8, Parallelism Contest
Grimmjow dehors. Grimmjow dehors.
Pff, si ça c'était pas du favoritisme…
Soupirant avec affliction, Ichigo songea qu'au moins l'un d'eux avait pu sortir du château. Dommage, les petites pauses moqueuses dans son long calvaire étaient une source de distraction plutôt agréable malgré leurs débuts franchement déplaisants – ce que son masque n'avait pas arrangé du temps où il le portait encore. Grimmjow dehors, lui avait été assigné à résidence, bien qu'Aizen ait eu d'autres plans pour son désormais unique prisonnier avant cette « complication » qui leur faisait perdre un temps plus que précieux.
« Tu t'ennuies, Shin' ? Susurra aux portes de sa cage la voix mielleuse du nouvellement nommé Sexta Espada.
Ichigo tiqua à l'entente du surnom, se disant qu'il allait une fois encore devoir supporter le membre de l'Espada le plus crétin en plus d'être le plus lâche... Car celui-là était plus énervant qu'autre chose et son humour sans aucune finesse.
- Il paraît que toi et Jaggerjack étiez très potes…
Et il s'obstinait à lui faire la conversation, aussi. Lui qui jadis n'était tiré de son sommeil centenaire et de ses pensées morbides que pour faire un peu d'exercice, voilà qu'on venait le déranger pour discuter. Simplement parler avec quelqu'un qui tirait le soupirail sans jamais lui montrer son visage, franchement quel pleutre. Et de quoi avait-il pu avoir peur, ça, Ichigo se le demandait encore. Il n'y avait dans cette cellule qu'un déchet à peine plus humain que les créations de Szayel Aporro Grantz, pieds et poings liés au fond d'une cellule sombre. Qui, qui pourrait avoir peur d'un tel cloporte, alors même qu'un seul de ses gestes déclenche une tonne d'alarmes dans les bureaux de Gin qui s'empresserait d'envoyer un escadron d'Exequias et la moitié de l'Espada sécuriser la zone avant d'y pénétrer pour ne trouver qu'un simple prisonnier décharné qui a eu le malheur d'éternuer ?
- Va chier, grogna-t-il d'une voix rauque et pâteuse, ses chaînes carillonnant alors qu'il relevait la tête pour mieux souligner son mécontentement d'être ainsi dérangé.
- Oh, c'est bon, t'énerve pas ! » Répliqua le Sexta.
Le soupirail se referma net, claquant violemment. L'absence de conversation et de lien avec le monde extérieur n'était pas une punition, loin de là. C'était presque un soulagement quand on sait que le moindre faux pas dans une conversation avec quelqu'un comme Noitora, le Quinta, ou Barragan, le Secunda, peut dégénérer vers d'affreuses conséquences s'il avait le malheur de répondre aux accusations acides qu'ils lui balançaient à la figure juste pour meubler leur ennui mais qu'y pouvait-il, lui, s'ils ne savaient pas quoi faire de leur temps ?
Ichigo se redressa, et le doux murmure de ses chaînes l'accompagna, comme à l'accoutumée. Lui trompait son ennui en réfléchissant dans le silence le plus absolu puisqu'il y était contraint alors dans les ténèbres de sa cellule Ichigo pensait, ressassant des rêves sordides. La nuit dernière il avait rêvé en couleur, s'imaginant au milieu d'une plaine aux herbes hautes rougies par le sang des morceaux de personnes jonchaient le sol, et parfois il marchait dessus, écoutant avec une délectation démoniaque le doux craquement des os qu'il piétinait sans honte. Ensuite, il avait avancé vers le bord de la plaine, là où un étang sanglant s'était formé. Alors, des têtes en avaient émergé. Renji, Rukia, Inoue, Chad et Ishida, décapités, leurs visages défigurés par les pires grimaces imaginables. Et Ichigo s'était ensuite vu, souriant au dessus de leurs corps, son propre visage orné d'un sourire triomphant d'une cruauté qu'il n'aurait jamais soupçonnée chez lui. Mais tout arrive… Même l'impensable.
Pourquoi ne sont-ils jamais venus me sauver ? L'éternelle question tournait toujours dans sa tête, alors que la voix d'Aizen se rappelait à son bon souvenir, déjà lourde de conséquences terribles.
« Ichigo, je ne crois pas t'avoir ordonné d'être poli, mais cela allait de soi… Non ?
Un sourire amusé naquit sur les lèvres d'Ichigo, qui chassait déjà ses sombres pensées, laissant son esprit converger tout entier vers l'homme qui se tenait devant lui, fier et tout puissant, entré dans sa cellule seul alors que les pleutres se terraient à l'entrée.
- Non, répliqua-t-il avec une assurance insolente.
Aizen darda sur lui un regard brillant de colère. Oh, Ichigo savait bien qu'il ne tolérait pas l'effronterie et encore moins l'impertinent sourire qu'il affichait avec satisfaction, un air de défi dans le regard. Car s'il y a une chose qu'il a très vite comprise, c'est qu'Aizen le maintenait volontairement en vie. Non, ce n'était pas juste un jeu un peu trop long dont il finirait par se lasser, envoyant son prisonnier aux ordures lorsque son potentiel distrayant aura déserté son corps amaigri par des années bien chargées en temps que bouffon du maître. Aizen a des plans, des projets, des ambitions. Et si vous en faîtes partie il s'assurera que vous soyez exactement là où il faut, et pas un millimètre à côté.
