Posté le : 17 Mars 2011. Je viole le rock. Tu violes le roc. Nous violons Rocky.


Note... Note... Grignote : Mon Dieu, je plane. Je ne sais pas ce qu'il s'est produit au niveau de mes synapses mais depuis quelques temps, je chie des mots à en revendre. J'ai carburé pour le tome 2 de mon roman à une vitesse de folie. J'ai retrouvé mes personnages (pas encore tous mais ça va venir) et je suis comme déconnectée de la réalité. Je ne vois plus rien d'autre. Ecrire cinquante pages, comme ça, parce que votre cerveau vous dit "Ecris ou je te tues" c'est mal, très mal. Mais en même temps ça fait du bien. Je me serai volontiers doigtée avec mon stylo mais il paraît que j'en ai encore besoin. Et puis, vous voyez, j'ai l'impression d'être sous acide ou une autre substance illicite. Parce que - c'était quand déjà ? - lundi je faisais une sieste les yeux ouverts en Histoire Moderne et j'ai rêvé d'un Mpreg. Draco en cloque qui est enfermé au Square Grimmaud durant la guerre et Sirius le surveille. Pis, là, le trio débarque avec un Ron blessé et Harry fonce sur Draco et lui hurle que tout est de sa faute et commence par le battre... Oo. Le bébé de Draco a des séquelles et je me suis réveillée de ma transe, en pleine salle de classe. Et je me suis dis "Par la barbe de Merlin, je dois arrêter les fics !" (avec le couinement plaintif pour faire plus réaliste). Le pire c'est que Harry ne savait pas que Malefoy était en cloque et il le frappait comme l'époque de Poudlard. Mais Draco aimait en secret ce kamikaze de Gryffondor et pleurait le martyr (Oui, je fais des rêves très longs et très étranges, ma meilleure amie témoignera en votre faveur). Mais vous savez quoi ? Si j'étais un peu plus pétée que d'habitude, je me retrouvais lundi, les quatre fers en l'air sur mon lit à écrire un Mpreg (la position aide à se projeter). Je m'imaginais trop me lancer dans l'aventure à décrire en des horreurs de l'anatomie humaine et en finissant mon OS par "mais qu'advient-il des enfants échoués par l'anus ?" Je sais, c'est très poétique mais je dois encore y travailler. Putain, un mpreg signé Dairy. C'est anti-fanfictionesque. Je ne saurais jamais me débrouiller dans cet exercice de haute voltige. Les mpreg, on en pense ce qu'on veut, hein, mais moi, parfois j'en lis. Oui Mesdames et Messieurs je le dis à voix HAUTE et la tête BASSE ! Je lis des mpreg de temps à autre, en temps de disette et j'en trouve des pas mal et d'autres à en chier des cactus. Bref, tout ça pour dire que... j'ai écrit et j'ai pété un câble cette semaine. Les semaines passées, c'était du jus de pucelle comparé à mon état mental actuel.

Post-it collé sur un globe terrestre: J'ai fumé ma copie d'Histoire de l'Afrique. Faire un rapport sur les diamants de sang. Ça démonte.


~ News :

J'AI CREE UN BLOG POUR LA FANFICTION OU SE TROUVERONT LES REPONSES AUX REVIEWS ANONYMES !

L'adresse : Disponible sur mon profil car le site ne le décrypte pas.

Il y a là-bas aussi des news ou, parfois, un petit extrait sur le chapitre suivant. Tout est déjà en ligne.


Mot de la Bêta - Eve JHoang : Sauvez les blancs destriers. Montez Draco Malfoy. [Dairy : Tiens, Eve aussi a pété un câble...]

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~ Sur ce, excellente lecture et merci encore à tous et à toutes de me lire, de me suivre en plein délire.


Baba O'Riley

Single 9 : « Kashmir »


"Kashmir" - Led Zeppelin. 1975. Piste de 8 min 33. Un son aux inspirations marocaines sentant le souk de la batterie, le bazar des doubles croches, l'architecture de la partition, les arabesques de la mélodie, les mosaïques des séquences musicales, les épices dans la voix de Jimmy Page, le tabac laissant les blanches noires de suie, les oasis et le repos sans parole, le désert du violoncelle, les tentures, le velours et la soie de la guitare électrique : Led Zep, ou les nouveaux charmeurs de serpents.

