« Every night and every morn,

Some to misery are born,

Every morn and every night,

Some are born to sweet delight.

Some are born to sweet delight,

Some are born to endless night. »

Extrait d'« Auguries of Innocence », par William Blake

9 : Le feu

« Avada… »

La baguette de Kévin était pointée vers le front de Ti'lan, à tel point qu'il aurait dû loucher pour la regarder. Mais il ne la voyait même pas. Il avala sa salive et dit :

« Je sais que tu veux me tuer mais attends une seconde. »

« Quoi ? Tu veux te battre ? Tu crois que tu peux le faire sans ta baguette ? »

Il l'agita cruellement sous le nez de Ti'lan. Celui-ci savait qu'il devait retenir l'attention de Kévin, ne serait-ce que quelques secondes.

« Je sais quelque chose que tu ne sais pas. »

« Quoi donc ? »

« Jette donc un coup d'œil derrière toi. »

« Aha, tu veux que je me retourne pour m'assommer par derrière, dit Kévin en souriant. Très malin. Mais je ne joue pas. »

« Comme tu veux. »

Ti'lan resta interdit et Kévin était de plus en plus tenté de jeter un coup d'œil par dessus son épaule lorsque soudain…

« Expelliarmus ! »

Le sort le frappa en plein dans le dos et les deux baguettes qu'il tenait à la main s'envolèrent jusqu'à Eméra, qui les rattrapa d'une seule main. De l'autre, elle s'accrochait à une espèce de liane, qui appartenait visiblement à une plante rampante aux branches noueuses. Celles-ci s'étendirent de leur côté de la falaise et Eméra put descendre jusqu'à eux. Elle était suivie par Rosemary et, une fois que celle-ci l'eut rattrapée, elle lui confia la baguette de Kévin après lui avoir murmuré quelque chose à l'oreille.

Kévin, qui semblait comme anesthésié depuis l'apparition surprise de sa petite amie, se laissa entraîner par elle dans un coin et ils se mirent à parler à voix basse.

Eméra rejoignit Ti'lan qui l'accueillit avec beaucoup d'étreintes et de baisers.

« Je t'aime. Et je ne dis pas ça parce que tu viens de me sauver la vie. Je t'aime vraiment. »

Eméra rougit, ce qui la rendit encore plus charmante aux yeux de Ti'lan.

« Je t'aime aussi et je te sauverai la vie autant de fois qu'il le faudra, Ti'lan. Mais pourquoi Kévin voulait-il te tuer, en fait ? »

« Je lui ai dit que c'était Voldemort, et non pas moi, qui l'avait torturé lors de notre dernier combat. »

« Cela aurait plutôt dû avoir l'effet inverse, non ? »

« Sauf que la mère de Kévin avait modifié ses souvenirs. J'ai découvert, et donc effacé, ce caviardage. Ça l'a mis assez en colère. »

« Pour justifier le fait que Voldemort t'avait possédé, tu as dû lui dire que tu étais un Horcruxe ? »

Ti'lan acquiesça de mauvais grâce car Eméra continuait son raisonnement :

« Je suis contente que tu aies commencé à l'avouer aux autres mais pourquoi Kévin ? Pourquoi maintenant ? »

« Parce que je croyais que j'allais mourir. »

Il lui avoua alors son idée de sacrifice. Eméra pâlit terriblement puis rougit de colère :

« Comment as-tu pu vouloir te tuer sans me prévenir ? Et les autres ? »

« J'avais… peur. Mais, ne t'inquiète pas, cet incident avec Kévin m'a servi de leçon. Je vais maintenant essayer de vivre le plus longtemps possible. Mais pour le Cristal ? », ajouta t-il avec gêne.

« Nous trouverons un autre moyen. », promit Eméra.

« Justement, nous n'avons pas prévenu les autres du danger de franchir le cercle de feu ! », s'exclama Ti'lan en se frappant le front.

« Mais comment ? »

Ti'lan lui prit alors la main et il transplana de l'autre côté du cercle de feu. Ils arrivèrent juste au pied du mur de glace qui avait pris la place de la rivière et montait jusqu'au plafond, bloquant complètement l'accès à l'extérieur. Une légère colonne de fumée s'élevait au loin.