- Oh bien, je vois qu'on a adopté une attitude toute nouvelle pour faire face à ses ennemis ?
Il souriait. Mais pour avoir trop souvent conversé avec Aizen, Ichigo sut que la suite serait bien moins sympathique : ce sourire de façade tomberait, laissant place à l'expression implacable de quelqu'un qui va obtenir ce qu'il veut, quels qu'en soit les moyens.
- Sache que ton numéro est ridicule. Ravale ce sourire, lui ordonna-t-il d'un ton glacé.
Si l'insolence a des limites, la fierté d'un Hollow n'en a aucune étonné de voir un tel sursaut d'orgueil chez sa propre personne, effaré de se sentir ainsi répliquer à une menace de mort indirecte par son plus grand ennemi, Ichigo hoqueta de frayeur et baissa les yeux, son regard perdu cherchant des explications aux pieds d'Aizen.
- C'est mieux comme ça, claqua sa voix d'un ton satisfait.
Un silence pesant s'installa tandis qu'Ichigo cherchait désespérément quelque chose à dire, une attitude à prendre, quelque chose.
- Tu dois t'étonner de recevoir mon auguste visite, n'est-ce pas ?
- Je m'en étonne, chantonna Ichigo en retrouvant son air insolent.
Aizen n'eut qu'un geste à faire pour qu'un colosse vienne frapper le sac d'os pendu par les bras qui se trouvait au fond de la cellule. Il y eut un craquement sonore suivit de plusieurs autres tandis que l'abdomen d'Ichigo se colorait de bleu par endroits sa respiration se fit heurtée et chaotique, tandis qu'Aizen le regardait avec délectation.
- Ne m'interromps pas, voyons. »
Ichigo se mit à tousser violement, poussant de temps à autre d'infâmes cris semblables à des gargouillis. Aizen se recula légèrement tandis que tout le corps de son prisonnier se tendait, celui-ci semblant s'étouffer avec… Un liquide non identifié. Puis soudain il cracha une marée noirâtre d'un liquide poisseux et épais dans lequel il semblait y avoir des morceaux étrangement, ça le soulagea et il put reprendre une respiration moins chaotique, tandis que son corps tout entier était pris de tremblements qui faisaient s'entrechoquer ses os avec ses chaînes. Le chant produit par ces instruments incongrus fit frissonner le colosse, Yammy, qui recula d'un pas malgré lui, alors qu'il avait le sentiment d'avoir provoqué quelque chose d'horrible.
Et soudain, un violent sursaut de reiatsu le plaqua contre un mur, les vagues de puissance se faisant horriblement denses et fortes, alors que du plexus d'Ichigo coulait le même liquide sombre et épais, dessinant un cercle comme celui des Hollows. Comme en transe dans sa douleur, le prisonnier avait le regard vide et le visage vierge de toute expression, perdu dans les torrents de reiatsu qui jaillissaient de lui sans pouvoir les stopper. Mais Aizen s'en mêla et l'élan fantastique de reiatsu s'arrêta comme il était apparu, disparaissant alors qu'Ichigo peinait à reprendre son souffle, haletant. Dans un grognement le reste des Arrancars éparpillés hors et dans la cellule – du moins pour Yammy - se redressèrent, pestant et grognant contre le prisonnier sauvage et monstrueux qui vivait là. Aizen s'approcha, et sa main longiligne et blanche vint saisir avec toute la délicatesse possible le menton ensanglanté de sombre d'un Ichigo vaseux et au regard fou. Son souffle erratique et sa respiration heurtée ne l'empêchèrent pas de sourire avec une profonde indécence frôlant la folie pure était-il suicidaire pour sourire ainsi à la mort qui ne manquerait pas de venir le prendre, s'il continuait à dévaler la pente dangereuse de la fierté d'Aizen, piétinant tout sur son passage dévastateur d'insolence ?
« Assis. »
Son reiatsu gronda, écrasant le prisonnier dont le sourire se mua en un rictus douloureux. Une vague ensanglantée traversa la barrière de ses lèvres et le sang poisseux vint s'échouer sur les doigts blancs d'Aizen qui retenaient son visage. Sur les épaules d'Ichigo le poids pesait infiniment lourd, mais malgré toute la durée du long supplice que son auto proclamé maître lui infligea, mais il ne flancha pas une seconde oh non, pas par courage ou folie, mais bien parce que les chaînes du plafond l'en empêchaient, entaillant douloureusement ses poignets meurtris par des années de sévices.
« Reste à ta place. »
Pris d'une nouvelle quinte de toux, Ichigo sembla soudain aller mieux, alors que sous les yeux amusés d'Aizen, les bleus sur son abdomen se résorbaient jusqu'à disparition complète. Une lueur intéressée vint s'échouer sur son visage, tandis qu'il détaillait Ichigo du regard.
« Depuis quand caches-tu cela ? »
Plantant son regard dans celui noir et or rempli de douleur de son prisonnier, Aizen chercha à en apprendre davantage, examinant son prisonnier pour trouver le détail qui lui avait échappé, et ne trouvant rien d'autre comme preuve de son égarement que les yeux de son hôte, remplis d'une souffrance immense mais d'une fierté impertinente qui n'en disparaîtrait probablement jamais. Et là, le silence se fit tandis qu'Aizen raccrochait les wagons, se rendant compte de son manque d'attention, songeant que l'impossible venait de se produire… Sur son plus grand ennemi.
