombre. « Je suis prêt à affronter tous les gardes du Lord en duel s'il le faut. »
Son air grandiloquent arracha un sourire à Harry. Il n'aurait jamais pensé que Blaise Zabini et Draco Malfoy partageaient une amitié aussi forte, ni qu'une telle proximité était possible chez les Serpentards. Il était visiblement temps pour lui d'abandonner ses préjugés surannés.
Blaise dut prendre son sourire pour de la dérision car il ajouta précipitamment.
« Comprenons-nous bien : Je sais que ce qu'il t'as fait n'était pas du tout dans le protocole ! Mais le connaissant, il a dut avoir une excellente raison de franchir le pas. S'il y a une chose que Draco connaît parfaitement, c'est ses priorités. »
« Je ne lui en veux pas de m'avoir mordu. » dit Harry en se laissant tomber sur son lit démesuré. « Je lui en veux de ne pas m'avoir prévenu, de ne pas m'avoir demandé mon accord avant. Et puis tout cette violence … était-ce bien nécessaire ? »
Le simple souvenir des têtes décapitées lui donnait la nausée.
« Draco est quelqu'un de très … protecteur envers les siens. » expliqua Blaise avec prudence. « Il ne supporte pas de les voir en danger. Et puis, je te rappelle que les vampires ne sont pas censés être des enfants de chœur… »
Harry émit un grognement dubitatif et se retourna pour enfoncer son visage dans un oreiller pelucheux. Il avait la curieuse impression que Blaise lui cachait un élément important du puzzle.
« Tu crois vraiment qu'il a une chance demain ? » demanda-t-il après plusieurs minutes de silence.
Blaise prit un moment de réflexion avant de répondre.
« Les faits qu'on lui reproche sont graves. Ses détracteurs, ceux qui se sont opposés à nomination en tant que gardien, Desmond à leur tête, vont sauter sur l'occasion pour se venger. Ils remettront sûrement en cause ses allégeances, son intégrité et peut être même sa santé mentale. »
« Est-ce qu'il a des soutiens ? Quelqu'un qui serait susceptible d'inverser la tendance ? »
« Euh, je ne veux pas trop m'avancer. Samarine, Cathal et le régent avaient semblé prêts à lui accorder le bénéfice du doute… »
« Mais Leonard était furieux la dernière fois que je l'ai vu. » dit Harry.
Il l'avait fait examiner de fond en comble par un guérisseur, et avait semblé horrifié d'apprendre l'état de faiblesse fiévreuse dans lequel il se trouvait. Il l'avait ensuite envoyé se reposer dans sa chambre, après avoir chargé Mathilda de le forcer à boire une dizaine de potions.
« Je ne pense pas qu'il puisse compter sur son soutien » poursuivit-il après réflexion.
Il était à présent tellement fatigué qu'il peinait à garder les yeux ouverts.
« Dors. » lui dit Blaise « Je ne veux pas que tu fasses un malaise demain à cause de moi »
« Mais on devrait préparer quelque chose, une stratégie défensive. » dit Harry en se redressant brusquement pour prouver à l'autre qu'il n'avait pas encore besoin de se coucher.
« Ah, l'art de faire croire au parti adverse qu'il a un peu plus tort que soi. » dit Blaise d'une voix faussement affectée. « C'est une spécialité de Pansy ça. Un jour elle a même convaincu Goyle qu'il était en fait une sorcière adepte de culturisme. Dommage qu'elle ne soit pas là demain. »
Harry se demanda un instant si Blaise était sérieux avant de se laisser tomber sur son lit.
Cette nuit-là, bien après que Blaise ait quitté sa chambre, lorsque le château fut plongé comme il l'était chaque nuit dans le sommeil le plus profond, Harry rêva. Il eut d'abord un de ces songes absurdes qui accompagnent la fatigue et où il se vit jouer au hockey sur glace avec une dizaine d'elfes de maisons, un rapeltout en guise de palet et des balais pour toutes crosses. Puis ses rêves devinrent de plus en plus étranges et éthérés et il retrouva l'éclat doré des boucles sauvages de la petite fille qui hantait son sommeil depuis plusieurs semaines. La vue emplit le cœur d'Harry d'une chaleur réconfortante, de celle qui envahit lorsqu'après plusieurs années, on revoit un vieil ami qu'on aurait perdu de vue. Un petit rire cristallin s'échappa de la gorge de celle-ci et ses lèvres s'étirèrent en un sourire candide, révélant des dents d'un blanc immaculé qui contrastaient avec sa peau hâlée.