« Alors c'est comme ça que tu as survécu à cette chute !, s'exclama Eméra. Je me suis tournée vers toi juste pour te voir tomber. Évidemment, je me suis précipitée dans ta direction, terrifiée à l'idée de ne retrouver que ton cadavre. »

Pour les sortir du marécage, elle lui montra sa technique : faire pousser une plante des marais et se servir de ses branches solides pour rejoindre et escalader le glacier le plus proche. De là haut, ils purent voir distinctement d'où venait la fumée et transplanèrent aux côtés de leurs amis.

« Arrêtez tout ce que vous faites ! », cria Ti'lan en arrivant.

« Pourquoi ? », demanda Dalila.

« Comment avez-vous pu transplaner ? », dit aussitôt Deimos.

« Que font Kévin et Rosemary ? », demanda Stanislas.

« Kévin et Rosemary… Qu'est-ce qu'ils font en fait ? », dit Ti'lan en se tournant vers Eméra.

« Je lui ai demandé de le raisonner. »

« Elle doit être en train de le consoler, aussi. Kévin a essayé de me tuer après une crise de nerfs dûe à la redécouverte d'un traumatisme. », expliqua t-il aux autres.

« Pourquoi je n'étais pas du côté intéressant du cercle ? », dit Deimos.

« Oh zut, dit Stanislas, je ne trouve pas ma troisième bouteille de sang de Re'em. »

Il plongea la main dans sa poche et deux doigts en ressortirent par un trou.

« Elle doit être tombée quelque part en chemin. Quel gâchis ! »

« Qu'est-ce que tu fais, Stanislas ? »

« J'essaie de fabriquer une potion pour traverser ces flammes, évidemment. »

« On ne peut pas, hélas. », dit Ti'lan et il lui raconta les découvertes qu'il avait faites avec Kévin.

« J'avais pensé tout à l'heure à détruire le Cristal en utilisant un son, dit Stanislas d'un air songeur. Vous vous souvenez de ce sort, à Poudlard ? »

« Peut-être que si Eméra et moi le faisions ensemble le sort serait assez puissant pour détruire le Cristal. »

« Est-ce que le Horcruxe a pensé au fait que le mur de feu pouvait bloquer les sons ? »

Un bruit de verre brisé retentit aussitôt. Stanislas avait lâché le flacon qu'il était en train de ranger.

« C'est tellement dérangeant, dit-il en baissant les yeux,… mais pourtant tellement logique. »

Lucy comprit avec quelques secondes de plus les propos de Kévin, qui venait de transplaner aux côtés de Rosemary.

« Comment peux-tu être aussi méchant ?, jeta t-elle à Kévin. Ti'lan, nous sommes tous désolés. »

« Et rien d'autre. », ajouta Dalila avec un regard en biais en direction de Kévin. De plus, elle serra la main de sa cousine dans un geste de réconfort.

« Si ça peut te consoler, je ne pense pas te survivre très longtemps. », dit Deimos.

« Ne dis pas ça. », répondit Ti'lan. Seul son léger sourire exprimait l'émotion profonde qu'il ressentait face à la sollicitude de ses amis.

« Sur un tout autre sujet, reprit-il, l'Imbécile a raison. Ce genre de feu magique atténue presque toujours les sons. Si nous lançons ce sort, nous devrons être sûrs qu'il marche. Autrement, notre sortilège d'insonorisation sera brisé et Voldemort transplanera ici dans les deux minutes, tout ça pour rien. »

« Alors, nous devons traverser le cercle de feu, coûte que coûte. », dit Deimos.

« Mais comment ? »

Eméra laissa porter son regard jusqu'en haut de la muraille de flammes, qui léchait le plafond. Puis, il retomba vers le sol. Elle prit une poignée de terre, qu'elle malaxa.

« Voldemort a pensé à faire monter son mur de feu le plus haut possible. Mais est-ce qu'il a pensé au plus bas ? »

« Si nous creusions un tunnel… »

« La proximité du mur de feu rend un marécage impossible ici, l'interrompit Eméra, plongée dans ses pensées. Mais, s'il se poursuivait vraiment en dessous du sol, nous marcherions dans de la lave. »

« Alors, c'est sans danger de creuser un tunnel pour passer de l'autre côté ? », acheva Stanislas.

« Oui, je crois. », dit Eméra. Elle s'accroupit et posa ses deux mains sur le sol. Un trou se forma à cet endroit à l'intérieur duquel elle se laissa tomber. Au bout de quelques minutes, elle leur cria :

« Vous pouvez venir ! Je maintiens la galerie ! »

Ils traversèrent à quatre pattes le tunnel, étroit, mais qui ne risquait au moins pas de s'effondrer. Derrière les monticules de terre repoussés par Eméra se tenait le Cristal.