« Hybride », cracha-t-il comme si le mot lui brûlait la langue.
Lâchant le menton d'Ichigo, il se mit à marcher dans l'étroit espace, pensif et énervé. Yammy tenta de lui parler, mais de sa bouche ne sortit qu'un fatras incompréhensible de balbutiements grognés à la va vite, ce qui ne calma pas son maître, qui, à cran, tentait de se décider entre le cocktail colère et résignation ou alors l'autre, plus explosif, de joie intense teintée d'une satisfaction mégalomaniaque. Car oui, ce qu'Aizen Sôsuke redoutait le plus au monde était arrivé. Oui de nouveau, il avait été incapable de le remarquer à moins d'avoir la preuve sous les yeux par trois fois : au réveil du monstre, lors du combat contre Neliel, et là, à cet instant précis, alors que de lui-même il venait rendre une visite à son prisonnier favori. Et trois fois oui, il commettait beaucoup d'erreurs ces temps-ci. Il songea avec décrépitude que l'ennui l'avait rendu passablement négligent et qu'il fallait faire cesser ce cycle de bêtises incessamment sous peu, sinon son empire entier s'effondrerait sans attendre un ordre de sa part.
- Sortez. Sortez tous. »
Avec incompréhension et étonnement, les obéissants serviteurs du maître quittèrent la cellule, prenant soin de refermer derrière eux, laissant leur maître en compagnie du prisonnier. Ichigo sembla ressusciter et darda un regard assassin vers Aizen, qui lui sourit machiavéliquement.
« Finalement ce n'est peut-être pas un mal… Hoqueta-t-il de triomphe.
Il rit d'une façon tellement démoniaque qu'Ichigo s'en sentit profondément excité. Où était l'adversaire, le combat ? Avancez les Zanpakutos, merde !
- Ton état est tellement instable, grinça Aizen comme un scientifique considérant un cobaye particulièrement fragile. Si chétif et précaire… Tu tangues vers la mort, sans aucun doute.
Se prenant au jeu, Ichigo récupéra un pâle sourire qui n'arracha même plus un seul sentiment à Aizen, focalisé sur son improbable découverte.
- Laisse-moi tomber, répondit-il en relevant la tête, alerte.
- Pas encore… Ce n'est pas encore assez…
Son index effleura la joue d'Ichigo qu'il coupa de son ongle, savourant avec un ravissement malsain la vision d'une goutte sombre échapper à son doigt tendu pour attraper le liquide noirâtre et épais, même en si petite quantité.
- Si tu savais, pauvre enfant, tous les malheurs que ta vie cause… »
La flamme folle dans ses yeux dansa lentement, tandis qu'il savourait la vision probablement très apocalyptique qui devait se jouer devant ses yeux, invisible à ceux d'Ichigo qui ne comprenait décidément pas la folie furieuse qui avait pris Aizen. Celui-là même qui, fébrile, observait la goutte qui dévalait sa joue avec un intérêt indécent.
Mais dans la tête d'Ichigo, très loin de là, le mot craché avec mépris et dédain par Aizen quelques longues minutes plus tôt lui revint, dansant devant ses yeux comme pour le narguer, se répétant inlassablement dans sa tête, martelant son esprit de cette vérité qu'il avait depuis longtemps intégrée sans pleinement la comprendre : Hybride. Hybride. Mélange de deux espèces traditionnellement opposées. Ni un Hollow, ni un Shinigami, mais situé quelque part entre les deux, sans vraiment comprendre jusqu'à quel point. Mais et alors, avant, qu'était-il ? Juste un Shinigami ? Non, aucune chance. L'esprit d'Ichigo filait à toute vitesse, assemblant des pièces d'un puzzle pourtant incomplet. Un Hollow engendre un Hollow. Un Shinigami engendre un Shinigami. Lui qui en est la fusion, il était forcément né… D'un Shinigami et d'un Hollow… Non, non et non. Impossible. Mais pourtant les preuves étaient sous yeux, moqueuses et agaçantes.
« Je crois que tu commences à comprendre tout ce que ton état implique, lança Aizen avec un sourire satisfait, en insistant bien sur le terme état. Alors je vais te dire un secret, petit Ichigo. Moi, je sais comment et pourquoi alors que les questions se bousculent dans ta tête d'erreur de la nature… »
Sa cruauté sembla sans égale à cet instant, alors qu'Ichigo se perdait dans l'incompréhension la plus totale de ses propres pensées.
« Mais et moi ? Grogna Ichigo, incompréhensif de la totalité de son malheur.
- Patience, lui susurra Aizen avec douceur. Il faut que tu fasses ton temps, avant de pouvoir prétendre tout savoir. Mais il y a des choses que je peux te dire… Te souviens-tu de cette théorie farfelue que ce cher Capitaine Commandant vous a dite, pour expliquer mon geste et le vol du Hougyoku ?
Il n'eut pas besoin de réfléchir longtemps, car surgit d'un lointain passé, un mot revint hanter l'esprit d'Ichigo.
L'Ouken.
- La clé de la dimension du Roi des Esprits… Souffla-t-il comme s'il parlait d'un fantôme.