Talk an' song from tongues of lilting grace

Whose sounds caress my ear.

But not a word I heard could I relate

The story was quite clear.

« Quand on cesse d'écouter Led Zeppelin, c'est sa jeunesse qu'on enterre », Jimmy Page - membre du groupe.

« Statu quo pour le cirque Rock : "Rien ne dépasse Led Zeppelin" », F. M - à partir de coupures de presse. (sans prétention aucune)

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Ce matin-là, Draco avait oublié ce qu'était la magie.

Sa vie avait laissé place à une vaste lande de réalisme : l'excitation due à la cocaïne enfin éteinte, la nudité sous les draps, cette migraine qui ne partait pas et ces cernes violacés, accrochés à sa peau.

Surgissant du coma éthylique, Draco - ou Lithium le magicien - saisit son pantalon au sol et le remit précipitamment. Il finit de se vêtir dans les escaliers du Baba O'Riley, prenant bien garde à ne pas réveiller Mel ou avertir Harry, se trouvant encore dans la salle de bain, de sa sortie précipitée.

Le living-room était heureusement vide.

Seul One Gramme, le chihuahua imprudent, faisait frémir son museau dans les braises laissées dans le poêle en mettant ses minuscules pattes sur le ventre de la machine. Le chien jappa férocement en voyant Draco arriver, mais le chihuahua, par sa taille, était aussi crédible qu'un dindon au milieu d'une meute de renards.

Draco siffla et le chien alla se réfugier dans sa niche à l'équilibre précaire - reconstitution d'un château de cartes gigantesque près de la fenêtre. One Gramme mâchouilla un ballon de rugby miniature en lançant un regard hostile au magicien, qui sortit du Baba O'Riley avec un sourire en coin.

Février glaçait les trottoirs londoniens. Le givre recouvrait la plupart des voitures stationnées d'un seul côté de l'impasse.

Un groupe de secrétaires en tailleur passèrent devant le Baba O'Riley. L'une d'entre elles s'arrêta et fixa la piteuse chaumière - c'était la plus petite du groupe, elle ressemblait à un pot de géranium.

- Je n'arrive pas à croire que cet endroit n'ait toujours pas été rasé, dit-elle avec une once de lassitude. Cela va faire des années que je travaille pour le service communication de la banque, des années que je vois cette maison, des années que des gens bizarres en sortent.

- Il paraît que cela fait fuir les clients, ajouta une autre, beaucoup plus grande. Je les comprends : je ne mettrai jamais mon argent dans une banque côtoyant un taudis.

Elles se turent, fixant les fenêtres du Baba O'Riley avec une telle concentration, comme si une nouvelle maison - beaucoup plus conventionnelle - allait jaillir entre les deux numéros de l'impasse. De toute évidence, au bout de deux minutes de silence, elles durent s'admettre vaincues : aucun miracle n'allait faire apparaître un autre immeuble.

- Janet lance une pétition, reprit la première à tête de géranium. Elle veut raser l'endroit.

- Janet ?

- Tu sais, la gentille dame qui habite au numéro 7. Celle qui prend le thé avec moi, le lundi.

- Ah oui, murmura la troisième secrétaire à tailleur gris. Je l'ai vue hier. Il paraît qu'un voyou a été recueilli par le propriétaire de cette maison : on l'aurait vu taguer près du canal, dans la semaine. C'est Peter qui nous l'a dit. Peter promenait son chien dans le parc. Bientôt, m'a-t-il dit, ils ont pour projet de taguer sur les murs de la banque.

- Quelle horreur, grogna la plus grande des secrétaires. Et bien sûr, on devra contribuer aux réparations. Je suis certaine que c'est plein de drogués là-dedans. J'ai même vu des mineurs !

