Bonjour à toutes et tous.

Cette traduction reprend aujourd'hui après une très longue pause pendant laquelle Madame La vie m'a rattrapée.

Impossible pour moi de continuer cette traduction seule, par manque – cruel ! – de temps. Mais pour autant, j'ai à cœur de terminer cette traduction, car cette histoire est vraiment exceptionnelle, et je trouve cela extrêmement dommage que les lecteurs français ne puissent pas en profiter.

C'est donc tout naturellement que je me suis tournée vers Cloe Lockness – traductrice et auteur de talent (!), reconnue entre autres pour ses traductions de Sara Holmes. Cloe a accepté de se joindre à moi pour la suite de cette aventure.

A partir de ce chapitre et pour tous les prochains, les mots que vous lirez seront donc le fruit d'une collaboration entre Cloe Lockless et moi-même.

Je tiens à la remercier chaleureusement d'avoir accepté cette collaboration. C'est un plaisir pour moi de pouvoir travailler avec elle. (Elle est d'une efficacité redoutable – je l'admire !)

J'aimerai dire un petit mot également pour Masamiya, ma béta depuis le début de cette traduction. Je ne trouve pas les mots justes pour décrire Masa, une présence toujours agréable, intelligente et honnête. Masamiya fait partie de ces personnes, qui vous rendent mélancolique à l'idée que peut-être jamais vous ne pourrez les rencontrer. Merci à toi.

Plus de blabla ici, et pour les prochains chapitres non plus. Place à l'important.

Harry, Draco, nous revoilà.

Bonne lecture à toutes et tous.

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9 –Ascenseur émotionnel

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La vie continua. Et pourtant Harry avait sérieusement douté que cela fût possible. Seamus, quelque part, avait eu raison : la situation entre Harry et Malfoy était un signe précurseur de la fin du monde, et Harry savait pertinemment que leur trêve était au mieux, une situation précaire.

Mais pour le moment, il n'y avait eu aucun incident à déplorer – à la grande surprise de tout le monde et la consternation de quelques-uns qui avaient parié que Harry et Malfoy se retrouveraient à l'infirmerie avant Halloween. Harry avait presque oublié ce que c'était d'être le centre de l'attention et d'être constamment observé. Du moins, jusqu'à la soirée d'Halloween. Il était entré dans la grande salle, par hasard, mais à peu de chose près en même temps que Malfoy et il avait clairement entendu les soupirs déçus des parieurs malchanceux, en les voyant tous deux parfaitement entiers.

Malfoy avait jeté à Harry un regard amusé, levé les yeux au ciel et était parti s'asseoir à côté de Théo Nott, sans rien ajouter. Harry s'en fichait. Un Malfoy silencieux était un Malfoy agréable. Certes, il était à peu près courtois lorsqu'ils se parlaient à travers le lien, mais Harry ne voulait pas pousser sa chance.

Alors bien sûr, ils s'envoyaient toujours des piques – l'un comme l'autre, évidemment – mais rien de trop dur ou de trop blessant. Des remarques sur la coiffure de Harry, ou des blagues sur le fait que Malfoy était tellement pâle qu'on allait le perdre dans la neige. C'était presque devenu machinal : comme une plaisanterie partagée. Cela convenait tout à fait à Harry il savait très bien qu'ils pouvaient être abominablement cruel l'un envers l'autre si ils le voulaient vraiment. Il gardait toujours cela dans un coin de son esprit. Une seule remarque à propos de Lucius, Sirius ou Dumbledore et toute cette histoire de trêve s'effondrerait comme un château de cartes.

Et ça, Harry ne le souhaitait vraiment pas. Se chamailler avec Malfoy était presque amusant – à défaut de pouvoir trouver un meilleur mot. Et apparemment, il pouvait taquiner Malfoy à travers le lien sans qu'il ne s'énerve, sûrement car personne d'autre ne pouvait les entendre. Harry était certain que les choses auraient été très différentes s'il avait énoncé les mêmes choses à voix haute, et tout particulièrement s'ils avaient été entourés de leurs amis respectifs.

Ginny ne le détestait plus ouvertement, Ron et Hermione ne se disputaient plus (enfin, pour le moment), il n'avait pas autant de devoirs qu'il l'avait craint, et Malfoy n'était plus qu'occasionnellement méchant : et Harry trouvait que les choses se passaient à merveille.

Tout cela, jusqu'à ce qu'il se réveille étonnamment tôt, le premier dimanche de Novembre, une bonne heure avant d'avoir à quitter son lit pour se préparer et retrouver les autres à Pré-au-Lard.

Il était à moitié éveillé, plongé dans un état semi-comateux. Il voulait plus que tout se rendormir et retrouver ce rêve - quel qu'il soit. Il n'arrivait pas à s'en rappeler, mais il était certain qu'il avait dû être excellent, parce qu'il avait une remarquable érection qui réclamait toute son attention.

Comme à peu près tout dans sa vie était source de stress, la frustration sexuelle – heureusement – ne lui avait pas posé trop de problème depuis que Malfoy et lui étaient liés, contrairement à ce qu'il avait pu craindre. Il avait fait attention à ne pas se laisser aller à s'exciter après cet incident dans la douche, qui l'emplissait encore de gêne et lui donnait chaud au cou. Mais il ne pouvait pas contrôler ses rêves, et il semblait que ses rêves s'étaient mis en devoir de le faire couler parce qu'il était, à présent, tout à fait éveillé et coincé avec une érection qui refusait de s'en aller.

