Désagréable surprise

Lily Evans fut surprise d'entendre son miroir de communication s'activer dans ses appartements. Sur le qui-vive, elle s'approcha de l'artefact.

-Bonsoir, professeur, salua Lily. Justement, je m'apprêtais à descendre …

-Soit, fit Albus. Mais je voudrais avoir un entretien avec ton fils et toi.

-Harry ?! s'étonna Lily. Mais pourquoi ?

-J'aimerai que nous soyons face à face pour en parler.

La rousse soupira longuement tout en examinant toutes les possibilités possibles. Finalement, elle s'avoua vaincue.

-Très bien, soupira Lily. Quand ?

-Après le dîner, annonça Albus. C'est très important.

-Je le préviendrais, fit Lily.

-Merci, fit Albus.

La communication se coupa et Lily s'assit sur le canapé. Délicatement, elle sortit un Miroir à Double Sens de sa poche. L'image de son fils apparut.

-Je croyais qu'il s'agissait d'un moyen de communication d'urgence, sourit Harry.

-Nous avons rendez-vous avec le directeur après le dîner, annonça Lily.

Le jeune homme devint sérieux.

-Tu penses que c'est grave ? demanda Harry

-C'est vraiment important s'il ne prend pas la peine de te convoquer officiellement, réfléchit Lily. Tu n'auras aucun mal à partir ?

-Je ne sais pas, avoua Harry. C'est vrai que je n'ai pas encore de lien avec les membres de ma maison mais je sens que je suis quand même surveillé.

-Alors dès que tu peux, tu viens me rejoindre dans mes appartements, demanda Lily. Nous irons ensemble dans le bureau d'Albus.

-D'accord, accepta Harry. Je te dis à tout à l'heure, maman.

-A tout à l'heure, mon fils.

La rousse éteignit le miroir et avisa l'heure. Il était temps pour elle de se rendre dans la Grande Salle.

Tous les professeurs étaient à table quand Lily entra à son tour. Elle grimaça intérieurement quand elle s'aperçut qu'elle devait passer à côté de son ex-mari pour rejoindre la place que lui avait réservé Sélène Sinistra. L'homme semblait ailleurs et elle en profita pour se faufiler discrètement. Mais une surprise de taille l'attendait quand elle passa. L'odeur entêtante de l'alcool flottait autour de l'homme et il était étonnant qu'elle n'ait pas envahi toute la table. Elle rangea l'information dans un coin de sa tête pendant qu'elle s'asseyait et engagea la conversation avec sa collègue.

La fin du repas arriva rapidement et prétextant des plans de cours à revoir, Lily s'éclipsa jusqu'à ses appartements. Elle ne fut nullement surprise d'y retrouver son fils, l'ayant vu quitter la salle une dizaine de minutes avant elle.

Sans un mot, ils se dirigèrent par des chemins détournés vers le bureau du directeur. Mais une fois devant, ils s'aperçurent que ce dernier avait omis de leur donner le mot de passe. Connaissant la passion de ce dernier pour les sucreries, mère et fils donnèrent tous les mots de passe possibles pendant un bon quart d'heure.

-Shokobons, lança Harry.

Et la gargouille pivota.

-Une sucrerie Moldue ! pesta Harry en grimpant les escaliers pendant que sa mère le suivait en étouffant ses éclats de rire. Une foutue sucrerie Moldue ! Pas étonnant que ces coincés du cul de Sang Pur le prennent pour un dingue !

-Langage, fils, réprimanda Lily.

-Désolé, fit Harry.

Qui reprit sa diatribe à voix basse. Ils grimpèrent jusqu'au bureau que le directeur avait ouvert pour eux et ils s'installèrent. Cependant, tous les deux furent surpris de trouver Severus Snape sur place.

-Si je vous ai fait venir tous les deux, commença Albus, c'est qu'il y a une chose très importante que je dois vous annoncer. Cependant, je dois demander à vous tous un serment magique pour garantir le secret.

-Quel type de serment ? fronça des sourcils Lily

-Je suis désolé mais vu l'importance, il s'agira d'un serment de magie ancienne, fit Albus.