- Sans parler des soucis avec le voisinage... insista la secrétaire aux cheveux en pétales. Enfin, espérons que la mairie de Londres prendra la bonne décision, cette année.

Draco s'éternisa près du groupe, sortant une cigarette afin de justifier sa présence. Il n'avait jamais ouï-dire d'une démolition du Baba O'Riley.

- Vous travaillez dans la banque ? demanda une des secrétaires en s'adressant poliment à lui.

- Je... je vais y passer un entretient d'embauche dans la journée, mentit-il.

- Eh bien, vous en pensez quoi, de l'endroit ?

- C'est... atypique, détourna Draco en fixant la façade du Baba O'Riley. Cela m'amuse de voir des originalités comme celle-ci dans Londres. On casse la monotonie des buildings.

Son argumentation ne sembla pas faire tilt car le groupe de secrétaires partagea une moue indécise avant de s'éloigner dans un bruissement de chuchotis. Camé, Draco perdait de ses talents d'orateur. Mais à quoi bon ? A quoi bon convaincre une bande de morues frustrées et psychorigides ?

Draco jeta son mégot dans une fontaine en bas de l'impasse.

Il héla un taxi qui le mena vers un quartier résidentiel huppé : imbrication de duplex suédois tournés vers la rive Est de la Tamise, les pieds dans l'eau. Les maisons flottantes commençaient tout juste à se répandre en Europe, et les anglais étaient plus sensibles que d'autres concernant la question environnementale. Draco avait investi dans cette maison plutôt qu'une autre parce que...

Il ne savait plus à vrai dire.

Il avait besoin d'un endroit pour vivre, qui soit à son image. Il avait eut vent de cette innovation par le bouche à oreille. Il avait pensé que cela serait un moyen sûr d'éviter que sa maison se trouve submergée par la montée des eaux quand il sera vieux. Il avait signé avec un peu de coke dans le nez. Il avait reçu les clefs huit mois plus tard, sans se souvenir de l'avoir acheté.

C'était une maison-bateau, avec des flotteurs en-dessous de la fondation. Quand c'était l'automne et que les pluies diluviennes arrivaient, Draco pouvait à loisir modifier la pression dans les ballons pour surélever sa maison pour qu'elle soit juste au niveau de l'eau.

Avant, quatre mois plus tôt, il vivait sur l'autre rive de la Tamise : on avait remorqué sa maison sur le fleuve en l'attachant à un énorme bateau à vapeur. Beaucoup l'avaient photographié.

Lui, Draco, magicien la nuit, homme d'affaire le jour, buvait son café sur sa terrasse artificielle, en voguant sur les eaux. Il ne regrettait pas : cette nouvelle rive lui plaisait. C'était un peu plus près du Baba O'Riley, un peu plus loin de son travail. Mais peu importe.

A bout du compte, il passait plus de temps chez lui ou au Baba...

A l'intérieur de la maison-bateau, tout semblait ordinaire. Il avait commandé tous les meubles sur Internet, par catalogue. Draco ne savait pas quoi mettre à l'intérieur, donc il avait demandé qu'on lui installe la réplique exacte de décoration de pages de magazines.

C'était très différent de la forte personnalité controversée se dégageant de la librairie du Baba O'Riley.

Il n'avait jamais été doué pour meubler ou donner de la personnalité à un endroit. Il ne savait pas comment peindre son lui intérieur sur les murs... d'autres étaient plus doués pour ça.

Peut-être que s'il vivait un jour avec quelqu'un, cet autre s'occuperait de cette partie du travail. En tout cas, son intérieur était blanc cassé, beige, taupe et chocolat, inox etc. En bref, tendance sans sortir du commun.

Draco grimpa quatre à quatre l'escalier en teck menant à la mezzanine. Là, il y avait une petite salle de bain ouverte sur la chambre à coucher. Draco se déshabilla et prit un long bain chaud, s'imaginant sur une plage chaude de Polynésie ou d'autres contrées d'ailleurs.

Le temps passa lentement, futile, s'égrenant comme des bulles de savon.

Peu après, il sortit de son bain, les mains fripées, et enfila des vêtements propres.