Il était plus grand qu'ils ne l'avaient imaginé, de la taille d'un homme, et plus brillant aussi. Ils ne purent l'observer que quelques secondes avant de détourner les yeux, comme s'ils s'étaient retrouvés face au soleil.

Pour la première fois, Rosemary lâcha la main de Kévin pour s'approcher du Cristal. L'expression qui se peignait sur son visage était plus que fascinée. Son esprit fonctionnait à toute vitesse et sa réflexion se termina par un sourire éclatant.

Kévin, inquiet pour Rosemary à cause de la lumière et de la chaleur qui se dégageaient du Cristal, l'en éloigna doucement. Puis il s'adressa à tous :

« Il va falloir le détruire en utilisant votre méthode. Ça va attirer très rapidement Voldemort mais je n'en vois pas d'autres. »

« Stanislas, tu es sûr que Sutr va bien t'obéir ? », demanda Lucy d'une petite voix.

« Oui, le sortilège de l'Imperium a marché, j'en suis sûr. », répondit-il et ce n'était pas des paroles en l'air car de la diversion de Sutr pouvait dépendre leur vie à tous. Puis, il se tourna vers Ti'lan et Eméra :

« Vous pouvez y aller. »

« Ensemble ? », dit Ti'lan.

« Ensemble. », acquiesça Eméra. Elle serrait sa main aussi fort qu'elle le pouvait.


Le son mit moins d'une minute à briser le sortilège d'insonorisation. Il se répandit dans la vallée, en une note unique, assourdissante et pure.

Voldemort transplana à l'intérieur de la Station Endoloris. À travers le mur de feu, il ne pouvait percevoir que les silhouettes de ses ennemis, et un murmure indistinct, qui indiquait en fait une discussion très animée.

« Voldemort est là !, s'exclamait Rosemary. Qu'est-ce que fabrique Sutr ? »

« Rosemary et moi partons d'ici, dit Kévin. Je ne veux pas mourir, et certainement pas pour détruire ce Cristal. »

Il se concentra, ferma même les yeux mais rien ne vint :

« On ne peut pas transplaner ! », s'écria t-il.

Son visage était déformé par la terreur alors que l'ombre de Voldemort s'avançait vers eux, menaçante.

Un bruit suffisamment fort pour se faire entendre retentit alors en provenance du plafond. Ceux-qui-doivent-ramper furent frappés par la vision d'un beau ciel étoilé. Sutr venait d'arracher la toiture.

Stanislas remarqua les yeux révulsés du géant. Celui-ci ouvrit sa gigantesque bouche mais seul un gargouillement inintelligible en sortit. Un petit bouchon de liège tomba alors aux pieds de Stanislas, qui le ramassa et l'examina, incrédule.

Néanmoins, il le rangea rapidement dans poche et en sortit le Portoloin, qu'il commença à réactiver, tout en faisant signe à Eméra et Ti'lan de continuer.

Le poing de Sutr plongea alors vers eux et ils se baissèrent instinctivement. Mais ils n'étaient pas la cible du géant. Celui-ci se saisit du Cristal. De la fumée s'éleva de sa peau, rendue rouge par la brûlure de la magie.

« 1… », dit Stanislas d'une voix blanche.

Un éclair de lumière verte traversa le mur de feu et frappa Sutr. Le dernier geste du géant fut de serrer le Cristal aussi fort qu'il le pouvait comme s'il avait peur qu'on le lui arrache. Mais il sous-estima sa force et le Cristal fut broyé dans son poing.

« 2… »

Il y eut une brève explosion de lumière puis la magie, qui n'était plus attachée en ce lieu, se dispersa tout à fait et redevint invisible. En même temps, le corps de Sutr était tombé à genoux, écrasant une partie de la Station. Sa main s'abattit sur le sol et s'ouvrit, libérant de gros éclats de quartz parfaitement ordinaires.

« 3 ! »

Voldemort franchi le cercle de feu, absolument furieux. Il était déjà vide.


« Ouf, c'était moins une ! Mais où sommes-nous en fait ? »

« Nous sommes à Venise et il est sept ou huit heures du matin. », répondit Stanislas.

« On a sauté la nuit. », dit Deimos avec une réelle tristesse.

