Chapitre 9 : Conclusion
Elle s'éloigne d'un pas rapide, puis pivote sa tête vers Borsalino, qui relève la tête pour observer les derniers mouvements autour de lui. Leurs yeux se croisent que quelques secondes, mais ces précieuses secondes lui brisent le cœur en voyant les larmes couler le long des joues de son ainée tant respectée.
Au fond de lui, il comprend le sens caché de cette tristesse… Tsuru est une fine stratagème qui montre rarement ses sentiments… Du moins quand elle est entourée.
Délicatement, Borsalino prend sa fille contre lui, la soulève dans les airs pour la caler contre son torse. Elle accueille faiblement son étreinte paternelle et continue de sangloter sur sa chemise. Oubliant Sengoku sur l'instant, il poursuit Tsuru à travers le couloir, qui lui semble si immense et vide.. Il aperçoit au fond du couloir, les vice-amiraux revenant de l'infirmerie, qui congédient tous les soldats dans les dortoirs, sans explications. Il y a du remue-ménage autour, mais ce n'est pas la préoccupation première de Borsalino.
Tsuru vient de tourner à droite et rentre dans son bureau, claquant la porte derrière elle. Il arrive devant la lourde porte, puis après avoir hésité plusieurs secondes, il pose sa main sur la poignée et l'ouvre. Elle s'ouvre silencieusement sur la pièce parfaitement éclairée : un somptueux bureau rangé lui fait face et un canapé est aménagé comme dans chaque bureau juste en face. Le siège du bureau lui tourne le dos…
- Entre Borsalino. Ne reste donc pas planté là… Je crois que tu as de nombreuses questions et je pense que tu sais que mes réponses ne vont pas te plaire. Quand à toi Sengoku.. Je sais que je ne pourrais pas t'empêcher d'écouter à la porte…
Borsalino se crispe un peu, en entendant un soupir ennuyé de son supérieur, qui rentre derrière lui, dans le bureau. Le singe jaune ne tarde pas à s'avancer et enjambe le canapé pour s'y asseoir lourdement. Enora se calme petit à petit, puis c'est Morphée qui vient la bercer avec douceur dans les bras de son père. Il retire sa longue cape d'amiral de ses épaules et la dispose tendrement sur Enora pour la tenir au chaud.
Anxieux, il réussit à reprendre son visage neutre et le masque d'amiral de la Marine. Il relève la tête vers Tsuru, qui l'observe depuis son fauteuil. Leurs regards se croisent encore une fois, mais cette fois, plus de traces de larmes. Borsalino cligne des yeux s'imaginant avoir rêvé la scène plus tôt. Elle lui adresse alors un sourire en coin, dont elle seule, a le secret : celui qui vous réchauffe le cœur, et qui vous redonne espoir.
- Borsalino… Je crois que depuis que je te connais jeune matelot, je ne t'ai jamais vu aussi… heureux et serein.
Elle se redresse dans son siège, et pose ses coudes sur son bureau en croisant ses mains sous sa tête, ne le quittant pas des yeux.
- Mais malheureusement, nous n'avons pas le temps de ressasser le passé je le crains. Car c'est le futur dont il est question maintenant.
Elle se masse un instant les yeux, réfléchissant soigneusement ses paroles.
- Je suis arrivée à Marineford peu de temps après l'arrivée d'Enora sur l'île. J'avais remarqué l'immense trou devant le bâtiment, mais je n'avais encore aucune information. Cependant, en voyant Chesca venir dans mon bureau le regard vide et pleine de doutes, je n'avais plus d'une seule certitude : quelque chose de grave venait de se produire. (Elle pousse un long soupir). Sengoku et moi, connaissons la suite... Ce gros benêt a fait interruption dans mon bureau et en a chassé Chesca. Elle qui avait visiblement besoin d'une oreille attentive… Sengoku a réduit son dernier espoir en miette si j'en crois les rumeurs. Chesca s'est isolée avec toi et Enora depuis le début de cet indicent, c'est bien cela Borsalino ? fait doucement Tsuru.
