Titre : chiens
galeux
Auteur : ylg
Personnages : Cain Fury, King
Bradley ; légers indices de Fury/Dorchet
Fandom : FullMetal Alchemist
Rating : PG / K-plus
Disclaimer : Arakawa Hiromu, Square Enix, Studio Bones.
Thème #12, mort au fil de l'épée
Timeline/Spoil
éventuel : "et si" l'équipe Mustang avait
participé à l'attaque du Devil's Nest ? soit, épisode
34 pour l'anime, et pour le manga il me semble que c'était
le tome 8.
(je ne sais pas ce que vous penserez de cette fic, vous, mais personnellement c'est un thème que j'ai bien aimé écrire.)
oOo
Sur un
ordre spécial du Généralissime, leur petite
équipe avait été envoyée à
Dublith. La présence des subordonnés de Mustang était
paraît-il souhaitable sur cette mission. Cette expérience
était nécessaire à leur service. Et puis, ils
étaient directement concernés de part l'implication
d'un autre subordonné du même colonel.
À
Farman qui faisait remarquer qu'ils n'avaient aucune habitude des
interventions musclées comme celle qui se profilait là,
Fury avait répondu en supposant naïvement que justement,
c'était une lacune à combler, et que c'était
pour ça qu'on réclamait qu'ils y assistent, qu'on
jugeait que l'expérience leur serait profitable. Havoc et
Breda, un peu plus expérimentés sur ce terrain,
rétorquèrent que les choses, cette fois, dépassaient
les limites d'un entraînement ; apprendre sur le tas
d'accord, mais mieux valait commencer par quelque chose de plus
simple ne serait-ce que la première fois. Et ensuite seulement
corser les choses tant qu'ils voudraient. Du moins, pour autant
qu'ils pouvaient en juger avec le peu qui avait filtré sur
la mission en cours.
Effectivement, l'affrontement fut
violent. Sous prétexte de secourir leur jeune collègue
Edward Elric et son frère cadet, il s'agissait ni plus ni
moins d'éliminer un groupe de rebelles, sans en laisser un
seul.
On les sépara, chacun devant suivre un détachement
des forces spéciales dans ce nid devenu souricière.
Havoc s'en tirerait sans nul doute avec brio, Breda ferait
valoir ses capacités de tacticien. Farman devrait improviser…
et Cain Fury, de son côté, se trouvait complètement
dépassé par les événements, mais fit de
son mieux pour suivre les ordres sans s'horrifier du massacre, sans
faiblir devant ce qu'on exigeait de lui. Il participa comme
demandé, y compris en prenant conseil et ordres auprès
de simples soldats ; pour lui, peu importaient les grades, seule
comptait l'expérience du terrain.
Sauf quand il
s'agit d'achever des mourants. Ça, il s'y refusait.
«
On ne peut pas faire ça !
-Les ordres sont formels,
Sergent. Ils doivent être éliminés.
(Exterminés,
oui !)
-De toute façon, il est foutu. Autant être
humain et abréger ses souffrances, il agonise…
-Ouais,
bon, désolé de l'avoir raté au premier coup,
ce petit salaud bougeait trop vite. Pis c't un encaisseur de
première, un type normal serait déjà froid…
bon-
-Non !
-Je regrette Sergent, on a nos ordres de plus haut,
vous n'avez pas à vous y opposer.
-Mais, on ne sait pas,
en le gardant en vie on peut l'interroger, sur leurs activités,
leurs buts et leurs motivations, d'éventuels alliés
?
-Nous savons déjà tout ce dont nous avons besoin,
intervint une voix dans le fond.
-Généralissime.
-Sergent-major
Fury, donnez-leur l'ordre de tirer.
-Sir, je ne peux pas.
»
Fury se tenait debout, entre le blessé et le
rang de soldats. Après avoir croisé le regard de cet
homme, il ne pouvait pas le laisser mourir ainsi, les laisser
l'abattre comme un chien. Il n'aurait pas pu l'expliquer, mais
quelque chose en lui le reconnaissait. Il ne pouvait, même en
esprit, s'autoriser à prononcer « l'attirait »,
mais il ressentait bel et bien quelque chose.