Il cligna des yeux, encore comateux, se tortilla sous ses couvertures et s'en mordit aussitôt les doigts : son érection frottait contre le tissu de son pantalon de pyjama et n'allait manifestement pas écouter ses suppliques silencieuses et lui foutre la paix.

Avec des gestes encore léthargiques, il plongea la main sous l'oreiller à la recherche de sa baguette et lança un sort de silence sur ses rideaux avant de laisser échapper un juron à voix basse. Il ne pouvait pas se caresser, pas tant qu'il y avait ce foutu lien.

Quoique… Il était quasiment certain que Malfoy n'entendait plus ses pensées de manière aléatoire. Il lui avait posé la question et Malfoy avait dit qu'il n'entendait plus rien, mais Harry ne l'avait pas cru tout de suite, alors il avait passé une bonne dizaine de minutes à penser les choses les plus horribles du monde au sujet de Malfoy, histoire de vérifier. Malfoy ne l'avait ni insulté, ni gueulé dessus, ni n'avait piqué une de ces crises pour lesquelles il était réputé, alors sans doute qu'il n'y avait pas de danger. Toutefois, dans le feu de l'action, quand ses pensées seraient concentrées sur toute autre chose que Malfoy, est-ce que ses barrières mentales allaient tenir ?

Oui, se dit Harry désespérément, et il vérifia rapidement si ses barrières mentales tenaient bon avant de céder à la tentation et de plonger la main dans son pantalon. Il eut un hoquet quand la peau de sa paume entra en contact avec celle de son sexe, puis il se prit correctement en main.

« Putain » soupira-t-il, jouant et tirant légèrement sur son sexe, poussant la peau petit à petit, tout en se tortillant légèrement sur le matelas. Cela faisait tellement de bien, et il se demanda pourquoi et comment il avait pu s'en passer pendant trois semaines entières.

Il ne parvint même pas à supporter le jeu de ses propres doigts bien longtemps il ne se souvenait plus de son rêve, mais ç'avait dû être particulièrement fantastique parce qu'il savait qu'il allait jouir, et très vite, à peine cinq minutes après avoir commencé à se toucher.

Il enroula les doigts autour de son sexe et commença à amorcer des mouvements plus marqués. Se mordant la lèvre, il laissa ses yeux se refermer. Merlin, il n'allait même pas avoir besoin de faire appel à son imagination rien que l'idée de ce qu'il était en train de faire lui faisait remuer les hanches et réveillait un picotement familier au bas de sa colonne vertébrale.

Haletant, il attrapa ses couilles de l'autre main et les fit rouler légèrement. Et puis merde, il n'allait certainement pas sortir aujourd'hui – il allait plutôt rester exactement à cet endroit et se masturber toute la journée, parce que c'était bien trop bon il voulait rester ici, le corps tendu et vautré dans son plaisir, presque à l'orgasme…

Il se mordit la lèvre dans un cri étranglé en jouissant, le corps tremblant tandis que le liquide chaud et collant se déversait sur sa main. Tout son corps redevint mou et il s'enfonça dans le matelas, en essayant de récupérer son souffle.

Wow, songea-t-il, agitant les orteils pour vérifier qu'ils étaient bien tous encore là. Il eut un petit rire essoufflé, avant d'attraper sa baguette pour lancer un sort nettoyant.

Il n'avait même pas envie de se préoccuper du lien : il se sentait bien trop satisfait pour se soucier de quoi que ce fût, et il n'avait entendu aucun cri d'indignation de l'autre côté du lien alors Malfoy n'avait sans doute rien entendu. Ce petit con devait certainement être encore en train de dormir, vu qu'il était encore tôt pour un dimanche. En fait, Harry ne savait pas si Malfoy était plutôt du genre lève-tôt ou couche-tard : il pouvait très bien s'être levé dès sept heures pour comploter un sale coup contre Harry.

Pouffant, il attrapa ses lunettes puis se leva, s'étirant si fort que cela fit délicieusement craquer toutes ses articulations. Le silence du dortoir n'était troublé que par les reniflements de Neville et les ronflements de Ron. Parfait, se dit Harry, souriant encore plus. S'il était le premier levé, cela voulait dire qu'il pouvait monopoliser la douche en premier, et il pourrait sans doute en profiter une bonne demi-heure d'ici à ce que les autres se lèvent et l'éjectent de la salle de bain avant qu'il ne leur pompe toute l'eau chaude.

Ça allait être une bonne journée, se dit-il en se dirigeant vers la salle de bain, le pas remarquablement plus léger.

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« Qu'est-ce que tu fous déjà debout ? »

Harry fit volte-face sur le banc en entendant Ron et lui adressa un large sourire. Ron, Neville, Dean et Seamus étaient tous là, les traits tirés de fatigue et l'air encore pas tout à fait réveillés.

« C'est une belle journée », dit Harry tandis qu'ils prenaient place sans grâce sur les bancs autour de lui. Dean s'assit à côté de lui, l'air parfaitement aimable leur quasi-dispute de l'autre jour semblait oubliée.

« Ce serait dommage de rester au lit et de ne pas en profiter. »

« Le lien t'a cramé le cerveau ? », demanda Seamus, grognon, croisant les bras sur sa poitrine pour se coincer les mains sous les aisselles. « Ce n'est pas une belle journée du tout, on se les gèle. »

« J'aime bien quand il fait froid comme ça », commenta Neville en contemplant le plafond magique – celui-ci était d'un blanc presque immaculé, les nuages semblaient lourds de neige.