C'est l'heure.
« Tu as encore mal ? »
Lord Linsen fixait la cicatrice sur son cou, les sourcils froncés.
« Ça ne m'a pas fait mal depuis plusieurs heures maintenant» le rassura Harry légèrement agacé. Le guérisseur avait insisté pour lui apposer un bandage et le jeune homme le soupçonnait de vouloir ajouter une touche dramatique à la situation.
Ils marchaient depuis plusieurs minutes maintenant, le bruit de leurs pas résonnant sur le sol de marbre. Harry n'était pas vraiment enchanté de retrouver la salle du Conseil. Il y avait quelque chose de sinistre dans la blancheur dominante, dans les tapisseries champêtres qui offraient aux visiteurs le spectacle mouvant de chasses à courre médiévales. De plus, Harry avait eu à endurer les mines compatissantes et les sourires faussement compréhensifs des sorciers rassemblés dans le grand vestibule en attendant de pouvoir accéder à la salle du conseil. Il n'avait pas besoin de leur pitié.
Ils étaient arrivés devant la grande porte en bois qui donnait sur la salle d'audience. Un homme en uniforme s'avança pour leur ouvrir la porte, mais le régent l'arrêta d'un signe presque imperceptible de la main.
« Harry.» lui dit-il en l'entraînant dans un coin reculé, à l'abri des regards. « Tu n'es pas obligé de faire ça. Tu peux encore te rétracter. »
« Si je ne témoigne pas, il le condamneront. » répondit Harry avec lassitude.
« … ce qui me semble parfaitement sensé après ce qu'il a fait. » rétorqua le Lord. « Tu t'es trop attaché à lui, exactement comme je le craignais. »
« Ça n'a rien à voir ! » fit Harry prit au dépourvu. « Il a fait ça pour ma protection. »
Lord Linsen soupira, la fatigue se lisant sur son visage.
« Ce n'est pas l'impression que le conseil aura, et tu le sais parfaitement. » dit-il «Pour un observateur extérieur, on aurait dit que Draco t'a entraîné dans un affrontement entre clans et a ensuite profité de la cohue pour te mordre… »
« C-ce n'est pas ce qui s'est passé, il n'y est pour rien. » Grommela Harry en secouant la tête.
« Harry, calme toi. » dit Leonard en posant les mains sur ses épaules. « Je suis de ton côté. Je sais que le jeune Malfoy a un bon fond, n'étais-je pas le premier à défendre sa candidature à la position de gardien ? Je te demande simplement d'être mesuré dans tes propos… »
« Votre Grâce. »
Le portier venait de les interrompre.
« Votre présence est requise au conseil » dit-il en s'inclinant respectueusement.
Le cœur d'Harry fit un saut dans sa poitrine. Malfoy devait déjà avoir fini d'exposer sa version des faits. Il aurait bien voulu y assister mais le régent avait gentiment refusé, arguant que son impulsivité légendaire le pousserait à intervenir. Il aurait alors fait montre d'une partialité déplacée qui aurait largement desservi la cause du Serpentard.
Lorsqu'Harry pénétra pour la seconde fois de sa vie dans la salle du conseil, il fut accueilli par un silence de marbre. Il s'assit au siège qui lui était désigné et salua Samarine, le chef du conseil, d'un bref signe de tête. Les tribunes de bois qui encerclaient la salle étaient noires de monde, et les centaines d'yeux attentifs suivaient ses faits et geste dans un mouvement parfaitement synchronisé. Ses joues s'embrasèrent et il ne put s'empêcher de noter la fébrilité générale de l'assistance. Le Lord prit place un peu plus loin à la longue table rectangulaire.
Sur une estrade de bois légèrement surélevée, se trouvait Malfoy. Elégant et posé comme à son habitude, il était assis, jambes croisées, sur une chaise des plus ordinaires et ne semblait pas particulièrement concerné par les évènements, affichant son masque caractéristique de froide indifférence. Harry était plutôt satisfait de le voir en bonne santé.