Draco descendit dans sa cuisine ouverte afin de se faire un cappuccino, quand il vit quelqu'un déjà affairé à préparer le petit-déjeuner.

- Théodore ?

- Tu devrais penser à fermer ta porte à clef, répondit son ami en sortant deux assiettes d'un placard en kit beige.

- Je devrais aussi te rappeler les principes de courtoisie, mais vois-tu je ne le fais pas. Tu es là depuis combien de temps ?

- Bientôt vingt minutes. Tu ne m'as pas entendu ?

- Non, j'essayais de me noyer dans mon bain, répondit ironiquement Draco en s'asseyant à table. Mmh, une carafe de jus d'oranges fraîchement pressées... quinze oranges pour vingt centilitres et cent cinquante kilojoules dépensés ? Toi, tu as quelque chose à me dire et à te faire pardonner, devina Draco avec un sourire. Dis-moi tout.

Théodore éteignit les plaques électriques et sortit de la poêle les tranches de bacon. Il ajouta également des œufs brouillés dans les deux assiettes, et déposa le tout sur la table avec la délicatesse d'un serveur de la Haute.

Théodore tira la chaise en face de Draco et fixa longuement le contenu de son assiette.

- Je me suis disputé avec Blaise, avoua-t-il. J'ai démissionné.

- Que s'est-il passé pour que tu craques ?

- Je me suis fait avoir... on a couché ensemble. Nous sommes partis en Irlande pour les affaires. La proximité m'a fait perdre la tête. Tu comprends ?

- Je peux comprendre ça, oui, admit Draco en prenant sa fourchette. Cela va faire longtemps que tu le voulais rien que pour toi. Maintenant c'est fait.

- Il n'arrive pas à passer à autre chose avec l'histoire de son ex, et puis, honnêtement, même si c'était le cas, il n'a jamais été intéressé par moi. Je suis insignifiant. Plus les années passent, et plus je deviens fade. Je n'intéresse plus. Même aux rendez-vous d'affaire, les gens ne regardent que lui.

- C'est toi que j'ai trouvé beau en premier, conforta son ami.

- Tu dis ça par gentillesse.

- Ai-je l'habitude d'être gentil ?

- Avec moi, oui. Je dois déroger à la règle, prononça Théodore.

Draco était différent à son contact, comme adouci, plus humain.

En arrivant dans leur pensionnat, il y avait bien des années de cela, Théodore avait entendu parler de Draco - le fils d'aristocrate important, petit-fils d'un notable, neveu d'une grande famille anglaise, héritier d'une petite fortune. On l'avait dépeint comme la personne représentant le mieux l'esprit de l'école : vaniteux et riche au possible.

Plein d'apriori, Théodore avait posé ses yeux pour la première fois sur Draco un peu par hasard. Il parlait avec importance à un groupe d'élèves un peu plus jeunes. Il était préfet.

Ils avaient échangé un regard, Draco s'était arrêté quelques secondes dans son discours, puis avait reprit la parole avec sérieux.

Des mois plus tard, Draco lui avoua avoir eu le coup de foudre. L'amour est une histoire de point de vue.

Sauf que là, c'était tout sauf réciproque.

A l'époque, Théodore ne se savait pas attiré par les garçons - mais à force de ne côtoyer que la gent masculine chaque jour de l'année dans ce pensionnant, ils se rabattaient tous sur la même marchandise.

Cela favorisait les inclinations.

Théodore, Blaise et Draco avaient partagé le même dortoir durant leur scolarité. Leur amitié était née entre ces murs austères du pensionnat.

C'était une bonne entente, au début : Blaise essayait toujours d'ajouter un peu de chaleur avec des blagues grisantes ou en sortant des revues avec des filles nues (à l'époque, Blaise pensait que "les nibards, il n'y a que ça de vrai").

Théodore faisait les devoirs de Blaise de temps à autre alors qu'il lui promettait inlassablement de le rembourser avec un autre service - chose qui n'était jamais arrivé.

Draco, pour sa part, les regardait de loin, sans souffler mot, appartenant à un monde à part.