Tous se regardèrent surpris. L'aîné enjoignit silencieusement l'homme en noir à parler.

-A la fin de ma scolarité, fit Severus, le directeur m'a découvert quelques aptitudes en magie ancienne qu'il m'a aidé à développer. Ma spécialité va davantage à la protection de l'esprit et aux bases de la magie sans baguette.

Lily soupira avant de se lancer.

-C'est le directeur qui a été surpris quand en 3e année, j'utilisais la magie sans baguette, expliqua Lily. Devant mon potentiel, il m'a enseigné tout son savoir puis il m'a mis en apprentissage chez l'un des derniers maîtres en magie ancienne. Je suis moi-même passée maître après et j'enseigne à mon fils.

Severus eut le souffle coupé. Un maître en magie ancienne, rien que ça ! Pas étonnant qu'elle ait tenu tête à de nombreux puissants Sorciers !

-Nous allons effectuer le serment avant d'aller plus loin, déclara Albus.

Chacun plaça un fragment de sa magie dans une vasque qu'il fit apparaître et ils psalmodièrent une incantation. Quand les magies eurent fusionnées, ils soupirèrent.

-Le serment était nécessaire, fit Albus après leur avoir servi une collation. Autant pour protéger le secret de votre pratique de la magie ancienne que pour ce que vous allez apprendre.

Lily et Severus se renfrognèrent. Aucun d'entre eux n'ignorait que les pratiquants de magie ancienne devenaient de plus en plus rares à travers le monde. Enfin, ceux qui déployaient entièrement le don comme Lily. Généralement, comme Severus, les pratiquants développaient une affinité avec un pan particulier, mais rarement plus. De plus, Voldemort était à leur recherche puisque qui disait pratiquant de magie ancienne disait grand potentiel magique.

-Pourquoi sommes-nous ici, monsieur le directeur ? demanda Harry qui ne pouvait plus tenir sa langue

-Ah, les joies de la jeunesse, soupira Albus en souriant. En vérité, Severus et moi devons vous apprendre une nouvelle importante. Mais pour cela, il vous faut savoir une grande partie de l'histoire, ainsi que des choses déplaisantes.

Albus rassembla ses idées avant de se mettre à parler.

-Nous allons revenir à une quarantaine d'années auparavant, commença Albus. Une Sorcière Sang Pur, contre l'avis de sa famille, avait décidé d'épouser un Moldu, une honte pour cette famille. Dès que le serment a été prononcé, cette famille la renia. La jeune fille regretta bien vite son choix après que son mari ne commence à la battre mais une seule chose la força à tenir, et c'était son fils qu'elle avait eu de cette union désastreuse. Grandissant dans un foyer violent, l'enfant n'avait que l'amour de sa mère qu'il lui rendait bien. Et puis un jour, il rencontra dans le parc non loin de chez lui deux fillettes de son âge, une brune et une rousse, deux sœurs.

Lily fronça des sourcils. Cela ressemblait furieusement à la vie de Severus. Elle voulut intervenir mais un seul regard du directeur la poussa à se taire.

-La plus jeune devint sa meilleure amie, fit Albus. Et puis un jour, il découvrit qu'elle était comme lui, une Sorcière. Fou de joie, il lui enseigna tout ce qu'il savait, lui-même le tenant de sa mère. Ils entrèrent ensemble à Hogwarts et malgré des maisons rivales, ils restèrent toujours amis. Mais petit à petit, il remarqua que son amie se faisait d'autres amis, alors que lui non. Ne voulant pas qu'elle lui brise le cœur, il décida seul de l'éloigner définitivement de lui, cette amitié étant également le principal obstacle à son intégration à sa maison. Une fois les liens coupés, il se laissa séduire par des arts tombés dans l'oubli et avant qu'il ne comprenne réellement ce qui se passait, il fut intégré à un groupe qui commençait à se faire connaître. Croyant à tort qu'on l'avait engagé uniquement pour ses talents de Maître de Potions, il s'aperçut rapidement qu'on lui demandait de faire que des choses contraires à ses convictions. Quand il réalisa l'horreur de sa situation, il vint trouver la seule personne qui l'avait sincèrement aidé jusque-là. Ensemble, ils établirent un plan pour mettre fin à ce groupe qui menaçait la sécurité et l'intégrité du monde magique.