« Je demande à sa Grâce de bien vouloir rejoindre son siège »
Après plusieurs secondes de silence tendu, Harry se rendit enfin compte que c'était à lui qu'on s'adressait et se leva en trombe. Il finit par rejoindre l'estrade et prendre place dans un confortable fauteuil à quelques mètres seulement de l'accusé. Il jeta un regard circulaire à l'immense pièce et put à peine retenir un frisson : elle avait l'air beaucoup plus impressionnante vue de là.
Ce n'est pas toi qu'on va clouer sur la croix cette fois-ci, se dit-il avec une amertume teintée de soulagement. Tu n'as rien à craindre. Pourtant la vue de l'amphithéâtre drapé dans de larges tentures sombres réveillait en lui une foule de souvenirs désagréables. Il posa les mains à plat sur ses genoux pour s'empêcher de les triturer nerveusement. Au-dessus de sa tête, un lustre oscillait légèrement, poussé par une brise inexistante, ses vives flammes dansant comme un feu follet. Il fallait vraiment que quelqu'un l'éteigne: la chaleur était réellement insupportable.
Samarine fut le premier à le questionner.
« Votre Grâce. J'ai en ma possession un rapport du guérisseur de Blackhill certifiant que vous avez été soumis à une morsure de vampire. Je suis conscient que l'expérience a dû être terriblement douloureuse, mais avez-vous un quelconque souvenir de l'évènement ? Pouvez-vous le confirmer ? »
La salle entière avait les yeux fixés sur Harry, suspendue à ses lèvres.
« Je le confirme. » dit-il simplement. Un murmure d'indignation traversa la salle comme une nuée de poudre. Voilà qui était prévisible. Harry glissa un regard en biais à Malfoy qui ne bronchait pas. Leurs regards ne s'étaient pas croisés une seule fois.
« Avez-vous donné au jeune Malfoy l'autorisation de disposer de votre sang au préalable ou la décision a-t-elle été purement la sienne ? »
Harry déglutit. C'était la question qu'il redoutait.
« Oui. Enfin… non, je ne l'y ai pas explicitement autorisé, mais il savait que je ne lui en tiendrais pas rigueur. »
La deuxième partie de sa réponse fut entièrement perdue dans le brouhaha. Dès que l'assistance eu recouvré son calme, Samarine reprit son interrogatoire.
« Pour quelle raison ne lui en tiendriez-vous pas rigueur ? » dit-il avec un sourire encourageant.
« Ça n'a aucune importance, Samarine ! » intervint Desmond le visage empourpré. « Les faits sont les faits ! »
« Parce que s'il ne l'avait pas fait, il serait mort. » répondit Harry, ignorant complètement l'interruption causée par Desmond. « J'en suis absolument certain »
« Et vous, diriez-vous que vous craigniez pour votre vie dans cette situation particulière ? »
Harry prit le temps de la réflexion. Il avait énormément de difficulté à se concentrer. Il leva les yeux vers le lustre qui se balançait toujours de gauche à droite et le maudit intérieurement.
« Je suppose que non. Mais nos assaillants parlaient de m'emmener. En toute honnêteté, j'ignore ce qu'aura alors été mon sort. »
Il chercha des yeux un visage ami, celui du régent peut être, ou Blaise plus loin sur les tribunes. Mais les seuls figures qu'il apercevait étaient incroyablement floues et il parvenait difficilement à les distinguer les unes des autres. Ses lunettes devaient s'être embuées. Concentre-toi Harry, concentre-toi. Il se tourna une nouvelle fois vers Malfoy et remarqua alors que ses avant-bras étaient enchaînés aux accoudoirs de sa chaise à l'aide de fins anneaux qui brillaient d'une vive lueur rougeoyante. Etait-ce une formalité protocolaire ou était-il toujours considéré comme dangereux ?
Dans sa distraction, Harry ne saisit pas la question qu'on lui avait posée.
« Comment ? » dit-il en fronçant les sourcils. Il avait conscience de violer la solennité du moment par sa dissipation mais il n'en avait cure.