Les premiers jours de cohabitation, Théodore supposa que peut-être Draco se pensait trop bien pour partager sa chambre avec d'autres élèves. On ne connaissait pas ses intentions.

Puis, finalement, Blaise et Draco s'étaient retrouvés dans la même équipe de basketball. Cela avait créé des liens, sans conteste. Mais, en réalité, devenir ami avec Blaise était juste un prétexte pour pouvoir mieux approcher Théodore.

Sans préambule, Draco l'avait embrassé, un soir, dans leur dortoir, alors que Blaise traînait en salle de sport.

- C'était... en quel honneur ? avait demandé Théodore en détournant son attention de son livre de chimie.

- Cela faisait longtemps que je pensais à le faire, avait avoué Draco en s'écartant légèrement. Je ne voulais pas qu'on finisse le lycée sans que tu saches la vérité. Je me suis attaché à toi. J'ai envie de te revoir lorsqu'on sera dans nos études supérieures. Tu es la seule personne qui m'intéresse, ici.

- Alors tu ne dois pas bien regarder autour de toi.

- Je suis très lucide, avait reprit Draco avec fermeté. Ce n'est pas une blague poussée un peu trop loin. J'ai envie que tu considères la chose suivante : pourrais-tu me donner une chance pour que l'on apprenne un peu mieux à se connaître ? Juste... tous les deux. Sans Blaise.

Draco avait appuyé ses propos en mettant sa main en bas de son dos.

Théodore se souvenait parfaitement de ce premier contact.

Théodore s'était senti si... proche de lui. Pourtant, à l'époque encore, il ne savait rien de Draco Malefoy. Il ignorait quels étaient ses buts dans la vie, ses rêves, ses peurs, ses passions. Draco, lui, avait dû mener son enquête et savoir quelques petites choses sur son compte.

Théodore voulut alors vérifier cet état de fait :

- Que sais-tu sur moi ? dit-il d'un ton empli de défi.

- Je... je sais que tu n'aimes pas manger le matin parce que ton estomac n'est pas réveillé. Tu regardes les autres manger, ou tu nous accompagnes en silence en relisant des fiches de cours. Parfois, il t'arrive de piocher dans le panier de toasts mais tu ne le finis jamais. Je sais que ce que tu aimes manger ici, par contre, ce sont les tourtes - peu importe la saveur : tu t'en sers toujours deux fois. Tu n'aimes pas les miettes sur ton uniforme ou te moucher devant tout le monde. Tu préfères l'hiver comme saison. Tu es heureux dès qu'il neige. Tu aimes... les flocons sur les vêtements, lire les livres près du feu, grignoter des biscuits en cachette dans la bibliothèque et te couper les cheveux en cours avec tes ciseaux…

Les yeux de Théodore s'agrandirent de surprise.

- Tu ne sais toujours pas nouer ta cravate alors tu fais attention dès que tu l'enlèves. A chaque fin de cours, tu vérifies deux fois que tu as toutes tes affaires. Tu n'aimes pas sourire en public et tu as la fâcheuse manie de te toucher le bout du nez, comme ça...

Draco lui caressa le visage sans le quitter des yeux.

Théodore n'avait pas réagi, bien trop bluffé de savoir que quelqu'un, qui en apparence ne le connaissait pas, avait emmagasiné autant d'informations sur son compte.

Il ferma les yeux quand Draco prit pleinement son visage entre ses mains et l'embrassa voracement. Théodore, du haut de ses dix-sept ans, s'était surprit à répondre à ce baiser.

C'était le premier de toute sa vie.

- J'en sais plus sur ton compte que tu ne peux le croire, finit par murmurer Draco en fixant un point invisible au-dessus de son épaule. Je sais aussi que Blaise compte beaucoup pour toi.

- Et alors ? demanda Théodore en un haussement d'épaules. Que vient-il faire là-dedans ?

