Chapitre 8 :
Aizen ne comprenait pas ; il avait maintes fois dit à Renji qu'il pouvait compter sur lui, lui demander s'il venait à manquer de quoi que ce soit. Pourtant, les séries de vols se poursuivaient. Les plaintes se succédaient. Il avait réussi à attraper son disciple au détour d'un couloir, mais celui-ci avait refusé tout net d'aborder le sujet. Mais il avait dit :
- Je me sortirai de là tout seul.
Il n'en avait pas fallu davantage à Aizen pour comprendre de quoi il retournait. Quelqu'un se servait de Renji au Gotei, tirait profit de ses méfaits. Avec sa fierté, Renji n'admettrait rien, surtout pas à lui, alors il se décida à enquêter de son côté. Il n'en eut pas besoin. Le soir venu, sûrement parce qu'il lui avait promis de réglé le problème le matin même, Renji frappa à sa porte. Une pluie diluvienne se déversait sur les toits. Il était trempé jusqu'aux os. Aizen ouvrit et resta sans voix, en découvrant son protégé recouvert d'ecchymoses et de blessures. A peine s'était-il effacé pour lui permettre d'entrer que Renji s'était engouffré à l'intérieur. Le rouge leva des yeux immenses et mouillés, par la pluie ou des larmes. Il déclara, d'une voix brisée que les battements de l'averse taisaient presque :
- Je l'ai fait.
J'ai arrêté.
- Pour toi.
Aizen avait gardé dans ses mains ses deux poignets couverts de marques de ligatures. Il avait simplement dit :
- Leurs noms.
Et Renji s'était subitement mis à pleurer, parce qu'il se sentait suffisamment en confiance pour le faire, parce que, derrière ses airs de rebelle, il restait vulnérable. Aizen était resté très froid, distant presque, mais Renji savait depuis longtemps à présent que c'était juste sa façon d'être. Entre ses sanglots, le brun avait obtenu ce qu'il désirait : l'identité des coupables. Il avait installé son élève sur son lit. Il se rappelait encore le regard de Renji sur lui à cet instant, empli d'espoir, comme s'il allait le sauver et l'emmener très loin.
- Que vas-tu faire ?
- Ils auront quitté le Gotei dès demain.
Dès cette nuit. Puis il était sorti. Un par un, il les avait réveillés, certains de sa division, d'autres de la 11ème. Comme si ça suffirait à l'empêcher de faire justice. Il les avait menés sous le cerisier, à l'écart, là où Renji et lui se donnaient parfois rendez-vous ; aucun d'eux n'avait osé questionner le vénéré et respecté Sozuke-taicho. Ils n'avaient pas la moindre idée de pourquoi ils étaient là ; ils ne le sauraient jamais. Aizen les avait dévisagés, l'un après l'autre, dans le silence angoissant de la pluie.
- Déshabillez-vous.
Ils l'avaient regardé avec des yeux ronds, mais il avait réitéré sa demande, toujours aussi calmement :
- Déshabillez-vous.
Alors ils avaient fini par s'exécuter. Aizen ne les quittait pas des yeux, son visage toujours aussi impassible, aussi neutre, malgré la haine qui le tenaillait. Avant de démissionner, ils auraient rendu leurs uniformes, leurs lames. De plus, nus, la décomposition de leurs cadavres s'opérerait plus vite ; très rapidement, ils seraient méconnaissables. Il y avait peu de chances que quiconque s'inquiétât de leur disparition, mais Aizen était prévoyant. Il préférait parer à toute éventualité.
Quand ils avaient été nus comme des vers, parfaitement vulnérables, Aizen avait dégainé et, d'un seul et unique coup, il leur avait tous tranché la gorge. Les corps s'étaient écroulés devant lui, à ses pieds. Il avait enjambé le plus proche, fixé la mare de sang grenat que la pluie miraculeuse de cette nuit-là aurait tôt fait de faire disparaître. Puis il avait rengainé et, comme si de rien n'était, il était allé quérir de grands sacs dans un bâtiment tout proche.
Après avoir rempli chaque sac d'un cadavre, il les avait charriés lui-même jusqu'au fleuve et, un à un, il les avait jetés à l'eau. Puis il avait attendu là, dans la nuit, sous la pluie torrentielle, que le courant les emportât. Le lendemain, lorsque Renji s'était réveillé, il était là, auprès de lui. Il avait souri et lui avait promis :
- C'est terminé. Tu n'entendras plus jamais parler d'eux.
