Chapitre 9 : Humiliation
-Franchement il est lourd avec ses blagues à deux noises. Il essaie de se faire passer pour un professeur cool mais il n'arrête pas de nous retirer des points, râle James.
-D'un côté pourquoi as tu placé ce piranha dans son verre ? marmonne Lupin.
Bien dit, c'était idiot et dangereux comme blague.
-Mais pour qu'il lui dévore la langue voyons ! Mais non, il a fallu qu'il le remarque...
-C'est vrai, et en plus retirer des points alors que la blague n'a pas marché, c'est injuste, renchérit Pénélope avec l'approbation de ses amies.
-Une tentative de meurtre ou de viol qui a échouée est punie par la loi pour protéger les personnes visées, alors ne te plains pas de cette manière de juger, marmonne Black déclenchant un silence lourd autour de lui.
J'approuve ! Elles sont bêtes de ne pas penser à ça ! Par contre, Black vient de monter dans mon estime : je le croyais coureur de jupon et là, il préfère faire la leçon aux filles, c'est bien. Je vais le retirer de la liste de personnes qui m'ont poussée à bout que je mettrai dans ma lettre d'adieu lors de mon suicide. Pénélope occupe la première place, juste pour information.
Mais d'un côté c'est mal de critiquer les gens pour ensuite fuir comme j'ai parfois l'intention de faire...D'ailleurs, cet acte auquel je pense...Est-ce réellement une fuite ? C'est ma seule issue possible en réalité. Je veux mourir et en même temps non. En fait, j'aimerai partir...Mais c'est impossible. L'autre jour j'ai demandé par lettre pourquoi je ne faisais pas mes études en France comme mon grand père et ma mère -jusqu'à ses quatorze ans- mon grand père m'a froidement déconseillé d'en reparler et qu'il était hors de question qu'ils s'en aillent. Donc je suis coincée ici, dans cet enfer.
-Bah, de toute façon, il n'avait pas à retirer tant de points à Gryffondor, ça réduit notre marge de manoeuvre, râle James comme si de rien n'était. Et puis pourquoi toutes ces filles gloussent-elles autour de lui ? Il est laid.
-Oui, je suis d'accord, on peut vraiment trouver mieux.
Pénélope tente de se rattraper à plusieurs reprises mais les garçons ignorent de plus en plus ses remarques. Les autres filles font de même. Elles suivent les garçons, comme Trafter, or là, elle se retrouve piégée car c'est elle la personne à ignorer. Quelle douce vengeance, je ne peux retenir un sourire mauvais de s'étaler sur mes lèvres.
En réalité, elle suit surtout James et Black pour leur popularité, elle s'en fiche de Lupin, elle me l'a déjà dit quand on était « amies », et elle se moque souvent de Pettigrow parce que comparé à ses amis, son physique paraît ingrat. Il n'est pas très beau, en fait il est tout à fait banal mais il me laisse tranquille donc je ne vais pas chercher les problèmes là où il n'y en a pas.
-Et puis il n'arrête pas d'avantager Foist...Il doit avoir pitié d'elle, marmonne-t-elle.
Oh non...Ca recommence. Et vu que ça me concerne, mon subconscient me force à écouter ce qu'ils disent sur moi alors que je sais que je vais en sortir blessée et que je n'aurais jamais le courage de les démentir.
-Ah bon ? s'étonne Lupin et James en même temps, quoique la voix de James contenait plus d'effarement.
-Oui ! s'exclame Pénélope, ravie d'avoir récupéré l'attention de Potter. Vous n'avez pas remarqué ? fait-elle en exagérant son étonnement. Il n'arrête pas de lui poser des questions, de faire appel à elle pour une question d'un autre élève, et tout !
-C'est vrai ! renchérit une de ses « amies ». Il lui donne sans arrêt des points par-ci par-là...
-Alors que ses réponses sont complètement nulles !