« George m'a appris un sort pour faire des boules de neige qui poursuivent les gens », dit Ron d'un air réjoui tout en s'attrapant un toast. « Il faut que je le teste sur des troisièmes années aujourd'hui. »

« Je parie que tu n'arriverais pas à toucher dix troisième années dans la figure comme ça », lui lança Seamus.

« Je parie que tu n'arriverais pas à passer une seule journée sans lancer de paris », rétorqua Dean, ce qui les fit tous rire.

« Comment va Malfoy aujourd'hui ? », demanda Ron alors que tout le monde s'installait autour de la table du petit-déjeuner, en se demandant quoi faire à Pré-au-Lard. La Tête de Sanglier et sa Bièreaubeurre qui coulait à flot semblait faire l'unanimité.

« Sais pas », répondit Harry à ce qui était devenu une question quotidienne chez Ron. « J'ai rien entendu aujourd'hui. »

« C'est bon ou mauvais signe, ça ? », demanda Ron, du bacon plein la bouche.

« Ni l'un ni l'autre », fit Harry en haussant les épaules. « Il est pas trop chiant quand il parle, mais ça fait du bien de pouvoir avoir ma tête pour moi tout seul de temps en temps. »

Ron hocha la tête, avalant ce qu'il avait dans la bouche.

« C'est surprenant de voir comme tu le prends bien. Après les quelques premiers jours, j'ai cru que ça allait se finir en bain de sang. »

« C'est vrai que c'est dur quand on ne peut pas contrôler, d'entendre des mots déconnectés et ne pas savoir ce que l'autre entend », dit Harry, « mais maintenant, le pire qui se produit c'est quand il débarque alors que j'essaie de bosser pour me dire que j'ai l'air con avec mes lunettes. »

Ron grimaça :

« J'aurais envie de le tuer. Ça a l'air supra chiant. »

« Parfois », concéda Harry. « Mais ça se passe plutôt bien en fait. Genre, j'espérais qu'on puisse mettre toutes ces conneries derrière nous cette année et se parler poliment au moins, et c'est plus facile à faire quand il n'y a que lui qui m'entend et que personne ne vient mettre son grain de sel. »

« Comme moi, par exemple ? », demanda Ron avec un grand sourire.

« Ouais », rit-il. C'est ça. « Et cette satanée Pansy Parkinson. »

Ron pouffa de rire :

« Quelle chieuse celle-là… »

« A qui le dis-tu… , » dit Harry en mâchant son toast tandis que Ron continuait d'engloutir son petit-déjeuner avec enthousiasme. « Parfois je me demande comment elle a fait pour atterrir à Serpentard. Elle a à peu près autant de tact qu'un troll des montagnes. »

« Elle a suivi Malfoy, non ? », demanda Ron d'un air connaisseur. « Histoire de garder un œil sur lui au cas où d'autres filles lui sauteraient dessus pour lui faire des bébés blonds au nez pointu… »

« Berk », fit Harry en fronçant le nez et lui assénant un coup de coude. « Pas envie d'avoir ce genre d'image dans la tête dès le matin, merci. C'est immonde. »

« Qu'est-ce qui est immonde ? »

Ils se retournèrent de concert pour trouver Hermione, Ginny et Lavande qui se tenaient derrière eux et regardaient Harry avec curiosité.

« Pansy Parkinson accouchant des bébés de Malfoy », répondit Ron et les trois filles tirèrent des grimaces identiques, levant les yeux au ciel.

« Sympa de parler de ça à table », soupira Hermione en s'asseyant à côté de Ron.

« C'est lui qui a commencé », dit Harry, tournant la tête des deux côtés pour voir s'il y avait des places de libre. « Gin, tu veux t'asseoir… »

« Non, c'est bon », répondit-elle précipitamment avant de s'asseoir à côté de Dean et de demander immédiatement à celui-ci où en étaient les résultats du Quidditch dans la Gazette du jour.

L'espace d'un instant, Harry demeura immobile sur sa chaise, déconfit, puis agacé contre lui-même que ça le dérange. Ils étaient tous amis, pas besoin de piquer une crise de possessivité uniquement parce qu'ils s'étaient un peu disputés. Il savait très bien que ça ne plairait pas du tout à Ginny et sincèrement, il n'arrivait pas non plus à avoir l'énergie de seulement s'imaginer être envahissant.

« Alors ? Pourquoi est-ce qu'on parle de la vie amoureuse de Malfoy ? », demanda Hermione, attirant de nouveau son attention sur la conversation en cours. « Il s'est passé quelque chose à travers le lien ? »

« Non, non, rien du tout », dit Harry. « On était en train de dire que Pansy Parkinson était sans doute l'élève la plus bête que Serpentard ait connu… »

« Autant de finesse qu'un troll des montagnes », renchérit Ron.

« … et Ron a dit qu'elle avait suivi Malfoy à Serpentard parce qu'elle voulait être la mère de ses enfants. »

« Pas très surprenant », dit Hermione en fronçant les sourcils. « Ils sont ensemble, non ? »

« Non », intervint Lavande qui était assise de l'autre côté de la table, à côté de Seamus.