Renji l'avait remercié, sans véritablement comprendre, sans oser imaginer une seule seconde qu'un homme qu'il jugeait si bon commettrait des atrocités pareilles, même au nom de celui qu'il aimait.
Il les a tués. Tous. Maintenant, je sais. Maintenant, je vois derrière le masque.
ça, je pouvais encore te le pardonner, mais... que me caches-tu d'autre ? Assis à sa nouvelle place, Renji scrutait anxieusement la personne dont il ne connaissait, en définitive, quasiment rien. Celui qui l'avait mené si haut, à des niveaux d'euphorie inégalés, et qui l'avait fait retomber plus bas que terre. Maintenant, remets-moi debout. Il lui aurait donné tout ce qu'il voulait, tout ce dont il rêvait. Pourvu qu'il ne l'abandonne pas. Manque de chance, c'était exactement ce qu'il avait fait.
L'atmosphère n'avait jamais été aussi pesante, aussi angoissante que ces jours-ci. Même Grimmjow se tenait un peu à carreau. Lui et Renji n'échangeaient jamais un regard en public et, s'ils devaient se parler, ils s'arrangeaient pour y mettre de l'agressivité. Parfois, ils n'avaient pas à forcer le trait ; après tout, tous deux gardaient un fort caractère et s'emportaient sans mal. Ils espéraient ainsi se faire oublier d'Aizen, qui avait bien plus important à gérer en cette période de troubles.
- Les shinigamis tenteront bientôt de récupérer leurs précieux amis ici présents. Soyez prêts à les accueillir comme il se doit.
- Je croyais que celui-là était avec nous ! s'exclama Yammy, en désignant Renji, qui faisait profil bas ces derniers temps.
C'était à la fois une surprise et une question. Sans lever ses yeux de la surface immaculée de la table, Renji sentit le regard pénétrant d'Aizen sur lui. Il entendit sa voix, un brin ironique :
- Je crois qu'il ne sait plus vraiment lui-même de quel côté il est.
- Alors c'est un traître ! s'emporta l'espada décima. Il ne nous sert à rien, ni à nous, ni à vous boss !
Il n'avait échappé à personne que Renji et Aizen occupaient des chambres séparées et ne se fréquentaient, pour ainsi dire, plus du tout. Sans doute croyaient-ils tous que Aizen s'était parfaitement lassé de sa "distraction temporaire". Yammy bondit sur ses pieds. Pendant une seconde, Renji crut qu'il le tuerait, là, devant tout le monde, mais il ne bougea pas d'un millimètre. Et s'il me frappait... comme ces hommes autrefois... Aizen, ferais-tu quelque chose ? Un petit geste ?
- N'interrompts pas Aizen-sama, glissa Tia à l'adresse de Yammy, à la fois comme un conseil et une menace. Puis elle retomba aussitôt dans son mutisme habituel.
Aizen, sans rien perdre de son flegme, répliqua, d'une voix imperceptiblement refroidie :
- Non, Yammy. Ne t'en fais pas. Il sert.
Il discerna l'infime frémissement de rage qui partit des poings de Renji. L'agacement de Renji était tel qu'il perdit le fil de la réunion ; il ne réussit à en attraper une bribe, même lorsque le sujet changea. Aizen avait le talent pour appuyer là où ça faisait mal. Quand, à la fin de la séance, tous retournèrent vaquer à leurs occupations, Renji tenta vainement de capter le regard de Sozuke, qui l'ignora. Forcément volontairement. Pour Renji, ça ne faisait pas l'ombre d'un doute. Pourquoi, de toute manière, essayer de rétablir le contact ? C'était aussi absurde que de tendre le bâton pour se faire battre.
Ce n'était pas l'heure de s'entraîner, mais Renji en éprouvait l'immense besoin. Si Szayel avait pu façonner une cible à l'effigie d'Aizen, ç'aurait été un rêve. Mais Renji ne risquait pas de réclamer une chose pareille. A peine venait-il d'entrer dans la salle que plusieurs espadas le considérèrent d'un oeil méprisant et vaguement interrogateur.
- Il va falloir m'expliquer, débuta Yammy, qui, visiblement, ne paraissait pas prêt à lâcher l'affaire. Pourquoi on peut pas te démolir si t'es plus la putain du patron ?