Il hoche la tête pour confirmer les dires tandis qu'il tente de contrôler ses mains qui tremblent de rage en tenant Enora contre lui. Il n'était pas au courant pour cette altercation…
- Il m'a raconté ce qu'il s'est passé.. Mais de son point de vue extérieur et de vieux grincheux, rajoute Tsuru sans broncher aux grognements de l'intéressé. Maintenant, j'aimerai entendre ta version Borsalino. Sengoku vous a convoqué toi, Chesca et les amiraux dans son bureau pour une mise au point. Les choses se sont mal passées et Chesca s'est sentie mal au point de faire un malaise, l'amenant ainsi à l'infirmerie. Une fois qu'elle s'est réveillée, Enora t'a désignée comme son père… Les deux autres amiraux ont quittés la pièce, et Sengoku vous a mis en garde avant de partir à son tour. Et ensuite, Borsalino, raconte‑moi ce qu'il s'est passé dans l'infirmière …
Pour la première fois depuis le début de sa carrière, Borsalino est soudainement mal à l'aise. Il se revoit quelques années en arrière, face à l'un de ses supérieurs hiérarchiques qui voulaient entendre de lui des aveux suite à un incident dans la base. Il avait été dans un coup foireux avec plusieurs soldats sans le faire exprès avec Sakazuki. Mais tenant à leur amitié, il avait pris sur lui et il s'était accusé seul du crime commis par ses compères. A partir de cet instant, il a su de démarquer et se faire apprécier par son courage, son intelligence et son sens du sacrifice. Aujourd'hui, il doit apprendre à changer de position et oser parler à un collègue, sans avoir peur de sanctions et de jugements sur ses faits et gestes. Un instant, il ferme les yeux, chassant les douloureux souvenirs du passé et respirant plusieurs fois pour se calmer. Tsuru considère son homologue en silence, respectant son silence tandis que, de son côté, Sengoku commence à perdre patience face au « jeu » du singe. Elle braque son regard sur lui, le foudroyant des yeux. Il reste en retrait, et se place derrière le canapé, attendant comme Tsuru, la version de Borsalino sur les dernières heures.
Finalement, après plusieurs minutes de silence, Borsaliino commence le récit du souvenir partagé par Enora et du compromis pour la protéger. Patiemment, Tsuru l'écoute en intégrant tous les détails de cette journée, jusqu'à notre altercation sur le terrain d'entraînement. En repensant à mon agressivité, il grimace légèrement avec un pincement au cœur.
- C'est à partir de ce moment que Chesca a tenté de renouer le dialogue avec ses collègues vice-amiraux pour garder Enora le temps de cette soirée, n'est-ce pas.. ? reprend Tsuru.
- Ouii… C'eest ce qui étaait prévuu.. Mais ils l'oont rejeté. Ils l'ont briséé Tsuru-samaa... Cheeesca allait vers mes appartemeents quand elle s'eest arrêté à son bureaau à caause de dégradaations des sooldats… Ca a dégénéééré… Elle a attaquééé l'un d'entre euux… Elle n'aa pas voulu écouteeer les autres vices-amiraux… C'eest aloors que vous êtees venu me chercheer… Quand je suuis arrivée, j'ai vuuu dans son reeegard qu'elle était desespérée. Je l'aai empêchéé de tuer ce sooldat... Elle s'eest écrooulée dans mes braas quand je l'ai priiise contre moi pour la caalmer… Elle treemblait de partoout… Elle pleeurait en sileence comme si elle avaait honte de pleeurer.. Pourtaant… Ce n'eest pas un criime… Résultaat… Il s'est veeengé…
- En effet, ça ne l'est pas… Mais quelque chose m'intrigue…Tu sembles nous dire.. que le soldat qu'elle a attaqué, est celui qui a commis les dégradations sur ce bureau… ? Et qu'il s'agit du même soldat, qui l'a blessé gravement tout à l'heure ?
Borsalino hoche la tête, une première fois.
