JE VOUS AIME.

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Personnages : Ludwig, la gamine

Cadre spatio-temporelle : mardi 25 décembre 1945_Berlin

Disclaimer : Les personnages sont l'entière propriété d'Hidekaz Himaruya.

Rating : M


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Partie 2 : Chapitre 8

VERSCHLECHTERN

mardi 25 décembre 1945 _ Ramasser les morceaux

.X.


Son souffle est lent, doux, sans irrégularités, lisse. Avec une fascination étrange, tu observes l'arrondi de seins se soulever paisiblement avant de redescendre paresseusement. Liesel, ce nom, son nom. Il est sorti de sa bouche un matin, comme une évidence. C'est joli Liesel, ça sonne bien, c'est duveteux, mièvre, inoffensif. Ça lui va bien.

Tu sais tout d'elle, et elle si peu de toi.

La faible lumière dans l'âtre rend sa chemise de nuit transparente et te permet d'observer à loisir chaque parcelle de son corps, de sa poitrine menue à son ventre bombé. Ça t'inquiète. T'y connais rien en grossesse et puis, les mômes, t'aime pas ça. T'appréhendes, tu sais pas si tu vas l'aimer. C'est même pas le tien. Et si ça se voit ? Non, vraiment, tu regrettes. Quelle vie vas-tu avoir ? Coincé avec une femme trop jeune et un gosse sans père. Tu te dis que tu as été trop vite. Tu redoutes l'horizon, le futur qui se dessine au loin.

Sur ta peau, les couvertures se fond plus lourdes, accablantes. Il fait froid et pourtant tu es pris d'un soudain accès de chaleur. Tu frottes tes yeux, très fort. C'est Noël, aujourd'hui. On dirait pas. Les rues de Berlin n'ont jamais étaient aussi silencieuses, aussi mortes. Fête terne, sans couleurs.

Envie soudaine, traverses à tâtons la chambre, le couloir, la cuisine. Tires d'un tiroir un étui en fer tout bosselé. Cigarette. Briquet à essence négligemment balancé au fond de ta poche. Cheveux en batailles, pieds nus, en pyjama rayé sur une chaise, clope coincée entre le pouce et l'index, la paume vers l'intérieur. Fumée, rayures bleues, cendres, lien dérangeant qui se fait au fond de ton esprit. Morceaux ramassés et recollés un peu au hasard. Tu te demandes comme elle fait pour tenir debout, cette vie que tu vis aujourd'hui. Pourquoi tout ne s'effondre pas, aucun doute, ça le fera. Seulement, tu ne pensais pas que cela tiendrait aussi longtemps. Ça tremble, chancelle. Dieu a parfois un drôle de sens de l'humour. Fumée opaque qui s'élève, s'infiltre, dans les recoins, les brèches, les faiblesses. La gamine va râler. La vaisselle est faite, comme d'habitude ; t'aime pas quand ça traîne. Et puis, ça te détend. Chiquenaude ferme. Débris s'écrasent au fond du cendrier. Tiens, il est plein, faudra le vider, un jour.

Tu tressautes. La pendule annonce trois heures. Tu devrais dormir.

Sur le mur, dans la chambre, au-dessus du piano, la photo, encore. Liesel t'as interrogé dessus, une fois. T'as pas voulu répondre. Elle a laissé tomber, elle est partie. Tu as cherché à la décrocher. Mais c'est comme si tes doigts te brûlaient, ta gorge se nouait, ta peau s'embrasait quand tu essaies. C'est chiant cette manière qu'elle a de te serrer le cœur, toujours aussi vivement. Ça passera, avec le temps. Du moins, tu l'espères.

On donne trois grands coups contre la porte du bas. Bien secs, déterminés. Pas de confusion possible. Les muscles s'immobilisent, le mégot s'échappe des lèvres entrebâillées. Instinctivement, tu prends ton manteau, enfiles tes chaussures. Dehors, on réitère, plusieurs fois. Dans l'escalier, tes jambes s'emmêlent, tes gestes sont imprécis, un peu brouillon. Tu ne réfléchis pas, tires la poignée. Une ombre dans les ténèbres. Chapeau en feutre, manteau de cuir. Un air désagréable de Gestapo.

— Herr SS-Untersturmfürher Ludwig Beilschmidt ?

Le ton est plat, sans équivoque. On attend pas de réponse, on la connait déjà.


Verschlechtern : allemand, détériorer

Gestapo : La Gestapo, acronyme tiré de l'allemand Geheime Staatspolizei signifiant « Police secrète d'État », était la police politique du Troisième Reich.

SS-Untersturmfürher : Voir chapitre 1.