« On ferait mieux de sortir de cet appartement avant qu'Eméra et moi nous nous levions. »

Alors qu'ils jouaient à cache-cache dans les couloirs du fastueux palais vénitien, Lucy demanda :

« Pourquoi tu ne peux pas utiliser le Portoloin pour nous ramener sur le Continent Interdit ? »

« Un Portoloin ne peut servir que pour un aller et un retour, lui expliqua t-il. Celui-ci est donc inutilisable. En voler et en modifier un autre prendrait trop de temps et en créer un est absolument exclu. Voldemort a repris les techniques du Ministère pour enregistrer toutes les créations de Portoloin. »

« Alors, chuchota vivement Rosemary alors qu'ils se plaquaient contre un mur pour laisser passer Angelica, d'où venait le Portoloin que ton père a utilisé pour te faire quitter la Station Endoloris ? »

« Probablement de Voldemort lui-même. Il a sans doute confié le Portoloin à mon père pour qu'il puisse revenir rapidement dans le Sud de l'Angleterre, là où il était censé être en poste. »

« Donc on est coincés ici, et la Précieuse Relique est dans le camp des géants, à des milliers de kilomètres ? »

« Je n'avais pas le choix, dit Stanislas d'une voix plus forte. Les autres lui intimèrent aussitôt de parler bas et il continua dans un murmure :

« Voldemort avait jeté un sortilège Anti-Transplanage à l'intérieur du cercle de feu, sans doute pour nous piéger dedans. Utiliser le Portoloin était notre seule façon de nous en sortir ! »

« Tu as raison sur ce point là, dit Eméra, mais tu aurais pu nous dire que tu avais ordonné à Sutr de briser le Cristal ! »

« Je ne l'ai pas fait ! Il aurait bien trop résisté à un tel ordre. »

« Alors pourquoi Sutr l'a t-il détruit ? », demanda Ti'lan.

« Par accident. »

Il sortit de sa poche le petit bouchon de liège.

« Ceci vient d'une de mes bouteilles personnelles. Il n'y en a qu'une que j'aie laissé tomber. »

« Une bouteille de sang de Re'em, se rappela soudainement Dalila. Sutr l'a probablement trouvée sur le chemin et il est assez stupide pour avaler n'importe quoi. »

« Une si petite dose n'aurait pas dû avoir grand effet sur lui mais il se trouve que le sang de Re'em et l'achillée sternuatoire du Philtre de Confusion que j'ai injecté à Sutr sont des ingrédients contre-indiqués. Ils augmentent leurs effets respectifs. Sutr était donc anormalement fort, et très confus, quand il a obéi à mon ordre de faire diversion. »

« Il a cherché à s'emparer de la seule chose qu'il voulait vraiment et ça l'a détruite. Ironie du sort. », dit Deimos.

Alors qu'il parlait, Ceux-qui-doivent-ramper arrivèrent enfin à l'entrée du grand palais. Le loup-garou y jeta un oeil pour voir si la voie était libre.

« Hé, ce n'est pas Lucius Malfoy ? »

Ti'lan jeta à son tour un coup d'œil au hall recouvert de marbre.

« C'est bien lui. Et on dirait qu'il porte le parchemin qu'il était chargé de me délivrer. Mais il ne doit pas me le donner avant ce soir ! »

Lucius demanda son chemin à un serviteur, qui baissa les yeux comme une religieuse face à une statue.

« Il faut l'intercepter. », dit Deimos.

« Chut ! Il vient vers nous. », intima Stanislas.

Alors que Lucius passait devant eux, Deimos l'entraîna dans leur cachette précaire, derrière l'encadrement de la porte.

« Que faites-vous ici ? », s'exclama aussitôt le Mangemort.

« Un petit contretemps, dit Ti'lan. Mais vous que faites vous ici ? Nous ne sommes pas censés nous rencontrer avant ce soir. »

« Quand vous m'avez dit que je devais vous voir le 15 à Venise, j'ai fait de mon mieux pour exécuter le plus lentement possible la mission que Voldemort m'a donnée hier. Mais je ne peux le faire plus. »

« Vous n'avez pas pu rogner sur les transports ? », demanda Kévin, dubitatif.