- J'ai interrogé les vice-amiraux pour ma part, intervient Sengoku. Ils m'ont dit que ce soldat.. Le soldat Ryan l'a provoqué en l'appelant d'abord avec sa fonction actuelle, puis il s'est corrigé en l'a nommant « Mme Borsalino ». A ce moment, elle lui a sauté à la gorge, folle de rage, m'a précisé Smoker…
- Pourquooi n'est-il pas intervenuu alors ? rétorque Borsalino. Il auraaait pu nous éviiiter tout celaa.. !
- Borsalino… Chesca a sorti son sabre et a étranglé le soldat avant que Smoker et les autres aient eu le temps de réagir et de s'avancer vers elle pour la désarmer.
- Et aloooors ?! Sooous mes ordreees, elle l'a relaaché… Pooourquoi ne l'oont-ils paaas mis en celluuule comme je l'aai demaandé pour insuuuboordinaaation ?! La saaanction est un enfeeermemeent d'une seemaine minimuum jusqu'à un moois… A mooins que voous ayiez dooonné l'ordre de le libééérer…
- …
Un silence plane sur cette accusation directe vers Sengoku, qui ne bronche pas d'un poil. Borsalino fronce alors les sourcils et tourne la tête vers son supérieur, pris d'un doute. Le regard de Sengoku est fuyant. Une terrible vérité éclate au visage du singe jaune qui réalise la véracité de son accusation malgré lui.
- Voooous… vooous l'aveez faaait libééérer ?!
Un vent froid traverse la pièce et Borsalino contient difficilement sa colère. Ses poings sont serrés sous la fureur. De son côté, Tsuru se lève et plaque violemment ses mains sur lu bureau, toute aussi furieuse par la décision de son ami.
- Sengoku… ! Je suis venue en personne te faire le rapport de l'incident. Borsalino est venu te le faire immédiatement aussi… Et nous apprenons maintenant que tu as osé remettre nos paroles en doute au point de libérer aussitôt ce rebelle… ! Quel exemple crois-tu donner à l'ensemble des soldats et des officiers de la base ?! Tu viens de leur donner une raison de se rebeller sans craindre une sanction !
Sengoku ferme un instant ses yeux, pour réfléchir calmement à une solution. Mais ce bref instant suffit à Borsalino, qui dépose Enora dans le canapé, puis se lève silencieusement pour foncer sur son supérieur. Il le frappe au niveau de l'estomac d'un coup de pied à la vitesse de la lumière, envoyant valser Sengoku à travers la pièce. Il s'écrase violemment contre le mur du fond et, à peine a-t-il le temps de rouvrir les yeux et de se protéger d'une prochaine attaque en croisant les bras, que Borsalino est à son niveau, le doigt brillant de son fameux laser mortel. Sengoku se fige quand il aperçoit la détermination de vengeance dans les pupilles de son fidèle amiral. Tsuru s'avance à son tour, et parle d'une voix ferme.
- Ca suffit vous deux ! Borsalino… Sengoku a commis une grosse erreur, nous en sommes tous conscients! Mais le provoquer en duel comme tu le fais, ne règlera pas le problème ! Chesca est à l'infirmerie entre la vie et la mort et tu as un enfant à protéger désormais !
Borsalino cligne des yeux, et pivote la tête vers Tsuru, les yeux mouillants sous l'émotion.
- Entreee la viiie et la mooort ?
- L'infirmière en chef n'était pas très optimiste sur son sort à notre arrivée… Va la rejoindre. Je m'occupe d'Enora.. Sois sans crainte Borsalino.. Chesca est l'une de mes meilleures élèves et je suis ravie qu'elle ait trouvé quelqu'un pour la combler et la rendre heureuse…
Cette dernière phrase fait rougir immédiatement Borsalino, qui devient alors aussi rouge qu'une chemise de Sakazuki. Sengoku tousse soudainement, pour se faire remarquer, les yeux toujours fixés sur le doigt brillant sur son visage. Tsuru soupire, puis s'avance doucement entre les deux hommes pour poser une main tendre sur l'avant-bras de Kizaru.