- Il ne pourra pas comprendre qu'on passe du temps ensemble, sans lui. Il va chercher à savoir ce qu'il se passe et quand il saura, il... j'ai peur qu'il soit intolérant. J'ai peur qu'il soit hypocrite comme tous ces mecs de dortoir qui se font enculer sans problème mais qui hurle au loup dès qu'un type s'affirme comme homo. Ce n'est pas n'importe quoi... quand on quittera le pensionnat, il y aura les filles, tout ça. Je ne sais pas comment je vais réagir - sexuellement parlant...

- Tu me proposes de mieux te connaître pour me sauter ? résuma-t-il.

- Pas du tout ! Si c'était pour ça, je serai allé voir quelqu'un d'autre. Je veux juste que tu me donnes une chance, qu'on se donne une chance tous les deux.

- Tu... tu me proposes de sortir avec toi ? interrogea Théodore, incrédule.

Draco allait ouvrir la bouche quand la porte du dortoir s'ouvrit sur Blaise, exténué. Il se laissa tomber sur un fauteuil et souffla :

- Théo, tu as fait mon devoir de math ? Je dois le rendre demain.

- Peut-être que tu aurais un peu plus de temps pour tes études si tu ne passais pas autant de temps à essayer de te muscler, riposta Draco, énervé d'être coupé en pleine conversation importante.

Blaise se redressa, le regardant avec dédain.

- Ce que je fais de ma vie ne regarde que moi, prononça-t-il en grinçant des dents. Alors, tu as fait ce devoir Théo ?

A ce moment précis, Théodore comprit qu'il allait être prit dans une bataille incessante entre ses deux amis.

Il se leva subitement et fouilla dans un classeur afin de trouver la copie double de Blaise. Maintenant, à force de triche, il arrivait parfaitement à imiter son écriture. Théodore s'approcha de Blaise et celui-ci grogna d'un air désagréable :

- J'espère que cette fois tu ne feras plus d'erreur. La semaine dernière je n'ai eu que seize parce que tu avais confondu un plus avec un moins. Tu feras plus attention la prochaine fois : je te signale que je joue ma place aux NBC.

Ce fut le mot de trop et Théodore, piqué au vif, jeta son devoir dans l'âtre de la cheminée.

- Mon devoir ! cria Blaise.

- Non, mon devoir à moi, rappela Théodore, furieux. C'est moi qui l'ai rédigé pendant que tu t'amusais à courir après une stupide balle. Ça me prend un temps fou de corriger tes exercices quand tu prends la peine de les faire, de faire tes devoirs maison à ta place, d'écrire des lettres de motivation pour je-ne-sais-quelle école. J'ai une vie aussi !

- Ah bon ? déclara Blaise, d'un ton moqueur. Et depuis quand ? Arrête, Théo. Depuis qu'on est petits, ta vie, c'est moi. Il n'y a rien d'autre...

- Si, il y a lui maintenant, dit-il en désignant Draco.

Blaise les regarda alternativement et éclata de rire.

- Lui ? Mais, c'est quoi la blague ? Vous vous êtes passé le mot pour que je me fende les côtes ?

Draco avait un visage dur, comme s'il voulait le frapper. Il jeta un coup d'œil à Théodore qui semblait désemparé.

Face à Blaise, il perdait toujours ses moyens.

- Je lui ai demandé de sortir avec moi, déclara clairement le préfet.

Blaise se tut, comme s'il fut soudain frappé de mutisme. Ses yeux s'étaient écarquillés de surprise. Théodore contemplait ses pieds et ne semblait pas prêt à relever la tête de sitôt.

- Et j'ai dit oui, murmura finalement Théodore. Que cela te plaise ou non, Draco et moi nous allons apprendre à nous connaître et à nous... aimer. J'ai besoin de quelqu'un qui occupe ce rôle dans ma vie. Toi, tu ne fais que de me rabaisser. Tu ne m'apportes rien de concret, même en amitié.

Blaise se leva brusquement de son fauteuil et déplaça une table de chevet. Il monta sur le lit sans enlever ses chaussures et le poussa contre un autre avec force, faisant racler le parquet.

- Comme ça, vous ferez lit-double, cracha-t-il. Théodore, ne t'approche plus de moi : je ne veux pas être touché par une pédale. Quant à toi Malefoy, t'es qu'un salopard...