Renji ne se laissa pas marcher sur les pieds, mais il ne se lança dans pas une confrontation directe. Il répondit sans trop d'agressivité :
- Je sais aussi me battre, vous savez...
Un concert de rires éclata parmi les arrancars. Renji soupira. Il se sentait à mille lieues de ces préoccupations. Ils voulaient se moquer de lui ? Qu'ils le fassent. Il contourna le colossal Yammy pour atteindre le terrain, quand Nnoitra lui bloqua le passage, en appuyant son long bras maigre sur le mur. Renji émit un nouveau, bref soupir. Le quinta était l'un de ceux qui prenait le plus de plaisir à le descendre, à la moindre occasion.
- T'es si pressé que ça ?
Les doigts de Renji se serrèrent autour du manche de son katana. Nnoitra ricana. Le rire était sordide.
- Et ben quoi ? T'as perdu ta langue ?
- Fous-lui la paix ! Il a autr'chose à foutre qu'entendre tes conneries !
Sauvé. Même si Renji peinait encore à croire que Grimmjow puisse vraiment venir à son aide et prendre sa défense en public. Il regarda, sans y mettre une once d'émotion, Jaggerjack s'interposer entre lui et Jiruga. Celui-ci courba un peu le dos pour se mettre à leur hauteur et souligna, d'une voix venimeuse :
- ça m'étonne que la situation ne te gêne pas... Surtout en sachant que c'est un ami de Kurosaki...
- Figure-toi qu'Aizen me l'a refilé pour mes "bons et loyaux services" ! balança Grimmjow, de but en blanc, sur un ton très détaché.
Nnoitra fronça les sourcils, un peu incrédule. Depuis quand Grimmjow était-il un "élève modèle" qu'on récompensait ?
- Ah ? Vraiment ?
- Va savoir, ricana Grimmjow, toujours avec désinvolture. Il a peut-être enfin pigé que la manière forte marchait pas avec moi !
Renji n'intervint pas une seule fois. Il se contentait d'agir comme si Aizen l'avait véritablement abandonné sous le joug du sexta. Grimmjow et Nnoitra échangèrent un regard peu amical, avant que le bleuté ne reprenne :
- Maintenant que tout est clair... On aimerait y aller.
Nnoitra n'émit pas d'objection. Certains récents changements prenaient du sens à la lumière de ces révélations ; Grimmjow s'était montré plutôt calme comparé à d'habitude ces derniers jours. Le sexta attrapa Renji par le bras et l'entraîna derrière lui hors de la salle. Ils s'arrêtèrent dans un renfoncement du couloir, à l'abri des oreilles et des regards indiscrets. Grimmjow lâcha Renji, qui lui lança un regard assez contrarié.
- Je voulais me défouler...
- Reste toujours un autre moyen de le faire, rit l'espada à mi-voix, dans une sorte de grondement lubrique.
Le shinigami ne manqua pas de sourire. Grimmjow était presque certain de l'avoir cerné maintenant. Un jeune homme très peu sûr de lui, en dépit de tout ce qu'il essayait de faire croire. Du genre à ne pas vouloir franchir la ligne. Quelqu'un qui nécessitait beaucoup d'attention et pas une adoration discrète. Il lui fallait du concret, du visible. Il avait de la chance ; Grimmjow n'était surtout pas du genre à dissimuler ses intentions ou à y aller par quatre chemins. L"assurance dont le rouge manquait cruellement, il devait la trouver chez son... "partenaire"... ?
L'espada n'était pas doté de tact, mais il n'en était pas moins observateur et il avait détecté la modification progressive dans le comportement de Renji, au fil des semaines passées à s'entraîner ensemble, à se côtoyer chaque jour des heures durant. Tout de suite, Renji se retenait de sourire davantage. Bientôt, il se mordrait la lèvre inférieure. Et, une dizaine de minutes plus tard, Grimmjow l'aurait dans son lit s'il le décidait. ça n'était pas de la manipulation, mais du simple bon sens, des déductions toutes bêtes tirées de l'observation de la proie. Bien sûr, ça ne marchait pas sans un soupçon d'attirance réciproque... Et une bonne dose de curiosité.
Mais, contrairement à ce qu'avait présumé l'espada, Renji perdit soudain son sourire.
- T'as vu comment il se fout de ma gueule ?