« J'ai longuement recruté un groupe de Mangemorts, je les ai accompagnés à Sang-Pur avec un Portoloin imposé par Voldemort, je leur ai donné des ordres puis je suis revenu à Poudlard. J'ai trouvé un prétexte pour revenir à Sang-pur en transplanant, j'ai fait exprès de me désartibuler. J'ai dit que je me sentais mal le plus longtemps possible, j'ai dormi quelques heures, je me suis fait torturer par Voldemort. J'ai recruté un autre groupe pour protéger la statue et nous venons d'arriver à Venise en Portoloin. »

« Vous avez un Portoloin qui mène à Poudlard ? Où exactement ? », demanda poliment Lucy.

« C'est Voldemort qui l'a fait. Il doit mener directement dans son bureau. »

« Si nous pouvons aller là-bas, nous pourrons travers l'armoire dans l'autre sens et rentrer au Continent Interdit ! »

« Apparaître comme ça dans le bureau de Voldemort n'est pas du tout prudent. », dit Rosemary.

« C'est plus prudent que de transplaner jusqu'en Angleterre en risquant de se désartibuler et d'essayer d'entrer dans Poudlard par la force. », rétorqua Stanislas.

« Mais si Voldemort est là ? »

« Il m'attend, dit Ti'lan. M. Malfoy, nous allons devoir vous assommer pendant quelques heures. Le temps que vous repreniez conscience et fassiez votre rapport à Voldemort, vous ne viendrez me voir que ce soir. À partir de quelle heure Voldemort s'inquiétera t-il pour vous ? »

« À partir de midi, s'il ne reçoit pas mon rapport quotidien. »

« Donc, jusqu'à midi, Voldemort croira que vous m'avez délivré son message comme prévu ? »

« Oui, c'est ça. »

« Et ce message disait que je devais le rejoindre immédiatement. Ainsi, s'il me voit arriver, il ne sera pas surpris. Je pourrai m'esquiver et surveiller son bureau jusqu'à ce qu'il parte, pour ensuite accéder au Horcruxe. »

« Mais tu as besoin de moi pour le détruire. », dit Eméra.

« Elle peut venir avec toi !, dit Deimos. Il suffit de trouver un prétexte qui justifie son départ si rapide de Venise. Tu n'as qu'à dire qu'elle est enceinte. »

Eméra rougit et baissa les yeux.

« Bon prétexte. Voldemort serait tellement heureux de cette nouvelle qu'il en avalerait n'importe quel couleuvre. »

« Bon plan, dit Rosemary. Mais le Portoloin a déjà servi une fois et, si vous l'utilisez une fois de plus pour aller à Poudlard, il ne fonctionnera plus après. Comment allez-vous faire pour revenir ? »


« Voldemort n'est pas là. Dieu merci ! », s'exclama Eméra.

« Il peut revenir d'une minute à l'autre. », dit Ti'lan. Ils se mirent donc à inspecter rapidement tous les meubles et trouvèrent le double de la Précieuse Relique, caché sous un sort d'illusion basique. Ils la franchirent et se retrouvèrent aussitôt sur le Continent Interdit, au côté de l'Armoire à Disparaître qui avait apparemment retrouvé sa place parmi les trésors des géants.

Ti'lan et Eméra effectuèrent le rituel mais il échoua.

« Pourquoi ? Nous avons déjà fait ce rituel à Venise et il avait parfaitement fonctionné. »

« Je ne pense pas que ce soit nous qui sommes en cause. Si le sortilège échoue à libérer l'Horcruxe de ses liens terrestres, c'est peut-être qu'il n'y a pas d'Horcruxe à libérer. »

« Tu veux dire… Voldemort aurait échangé les deux Armoires à Disparaître ? »

« Il en avait la possibilité physique. Il était sur le Continent Interdit, il a pu vouloir vérifier lui-même l'état de son Horcruxe et l'échanger avec son double pour nous berner. Et nous nous sommes faits avoir. Nous étions tellement sûrs que l'Horcruxe était sur le Continent Interdit, que nous n'avons pas pensé à le vérifier. »

« Alors, nous allons devoir refaire le rituel dans le bureau de Voldemort ? »

Ti'lan acquiesça sombrement et ils firent le chemin en sens inverse. Mais Eméra put apercevoir, par le minuscule espace entre les deux battants de l'armoire, que Voldemort était de retour dans son bureau.

Ils prirent donc leur mal en patience. L'intérieur de l'armoire était étroit et il y faisait chaud. Au fil des heures, l'attente devint de plus en plus douloureuse et ils tenaient à peine sur leurs jambes quand Voldemort sortit enfin. Ils l'entendirent adresser quelques mots à son secrétaire (« Je ne m'absente que quelques minutes. Faites attendre le Prince s'il arrive. ») puis la porte claqua derrière lui.