Ils tournèrent vers elle des regards interrogateurs et elle fit « non » de la tête :

« Ils ne sont pas ensemble. Elle voudrait bien, mais pas lui. »

« Oh », fit Hermione, l'air surprise. « Pourtant ils sont allés ensemble au Bal du Solstice… »

Lavande la regarda d'un air torve, comme si elle n'en croyait pas ses oreilles :

« C'était il y a des années ! » dit-elle. « T'es pas très à la page. »

Hermione eut l'air offusquée:

« Ce n'est pas parce que je me fiche de la vie sociale des gens que… »

« Pourquoi est-ce qu'il ne veut pas ? », la coupa précipitamment Harry avant que ça ne se transforme en dispute entre les deux filles.

Lavande reporta son attention sur lui :

« Je ne sais pas », dit-elle tristement. « J'ai pourtant essayé de savoir… »

« Je pourrais lui demander », suggéra Harry en se tapotant la tempe, mais, face au regard incrédule que lui lança Hermione, il dut renoncer à l'idée.

« Tu crois franchement qu'il le prendrait bien ? Imagine qu'il se mette à te poser des questions sur Ginny ? »

« D'accord, d'accord, c'était juste une idée comme ça », marmonna Harry.

Il baissa les yeux comme Ginny, qui avait entendu son nom, tournait les siens vers eux. Génial, songea-t-il soudain. Elle était encore assise à côté de ex-petit ami et ils étaient encore en train de parler de Malfoy.

« Il y a Greengrass qui voudrait sortir avec lui », poursuivit Lavande, « la plus jeune. »

« Celle qui a toujours l'air terrifiée ? », demanda Ron et Lavande hocha la tête.

« C'est ridicule, dit Hermione en riant. J'ai du mal à imaginer ce qu'elle ferait quand il pique une de ses crises. »

« Pourquoi pas », dit Harry, incapable de s'empêcher de participer à la conversation même s'il soupçonnait que ça n'allait pas plaire à Ginny – il était malade ou quoi ? « Peut-être que ça lui ferait du bien, une influence apaisante. »

« Et je pense qu'il s'ennuierait à mourir avec quelqu'un qui ne le stimule pas intellectuellement », dit Hermione, lançant un regard exaspéré à Ron qui avait avalé son jus de citrouille de travers, sans doute en entendant le mot « stimule ». « Ron, franchement. »

« Qu'est-ce que tu veux dire ? », demanda Lavande avec curiosité.

« Eh bien, quoiqu'on dise ou pense de Malfoy, il est très intelligent », dit Hermione.

« Ah bon ? » demanda Ron en crachant ses poumons et se frappant la poitrine du poing pour tenter de se dégager les voies respiratoires.

« Oui, quand il s'intéresse à quelque chose », dit Hermione. « C'est ça son problème. Il ne fait aucun effort s'il ne voit pas à quoi ça peut lui servir ou s'il peut en retirer quelque chose de précis. »

« Depuis quand tu t'y connais en Malfoy ? », demanda Ron, ébahi.

Il échangea un regard avec Harry, qui était lui aussi un peu déconcerté par la science de Hermione concernant Malfoy. Peut-être qu'il y avait un livre sur lui à la bibliothèque ou quelque chose du genre : « Pourquoi Draco Malfoy est-il un tel cas social ? » ou « Dix trucs et astuces pour repérer quand Malfoy se fout de votre gueule ».

« Je ne m'y connais pas particulièrement », insista Hermione, arrachant Harry à ses rêveries de bouquins sur Malfoy. « C'est juste évident. McGonagall est du même avis, d'ailleurs. »

« Donc, tu disais, stimulation intellectuelle ? », demanda Harry avec insistance et Ron étouffa un nouvel éclat de rire, s'efforçant de garder un air sérieux. « Ça veut dire quoi exactement ? »

« Ce que je voulais dire, c'est que Malfoy est très intelligent quand il s'y met, et qu'il a la capacité de concentration d'un Boltruc, alors je ne pense pas qu'il pourrait être avec quelqu'un qui ne le tient pas en haleine. Un peu comme toi, Harry, je pense que vous avez besoin des mêmes choses dans une relation. »

Harry haussa les sourcils très haut :

« Je te demande pardon ? »

« Calme-toi », dit Hermione en souriant. « Je n'ai jamais dit que vous feriez les meilleurs amis du monde ou que vous étiez faits pour vous entendre ou je ne sais quoi. »

Harry se détendit un peu :

« J'espère bien. »

Ron pouffa de rire et Harry lui donna un coup de coude. Ron releva la tête, l'air outré, en se massant les côtes.

« Eh ! C'est elle qui a dit que tu devrais sortir avec Malfoy, pas moi… »

« Je n'ai pas dit ça ! », s'exclama Hermione, bouche bée, et elle donna un coup d'épaule à Ron tandis que Seamus et Lavande tournaient des regards stupéfaits vers eux. « Ron, ce n'est pas du tout ce que j'ai dit ! »

« Quoi ? Harry et… », commença Lavande, l'expression sur son visage passant progressivement de la perplexité à l'excitation.

« Non ! », s'exclama Harry, presque en criant, se sentant lentement mais sûrement rougir – Quels merveilleux meilleurs amis il avait ! « Ron se fout de ma gueule. »

Il décocha un coup de pied à Ron sous la table, arrachant à celui-ci avec satisfaction un petit cri de douleur et un sursaut.