Et merde. L'inconnue dans l'équation. Aizen. Il fallait toujours qu'il finisse par revenir dans la conversation. Grimmjow cacha son agacement comme il put. Il s'adossa au mur, bras croisés.
- Tu lui accordes trop d'importance. Fais pas gaffe à ce connard égocentrique.
- Dit comme ça... on dirait que tu parles de toi.
L'espada lui jeta un coup d'oeil peu amène, en biais, mais il ne tarda pas à voir que Renji arborait un petit sourire malicieux, auquel Grimmjow ne manqua pas de répondre. Il ricana tout bas :
- C'est vraiment ton truc les "connards égocentriques"...
- Jusqu'à un certain degré... Il semblerait bien.
A cette seconde précise, Renji prit conscience de ce qu'il était en train de faire : il flirtait. Comme un adolescent. Et avec un espada, avec Grimmjow. Il en rougit de honte. Il valait sûrement mieux passer directement aux choses sérieuses, en omettant toutes ces petites choses qui créaient de la dépendance et de l'affection. Après tout, vis-à-vis d'Aizen, leur situation ne pouvait plus vraiment s'aggraver.
- Ta chambre ou la mienne ? demanda un peu abruptement le shinigami.
Sa rudesse soudaine arracha un rire à Grimmjow.
- Pourquoi pas les deux ?
Soi grattait la table de sa griffe, un peu énervée par tous leurs bavardages intempestifs. Trois heures de briefing pour en arriver au point où ils en étaient avant même de se réunir : il fallait pénétrer dans Las Noches pour secourir leurs amis. Mais comment ? Même Byakuya semblait dépasser par les événements, bien qu'il n'en révélât rien. Confrontée à l'inaptitude générale, Soi finit par se décider à prendre la parole.
- Je me permets de vous soumettre mon plan. Mes meilleurs agents de la 2ème division pourraient s'introduire en premier dans le palais et faire diversion.
Elle ajouta en se tournant vers Ichigo, qui n'avait rien demandé :
- Le remplaçant peut nous accompagner, étant donné qu'il a tendance à attirer l'attention sur lui avec une grande facilité...
Le rouquin se rappelait, avec un bonheur tout particulier, de l'unique fois où elle avait daigné l'appeler par son nom. Il semblerait que ce genre de miracles ne se produise qu'une fois. Il se contenta d'acquiescer, en tâchant d'oublier la seconde partie de sa phrase. Kuchiki-taicho, en revanche, s'opposa à l'idée lancée :
- Sauf votre respect, je ne sais pas si votre plan tient la route. Las Noches est un véritable labyrinthe et aucun d'entre nous n'en connaît les recoins. Combien de temps avant que vos hommes ne doivent battre en retraite ? Votre diversion est largement insuffisante. Le but de l'opération n'est pas de perdre davantage d'hommes encore.
- Taicho, répondez... dit tout bas Omaeda à Soi, qui se contenta de lui appliquer un vif coup sur le haut du crâne.
- Sachez également que je ne suis pas prêt à risquer inutilement la vie de mon lieutenant, acheva résolument Byakuya.
- Allons-y tous ensemble et rentrons dans le tas ! s'exclama Kenpachi, qui, visiblement, en avait marre de cette réunion inintéressante et qui s'éternisait bien trop à son goût.
- Certainement pas ! ne manqua pas de se récrier Byakuya.
Le colosse balaya sa remarque d'un revers dédaigneux de la main.
- On voit bien que vous y connaissez rien aux batailles ! Retournez remplir vos papiers !
Puis, appliquant ses deux larges mains sur la table, il continua :
- La 11ème passera devant et vous ouvrira le passage... si vous avez trop peur pour vous en charger vous-même.
- Si vous faites ça, il risque d'exécuter les prisonniers, objecta Kuchiki.
Le regard tranquille et amusé de Kyoraku flottait sur chacun d'eux.
- Pourquoi se disputer ?
D'abord, il se tourna vers Soi. Celle-ci adopta un air pincé bien loin du sourire tranquille de l'homme.
- Si vous envoyez vos espions, vos... ninjas, les arrancars vous les rendront en pièces détachées, garantit-il.
Soi bondit sur ses pieds, toute prête à s'enflammer.
- Vous nous traitez d'incompétents ?
- Non, je dis seulement que la mission ne leur correspond pas.
L'argument parut la convaincre suffisamment pour qu'elle se rasseye, sans faire d'esclandre. Kyoraku en vint alors à Zaraki, non sans quelque appréhension.