Ti'lan sortit aussitôt de l'armoire et prit une bouffée d'air non vicié avant de dire :

« Nous n'avons pas le temps de faire le rituel. »

« Mais nous ne pouvons pas non plus attendre encore, dit Eméra. C'est peut-être notre dernière occasion de la journée. »

« Alors, tant pis, détruisons cette armoire. Le Feudeymon… »

« Un Feudeymon est pratiquement incontrôlable dans un espace restreint. J'ai une meilleure idée. »

Elle la lui chuchota à l'oreille.

« Tu crois vraiment que ça va marcher ? Maintenant ? », dit Ti'lan d'une voix hésitante.

« Si tu n'es pas convaincu, tu n'as qu'à me faire confiance. »

Ti'lan baissa les yeux :

« Ce n'est pas très charitable de me remettre en tête ce souvenir maintenant. Je ne suis pas fier de ce que j'ai fait pour que nous réussissions. »

« Et je comprends mieux pourquoi tu as fait ça. Dis, Ti'lan, tu me fais vraiment confiance ? »

Tout en parlant, Eméra lui prit la main et posa leurs doigts entremêlés sur l'armoire.

« Absolument. »

L'Horcruxe s'embrasa soudainement. Pourtant, Eméra avait l'air triste mais Ti'lan attribua cette impression aux étranges reflets spectraux que les flammes blanches jetaient sur tous les visages.

Eméra se dirigea vers la porte d'entrée réservée aux nobles et jeta un coup d'œil par le trou de la serrure. Heureusement, aucun Mangemort n'était en train d'attendre Voldemort. Ils quittèrent donc le bureau, sachant que le feu blanc disparaîtrait dès qu'il aurait fini de dévorer sa cible, parce que c'était ce qu'ils voulaient tous les deux.

Ils avaient prévu avec leurs amis l'endroit idéal où se réfugier en attendant de quitter le château.

« Alors, c'est là que tu vis ?, dit Ti'lan en portant son regard partout autour de lui. Il aimait le rouge chaud des murs de la pièce, la grande cheminée, mais l'état misérable dans laquelle elle était l'enlaidissait considérablement. Je préfère ça à mon appartement. », dit-il cependant.

Ti'lan essaya de sourire mais le résultat ressemblait plus à une grimace. Leur plan si soigneusement préparé avait affreusement mal tourné. Qui savait ce qui se passerait maintenant qu'ils avaient détruit l'armoire de la manière la plus évidente et offensante qui soit ?

« Assieds toi, s'il te plaît, dit Eméra. J'ai quelque chose d'important à t'annoncer. »

« De mauvaises nouvelles ? », dit Ti'lan qui pouvait voir l'air affligé d'Eméra derrière son sourire, comme elle pour lui.

« Non. De très bonnes nouvelles. J'ai trouvé le moyen de détruire le Horcruxe qui est en toi sans te tuer. »

Le visage de Ti'lan se fendit d'un sourire d'une oreille à l'autre.

« Mais ce ne sont pas de très bonnes nouvelles !, s'exclama t-il. C'est une nouvelle fantastique ! Bien que, vu ton air, je suppose qu'il doit y avoir une lourde contrepartie. »

« Ce n'est rien, dit Eméra avec un sourire nerveux. Je ne t'ai rien dit car je ne me sentais pas prête à le faire tout de suite et, je ne me sens d'ailleurs toujours pas prête, mais le temps presse. Après ce que nous avons fait à l'armoire, nous sommes en grand danger. Il nous faut battre Voldemort de vitesse en l'attaquant en premier avant qu'il ne nous traque. Et ça ne sera possible que quand tu ne seras plus un Horcruxe. Après, tu pourras rejoindre les autres et attaquer Voldemort immédiatement si tu le veux. »

« Je sais, mais explique-moi tout maintenant. Comment as-tu découvert ce sort ? Comment il marche ? Qu'est-ce que je suis supposé faire ? », demanda Ti'lan, débordant d'enthousiasme.

« Donne moi ta baguette. Elle pourrait causer des perturbations dangereuses pendant le rituel. »

Il s'exécuta.