Il avait claqué la porte et brisé un miroir accroché au-dessus d'une commode. Mais c'était le cœur de Théodore qui était en miettes...

- Théo ? Théo ?

- Tu disais quelque chose ? demanda-t-il avec un sourire, revenant de suite à la présente réalité.

- Je te demandais si tu voulais dormir à la maison ce soir, répéta Draco en buvant une gorgée de jus d'oranges pressées. J'ai un canapé-lit dans mon bureau, à côté. Cela te fera du bien de penser à autre chose qu'à... lui.

- Draco, je suis sincèrement désolé de... de ne pas avoir été là pour toi, de l'avoir choisi lui plutôt que toi.

- C'est du passé tout ça, réconforta Draco. Je vis autre chose maintenant. Je t'aimais et je ne regrette rien : si je ne l'avais pas fait, j'aurais toujours été ignorant des choses de l'amour. A présent, je sais un peu plus de choses. Toi aussi, tu dois passer à autre chose, l'oublier un peu. Tu sais, tu penses plus à lui qu'à toi-même. Cela en devient presque effrayant ! plaisanta-t-il.

Théodore se permit un léger rire et mordit dans un toast beurré. Il le reposa, à peine entamé, et demanda :

- Dis, Draco, si on est sortis ensemble, pourquoi n'avons-nous jamais fait l'amour ?

Draco s'appuya au fond de sa chaise et déposa ses couverts sur la table. Il se passa une main sur son menton et ferma les yeux, avant de les rouvrir.

- Je ne voulais pas te salir, avoua-t-il.

- Comment ça, me "salir" ?

- Je... je ne suis pas si idéal qu'on peut le croire en me voyant au travail. Je ne suis pas cet homme-là. Je suis lui et quelqu'un d'autre. Pendant l'acte, tu ne m'aurais plus reconnu. Je ne voulais pas égratigner l'image que tu as de moi... mais c'est du passé tout ça, hein ?

- Oui, c'est du passé, approuva doucement Théodore en fuyant son regard. Mais parfois, tu ne te poses pas des "Et si" ?

- Et si Théodore et moi étions restés ensemble ? Et si tu avais accepté de prendre cet appartement avec moi ? Et si tu avais tourné le dos à Blaise ? Et si je t'avais emmené avec moi à Harvard ? Et si, tout simplement, tu étais tombé amoureux de moi ? C'est ça ? Tu sais, Théodore, ces questions-là, je me les suis posées. Des soirs entiers, je me demandais ce que serait devenue ma vie dans tes bras. Mais j'ai comprit que c'était vain, futile. Tu n'aurais jamais été heureux avec moi, à mes côtés. Tu serais resté par sécurité, voilà tout. Moi, je ne veux pas d'un couple rassurant, bien tranquille. Je veux des frissons.

- Tu m'en veux ?

- Absolument pas. Peut-être que deux autres personnes nous attendent quelque part, sans le savoir, dit Draco. J'ai hâte de rencontrer cette personne, juste pour moi. Une personne un peu dingue pour pouvoir me supporter, anticonformiste sur les bords et... avec un beau sourire.

- Ce n'est définitivement pas moi ! s'exclama son ami avec une moue boudeuse.

- Tu voulais que je prenne ton sosie pour te mettre mal à l'aise, peut-être ? Allez, ne sois pas jaloux. Ne fais pas ton Blaise.

Draco se leva pour débarrasser la table, mais Théodore le retint par le bras.

- D'accord, je reste ce soir. Mais je veux savoir qui est l'autre Draco, celui vivant la nuit. Je veux savoir ce qu'il se passe sous tes cheveux blonds quand le soleil a disparu.

A suivre


Le Chapitre 9, 10, 11 et 12 appartiennent à une série. Tous les faits se déroulent durant une seule et même soirée ! C'est en quelque sorte un 24H Chrono. Rapellez vous-en :)

Pour la suite, un très long chapitre. Tenez bon, mes amis !

Dairy's Scribenpenne