- Vous avez d'excellents combattants, mais eux ont une véritable armée et une forteresse.
Ukitake sentait Rukia ployer sous l'anxiété, comme si elle croyait qu'ils allaient abandonner Renji et Inoue à leur triste sort. Il voulut la rassurer.
- Parfait, dans ce cas... Que proposes-tu ? s'enquit-il. Ne me fais pas croire que tu n'as pas d'idée. Je vois bien que tu en as une.
- ça se pourrait bien, sourit finement le samouraï. Il est on ne peut plus simple, mais il nous faudra l'appui de Yamamoto.
Au terme d'une nouvelle discussion, le plan fut enfin arrêté et tout le monde se dispersa. Au lieu de s'en retourner dans sa division, Rukia approcha Ichigo, qui semblait très préoccupé.
- Un problème ?
- Je peux comprendre pourquoi Sozuke s'intéresserait particulièrement à Inoue, avec son don de guérison, mais pas à Renji. Tu saurais quelque chose ? Tu penses que Renji pourrait l'avoir rej...
Rukia l'arrêta tout net.
- Tu es sérieux ? Le gronda-t-elle et ses yeux se faisaient terrifiants. Il est prisonnier de ce malade et tu l'accuses de trahison ?
- Non, s'empressa de dire le rouquin, mais je cherche juste une explication. Aizen pourrait l'avoir convaincu de le suivre, en usant de son influence. Après tout, Renji a passé un certain temps dans sa division.
- Il le hait comme nous tous, répondit-elle en haussant les épaules. Il le hait même bien plus que nous tous.
Elle marqua une pause, avant d'ajouter dans un soupir :
- Il y a eu un temps où il ne supportait plus qu'on prononce son nom.
- Je sais. Je m'en souviens. Tu vois, Rukia...
Il se tut, hésitant, puis reprit sous son regard insistant :
- Je me suis toujours demandé pourquoi Aizen ne l'avait pas achevé, au Sōkyoku... Cet homme serait sûrement capable de tuer une foule de capitaines et il ne pouvait pas ignorer que son coup ne tuerait pas Renji. Il est bien trop intelligent et conscient de ses capacités pour qu'il en soit autrement.
- ça signifierait...
- Qu'Aizen a volontairement épargné Renji. Pour quelle raison ? Ça, je finirai par l'apprendre.
Il s'apprêtait à s'éloigner, mais la voix inquiète de la jeune fille le poursuivit et il se figea.
- Il y a parfois des choses qu'il ne vaut mieux pas savoir.
Comme ce que tu ressens pour Orihime. Tu sembles si pressé de la secourir. Rukia se retira dans sa chambre. Sur une petite table de bois laqué, elle avait disposé des bâtons d'encens et une vieille photo de Renji et elle, tous deux faisant les idiots, ravis d'avoir été intégrés au Gotei. Elle courut vérifier qu'elle avait bien refermé le panneau coulissant, avant de revenir s'agenouiller devant son autel improvisé. Elle ne tenait pas à être entendue, quand elle se mettait à lui parler, comme s'il était encore là.
- J'ai fait un drôle de rêve cette nuit... Tu te souviens du moment où on s'est rencontrés ?
Rukia venait de tout perdre, sa seule famille, et elle détalait dans la rue, perdue, quand elle était tombée sur lui. Etonnamment, elle n'avait pas eu de peine à s'attacher à ce gamin rebelle, qui passait son temps à chaparder avec sa bande de jeunes voyous.
- Je sais que, depuis que Byakuya m'a adoptée, tu as l'impression qu'on s'est éloignés...
Puis Ichigo avait déboulé dans leurs vies et le fossé entre eux s'était davantage creusé. Sans le vouloir, il avait humilié Renji, le battant alors qu'il cherchait à annoncer à la jeune fille sa promotion toute récente au poste de lieutenant. Renji avait pardonné bien sûr, mais il souffrait sûrement encore des dissensions entre lui et Rukia, qui avait toujours semblé du côté d'Ichigo, envers et contre tout. Alors qu'il était l'inconnu.
- Je suis désolée Renji... pour tout ça. J'espère que j'aurais bientôt la chance de te le dire en face...
Un court chapitre ; une sorte d'interlude en quelque sorte avant un chapitre majeur ^^
Merci aux lecteurs !
Beast Out