« Ça va, ça va, je retire ! », dit-il en scrutant Harry avec incrédulité tout en se massant le tibia sous la table. « Merlin, on ne peut plus déconner maintenant. C'était une blague, pas la peine de le prendre mal. »

« Ouais, ben c'est pas ce que j'appelle une blague », dit Harry en croisant les bras sur sa poitrine et regardant Ron fixement. « Les gens vont déjà aller s'inventer suffisamment de théories absurdes autour de ce lien, pas la peine de leur rajouter cette idée. »

Seamus sortit son calepin et l'agita devant Harry avec un large sourire :

« Mille contre un que tu vas sortir avec Malfoy ? »

« Va te faire mettre ! »

Les autres éclatèrent de rire et Seamus rangea son carnet dans sa poche :

« Je plaisante », dit-il en jetant un regard en direction des portes de la Grande Salle. « On peut se bouger bientôt ? J'ai pas très envie de ramer dans la neige si ça continue de tomber comme ça. »

Harry hocha la tête, lançant un rapide coup d'œil au plafond où, comme il fallait s'y attendre, il s'était mis à neiger.

« Ça me va, » dit-il. « Mais seulement si tu me jures de ne plus faire de blagues sur Malfoy et moi. »

Seamus poussa un soupir théâtral :

« Le faut-il vraiment ? »

A côté de Harry, Ron hocha la tête :

« Il y va pas de main morte avec les coups de pied. »

Seamus éclata de rire :

« Bon, d'accord, plus de blagues sur Malfoy. Allez, on se bouge. Le pub nous attend. On se retrouve dans le hall d'entrée ? », ajouta-t-il à l'intention des autres qui étaient encore en train de manger.

Lavande acquiesça et Seamus et Harry se levèrent, quittèrent la Salle et se dirigèrent vers la tour pour récupérer manteaux, écharpes et gants pour se protéger de la fureur des éléments.

« Une dernière question ? », demanda Seamus alors qu'ils gravissaient les marches de l'escalier principal, et son ton innocent ne dupa pas Harry le moins du monde.

« Quoi ? », soupira Harry, résigné.

« C'est vraiment pas si difficile ? D'être lié à Malfoy ? »

Harry ne s'attendait pas à ça : il s'attendait à une remarque lubrique sur la vie sexuelle de Malfoy ou au moins une blague sur sa sexualité, mais Seamus avait l'air sincèrement intéressé par la question et semblait avoir mis toutes les plaisanteries de côté pour le moment.

« Non », dit Harry pensivement. « C'est compliqué… », dit-il en songeant aux rivalités entre maisons et à l'animosité qui persistait entre certaines personnes de Gryffondor comme de Serpentard, « mais ce n'est pas si difficile. Malfoy n'est pas si pire quand il est tout seul. »

« Vous allez devenir potes ? », demanda Seamus.

Harry haussa les épaules :

« J'ai du mal à l'imaginer avoir des potes, je le vois plutôt avoir des moutons ? », répondit-il, ce qui fit rire Seamus. « On va essayer de rester courtois déjà. Et on verra bien. »

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« Non… ! NON… ! »

Le cri d'Hermione devint suraigu quand la boule de neige de Ron fusa jusqu'à elle et l'atteignit à l'épaule, lui mettant de la neige partout sur le manteau.

« Petit con ! »

Elle se pencha pour ramasser une poignée de neige et la balança en direction de Ron. Harry éclata de rire. Ils avaient réussi à marcher vingt minutes pleines en direction de Pré-au-Lard avant que la neige ne commence à fuser : Ron avait commencé par ensorceler une boule de neige pour toucher Seamus à l'arrière de la tête, mais ils avaient vite renoncé à la magie pour se contenter de se balancer de la neige les uns sur les autres à la main, et les choses avaient vite dégénéré.

« Ron ! Ron ! »

Harry tenta d'attirer l'attention de Ron, mais avant qu'il n'arrive à son but, il se reçut une boule de neige glaciale en pleine joue. Pris par surprise, il poussa un cri et tituba sur le côté.

« Putain ! »

Il redressa ses lunettes et tenta d'enlever la neige de son écharpe, riant à moitié, en levant le nez pour voir Ginny pliée en deux à quelques pas de lui. Il se baissa pour riposter mais avant même qu'il ait le temps de se fabriquer une boule de neige, une autre atterrit sur sa tête, et la neige s'infiltra partout dans ses cheveux et le long de sa nuque.

« Eh ! »

Il fit volte-face, incrédule et réjouit, pour voir Hermione qui lui adressait un sourire malicieux, les gants pleins de neige. Il éleva sa propre main pleine de neige d'un air menaçant mais avant qu'il puisse la lancer, Ron bondit sur Hermione et l'attrapa par la taille et les projeta tous deux dans un tas de neige.

Il avait mal aux côtes à force de rire mais il ne pouvait pas s'en empêcher : Hermione poussait des cris suraigus en tentant de se relever, et les autres leur donnaient un coup de main en les bombardant de boules de neige.

Une autre boule le manqua de peu et il se retourna : Ginny avait déjà pris ses jambes à son cou, anticipant sa réaction comme si elle était Malfoy et qu'elle pouvait lire dans ses pensées.

« S'enfuir, c'est tricher ! », cria-t-il en démarrant au quart de tour à sa poursuite. Il esquiva Neville et Seamus qui transportaient une Lavande qui s'époumonait vers le tas de neige, bien décidés à la lâcher dedans à côté d'Hermione.

Il rattrapa Ginny sans difficulté : il était plus grand qu'elle, avait des jambes plus longues et s'en fichait de tomber. Cinq enjambées plus tard, il était sur elle et l'attrapait par la taille, une fraction de seconde avant de trébucher tout seul et de les envoyer valser tous deux dans la neige.