-Je ne trouve pas, murmure Lupin mais elles l'ignorent royalement.
La phrase du préfet fait naître en moi un élan d'affection qui me réchauffe incroyablement mais qui se trouve vite refroidi par la déclaration de mon cousin :
-Je n'avais pas remarqué...A croire que les personnes qui me sont insupportable s'apprécient..., ronchonne James.
-Bientôt ils rallieront Servilus à leur groupe ? ricane une autre fille.
Sa phrase me blesse...Mon cousin vient de dire clairement qu'il ne m'aime pas du tout. Et c'est triste. J'avais beau le savoir, l'entendre reste très douloureux.
-Oui, c'est vrai qu'elle est aussi moche et bête que lui.
-Tu trouves ? demande Black avec un soupçon d'amertume que Pénélope n'a pas du entendre...
-Tu l'as vu ? Elle ne ressemble à rien ! Je n'ose même pas imaginer la tête de sa famille, tous des horreurs. Elle est totalement inutile, faudrait l'éliminer, non ?
J'entends un bruit sec, comme si quelqu'un venait de frapper sur la table de son poing ou avec un livre.
-Tais toi ! Tu commences à être lourde là ! râle James avec hargne.
Voilà, c'est ce qui arrive quand on laisse sa famille se faire insulter : ça nous retombe sur le coin de la figure. Au moins, Pénélope paye pour ce qu'elle a dit sur moi, bien que je ne pense pas que ce soit ça qui ait rendu James aussi en colère...Peut être le fait d'avoir parlé de Rogue qui a réussit à retourner leur blague contre eux il y a trois jours ? Moi, je trouve qu'ils l'avaient bien mérité ! Quand on réalise une mauvaise action, elle revient toujours vers nous, et le fait que cette blague (comprenant des oeufs de doxys entre autre) se soit retourné contre les « créateurs » me satisfait dans ma recherche de justice en ce monde. Par contre, qu'ai-je fait pour subir autant de chose « horribles » ? Je devais probablement être une sorte de loup-garou qui a provoqués de nombreux massacres dans une autre vie...
Je me penche un peu plus sur l'étagère pour mieux entendre Pénélope qui a baissé la voix, par gêne.
-Quoi ? Mais c'est toi qui as commencé en disant...
-James a seulement dit qu'il n'aimait pas Opieka et Foist, toi tu les insultes injustement sur des critères puérils tel que le physique et on peut prendre ta phrase parlant de l'éliminer comme une menace, déclare Lupin. Mais si tu veux continuer, vas-y, mais préviens moi pour que je prépare ton heure de colle.
-Quoi !? Mais c'est injuste ! Tu ne peux pas faire ça, on est...
-Je suis préfet, je peux.
-Espèce de sale...
-Tu veux que je rajoute le prétexte « insulte envers préfet » ?
-Va-t-en d'ici, râle Black, apparemment fatigué.
Pénélope fait un bruit offusqué et dit à ses amies de la suivre. Ce n'est qu'au bout de quelques secondes que j'entends les chaises racler le sol...Elles ont donc hésité. Haha ! Ca t'apprendra, sale peste !
Les garçons ne disent plus rien et je m'éloigne à mon tour.
Lupin a réellement pris ma défense...Peut-être pour aider James, peut-être juste parce que c'était un prétexte bidon mais en apparence il a pris ma défense ! Il a dit que les arguments utilisés étaient puérils !
Je suis trop contente ! Je n'arrête pas de sourire. Il faudra que je pense à lui rendre un service...Un jour, peut être. On ne peut pas dire que l'avertir que son ami est gravement blessé est un service. Peut être qu'en cherchant au niveau de ses absences je pourrais l'aider ? Lui permettre de mieux prendre ses cours ou autre... Faudra y penser.