- Je m'occupe de son cas.. Personnellement…
Le concerné avale péniblement sa salive, en voyant l'aura dangereuse autour de la doyenne de la Marine. Même un petit soldat fraîchement arrivé sait qu'il ne vaut mieux pas être dans les parages quand Tsuru est en colère.
Borsalino prend une grande inspiration et finit par éteindre son doigt, pour se détourner de Sengoku. Il remercie d'un hochement de la tête Tsuru, avant de quitter le bureau en trombe à a vitesse de la lumière en direction de la pièce qu'il redoute tant : l'infirmerie. Après quelques secondes, qui lui paraissent une éternité, il arrive devant la porte de l'infirmerie. Ses yeux s'attardent sur le panneau blanc et rouge. La peur au ventre, il tente de rester maître de ses émotions, et entre d'un pas traînant dans le lieu de toutes les angoisses.
Dès qu'il entre, il aperçoit les infirmières qui s'agitent dans le fond de l'infirmerie, entrant et sortant sans arrêt avec des pansements et des outils couverts de sang. Malgré son aversion pour cet endroit, le singe jaune prend son courage à deux mains et s'avance vers la salle d'opération. Il se téléporte jusqu'à la porte du sas, avant la petite salle servant d'observatoire sur la salle d'opération. Il enfile un masque, des gants, et quelques protections sur son costard, pour entrer dans le minuscule sas pour observer l'opération.
Une boule au ventre, il s'avance jusqu'à la vitre et m'observe, interne sur la table d'opération. Deux infirmières et l'infirmière en chef finissent de retirer les morceaux de balle plantés dans ma poitrine et l'épaule. Impuissant, il s'appuie d'une main sur le mur, et pose son front contre la vitre, ses yeux rivés sur mon visage impassible. Les machines à mes côtés sonnent régulièrement au rythme de mes battements de cœur.
Une heure et demie plus tard…
A moitié somnolant, Borsalino sent une main se poser sur son épaule pour le réveiller. Il baille longuement avant de regarder la personne à ses côtés : c'est l'infirmière en chef, éprouvée par l'opération. Avide d'en savoir plus, il sort de sa torpeur et ouvre la bouche, pour la questionner. Elle sourit tendrement, voyant l'inquiétude dans le regard de son ainé. Elle hoche la tête et tourne la tête vers la vitre, derrière laquelle je suis toujours, allongée sur la table.
- Tout s'est bien passé… Je craignais une hémorragie interne plus importante. Nous avons réussi à arrêter l'hémorragie et à refermer les plaies. Mais ce soldat savait ce qu'il faisait.. A faible distance, l'arme aurait dû la tuer... Mais heureusement, il a raté son coup et il n'a touché que l'épaule, et sa poitrine. Quelques fragments de balles se sont profondément ancrés dans sa poitrine, mais nous avons pu les retirer… Malgré tout, nous allons devons la surveiller pour ses blessures et son problème cardiaque...
- … Elle vaaa s'een soortir ?
- Son pronostic vital n'est plus engagé. Mais elle ne doit pas faire d'effort physique le temps que ses blessures se referment complètement. Je compte sur vous pour la protéger, amiral.
Au même moment, je commence à remuer sur ma table froide d'opération.
Les machines commencent à se réveiller elles-aussi, attirant immédiatement l'œil de l'infirmière en chef. Elle tapote son denden mushi et rappelle ses deux infirmières en pause. Rapidement, elles sont de retour dans la salle d'opération et vérifient une dernière fois les bandages et les soins.
Je sens progressivement leurs mains qui me tâtent le corps, puis qui me soulèvent pour me placer dans un brancard. Je plisse les yeux pendant plusieurs minutes, tandis qu'on me manipule. Deux paires de mains me prennent par les aisselles et les jambes et me disposent dans un lit. Je soupire de bonheur au contact des tissus contre moi. Inconsciemment, je me détends, et un sourire paisible se dessine sur mes lèvres.