Il lui fallut une bonne poignée de secondes pour retrouver ses repères : tout autour de lui était blanc et il ne savait pas jusqu'où il avait roulé, ni dans quelle direction. Il se rassit difficilement et se retrouva nez à nez avec Ginny. Elle riait et s'enlevait la neige du visage, à genoux à côté de lui.

Ils étaient très proches l'un de l'autre les genoux de Ginny étaient tout contre ses hanches. Il se figea, se rendant compte qu'ils ne s'étaient pas retrouvés si près l'un de l'autre depuis des lustres. Elle lui sourit et se pencha très légèrement en avant, ses yeux balayant son visage, lui scrutant le visage d'une manière qu'il avait appris à vite reconnaître.

Un courant de panique le saisit soudain, le poussant à se relever précipitamment et maladroitement avant qu'elle puisse s'avancer plus.

« Ça va ? », demanda-t-elle, décontenancée.

Elle s'épousseta le dessus des genoux puis lui tendit les mains. Harry l'aida à se relever, complètement désarçonné. Ce coup de speed n'avait duré qu'une seconde, et il s'était relevé par réflexe, sans vraiment savoir pourquoi ça l'avait simplement mis mal à l'aise sans qu'il puisse bien se l'expliquer, et ce sentiment lui picotait encore l'échine tandis Ginny attendait une réponse. Qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez lui ?

« Ouais, ça va », dit-il en déglutissant dans l'espoir que sa gorge se dénoue.

Se sentant un peu perdu, il regarda autour de lui et son pouls s'accéléra lorsqu'il vit que les autres avaient tous cessé de se lancer de la neige et marchaient dans leur direction. « C'est juste que les autres arrivent… »

Elle hocha la tête, écartant les mèches qui lui tombaient sur le visage, et se retourna vers les autres.

« C'est vrai », dit-elle.

Elle lui tendit la main et il la prit dans la sienne, immensément soulagé qu'elle ait accepté son excuse un peu nulle.

Heureusement, les autres les rattrapèrent rapidement. Tout le monde s'était lassé de jouer dans la neige et avait hâte d'aller boire un verre à la Tête de Sanglier pour se réchauffer. Ginny glissa la main dans celle de Harry mais se retourna pour regarder les autres elle rit en voyant Hermione galérer à se débarrasser de la neige qu'elle avait dans les cheveux.

« Je ne savais pas que tu savais aussi bien viser », dit Ron en fronçant les sourcils à une Hermione qui souriait, visiblement flattée du compliment déguisé.

« Il y a beaucoup de choses que tu ignores à mon sujet », dit-elle avec superbe et Ron lui sourit, l'attira à lui et passa un bras autour de ses épaules.

Harry sourit. Ça lui plaisait de voir qu'Hermione avait appris à se détendre et s'amuser entre deux séances de travail dans son emploi du temps, sous le regard protecteur de Ron, bien sûr.

Riant, et bavardant gaiement, ils poursuivirent leur route jusqu'à Pré-au-Lard, apercevant les toits enneigés du village au fond de la vallée. Harry écoutait les conversations des autres d'une oreille, intervenant de temps en temps et riant aux moments opportuns, mais il avait la tête ailleurs.

C'était censé être romantique de s'embrasser dans la neige, non ? Alors pourquoi est-ce qu'il avait paniqué comme un gosse de treize ans qui n'a jamais embrassé personne ? Une partie de l'explication était la menace de se faire trucider à coups de boules de neige par Seamus ou le fait que Ron n'était pas loin… ce qui, à coup sûr, enlevait immédiatement toute atmosphère romantique.

Mais il n'y avait pas que ça, il ne pouvait pas y avoir que ça. Ils en plaisantaient avec Ginny, avant, que Ron faisait chier et qu'il était toujours sur leur dos prêt à les interrompre quand ils étaient ensemble, mais là, ça ne lui donnait pas la même impression. Harry n'avait pas du tout envie d'en rire.

Même s'il détestait l'admettre, il soupçonnait que c'était en partie le lien qui posait problème. Et que le problème avait la forme efflanquée et blonde de Malfoy.

Il lui semblait qu'il s'était passé des mois depuis la fois où il s'était retrouvé dans la salle commune, et qu'il avait mis Ginny tout en haut de 'La liste des choses auxquelles il ne pouvait plus penser à cause de Malfoy'. Il commençait à se dire que tout n'était pas parfaitement rentré dans l'ordre après tout, du moins ses sentiments pour Ginny ne s'étaient pas remis à la même place qu'avant l'accident. Ils n'avaient presque pas pu passer de temps ensemble et l'animosité de Ginny envers Malfoy n'arrangeait rien.

Quelque chose le turlupinait, une petite voix dans sa tête qui voulait lui rappeler qu'il évitait déjà Ginny avant l'accident, qu'il n'avait pas cherché à discuter de leur relation ni à faire le premier pas pour se remettre ensemble en bonne et due forme. Il sentit un rougissement de honte et de culpabilité lui échauffer la nuque et il refoula cette pensée.

Les mots « putain de Malfoy » lui traversèrent l'esprit, mais sans conviction. Ce n'était pas de la faute de Malfoy. Harry se doutait que ce devait être tout aussi difficile pour lui : ça l'aurait étonné que les Serpentard soient ravis de la relation forcée qu'entretenait Malfoy avec lui.

Il soupira en ouvrant la grille au bas du chemin, sans que les autres l'entendent. Oh, et puis après tout, il avait déjà passé trois semaines enfermé avec Malfoy dans son esprit et ça s'était révélé moins difficile que prévu. Tout allait bien se passer.