« Quelque chose d'autre ? »

« Non, il faut juste que je me concentre. »

Elle s'assit à côté de lui, sa main effleura la sienne et il la pressa, croyant qu'elle avait besoin de soutien et de réconfort. Peu à peu, il sentit son corps se figer dans cette position. Il essaya de bouger légèrement mais sans succès. Ce n'était pas un simple engourdissement mais une paralysie artificielle ; sans doute un signe que le rituel commençait, pensa t-il.

Enfin, Eméra se mit à parler mais nulle formule magique ne sortit de sa bouche.

« Tu ne seras plus jamais un Horcruxe. Pour que le fragment de l'âme de Voldemort en toi soit détruite sans que ton propre corps et ta propre âme soient affectés, je donne ma vie et te bé… »

Il y eut soudain comme une explosion silencieuse. Eméra sentit la vague d'énergie qui la submergeait, elle sentit la main de Ti'lan qui lui échappait. Elle vola à l'autre bout de la pièce. Son dos et l'arrière de sa tête lui faisaient affreusement mal mais, sa Bénédiction inachevée, elle était vivante, bien vivante.

Quand elle rouvrit péniblement les yeux, Ti'lan était debout et jamais dans sa vie elle ne l'avait vu aussi furieux.

« Comment as-tu pu essayer de faire ça ? Quand je pense que tu me reprochais hier d'avoir voulu me sacrifier sans rien dire ! Ou alors tu pensais que c'était ce que je voulais ? Que je voulais vivre à tout prix, à ce prix ? »

« Non, murmura Eméra. J'ai toujours su que tu refuserais ce sacrifice. C'est pour ça que je ne t'ai rien dit et que je t'ai immobilisé. En ignorant ton avis, je savais que je trahissais ta confiance mais je n'avais pas le choix. »

« Pas le choix ?, s'insurgea Ti'lan. Pas le choix ? »

« Qu'est-ce que tu voulais que je fasse ?, répliqua violemment Eméra. Que je laisse celui que j'aime mourir alors que j'avais le pouvoir de le sauver ? Qu'aurais-tu fait à ma place ? »

« Toi et moi… C'est différent. Je suis condamné, pas toi ! »

« Pourquoi ? Pourquoi devrais-tu mourir et pas moi à ta place ? Est-ce que tu crois que je vaux mieux que toi ? Hé bien, pas moi ! »

Pour la première fois, le visage de Ti'lan sembla s'apaiser. Il poussa un soupir et se rassit.

« Je suis désolé. Je n'aurais pas dû te parler comme ça. Tu essayais juste de me sauver… mais il est clair pour moi que si un seul d'entre nous est destiné à avoir une vie après Voldemort, c'est toi, Eméra. »

« Tu dis des bêtises. », répondit-elle presque tendrement.

« Peu de gens m'ont vraiment aimé et je n'ai jamais rêvé que quelqu'un le fasse à ce point. Tu ne peux pas savoir ce que ça signifie pour moi. Tu ne peux pas savoir ce que tu signifies pour moi. Et je ne pense vraiment pas que je pourrais avoir ta mort sur la conscience. Donc, je ne te toucherai plus jamais à moins que tu me promettes de ne pas recommencer. Et si tu réussis tout de même, je me jetterai du haut d'un pont, juste pour t'embêter. », ajouta t-il avec un clin d'œil pour adoucir son propos.

Elle s'approcha de lui, inquiète de cet accès incongru d'humour, mais il recula :

« Non, non, promets-moi d'abord. Je n'aimerais pas devoir te repousser encore avec la magie. »

« Sans formule. Sans baguette. Je ne savais même pas que tu en étais capable. »

« Moi non plus. Même quand j'étais en danger de mort, je n'ai jamais fait de choses pareilles. »

Eméra baissa les yeux. Ses épaules se voûtèrent et elle dit, non comme une question mais comme un constat d'une tristesse immense :

« Tu es vraiment sérieux, n'est-ce pas ? »

Ti'lan acquiesça.

« Alors, je n'ai plus qu'à jurer. »

Elle le fit et Ti'lan se détendit enfin. Il se releva pour la prendre dans ses bras mais elle dit soudain :

« J'ai une autre chose à t'annoncer. Je suis enceinte, Ti'lan. »

Il retomba aussitôt sur le fauteuil.

« Depuis quand tu le sais ? »

Elle lui raconta alors comment elle l'avait découvert l'avant-veille, aux dépens du pauvre Stanislas, dont elle avait effacé tout souvenir de l'événement.