Le vieil homme se tut.

-Une rousse … hésita Harry. Maman ? Mais qui est l'autre personne ?

-C'est moi, avoua Severus. Votre mère et moi nous nous connaissons depuis l'enfance.

-Alors tu as pris la marque de Voldemort, en déduisit Lily. Dans ta lettre tu disais que tu avais une erreur. Maintenant je comprends mieux.

En entendant cela, Harry jeta sa chaise à terre et mit en joue l'homme qui le mit par réflexe en joue également.

-Cela suffit, gronda Albus. Veuillez tous les deux baisser vos baguettes.

-Mais c'est un Death Eater ! s'exclama Harry

-Je sais, fit Albus. Mais laisse-moi terminer.

Méfiant, Harry se déplaça pour être en mesure de protéger sa mère. Severus se contenta de retourner à sa place et de ranger sa baguette.

-Effectivement, Severus est un Death Eater, confirma Albus. En réalité, il s'agit d'un espion travaillant pour moi. Il a compris qu'il se trouvait dans le mauvais camp quand il a participé à l'attaque d'Eton.

La célèbre école Moldue avait été violemment attaquée deux ans après que Lily et Severus aient quitté Hogwarts. Plusieurs centaines de personnes avaient été tuées, notamment suite à une série de défaillances, cas rarissime.

Mais c'était la version donnée aux Moldus.

Dans les faits, alors que les Death Eaters massacraient sans vergogne les élèves sans défense, plusieurs potions expérimentales de Severus avaient été détournées de leur utilisation initiale pour être données aux Moldus pour qu'ils puissent mourir dans d'atroces souffrances. Le créateur en avait été malade pendant des jours que son dur labeur soit utilisé pour semer la destruction. Il frissonnait encore en y repensant.

-Lorsque Voldemort a été défait la nuit d'Halloween, poursuivit Albus, j'ai protégé Severus en le mettant sous ma responsabilité. Quand il est revenu à la fin du Tournoi des Trois Sorciers, il a considéré que Severus serait parfait pour m'espionner, croyant à tort qu'il lui était fidèle. Ce qui n'est pas le cas.

-Et comment en être sûr ? grogna Harry

-J'ai prêté serment sur ma vie et ma magie que je ne servirais plus de quelque façon que ce soit celui qui s'acharne à détruire vie et magie sur Terre, révéla Severus.

Lily et Harry retinrent un hoquet de stupeur. Il s'agissait ni plus ni moins que l'un des serments de magie ancienne les plus puissants qui existaient. Pour les rares à avoir osé le trahir, leur sort n'avait guère été des plus enviables.

-OK, grommela Harry, vaincu. Pourquoi nous sommes ici ?

-Voldemort s'intéresse à toi, annonça Albus.

-Moi ?! s'étonna Harry. Mais pourquoi ?

-Tu es le frère jumeau du Survivant, expliqua Albus. Envoyé à Slytherin. Il croit que tu peux te tourner vers la magie noire, voire le rejoindre.

-Ce qu'il utilise ne peut être considéré comme de la magie noire, gronda Harry.

Le directeur et le professeur regardèrent étrangement la femme qui soupira.

-Je vous l'ai dit, Albus, fit Lily. Harry a appris les bases de la magie noire.

-Avec qui ? demanda Severus en fronçant des sourcils. Car je ne vous apprends rien, elle est souvent utilisée pour faire le mal.

-La magie noire est enseignée à Salem, comme à Dumstrang, répondit Harry. Il vaut mieux connaître les armes de son ennemi.

-Ennemi ? s'étonna Severus

-Malgré ce que je m'acharne à dire, je reste toujours un Potter, soupira Harry. Tout le monde ne verra que ça, et non ce que je suis réellement. Je sais que Voldemort a fait ici et je suis totalement contre ses actes.

-Mais ses idées ne te déplaisent pas, nota Albus.

-Non, parce qu'il n'a pas tort sur certains points, rétorqua Harry.