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« Mmh, on est trop bien au chaud ! »

La remarque satisfaite de Lavande fut acquiescée par le reste du groupe, tandis qu'ils sirotaient tous leurs verres de Bierraubeurre, se délectant tout autant de la chaleur de la boisson que de celle qui régnait à la Tête de Sanglier. Depuis la fin de la guerre, Aberforth avait fait des efforts pour rendre son établissement plus accueillant pour ses clients l'endroit n'était plus sombre et gris, et désormais toute la grande salle était réchauffée par des centaines de bougies qui remplissaient presque chaque coin possible – à part le bar. D'autres flottaient également au-dessus de leurs têtes, comme dans la Grande Salle, mais Aberforth n'avait pas aussi bien réussi son sort, et de temps en temps, des gouttes de cire chaude glissaient le long des bougies et venaient s'écraser sur la tête de quelqu'un. Un grand feu crépitait dans l'âtre durant les mois d'hiver, et surtout, le bar était désormais propre les surfaces cirées brillaient sous la douce lueur des bougies.

La plupart des élèves de sixième et septième année préféraient venir ici qu'aux Trois Balais : l'établissement était plus calme et les professeurs ne le fréquentaient pas ce qui voulait dire qu'ils pouvaient s'y sentir plus libres. Harry en particulier appréciait l'atmosphère plus calme : aux Trois Balais, il lui arrivait parfois de mettre vingt minutes à atteindre le comptoir à cause du nombre de gens qui voulaient lui dire bonjour et lui serrer la main.

Le premier weekend à Pré-au-Lard de cette année, pour le plus grand plaisir de Harry, il avait regardé Aberforth mettre un quatrième année dehors après que celui-ci eut réclamé un autographe à Harry avec insistance. La plupart des élèves, même les plus jeunes, respectaient le désir de tranquillité de Harry, mais il y en avait toujours une poignée qui venaient l'embêter.

La Tête de Sanglier était naturellement devenu l'un de leurs repères favoris à Pré-au-Lard, et ils avaient pris l'habitude de se rassembler autour de la même grande table ronde lorsqu'ils y allaient, même s'ils n'étaient que deux ou trois du groupe.

« Alors bravo les mecs pour cette belle victoire », dit Ron en levant son verre.

Les autres garçons levèrent leur verre avec un murmure d'assentiment auquel répondit un chœur de protestations indignées de la part des filles.

« Vous n'avez rien gagné », dit Hermione en attrapant le poignet de Ron pour lui faire baisser son verre, manquant de renverser de la Bièraubeurre partout.

« Bien sûr que si ! » insista Seamus. « On vous a foutu plus de neige dans la tronche… »

« Mais c'est toi qui as décrété que la bataille était finie quand Lavande t'a mis une boule de neige dans la figure », répliqua Hermione.

« Et on était à cinq contre trois », concéda Neville. « Ce n'était pas très équitable. »

« T'es dans quel camp au juste ? », s'indigna Seamus.

Neville lui renvoya un sourire penaud.

Ils poursuivirent le débat, évoquant avec jubilation les meilleurs moments de la bataille tout en sirotant leurs Bièraubeurres. Harry, qui avait raté la moitié des tirs croisés pendant son moment avec Ginny, suivit la conversation gaiement. Il songeait distraitement à glisser la main sous la table pour lui prendre la main, mais se figea lorsqu'il se rendit compte qu'il n'en avait pas vraiment envie : il voulait juste détourner un peu son attention de Dean. Il réfléchit un instant à cette révélation, mais quelque chose d'autre attira bientôt son attention : il sentit Ron qui lui donnait un léger coup de coude et jetait des regards appuyés en direction du comptoir.

Harry fronça les sourcils et regarda dans la direction qu'il lui indiquait. Son estomac se noua : à la table juste derrière la leur et en plein dans son champ de vision se trouvaient Malfoy et Nott.

« Qu'est-ce qu'il fait ici ? », siffla Harry à Ron, se sentant pris de court.

Pourquoi Malfoy ne lui avait-il rien dit à travers le lien quand il avait vu que Harry était déjà là ?

« Il n'a pas le droit de rentrer aux Trois Balais », répondit Ron à voix basse et Harry se gifla mentalement.

Bien sûr que Malfoy n'avait pas le droit d'entrer aux Trois Balais, il le savait.

Salut, fit Harry doucement à travers le lien, les yeux rivés sur Malfoy. Malfoy leva lentement les yeux et lui adressa un signe de tête, confirmant de ce fait qu'il savait que Harry était là. Il ne répondit pas mais se contenta de regarder Harry quelques secondes de plus avant de détourner les yeux.

Bizarre… Harry se sentit troublé par son absence de réaction il lui disait presque tout le temps bonjour quand il le croisait dans les couloirs ou ailleurs.

Harry releva le nez et vit que Malfoy le regardait de nouveau, arborant une expression qui était, de manière dérangeante, teintée d'intérêt. Un sourcil pâle se haussa sur son visage et demeura tel quel même lorsqu'il détourna le regard une fois de plus, se penchant pour murmurer quelque chose à l'oreille de Theo Nott…

Oh putain de merde de putain de bordel de merde…

Harry blêmit. Il avait tenté de se masturber pour la première fois depuis des semaines et maintenant Malfoy le regardait bizarrement ça ne pouvait pas être une coïncidence. Il sentit le sang lui remonter aux joues, soudainement brulantes de honte. Il était mortifié.

« Ça va Harry ? », demanda Ginny, étonnée.