- C'est justement cela, lui signifia Aizen avec indifférence, que je voulais que vous croyiez. Car en réalité, toute cette mascarade – enfin, presque toute - n'était là que dans un seul but que ce crétin de Genryusai n'aura même pas supputé alors qu'il t'avait sous le nez pendant tout ce temps… Mais moi j'ai toujours su, au premier regard, au premier battement de ton misérable petit cœur, qui tu étais je t'ai senti, latent, comme une maladie qui un jour viendrait pour ma vie… Mais je pensais avoir pris les précautions suffisantes pour empêcher ça, ajouta-t-il avec mépris.
Inutile d'être un génie pour comprendre qu'il parlait de son statut d'hybride.
- Alors vous aviez tout prévu, analysa soudain Ichigo.
- Oui, répondit Aizen, soudain fier mais énervé que tous ses efforts aient été en vains pour certains. Je te suis depuis longtemps avant ta naissance si taboue pour le monde des Esprits… Cette traînée de Masaki ne pouvait décidément pas se retenir d'écarter les cuisses devant ce…
Violemment, Ichigo tira sur ses chaînes, grognant à l'encontre du maître de Las Noches qu'il coupa dans son élan d'insanités.
- On défend son ascendance ? Inutile. Futile même, comme ce pitoyable simulacre de protection que tu as tenté de mettre en place ce jour où j'ai envoyé Grand Fisher la tuer… Ce jour de pluie où j'ai scindé ton reiatsu en deux morceaux opposés, scellant la partie Shinigami et conservant uniquement le morceau Hollow qui m'intéressait… Mais évidemment, cet abruti d'Urahara s'en est mêlé, comme toujours, cracha-t-il avec dédain et énervement. Et il a inversé mon sceau pour bloquer ton Hollow…
Les événements s'emboitaient avec un tel surréalisme qu'Ichigo se perdait dans les explications, pourtant même devant tant de mystères et de contradictions, il ne put s'empêcher de penser que tout était vrai. Son estomac se tordit violemment à cette idée, et il se sentit prêt à vomir toutes ses entrailles aux pieds d'un Aizen tyrannique. Et qu'est-ce que ce timbré de marchand de bonbons venait faire dans toute cette histoire ?
- Oh, mais c'est vrai, pour toi ce n'est toujours qu'un simple marchand de friandise qui en sait déjà beaucoup… Siffla Aizen en remarquant l'air étonné d'Ichigo. Il t'a menti, lui aussi.
Son ton faussement sincère fit enrager l'hybride enchaîné devant lui, qui en vint à se demander contre qui il était en colère. Lui-même, sa famille, ses amis, son maître ? Tout ça à la fois ?
- J'comprends plus rien, lâcha-t-il.
- Crois-moi petit, quand je te dis que l'envers du décor est bien plus énorme que tout ce que tu as jamais vu…
- Quel rapport entre moi, le Roi et vous ? Psalmodiait-il, une immense valse de questions dansant devant ses yeux.
- S'il y a une chose que Genryusai a bien intégré, c'est que j'en sais autant que lui… Et que le Roi est effectivement ma cible, avoua Aizen avec la lueur flamboyante de la folie revenue dans ses prunelles. Ou tout du moins l'une d'elles…
- Pourquoi ? Tenta Ichigo en faisant carillonner ses chaînes de plus belle.
Mais déjà le maître fuyait ses interrogations, repoussant ses pourquoi d'un geste vague de la main, lui murmurant encore une fois des paroles sibyllines qu'Ichigo ne cherchait plus à décoder.
- Chacun sa Némésis… »
Il laissa là un prisonnier prostré qui venait de découvrir que sa vie toute entière avait été un mensonge des plus énormes, cachant cet immense secret du mélange paradoxal de deux sangs ennemis dans un monde trop manichéen. Blanc, les Hollows. Noir, les Shinigamis. Et lui, seul au milieu d'un monde qui n'était pas décidé à l'accepter, pas plus qu'il ne le tolérait tant que son choix ne serait pas fait entre deux camps destinés à s'entredéchirer pour l'éternité, car, comme Grimmjow le lui avait dit dans un lointain passé, ils n'ont pas de raison pour combattre si ce n'est leurs seuls statuts. Et lui alors, contre qui devrait-il se battre ? Et qui donc était sa mère pour avoir commis un tel acte ? Un tel crime ? Perdu, épuisé, et complètement défait, Ichigo sombra, replongeant dans son long sommeil comateux, retrouvant les affres d'une vie sans visite ni lumière, masque scellé sur le visage et chaînes revenues hanter ses poignets osseux, sa punition pour être devenu ce qu'il était sans en être le responsable. Combien d'années, avant que la prochaine fois Aizen ne passe le chercher, se délectant de ses souffrances, lâchant quelques révélations, organisant un combat et le remettant à l'ombre, là, purgeant une peine dont il ne comprenait pas encore toute l'origine ? Cent, deux cent ans ? L'éternité aurait pu passer sans qu'il ne s'en rende compte, perdu dans le gouffre sans fin de la morbidité d'une cellule de Las Noches. Parfois, Zangetsu lui parlait, mais le plus souvent il se taisait et observait son Roi s'entraîner dans le vide de leur monde intérieur, l'absence et le silence se faisant cruellement sentir alors que la pluie chutait à torrents, éternelle. Mais l'eau ne montait jamais, ne stagnait pas non plus, elle coulait et semblait tomber bien loin d'eux, comme s'ils étaient hors du monde, à l'image d'Ichigo dans sa prison. Et seul, il pestait.