« Allons Samarine » dit le régent. « Vous voyez bien que le Castus est fatigué. »
« Je ne suis p-«
« J'ai une dernière question si vous le permettez, Castus. »
C'était Desmond qui avait pris la parole, ses yeux noirs calculateurs le dévisageant avec insistance. Harry suffoquait. Il s'adossa à son fauteuil et en profita pour desserrer le col de sa chemise.
« Dans cette forêt » dit l'homme aux épais cheveux noirs en passant l'index sur son menton d'un air très soucieux. « Le jeune Malfoy ici présent a-t-il profité de votre état de faiblesse pour vous forcer à faire quoi que ce soit ? »
Harry cilla.
« Me forcer… » répéta-t-il stupidement.
Il avait peur de comprendre de quoi il s'agissait.
« Desmond ! »
C'était Narcissa Malfoy. Elle se tenait, droite et fière, au bord de la tribune des spectateurs entre une vieille sorcière offusquée et un homme en chapeau haut-de-forme.
« Les chefs d'accusation étaient claires dès le début ! Il ne sied pas à un homme de votre rang, un homme de parole, de lancers pareilles calomnies. »
« Vos dénégations scrupuleuses ne font que renforcer mon doute quant à la probité de votre fils. » rétorqua le sorcier aux airs suffisants. « Laissez-donc le Castus répondre à la question. »
« Je ne lui ferais jamais de mal, mon Serment de Gardien me l'interdit »
La voix de Malfoy était calme et grondante, nettement plus profonde qu'avant. Son poing était serré contre le bois foncé de son siège et une mèche de cheveux soyeux barrait son visage déterminé. Harry sentit une bouffée de chaleur lui monter au visage. Ce que le conseil sous-entendait paraissait à la fois complètement ridicule et tout à fait déplacé dans l'atmosphère tendue de la salle d'audience. Il n'était pas une petite fille sans défense bon sang, il était parfaitement capable de se défendre ! Le conseil était sûrement trop habitué à voir des jeunes femmes occuper sa place pour songer à changer d'attitude. Sa virilité en prenait tout de même un coup.
Une idée germa soudain dans son esprit.
Il se leva brusquement, chancelant avant de se tenir fermement sur ses deux jambes et de poser les mains sur ses hanches d'un air qu'il voulait menaçant.
« Est-ce que vous mettez en doute mes qualités morales, Desmond Lancaster ? » tonna-t-il en fronçant les sourcils d'un air outré, la voix chargée d'une indignation calculée.
« Non, non vous n'êtes pas… »
« Remettez-vous en cause ma pureté ? Penserez-vous que je laisserais le premier venu …. »
Il s'interrompit, faisant mine de chercher le mot adapté.
« … disposer de moi comme bon lui semble ? »
Desmond déglutit péniblement.
« Bien sûr que non votre Grâce ! C'est à lui que je ne fais pas confiance. »
Harry fixa un point invisible au-dessus de la tête de Desmond pour lui décocher son regard le plus assassin. Il était sûr que s'il le regardait dans les yeux, il ne parviendrait pas à garder son masque de sérieux savamment mis en place.
« Eh bien dans ce cas, cette audience n'a pas vocation à se poursuivre. » dit-il sèchement. « Puisque je vous dit qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter. »
Les lumières émises par les lustres et les torches suspendues aux murs gagnèrent en vigueur, l'éblouissant en partie. Il plissa les yeux pour se protéger de leur éclat aveuglant. Il voulait hurler à pleins poumons « MERLIN, ETEIGNEZ CES LUMIERES ! », secouer un à un les quidams attroupés à ses pieds pour chasser cet air stupide de ces visages impavides qui le regardaient fixement comme attendant de le voir se consumer spontanément et disparaître dans un nuage de fumée. Il se tourna vers le visage bienveillant du régent, puis vers Malfoy qui le regardait enfin dans les yeux d'un air préoccupé. Une intense lumière blanche envahit tout son champ de vision et il s'écroula.
Si je ne réponds pas à votre review, vérifiez que vous avez autorisé les PM. Vos encouragements et vos critiques me sont très utiles comme d'habitude , n'arrêtez surtout pas !
A très bientôt
P.S: Une surprise de taille au prochain chapitre.