« Malfoy me regarde de travers », marmonna Harry, les yeux sur la table.

Il y eut un instant de silence.

« Non », dit Ginny d'un ton étonné.

« Si », insista Harry.

Un autre silence.

« Il vient de jeter un regard vers nous, mais il ne te regarde pas de travers », dit Ginny, à présent franchement perplexe. « Ça va pas bien ? Pourquoi tu deviens parano au sujet de Malfoy tout d'un coup ? »

« Je ne suis pas parano », répondit-il un peu brusquement.

Il releva la tête et constata que Malfoy discutait avec Theo, un verre de quelque chose de bleu vif et brumeux à la main, sans prêter attention à Harry.

« Il me regardait bizarrement », marmonna-t-il d'un ton acerbe, toujours inquiet.

Il avait les paumes moites il les essuya sur ses genoux sous la table, maudissant la chaleur à l'intérieur du bar.

Tu as l'air d'avoir un peu chaud.

Il releva le nez au moment où Malfoy détournait à nouveau les yeux pour regarder Theo. Ça ne pouvait pas être une coïncidence, si ? Malfoy l'observait et détournait les yeux rien que pour mettre Harry mal à l'aise ?

Va te faire foutre !

« En tout cas maintenant il ne te regarde plus », dit Ginny.

Mais il l'entendait à peine, tout occupé qu'il l'était à paniquer parce que Malfoy l'avait surpris ce matin-là, c'était sûr à présent.

Pardon ?

Le ton de Malfoy était clairement surpris.

Tu m'as bien entendu : va te faire foutre.

Il n'osa pas lever les yeux.

OK Potter, c'est pas parce que tu t'es levé du pied gauche que tu peux te défouler sur moi !

Va te faire. Personne ne veut de toi ici de toute façon. Ça m'étonne qu'on t'ait laissé entrer d'ailleurs.

Un ange passa dans sa tête, puis Malfoy brisa le silence. Même la voix dans sa tête tremblait d'une colère mal contenue.

T'es un bel enfoiré, Potter. Tu ne joues les mecs sympas que quand ça t'arrange.

Ouais, et bien, tu ne mérites que je sois sympa avec toi.

Un grand bruit retentit dans le bar et tout le monde à leur table leva le nez pour regarder autour d'eux : la source du bruit était évidente : Malfoy avait fait tomber sa chaise par terre en se levant brusquement et était à présent en train de remettre son écharpe, l'air furieux.

« Draco ! »

Theo Nott se leva précipitamment, jetant un regard éberlué à Harry et les autres avant de suivre Draco dehors. Harry aperçut la silhouette de Draco qui s'éloignait sous la neige avant que la porte se referme.

Ron fut le premier à briser le silence :

« Tu y es pour quelque chose ? »

Il avait l'air inquiet. Harry répondit d'un bref hochement de tête.

« C'est pas grave. Il me faisait chier. »

« Qu'est-ce que tu lui as dit ? », demanda Hermione à voix basse. « Je ne l'ai pas vu autant en colère depuis des semaines… »

« Il me regardait de travers alors je lui ai dit d'aller se faire foutre. »

Il aurait aimé être seul avec Ron et Hermione, rien que pour s'épargner les regards des autres, qui allaient de la stupéfaction à la gêne en passant par l'incrédulité.

« Pour l'amour de Merlin, il ne te regardait même pas ! », s'exclama Ginny, exaspérée. « Pour une fois qu'il se mêlait de ses affaires. »

« Tu ne crois pas que peut-être tu aurais exagéré ? », suggéra Hermione.

« Non », répondit-il sèchement, malgré le léger doute qui s'insinuait dans son esprit.

Peut-être que Malfoy ne l'avait pas regardé bizarrement. Peut-être qu'il l'avait regardé pour une toute autre raison. Soudain, cette hypothèse semblait beaucoup plus plausible : Malfoy aurait dû trouver hilarant de l'avoir surpris les mains dans le caleçon, non ? Il n'en savait rien. Il ne connaissait pas suffisamment Malfoy pour savoir comment il fonctionnait.

« Harry… »

« Je ne veux pas en parler », insista-t-il. « Plus tard », ajouta-t-il.

Hermione hocha la tête lentement.

La conversation autour de la table fut tendue pendant un moment, jusqu'à ce que Seamus la dirige vers le sujet des vacances de Noël et d'une potentielle fête du Nouvel An qu'il pensait organiser si les gens restaient à l'école. Harry n'y prit pas part : c'était beaucoup trop loin pour lui, d'autant plus que ça concernait une époque trop lointaine dans le futur - après le retrait du lien.

Connard.

Il soupira, ferma les yeux et se massa les tempes comme la colère de Malfoy lui résonnait dans le crâne. Il se sentait affreusement mal maintenant : perturbé par ses sentiments pour Ginny, énervé contre Malfoy, et gêné du pétrin dans lequel il s'était fourré, tout ça parce qu'il n'avait pas réussi à maîtriser sa foutue libido pour quelques semaines. La situation s'était définitivement dégradée, songea-t-il, morose, choisissant de ne pas répondre à l'insulte de Malfoy. Et la journée avait super bien commencé en plus, et à présent il avait des problèmes avec sa copine, ses amis et un Malfoy furieux à gérer pour couronner le tout.

Génial. Tout simplement génial.

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A suivre...

J'espère que cela vous a plu, n'hésitez pas à nous laisser un commentaire.

A bientôt pour la suite de cette traduction.

Merci de lire cette histoire :)