« Qu'est-ce qu'il faut pas entendre… Qui a soutenu leurs bellicismes incessants pendant des mois sans broncher alors qu'il n'en avait strictement rien à foutre, parfois et même bien trop souvent ? Qui a sauvé Rukia d'Aizen ? Qui a couru des semaines dans la Soul Society au péril de sa vie ? Qui a bravé l'interdit pour sauver Inoue des griffes d'un malade ? QUI ? Scandez-le bien fort, j'vous entends pas ! » Cria-t-il au vide de son monde.
Et la question tournait toujours en boucle dans sa tête, se mêlant à la farandole d'autres qui semblaient ricaner sous son nez comme pour si c'était un concours : « A celle qui le fera le plus enrager ! Les paris sont ouverts ! ». Et à ce petit jeu, c'était l'égalité parfaite entre « Le Roi, Moi, et Aizen ? » et « Moi, laissé seul dans ce merdier ? » avec toutes leurs déclinaisons les plus folles et inattendues. Il se sentait douloureusement tiré vers toutes les implications de la première dans une intrigue politico-royaliste datant de plusieurs siècles – voire de quelques millénaires – chose qui le concernait visiblement de prêt – ou de très loin, parce que là, Ichigo ne trouvait aucune réponse logique à moins de faire partie d'une quelconque manière de cette famille et…
« Oh lala, stop. On arrête là. C'est juste trop flippant. »
Se grattant la tête, Ichigo s'assit sur une fenêtre tandis que la pluie lui dégoulinait dessus avec sa violence habituelle, réactive à la moindre de ses sautes d'humeur, s'y accordant avec un tel synchronisme qu'il lui arrivait de s'effrayer lui-même. Et s'il venait à avoir envie de neige, il neigerait ?
« Peut-être que je ne me pose pas les bonnes questions, songea-t-il, son esprit de nouveau tourné vers le Roi. Si ça se trouve, Aizen n'est pas méchant et veut juste libérer le gentil Roi d'un Yamamoto un peu con… »
Se fustigeant, Ichigo arrêta là son raisonnement démentiel. Nan, c'était juste pas possible et envisager avoir un lien de parenté avec ces crétins de Shinigamis le dégoûtait profondément. Remarque, imaginer appartenir partiellement au monde sanguinaire des Hollows lui déplaisait tout autant. Vive les contradictions…
« Ah merci, vraiment. Maintenant je vais chercher à ne pas agir trop Hollow ou trop Shinigami alors que je suis les deux. Génial, ironisa-t-il. Merci chers parents qui n'avez pensé qu'à mon bonheur ! »
Sérieusement, quoi. Faire de lui un paradoxe vivant suffisait pas, c'est ça ? Fallait en rajouter une couche en le mettant dans une situation un peu impossible à vivre… En rentrant Ichigo se promit de mettre un bon crochet du droit dans la face de débile mental de son paternel. Mais minute… Si Aizen avait connu sa mère – bon, d'accord, visiblement pas intimement, vu que Masaki était loin d'être une catin – il était fort probable que sa mère soit un Shinigami. Oui, Aizen en était un aux dernières nouvelles… Alors, le Hollow, ce serait son père ? Isshin, ce médecin mal rasé qui se jetait sur le poster de sa mère en lui hurlant follement tout son amour ? Ce même homme qui fumait toujours, une fois l'an, devant la stèle de sa défunte épouse, cet homme-là, un Hollow ? Un être sanguinaire qui se nourrissait d'âmes et qui tuait des Shinigamis ? Nan, impossible. L'inverse, alors ?
Impossible à dire sans les principaux concernés pour lui répondre. Et le nom d'Urahara arrivé dans la conversation comme les blagues stupides de ce marchand de friandises ne l'avait même pas surpris au bout d'un moment on s'habitue à ce genre d'individus qui savent bien plus de choses qu'ils ne veulent bien le dire. D'abord les Vizards et puis ça. Ichigo soupira lourdement, sentant déjà sa patience s'amenuiser à mesure que ses questionnements avançaient. Et lui, là-dedans ? Lui, coincé là après un plan machiavéliquement orchestré sans la moindre petite bavure, aboutissant à ce qu'Aizen avait toujours voulu avoir entre ses mains : Ichigo. Le seul bémol étant sans doute le fameux problème de tout ce sang mêlé qui coulait, noir et épais comme du poison, dans ses veines. Pour l'instant, Ichigo n'en ressentait aucune différence, si ce n'est quelques cas de conscience un peu idiots qui pimentaient sa vie si mouvementée, là, à l'abri dans son monde intérieur inviolé où la pluie ruisselait sur son visage mais n'inondait rien, comme si elle était aussi indécise que lui sur l'attitude à adopter.