Borsalino s'arrache rapidement les protections de son costard, et vient s'asseoir sur une chaise à côté de mon pieu. L'infirmière en chef saisit l'opportunité, et tire les rideaux d'intimité autour de nous, nous cachant des yeux indiscrets des soldats. Certains soldats trop curieux ont suivi l'amiral Borsalino jusqu'à l'infirmière et y ont pénétré, prétextant un mal de ventre ou une migraine atroce. Malheureusement pour eux, ils sont rembarrés par les infirmières présentes, voulant profiter de quelques heures de pause.
Je serre la couverture contre moi, prise de frissons incontrôlable.
J'ai froid… Je me sens seule…
J'ai de très vagues souvenirs sur l'incident. Je voulais sortir discrètement de la chambre de quelqu'un… par honte ? Par pudeur ou par lâcheté ?
Un peu des trois j'imagine… Je me revois une immense pièce servant de chambres, peu décorée mais qui sent le supérieur hiérarchique... Je me tourne sur le côté droit, et grimace légèrement en sentant des tiraillements dans le haut du corps. Je vois alors quelques brides de souvenirs qui me reviennent en plein visage.
Enora… Kizaru… Sengoku… Tsuru… Tous mes collègues qui me regardent de travers…Smoker, Stainless, Monmonga, Garp, Onigumo, Komir, Doberman, Strawberry, Yamakaji, Mozambia, Cancer, Dalmatian, Bastille…
Dans mon piètre sommeil, des larmes se forment au coin de mes yeux et coulent le long de mes joues à la vue des derniers évènements, qui sonnent comme des cauchemars. Je me recroqueville alors sur moi-même, et gémis des paroles incompréhensibles, alertant Borsalino qui se rapproche de moi. Délicatement, il s'assoit sur le bord du lit, et me caresse la joue, la mine triste.
- Réveeeille tooi… Enooora a besooin de tooi…
Vérifiant à l'aide de son haki de l'observation, il inspecte les alentours à la recherche de potentielles oreilles indiscrètes. Il remarque seulement les infirmières dans leurs bureaux, loin de notre position, ne semblant s'intéresser à notre tête-à-tête. Lentement, il se penche vers moi, et continue tendrement de caresser ma joue avec ses doigts, espérant me voir ouvrir les yeux. Il baisse alors la voix pour venir souffler quelques mots à l'oreille.
- J'aai besooin de toooi moi aussiii… Je t'aaaime Cheescaa.
Alimentée par son souffle chaud, je dirige ma tête vers lui et plisse à de nombreuses reprises les yeux. Finalement, j'arrive à soulever mes lourdes paupières après une dizaine de tentatives. Je vois le visage si familier de Borsalino à quelques centimètres du mien, l'air abattu. Nos yeux se croisent et une nouvelle étincelle s'illumine dans ses yeux. Son sourire béat revient instantanément, et malgré moi, je souris à mon tour, heureuse de voir une personne qui m'est chère à mon chevet. Je le vois qui contient difficilement son excitation. Il se relève pour me laisser la place, mais j'attrape sa main pour le garder près de moi. Ce petit geste anodin nous fait tous deux rougir jusqu'aux oreilles comme des enfants pris sur le fait. Il reprend sa place sur le bord du lit, et serre ma main, passionné.
Durant quelques minutes, nous échangeons juste un regard amoureux en se dévisageant mutuellement. Je crois que je comprends mieux pourquoi je l'ai choisi comme mari. L'un comme l'autre, nous n'avons pas besoin de nous exprimer oralement pour se dire les choses. Nos yeux étincelants de vie parlent d'eux-mêmes et ma foi, c'est tout aussi bien.
Le cœur léger, je lève la main et l'invite avec la main à se pencher vers moi. Sans un mot, et le sourire aux lèvres, il s'exécute gentiment et cale sa grande tête contre ma main. Je caresse simplement sa joue mal rasée et remarque le large pansement.