Et puis Black à été froid avec Pénélope alors qu'elle l'adore, de même que James. Elle y réfléchira à deux fois cette idiote avant de suivre sans réfléchir l'avis des autres, car on finit toujours par en devenir invisible ou lourde ! Haha ! Quel plaisir !
Haha.
…
C'était trop beau pour durer.
Je me retrouve devant ma table ou mon devoir est recouvert d'immondices et de poussières...On a probablement vidé une poubelle sur mon parchemin...Pourquoi ai-je été assez bête pour y écrire mon nom tout en haut ? Ah oui, pour éviter qu'on ne me le vole comme ça a déjà été le cas...
Je pousse un long soupir, très fatiguée, reprenant ma vie normale : une vie terne, morne, sombre même. Une vie sans aucun soutien, juste des menaces autour de moi. Une vie où règne la peur.
Je jette quelques sorts pour nettoyer la table et la feuille mais des traces subsistes. Bon, je n'avais pas beaucoup écrit, je peux le recommencer. Cependant je ressens quand même cette horrible entaille dans la poitrine lorsque je suis victime d'une injustice. Je range lentement mes affaires et décide de me rendre dans la salle secrète en espérant croiser le moins de monde possible, toujours à cause de ma peur. Une fois là bas, j'aurais moins d'ouvrage pour m'aider mais plus de calme. Je me dirige vers Mrs Pince pour lui montrer les livres que j'emprunte puis sors de la bibliothèque.
J'utilise tout le temps des détours pour éviter certains couloirs trop pratiqués par les autres élèves. Malheureusement, il y a des chemins que je suis forcée d'emprunter pour aller à la salle commune ou dans mon repère.
C'est dans ce genre de chemin que je reçois le plus de coup bas, bien évidemment.
Mais aujourd'hui...Ce n'est pas un coup bas...C'est juste une de ses blagues odieuse et monstrueuse. Une blague qui fait rire tout le monde, une blague dont les gens parlent pendant plusieurs semaines, une blague qui me donne envie de me jeter de la tour d'astronomie, de réaliser un Diffindo ultime, qui me dégoûte des autres...et de moi même.
J'attends que le couloir soit moins encombré, je laisse passer plusieurs groupes puis me faufile rapidement à mon tour. C'est à ce moment que j'ai entendu un bruit de vent, comme un sort, au dessus de moi.
Et puis...c'est arrivé.
Lentement, rapidement...je ne sais pas. Je me souviens juste du choc : une vague vaseuse et putride venant d'en haut et s'écrasant sur moi. Je ferme les yeux par réflexe mais une odeur nauséabonde s'infiltre dans mes narines et me retourne l'estomac. Je mords mes lèvres pour ne pas vomir -il ne manquerait plus que ça. J'entends soudain d'immenses éclats de rires hystériques et des exclamations de dégoût. Osant finalement regarder, je comprends la cause de cette hilarité : je suis à moitié couverte d'une pâte marron et molle. L'odeur m'avait suffit pour la reconnaître mais...Dans un dernier souhait ridicule, j'avais osé espérer me tromper. Enfin, voilà. J'en suis certaine maintenant.
On vient de lâcher au moins cinq bombabouses sur moi. Dans un couloir bondé...Devant tout le monde. Qui rit de moi au lieu de m'aider ou de dénoncer les coupables. Non, il n'y a que les fayots qui dénoncent, les gens cools rigolent de ceux qui ne le sont pas. Je ne rigole pas, donc je ne suis pas cool...
Non.
Moi, je veux pleurer.