Alors, pour meubler le temps infini qu'il passait là, à attendre, Ichigo décida de s'entraîner. Son corps lui faisait l'effet d'un robot rouillé, au début, mais il finit bien vite par ne plus ressentir ces faiblesses physiques qui s'accompagnaient de longues siestes après parfois quelques minutes d'entraînement. Bien sûr, ce n'était pas comme dans le monde réel, et ça ne le serait jamais mais au moins, il avait l'impression de remédier à son malheur. Et Zangetsu avait en lui des réponses et des moyens qui lui seraient très utiles pour survivre au dément qui lui servait de geôlier. Et un jour, après des mois – années, ou jours alors ? – il se décida à taper à la bonne porte, fatigué de se sentir bloqué – parce que c'était bien le cas – et renvoyé au lit à chaque tentative qu'il faisait pour atteindre le Bankai. Oh, il n'était pas loin, il le sentait… Mais à chaque fois, à chaque foutue fois qu'il le touchait du doigt, refaisant avec précision les gestes qu'il utilisait jadis pour l'invoquer, son reiatsu descendait en flèche et il était terrassé par la fatigue. Vraiment énervé et épuisé par ce manège des plus idiots, il alla demander des explications au principal concerné, rendu vindicatif et sanguin avec les années… Mais Ichigo se doutait bien qu'il n'y avait pas que ça.
Des relents de haine…
« Zangetsu, je veux le Bankai. »
La requête ne lui parut jamais aussi déplacée, mais il la formula quand même. Depuis trop longtemps cette question le tiraillait, entre colère et interrogations.
« Pourquoi diable maintenant ? Se risqua-t-il à demander, toisant Ichigo avec sa rigueur habituelle.
- Pourquoi pas ? Contra Ichigo avec mauvaise humeur.
Un silence pesant s'installa.
- J'ai le sentiment que tu joues contre moi en ce moment, lui murmura-t-il d'un ton menaçant.
Zangetsu se redressa de toute sa hauteur, provoquant sans le vouloir le début d'un affrontement. Evitant souplement les coups, le Zanpakuto ne craignit d'abord rien, puis excédé par l'attitude puérile de son adversaire, saisit l'épée et la fit disparaître dans la grandeur de son manteau.
- Arrête ! S'écria-t-il en saisissant son maître par les épaules.
- Jamais ! Cracha l'autre. Rends-moi le Bankai !
- Tu deviens fou !
- Libère-le, vieux débile ! Je sais que tu bloques ma puissance, je le sens !
Stupéfait, Zangetsu se recula vivement, lâchant son manieur comme si ce contact le brûlait, et la stupeur se peignit sur ses traits, bientôt dévorée par la colère un sentiment de révolte semblait se dégager du Zanpakuto qui semblait prêt à engager une sérieuse et inévitable bataille.
- Je refuse de t'obéir.
- Parce que je suis à demi Hollow, parce que c'est contradictoire ? Cracha-t-il, colérique. Tu veux que je te dise, vous me faîtes tous chier avec ça !
Zangetsu se saisit de sa forme de Zanpakuto, arguant de poursuivre le combat. Jamais sous les ordres d'un Hollow fier et arrogant, plutôt mourir que de servir l'ennemi. Seul Ichigo Kurosaki, le Shinigami compte.
- Rends les armes !
- Jamais.
Ichigo parut surpris mais fut saisit d'un ricanement.
- Oh je vois… Alors c'est en Hollow que je te soumettrais.
Le masque blanc commença à prendre forme sur son visage alors que Zangetsu cherchait une échappatoire pour que son maître redevienne lui-même et la pluie continuait de tomber.
- Tensa Zangetsu ne protesterait pas, argua Ichigo. A chaque fois, à chaque Bankai, je le sentais vibrer sous mes doigts, en demandant toujours plus, toujours plus de puissance, toujours plus de reiatsu pour satisfaire sa soif, Hollow ou Shinigami peu importait…
L'argument choqua profondément le vieil homme qui s'insurgea contre cette fausse vérité.
- Je SUIS Tensa Zangetsu, et si je décide qu'il en est ainsi, IL EN SERA AINSI ! Gronda-t-il à mesure que l'averse se transformait en orage.
- Mais pourquoi lutter ? Contra Ichigo alors que son masque recouvrait son œil gauche. En devenant mon Zanpakuto tu savais ! Tu savais que c'était latent et que ce jour viendrait ! Alors pourquoi ?
- Parce que je suis fait pour tuer ce que tu es ! Parce que mon instinct ne supporte pas l'asservissement par un Hollow tel que toi ! Cracha-t-il, colérique.
Il leva son propre lui concentrant sa force pour lancer l'attaque qu'Ichigo avait cherché à récupérer, mais en vain, depuis des semaines d'entraînement dans son monde intérieur.
- Getsuga…
Le masque termina de capturer le visage d'Ichigo tandis qu'une ligne noire et légère dessinait le trou sur sa poitrine. Les Hollows n'ont pas de cœur, c'est pour ça qu'ils ne peuvent pas manier un Zanpakuto sous sa forme basique, le Shikai, cet amas d'instinct qui n'existe que pour tuer ses éternels ennemis, les Hollows sans cœur. Alors il faut trouver une arme qui, même maniée par un Hollow, acceptera le vide de son cœur pour se plier à volonté, et c'est précisément ce que Tensa Zangetsu est devenu, gardant la base de ce vieux Zangetsu et changeant quelques détails pour convenir à son manieur et rester à ses côtés sous une autre forme, condamnant la première à l'oubli.
- … TENSHO ! »
Une forme qui luttera pour sa survie contre leur maître.