« J'avais décidé de le cacher à tous, surtout à toi, pour que tu ne ressentes pas encore plus de culpabilité après mon sacrifice. Mais, vu que je vais vivre, je ne sais plus quoi faire. »

« Je suis désolée, Eméra, mais que tu décides d'avorter ou d'élever cet enfant, je ne serai pas là pour toi. »

« Si tu survivais à Voldemort, que choisirais-tu ? », insista t-elle.

« Hé bien… Ce que tu me dis me semble complètement surréaliste, avoua Ti'lan. J'ai tellement eu l'habitude d'être un fils, un fils dont on s'est servi et qu'on a maltraité, que je n'ai pas la moindre idée de quel genre de père je pourrais être. Je suis sûr que je ne veux pas d'enfant maintenant mais, si tu choisissais de garder celui-là et que j'en avais la possibilité, je suis aussi sûr que je serais resté à tes côtés et que j'aurais essayé d'être le meilleur père possible. En fait, je crois que je te soutiendrais quel que soit ton choix. »

« Une façon très habile de me laisser choisir seule. », réplique Eméra, moqueuse.

« Tu es supposée être la plus courageuse de la paire. », lui rappela Ti'lan.

« Tu n'as vraiment aucun avis personnel sur la question ? »

« Choisis ce qui te rendra la plus heureuse. Je n'ai pas d'autre préoccupation. »

Le regard perdu dans le vide, Eméra posa sa tête sur l'épaule de Ti'lan. Elle ne dit plus rien, lui non plus. Vaincue par la fatigue, elle s'endormit dans ce silence.

Le reste de la journée s'étira ainsi entre courtes siestes, moments d'intimité et de réflexions moroses. Le soir venu, ils perçurent les signes d'une grande agitation. Des Mangemorts courraient à l'étage du dessus et d'en dessous.

« Voldemort doit avoir reçu le rapport de Lucius, dit Ti'lan en regardant la montre. Il sait que nous sommes venus à Poudlard avec son Portoloin et il pense que nous pourrions y être encore. Pourvu qu'ils ne viennent pas ici tout de suite ! »

« Combien de temps nous reste t-il à attendre ? », demanda Eméra.

« Un quart d'heure. »

Leurs au revoirs furent plus passionnés que jamais ce jour-là.

« Puisque je te dis que nous nous verrons dans une petite journée ! », dit Eméra en riant devant la fougue de Ti'lan.

« J'espère bien, répondit-il. Portus ! »

Ils empoignèrent tous les deux le Portoloin et ré-apparurent à Venise. Leurs amis étaient sur le pied de guerre, sauf Deimos qui dormait, en apparence profondément, mais qui se réveilla dès leur arrivée.

« Je compte sur toi pour que personne ne voit mon double temporel ? », lui rappela Ti'lan.

« Pas de problème ! », s'exclama le loup-garou, qui souriait de toutes ses dents. Avec de tels arguments, il ne manquerait pas de convaincre n'importe quel Vénitien que le vrai Ti'lan était parti pour Poudlard, alors qu'il partirait en fait le lendemain pour le Continent Interdit.

Ti'lan enclencha la fonction retour du Portoloin, qui le ramena à la seconde destination qu'il avait entré, c'est à dire le bureau de son père à Poudlard. Il s'apprêtait à réciter poliment « Vous m'avez convoqué immédiatement, père. » mais se tut dès qu'il vit que Voldemort était déjà en pleine conversation.

« Si vous voulez entreprendre une enquête… », commença le visage de l'homme dans la cheminée. Puis il s'aperçut de la présence de Ti'lan et se tut aussitôt. Mais Voldemort continua à sa place :

« Pas d'enquête ! À quoi serviraient des enquêtes s'ils peuvent m'échapper ? Ils possèdent un pouvoir que j'ignore ! (sa gestuelle pointait alors imperceptiblement vers les cendres de l'armoire) Contre eux, je dois rassembler toutes les forces de mon régime ! Faites dire à Mauricio Edmonton qu'il a mon aimable invitation au mariage de mon fils. »

« Père… », osa murmurer Ti'lan.

« Ah, tu es là ! » dit Voldemort en l'inspectant de la tête aux pieds. Puis, satisfait de son état, il ajouta : « Tu fais bien de l'être. Tu te maries dans une semaine. »


A dans un mois pour le dernier chapitre du tome 3 de "Learn to Crawl" : Les noces funèbres. Le tome 4 est déjà planifié et son premier chapitre en cours d'écriture.