Ai-je à peine le temps de froncer les sourcils, qu'il se rapproche à nouveau et s'empare de mes lèvres en scellant avec les siennes. Les joues me brûlent et je ressens d'étranges papillons dans le ventre. Si j'en crois aux quelques histoires d'amour érotiques lues pour des recherches scientifiques bien sûr… Les papillons dans le ventre signifierait être amoureux… Mais je crois que j'ai dépassé ce stade… Je l'aime depuis notre première rencontre. Et aujourd'hui, je crois que…Je le désire.. Lui, l'amiral Borsalino… Je le désire charnellement et entièrement pour moi seule. Je rougis à nouveau, comme une adolescente en m'imaginant avec lui, dans ce lit, à faire… la chose.
Doucement, Borsalino recule légèrement et m'observe, le visage rouge. Une petite idée derrière la tête, il glousse comme à son habitude, me sortant de mes pensées. Je relève la tête, et m'aperçoit qu'il me dévisage avec un sourire jusqu'aux oreilles. Sans lui laisser le temps de me charrier, je prends à une main sa cravate pour le tirer vers moi et lui vole ses lèvres pour un baiser langoureux.
Je suis surprise par son étrange souplesse à se laisser manipuler par moi… Après tous les mots durs que l'on a pu s'échanger les dernières heures avant l'incident.
Nous prenons tous deux une inspiration au milieu de notre baiser si sensuel, et nous nous rapprochons davantage, pour se coller l'un à l'autre. Une main serre sa cravate, et j'en profite pour passer l'autre main dans ses cheveux bruns. Borsalino, plus coquin et plus décomplexé, glisse ses mains de mes épaules, jusqu'à mes hanches. Je frisonne au contact de ses doigts froids sur ma peau, quand il commence à déboutonner mon pantalon. Je laisse échapper quelques gloussements à mon tour, à cause des chatouilles qui me fait. Je gesticule dans le lit, pour me défaire de ses caresses, délicieuses et sensuelles. Le lit métallique grince sous notre poids combiné, brisant le silence de l'infirmière. Nous stoppons notre petite activité illicite une seconde pour écouter les bruits.
Rien à l'horizon.
Un étrange sentiment d'impunité nous prend tous les deux l'estomac, et d'un seul sourire complice, un défi est lancé. En faire le plus possible… Le plus discrètement possible et en moins de temps possible pour ne pas se faire remarquer.
D'habitude, de telles pratiques ne sont pas de mon genre… Mais vu que j'ai déjà brisé mon amitié avec mes collègues vice-amiraux.. Ils ne seront pas choqués si je couche réellement avec mon mari et amant ? Et puis, ce genre de choses.. si c'est fait discrètement... Partant de cette idée, je mets mes principes de côté et je me laisse prendre au jeu de l'amour. D'un sourire complice, nous nous rapprochons à nouveau, pour une énième embrassade. Amoureusement, nous nous découvrons de nos vêtements tour à tour. Au fur et à mesure, que nos peaux apparaissent devant nos yeux coquins et pervers, je sens d'étranges picotements dans mon corps. Je les ignore pour profiter de l'instant.
Malheureusement, au même moment, les machines s'affolent soudainement, nous forçant à nous séparer complètement. Nous réussissons en une minute record à nous rhabiller tous les deux, et c'est à ce moment, que je suis foudroyé par une violente douleur à la poitrine. Je pousse un cri de surprise et me tord de douleur dans le lit, tandis que les rideaux sont écartés par l'infirmière en chef. Ses yeux perçants passent de Borsalino à moi, avec une fixation sur nos habits. Elle soupire avant de marmonner.
- Je ne veux rien savoir sur ce que vous faisiez…
Borsalino est reculé de force par les infirmières qui reprennent leurs places autour de moi, cherchant le problème. De mon côté, plus rien ne va.. La douleur ne cesse d'empirer, et je continuer de me tordre dans tous les sens, malgré les mains qui me bloquent dans le lit.