Le Getsuga rencontra un morceau de l'immeuble qui ne bougea pas, si bien que ce fut le projectile de reiatsu qui termina sa course, détruit par l'immeuble qu'il a rencontré, là où se tenait quelques instants plus tôt Ichigo, qui avait vraisemblablement bougé depuis. Réapparu un peu plus loin, son macabre masque de Hollow sur le visage, ses yeux rieurs, il resta droit et stoïque, comme s'il était au dessus de tout ce combat. Zangetsu chargea son maître qui ne se défendit pas, esquivant les coups d'un pas sur le côté avec souplesse, ou d'un saut, souriant sous son masque. Enchaînant coups d'estoc et de taille, le Zanpakuto maniait son couteau de cuisine comme un jouet, nullement arrêté par le poids démentiel de son arme acérée. Plus rapide, Ichigo finit par sauter légèrement et atterrir sur le plat de l'épée qui termina sa course contre le sol, alors que l'hybride enchaînait d'un coup de poing dans le visage de Zangetsu, qui résista, tenant bon, sans lâcher son arme. Souriant, ricanant même, Ichigo ouvrit la bouche, au fond de laquelle se forma une boule brillant d'une effrayante lueur rouge dont Zangetsu n'eut pas le temps de se défendre. Contraint de lâcher son arme, il fit un joli vol plané quelques mètres plus loin. Retombant avec lourdeur, l'épée fut reprise par Ichigo qui la traina dans un affreux raclement jusqu'à son adversaire encore sonné de la violente attaque qu'il venait de prendre de plein fouet.
Se redressant de toute sa hauteur face à son ennemi sonné, Ichigo planta le couteau géant dans le ventre de son adversaire, le tirant d'un coup sec jusqu'au cœur, signant le suicide de Zangetsu, le Shikai. Des gargouillis sortirent de sa gorge alors qu'un filet de sang perlait de ses lèvres entrouvertes il sembla lutter pour parler, alors Ichigo s'accroupit pour mieux entendre les paroles d'agonie de son ennemi.
« Que t'ont-ils fait, Ichigo ?
Sa voix était lourde, rauque et sonnait comme celle d'un fumeur. Le vieux Zanpakuto gisait dans son sang, ses lunettes brisées ouvrant curieusement son visage sur une expression fatiguée et bien plus blasée qu'on aurait pu le croire au premier abord de grands cernes sombres sous ses yeux lui donnaient un air fantomatique et son teint virait au blanc immaculé tandis que ses lèvres prenaient une jolie teinte violette.
- Rien, absolument rien. J'ai toujours été comme ça. Et si tu dois disparaître, je te laisse partir sans regrets, tout comme ma vie de Shinigami Remplaçant… Parce qu'il fallait bien que ça s'arrête un jour, cette mascarade… Souffla Ichigo avec un sourire nostalgique.
- Je crois que je comprends… Ni Shinigami, Ni Hollow… Ni Arrancar, ni Vizard.
Ichigo acquiesça, son regard planté dans celui, brun, de Zangetsu.
- J'ai le masque, il ne me fallait qu'un seul Zanpakuto, et Tensa Zangetsu convenait mieux que toi, fit Ichigo avec un air triste. La Resurección… » Ajouta-t-il en haussant les épaules.
Zangetsu sourit, songeant que son double surpuissant remplirait ce rôle à merveille. Lui était trop regardant sur le manieur, sur Ichigo et ne semblait plus convenir à l'emploi qui fut pourtant le sien jadis la véracité de ses propres termes le toucha avec violence quand il réalisa qu'en effet, il avait bien compris, longtemps auparavant, que tout ça finirait assez brutalement. « Ce monde était condamné à sa création ». Et pourtant il l'avait soutenue, cette naissance, comprenant brutalement qu'il n'en serait pas le seul garant… Et que son double noir convenait bien mieux à l'emploi qu'on faisait de lui, manié pour tuer les opposants plus que les simples Hollows.
« Je…
Zangetsu lutta un instant contre une marée de sang qu'il préféra recracher.
- Roi, je suis fier de t'avoir… Servi.
Ichigo sourit, ricana et hocha la tête.
- Bonne… Chance… »
Le vieux Zanpakuto ferma les yeux, perdu dans ses souvenirs, dans son agonie Ichigo aurait bien été incapable de dire s'il avait fait ou non le bon choix. Y avait-il un bon choix, d'ailleurs ? Ici tout s'emboîtait dans un amas désorganisé de causes et de conséquences parfois bien injustes, songeait-il alors que le corps de son Shikai disparaissait sous forme de petits pétales de fleur noires aux reflets rouges. Etant le premier de son espèce – le premier qui aura survécu à sa naissance et aux monstres du monde extérieur – tout était possible. Lui-même ne savait absolument rien de tout cela, déduisant seulement quelques éléments de ce qui lui arrivait. Visiblement, il avait une peau blanchie – moins que le Hollow intérieur de son ancien lui Shinigami – ses yeux devenu dorés sur un fond noir, ses cheveux sont resté tels quels, quoiqu'un peu plus longs, conservant leur teinte orange. Aucun autre détail à mentionner côté Hollow. Côté Shinigami, tout avait été parfaitement normal le combat contre Nel n'avait pas vraiment posé de problèmes majeurs, Zangetsu lui obéissant. Peut-être était-ce cela le déclencheur du blocage de son Zanpakuto, alors ? Probable. Mais Ichigo ne pouvait qu'émettre des hypothèses sans vraiment avoir de réponses exactes… Il verrait au fur et à mesure. Pour l'instant rien n'avait été particulièrement douloureux, les choses se contentant simplement de « se faire ».