Je n'ai même pas envie de faire du sarcasme. Je sens que mon visage grimace, que les coins de ma bouche ne me répondent plus, mes yeux s'embrument tandis que je réalise un très rapide Evanesco, ne me nettoyant qu'à moitié sous les rires des autres élèves présents. Ils rient du fait que mon sort a à moitié échoué ou de ma situation ? Ou des deux ? Probablement. Je n'ai pas le temps de faire quoique ce soit. Peu importe ma position de victime, ma maison de gryffondor ou ma crédibilité. Je me met à marcher en gardant le visage bas, fuyant les moqueries, tandis que les élèves se retournent sur moi avec une expression d'écoeurement...Au fond, ils l'ont toujours eu lorsqu'il s'agissait de moi. Cependant, j'ai beau penser que « ça ne change pas de d'habitude », je suis malgré tout bien plus blessée qu'à l'ordinaire. Certains ne disent rien et jettent des regards méprisant à ceux qui s'esclaffent mais ils me jettent quand même ce regard plein de répugnance, donc ils sont aussi pourris que les autres.
Puis, au fur et à mesure que les élèves se font rares, je me met à courir en direction de la porte que je connais si bien, je l'ouvre avec une telle violence que je me fais mal à la main, mais peu importe. Je la claque en me jetant contre elle, seule dans la pièce, les poings serrés, contre le battant, les yeux fermés. Je me met à renifler, l'odeur pestilentielle s'infiltrant toujours plus dans mon nez mais peu importe...Ca ne fait que renforcer mon sentiment de dégoût. C'est idiot mais dans ce genre de moment, j'aime me complaire dans mon malheur : c'est tout ce qu'il me reste au fond. Puis la pensée des « autres » me revient en tête, de leur réaction, de demain, de ce que je vais encore devoir supporter.
-...Non...S'i...S'il vous plaît...Non !...J'en ai marre...Ma-...Marre..., je geins en respirant difficilement entre mes pleurs.
Je sais que ça ne sert à rien mais je n'arrive pas à me retenir. Je sais que je suis faible, que je ne sers à rien. Que tout ce qui les amuse c'est de m'humilier encore plus, de me forcer à disparaître. Je me met à sangloter avec force en frappant les poings et les pieds contre la porte, sentant la douleur arriver de toute par, criant de désespoir, le visage inondé de larmes, mes cheveux salis tombant par paquets devant mes yeux, me dégoûtant un peu plus, me donnant une nausée que j'ai du mal à réprimer.
J'EN AI MARRE !
Pourquoi moi...
Et je vais devoir retourner en classe demain...
Non, je ne veux pas !...Mais personne ne prendra les cours pour moi. Il faut que j'y aille. Ce sont mes options...Donc en plus il faudra demander à des personnes différentes si je ne suis pas présente ! Et j'ai peur, peur d'aller les chercher, de voir leur regards dégoûté, leurs sourires méprisant et de faire face à des refus. Personne ne voudra m'aider, surtout pas après m'avoir vu ainsi. Ils auront encore plus honte de moi ou ne feront que me cracher des répliques cinglante à la figure comme si je n'en avais pas eu assez. Ils vont tous se moquer de moi, durant les cours, durant les repas, dans la salle commune. On va refuser que j'y rentre probablement...c'est déjà arrivé une fois. Il a avait fallu que j'aille voir un professeur pour rentrer. On m'avait enfermé dans un placard pendant trop longtemps et je n'avais pas pu me retenir...Ils ne voulaient pas qu'on assimile une honte pareille à leur maison.
A ce souvenir, les larmes reviennent en forces et coulent à nouveau sur mon visage salit tandis que des sanglots s'échappent de mes lèvres.
Cette fois encore, on va me rappeler cet épisode, on va me détruire psychologiquement, on va m'adresser la parole uniquement pour m'insulter, dire que mon surnoms de « Rubbish » me va à merveille, que je ne suis que de la fange ambulante. Ils vont s'y donner à coeur joie !
Je ne veux pas les affronter, je n'aurais pas cette force. J'ai trop peur ! Je veux rentrer à la maison ! Je ne veux plus les voir ! Plus jamais ! Je veux mourir !
Qui aurait la force de supporter toutes ces horreurs ?
…
En fait, nous l'avons tous.
Nous, les souffre douleurs.
J'ai envie de mourir.