Tous mes sens se troublent… Je n'entends plus qu'un immense bouhaha autour de moi.. Une voix forte et féminine m'ordonne de rester conscience et de lui serrer la main aussi longtemps que je peux.. Mais j'ai tellement mal à la poitrine… Mon cœur va exploser… Mes bras me semblent lourds à porter… Mes jambes… Je ne les sens plus… Tout mon corps est bouillant de l'intérieur, et je ne panique pas.. Parce que la panique n'aide pas.. La panique ne sauve pas des vies, et n'en sauvera jamais.. C'était Smoker qui disait à ses recrues avant de partir en mer. J'ai fini par le croire… Parce que je suis facilement influençable. Les plus machos de mes collègues disent que je suis une femme… et qu'une femme écoute l'homme quoi qu'elle fasse dans sa vie, parce que c'est naturel. Pourquoi je ressasse ces paroles stupides et sans sens à ce moment de ma vie ? Parce qu'aujourd'hui, je le sais. Une page de ma vie est en train de se tourner.. Enfin, une page… LA page de ma vie est en train de tourner et de se déchirer. Dès l'instant où j'ai vu le soldat Ryan et ses complices armes en main faces à moi, j'ai su que mon destin était scellé…
Au prix de mes forces restantes, je lutter pour garder les yeux ouverts. Je déglutis le surplus de salive, et réussis à sourire malgré la douleur thoracique qui commence à me paralyser. Ce sourire quelque peu étrange, stoppe immédiatement toutes les personnes présentes. Au même instant, Sengoku, Tsuru, Sakazuki, Kuzan et mes collègues arrivent dans l'infirmerie. Le troupeau se ressemble rapidement devant mon lit. Les infirmières continuent de s'agiter autour du lit, m'injectant plusieurs médicateurs et antidouleurs.
Douloureuse, je laisse des larmes couler sur mes joues et gémis quand une infirmière me pique. Je sens un liquide froid couler dans mes veines. Je vois les visages peinés mes collègues, et surtout Borsalino, rongé par l'anxiété. Aussitôt nos yeux se croisent, qu'il accourt auprès de moi. Sans prêter attention aux collègues, il dépose avec douceur sa main gauche sur ma joue et efface mes larmes. Puis, en voyant mes yeux perdre lentement de leurs éclats, les machines s'affolant de plus belle… Il laisse à son tour, des larmes apparaître aux coins de ses yeux.
D'un geste de la main, il renvoie silencieusement les infirmières restantes. Ces dernières tentent de protester, mais à la vue des résultats donnés par les machines, finissent par abandonner et se mettent en retrait. Il se penche vers moi et scelle nos lèvres avec un baiser passionné. Je pose ma main sur sa joue blessée, la remonte tranquillement pour la glisser dans ses cheveux bruns. Nos lèvres se décollent un instant, et j'aperçois un flot de larmes couler derrière les lunettes jaunes de mon amant et futur mari… Je ne peux pas le laisser dans cet état… Je dois.. lui laisser une image positive de moi pour qu'il puisse sourire en y repensant. Moi, sa future femme.. Je veux qu'il garde quelque chose de moi… Il a déjà Enora auprès de lui, certes…
Une idée stupide, mais digne d'un membre de la célèbre famille des Monkey D. me vient en tête. Ma vue se rétrécit encore, et je commence à perdre pied… Alors, comme à chaque situation critique à laquelle je me suis confrontée… Je relativise et je lui offre mon plus beau sourire bêta. Je croasse ces derniers mots, la bouche sèche :
- Merci… Merci… d'avoir cru en moi…
J'entends des cris de stupeur partout autour de moi. Le sourire aux lèvres, je ferme les yeux pour me laisser bercer par le hamac de la mort. Un épais rideau noir m'entoure, et je sombre dans un océan sans fin une toute dernière fois, la chanson mythique de la Marine chantonnant dans ma tête…
(Mettre la musique Ocean Guide sur Youtube et laissez-vous guider par les douces voix de la Marine, en imaginant mon départ… )
Avant dernier chapitre
Suivant : épilogue.
Et un chapitre bonus non mis ! C'est mon cadeau pour cette nouvelle année !
Mes meilleurs voeuxà tous, et que vos souhaits se réalisent en 2019 !
Bonne année mes Marines
- Chesca -