« Adieu, vieil homme… »
Et Zangetsu disparut sur une pluie diluvienne, les derniers morceaux de ce qui fut jadis son manteau s'envolant au gré du vent de tempête qui s'agitait au dessus de la tête d'Ichigo, curieux des prochains événements. Rencontrer Tensa Zangetsu ? Oh, mais cela promettait d'être particulièrement intéressant… Les gouttes de pluie se firent soudain épaisses et lourdes sur sa peau, s'assombrissant à mesure que les secondes passaient. Après un long souffle de vent et des éclairs lointains qui clignotèrent comme des flashs dans les yeux d'Ichigo, l'eau sembla se réunir face à lui, formant un nouveau corps dans la chaleur du reiatsu noir et rouge qu'était le leur et là, face à lui, se tenait Tensa Zangetsu, qui d'un geste étudié mais sauvage rabattit sa capuche sur ses épaules, dardant son regard étonnamment bleuté dans celui doré de son maître.
« Ichigo, salut. Je suis Tensa Zangetsu », lança le Zanpakuto, une version jeune de l'ancien, avec verve. « J'ai changé pour te convenir, et je changerai de nouveau jusqu'à ce que la pluie s'arrête. »
Plutôt charismatique et majestueux, il détonnait dans ce monde pluvieux. D'ailleurs, étrangement, il recommençait à faire grand soleil… Ichigo en émit la certitude que la pluie était là pour lui signaler un problème, un disfonctionnement dans son corps si nouveau d'hybride. Ichigo tendit la main, et des entrailles sombres du manteau noir de Tensa Zangetsu, il sortit la poignée puis la garde en forme de svastika dont il se saisit avec dextérité, comme si jamais elle n'avait quitté sa main. Puis il tira, lentement, l'épée sombre du corps devenu fantomatique de son Zanpakuto, savourant avec joie le retour de son Bankai, sa seule arme. Il nota qu'elle était plus longue et semblait plus tranchante. Peut-être juste une impression due à leur longue séparation, qui sait ?
Savourant le contact retrouvé, Ichigo leva bien haut son bras armé, et appréciant le flux de reiatsu qui traversa son corps jusqu'à la pointe de son épée retrouva de vieilles sensations jusque là disparues. Trop longtemps absentes, elles refirent surface et Ichigo replongea dans l'étreinte passionnée d'une des vampirisations de son Zanpakuto, lui qui prenait, aspirait le plus possible, jusqu'aux limites de sa propre résistance, puis frappait avec une force démultipliée.
« Getsuga Tensho ! »
Curieuses retrouvailles qu'Aizen accueillit avec un froid haussement de sourcil et ses prochains ordres. Dehors, dehors. Il est temps de faire ses armes contre de vrais ennemis, dans un vrai monde. Face à toutes ces personnes qui ne désireront que le tuer parce qu'il est à demi Shinigami et c'était là ce qu'Aizen souhaitait le plus, réfléchissant à divers plans pour qu'Ichigo termine de se briser, tel une brindille…
« Et quoi de mieux qu'un monde toute entier qui lui fera comprendre que lui, l'hybride, lui, l'existence taboue menée bien trop loin, n'a pas sa place ici.»
Dos à moi de grandes portes se refermaient. Etait-ce un morceau de mon passé qui décidait par lui-même de s'en aller, s'entourant de chaînes et de cadenas, s'enfermant dans un mutisme délirant ? Il y eut un courant d'air qui fit s'envoler la poussière et qui agita ma crinière. Etait-ce cette semi liberté incontinente qui me donnait tellement envie de courir partout, comme un animal enragé ? De hurler et de protester, de tirer sur ce fil lumineux qui me retient à la façade, sa longueur définitivement trop courte pour que je puisse fuir à ma guise ? Le voyage qui me mène à ma perte a pourtant commencé il y a longtemps. Alors qu'attend-t-il pour se finir sur ma mort ? Je suis si fatigué. Pourquoi joue-t-on avec moi ? Pourquoi j'y éprouve tant de plaisir même si je me doute de la fin tragique qui m'attendra à mon retour ? Pourquoi tout cela ne s'arrête-t-il pas enfin, me laissant épuisé de tous ces débats inutiles ? Pour moi l'affaire est déjà close…
« C'est ton dernier test, Ichigo. »
Sa voix était posée et son calme serein. Il ne se doutait pas une seconde de l'issue de ses horribles méfaits. Pourtant je l'ai vu, moi. Il y a longtemps, je l'ai vu, l'éclair fugace des conséquences traverser son regard alors qu'il observait mon combat contre Nel. Nel, petite Nel morte sous ma lame qui l'avait jadis protégée. Etait-ce là le plan qu'Aizen avait écrit pour moi ?
« Va. »
Alors j'en ferais des confettis.
Il détacha les chaînes de ma servitude et m'offrit sa divine miséricorde, alors que je ne pensais qu'à retrouver ce sauvage Grimmjow qui courrait sûrement encore dans le coin comme un chien fou…
« J'suis pas sorti de l'auberge… » Ricana Ichigo en réprimant un sourire.
Il toisa longuement le désert et fit un pas en avant.
« C'est parti. »