Cet homme se
battait pour vivre, se battait non pour lui-même, mais pour ses
amis, ses frères. Il ne voulait pas mourir. Et face à
la mort, en fait de peur, il ne montrait qu'incompréhension
et colère. Comme un chiot abandonné. Comme Black Hayate
ce jour de pluie, il y avait longtemps...
Il se campait
toujours dressé comme un rempart entre cet homme à
terre et le Généralissime, déterminé.
«
S'ils ont commis un crime, il faut les juger et les punir. Mais on
ne peut pas les abattre ainsi, maintenant qu'ils sont maîtrisés.
-Ils sont trop dangereux, nous ne pouvons perdre de temps à
de tels enfantillages. J'ai donné des ordres, Sergent-major
: obéissez. »
Malgré lui, Cain Fury le défia
du regard. C'est de l'abus de pouvoir, s'horrifiait-il
intérieurement, sans oser toutefois le prononcer à voix
haute, écartelé entre sa loyauté pour l'armée,
sa croyance en un système juste d'une part, et la pitié
–l'attirance- humaine qu'il éprouvait pour cet homme, la
cruauté manifeste de ses supérieurs de l'autre.
Sans
un mot de plus, sans exprimer la moindre émotion, ni mépris
ni colère ni déception, rien, résolument, King
Bradley marcha sur lui, sabre au clair. L'arme avait transpercé
son corps et en était ressortie en un clin d'œil, sans
qu'il ait le temps d'avoir peur, ou mal.
Le geste de Bradley
provoqua juste en lui la surprise. Ensuite seulement vint la douleur,
le choc, la chute, et avec la réalisation, la peur.
Son
regard croisé de nouveau celui de l'homme qu'il avait
tenté de protéger envers et contre tout, en dépit
du bon sens, sur un coup d'émotion, et finalement au prix de
sa propre vie. L'autre le contemplait d'un air incrédule.
Puis la colère ravagea ses traits, il trouva un regain
d'énergie.
« Bradley ! tu n'as même pas la
confiance de tes hommes ! »
Et l'homme se jeta sur le
Généralissime, brandissant son propre sabre. L'échange
fut bref. Déjà blessé et affaibli, il perdait en
vitesse et en dextérité. En un rien de temps, tout fut
fini. Son cadavre rejoignit au sol Fury agonisant.
Les soldats,
toujours en garde, prêts à tirer, n'avaient même
pas pu intervenir : trop de risques de toucher le Généralissime,
qui n'avait par ailleurs pas besoin d'aide.
« Voilà
qui est fait, cracha-t-il froidement. Qu'attendez-vous pour
continuer ? vérifiez qu'il n'en reste plus dans la pièce
voisine.
-Aye, Sir !
-Généralissime, le jeune
garçon est sauf. Nous cherchons toujours son frère. Le
chef a tenté de s'enfuir par les égouts, le Groupe
Deux est à sa poursuite.
-L'Alchimiste aux Bras
Puissants ?
-À la poursuite d'un autre groupe de
fuyards.
-Bien. Deux hommes restent ici, les autres avec moi, nous
rejoignons le Groupe Deux.
-À vos ordres. »
Claquements
de talons, bruits de bottes. Puis le silence dans la pièce
vidée.
Les deux qui restèrent étaient
détachés du groupe suivant et n'avaient apparemment
pas assisté à la scène :
« Ces fils de
pute nous ont donné du fil à retordre. Cette bande de
monstres avait la vie dure. Y'a un type qui a buté deux gars
à nous en un clin d'œil, de l'autre côté, »
commença l'un d'eux, pour meubler le silence, tromper
l'ennui d'être relégué à monter la
garde sur une poignée de cadavres. Il ne croyait pas au risque
de voir d'autres chimères débarquer –il savait
parfaitement de quoi était capable son unité.
«
Ce petit salopard au sabre a fait du dégât…
-Hn. Si
c'est celui que j'ai vu, il a salement blessé un pote à
moi.
-C'est lui qui a refroidi les gars-là ?
-'faut
croire.
-Merde.
-Comme tu dis… »
Ce fut leur seule oraison funèbre, à tous deux. Ça, puis être comptabilisés, plus tard, dans les pertes pour l'uns, dans les victoires pour l'autre, sans un mot pour rapporter leur bravoure ou leur insubordination ou quoi que ce soit sur la manière dont ils avaient fini. Ça n'intéressait pas les chiffres de l'armée, les détails d'une mort parmi tant d'autres.