-Lesquels ? demanda Albus l'air sombre

-Aucun que vous n'êtes prêt à écouter, affirma Harry.

Le vieil homme sursauta, surpris. Le plus jeune continua sur sa lancée.

-Certaines de vos idées, quoique très généreuses, ne sont pas possibles à réaliser sans ce que préconise Voldemort, déclara Harry. Mais comme vous vous focalisez sur les morts qu'il fait, vous ne vous intéressez pas à pourquoi il le fait. Et c'est un tort.

Le directeur allait protester mais l'élève leva la main pour l'arrêter.

-Ne dites rien, pria Harry. Réfléchissez d'abord à ce que je vous ai dit et ensuite nous en parlerons.

Le vieil homme se tourna vers la rousse.

-Je ne sais pas ce qu'il pense, haussa des épaules Lily. Mais il a sa propre opinion de Voldemort, comme j'ai la mienne.

Comprenant qu'il n'aurait pas plus de détails, Albus décida de laisser tomber pour l'instant.

-Voldemort veut que je vous approche, déclara Severus après un silence.

-Pourquoi ? demanda Harry

-Pour voir si vous êtes intéressé par la magie noire et qui sait, venir le servir, expliqua Severus.

-Et qu'est-ce qu'il pourrait me donner en échange ? renifla Harry. Gloire ? Pouvoir ? Connaissance ?

-A peu près, avoua Severus. C'est comme ça qu'il arrive à recruter ses plus jeunes Death Eaters. Ils sont toujours plus avides de reconnaissance.

-Ça ne m'étonne pas, grogna Harry en s'avachissant sur sa chaise.

-Harry, gronda Lily.

Le jeune homme se redressa aussitôt. Il avait appris très tôt qu'il n'était pas bon d'énerver Lily Evans. Pas bon du tout.

-Que prévoyez-vous de faire, professeur ? demanda Lily

-Je ne sais pas trop, soupira Albus. D'après ce que j'ai pu comprendre de notre adversaire, Harry a le profil type du serviteur qu'il recherche. Il connaît la magie noire et ne semble pas d'accord avec mes méthodes. Sans compter qu'il est à Slytherin. Le bonus reste qu'il est le frère du Survivant. Si tu avais été dans une autre maison, je t'aurais demandé de ne pas approcher les Slytherin …

-Et je ne vous aurais pas écouté, rétorqua calmement Harry.

-Pourquoi ? s'étonna Albus, abasourdi

-Je crois savoir que parmi les Death Eaters, tous ne proviennent pas que de Slytherin, insinua doucereusement Harry.

Le vieil homme eut le bon goût de paraître honteux. En cataloguant de lui-même les Slytherin de mauvais, il discriminait ses élèves et les poussait toujours plus vers les bras de Voldemort.

-Cela fait aussi partie des choses sur lesquelles vous devriez réfléchir avant que nous discutions réellement ensemble, déclara Harry. Je vais m'occuper des choses à ma façon, si vous me le permettez.

-J'espère que tu ne vas pas faire trop de dégâts, fit Lily.

-Je ne rase pas tout sur mon passage, que je sache ?! s'indigna Harry

-Oh, si peu, taquina Lily. Sans rire, sois prudent.

-Qu'est-ce qui te fait dire qu'il va s'en sortir ? demanda Severus

-J'ai pu suivre les actes de Voldemort depuis là où je suis, répondit Harry. Sans votre journal clairement adepte de ne jamais donner la vérité telle qu'elle devrait l'être, vous auriez appris beaucoup de choses sur votre mage noir. Et puis, je vous signale que je ne suis pas endoctriné, ni par un camp, ni par l'autre.

Il était clair que le jeune homme critiquait ouvertement la politique du directeur. Ce dernier préféra arrêter les hostilités.

-Je vous fais confiance, déclara Albus. Si jamais tu as besoin d'aide, Harry, tu peux trouver ta mère, le professeur Snape ou moi-même.

-Je vous remercie, s'inclina Harry. Je saurais m'en souvenir. Je vous souhaite une bonne soirée.

Sur ces mots, il se leva, suivi de sa mère, et tous les deux quittèrent le bureau.