Note de l'auteur : Avant de recevoir moult critique de tous les médecins, infirmiers, étudiants en médecine ou tout spécialiste de la médecine qui pourraient lire cette fic, je n'ai aucune connaissance en réanimation !!! Je n'ai fait que ressortir deux trois dialogues d'Urgences et deux trois infos piquées sur le net (Merci Wikipédia !). Alors pardon pour toutes mes erreurs !!!

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Chapitre VII

Rock Creek, Wisconsin.

Douze minutes ... non, en fait, douze minutes et dix-sept secondes. Sept cent trente sept secondes. Cela pouvait sembler très long mais ce n'était rien... Douze petites minutes ... Sept cent trente-sept secondes.

Dean leva la main devant ses yeux et ses doigts capturèrent le rayon de lumière qui filtrait depuis la fenêtre de sa chambre d'hôpital. Sept cent trente-sept secondes. Qu'est ce que sept cent trente-sept secondes représentaient dans une vie ? Le jeune homme fit tourner sa main devant lui, fasciné presque malgré lui de la manière dont le soleil éclairait la paume de sa main. Il pouvait presque sentir le rayon de lumière sur sa peau, sa chaleur le traverser et rester au creux même de sa main. Sept cent trente-sept secondes.

Il ferma les yeux un instant et essaya de compter dans sa tête. Sept cent trente-sept secondes. Un ... deux ... dix ... quinze ... cinquante ... cent dix ... il s'arrêta à deux cent vingt-cinq et ouvrit à nouveau les yeux. Douze minutes. Ce n'était rien. À peine le temps de sortir de l'Impala pour prendre son Glock, l'armer et partir rejoindre son père. Ou bien de flirter avec la jolie serveuse du bar pendant que Sam s'impatiente dans la voiture ... un bref intervalle dans sa vie, un instant de calme, une parenthèse hors du monde de la chasse ... mais guère plus. Ces sept cent trente-sept secondes ne représentaient rien mais pour Dean elles resteraient à jamais les sept cent trente-sept secondes durant lesquelles son cœur avait arrêté de battre.

Il était mort, pendant sept cent trente-sept secondes.

Dean se redressa lentement et essaya de trouver une position confortable mais en pure perte. Il avait mal partout, de la tête au torse et même ses orteils étaient douloureux. Il savait qu'une partie de ses douleurs étaient due à son séjour prolongé dans une eau glacée – à priori tomber en hypothermie avaient pas mal de désavantages – et une autre aux médecins qui s'était acharné sur sa poitrine pour essayer de refaire partir son cœur ...

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Quelques heures plus tôt ...

Deux heures ... cela faisait deux heures que lui et son père parcouraient les terres de la famille Wayland. Deux putains de longues et interminables heures à chercher l'endroit où reposait le squelette du patriarche dégénéré de cette famille. Les Wayland vivaient dans cette ferme du nord du Wisconsin depuis des générations, à l'abri des regards de tous, replié sur eux-mêmes ... au point de voir les rumeurs les plus folles courir sur leur compte. Pacte avec le diable ... messes noires ... sacrifices de jeunes enfants ...

Malheureusement, la vérité était tout autre et beaucoup plus sordide. Le patriarche de la famille, Howard Wayland, avait abusé de ses deux fils pendant des années jusqu'à ce que les deux jeunes gens aient le courage de s'enfuir. Ils avaient enfermé leur père dans l'un des puits abandonnés de la ferme et l'y avait laissé là, pensant sûrement qu'un tel châtiment serait suffisant et qu'ils auraient le temps d'aller en ville avertir le shérif. Ce qu'ils n'avaient pas prévu c'est qu'un orage d'une rare violence allait éclater et que la pluie allait entièrement inonder le puits. Le vieux Wayland s'y était noyé en hurlant de rage et de colère envers ses enfants.

En menant leur enquête, John et ses fils avaient découvert que les deux fils Wayland, terrifiés par la tournure des évènement, avaient préféré ne rien dire et enterrer leur père sur le terrain familial. Seulement qui dit mort violente dit esprit violent, et depuis tout ce temps des jeunes gens d'une vingtaine d'années disparaissaient et étaient retrouvé mort noyé en pleins champs, dans les champs bordant la propriété des Wayland.

Vu la taille du terrain à parcourir, John avait finalement acquiescé et laissé Dean partir de son côté. En parcourant les terres sombres et froides, le jeune homme s'était senti soulagé à l'idée que Sam était bien tranquillement au chaud dans leur chambre de motel. Loin de cet espèce de malade de Wayland.

« _ Dean ?

La voix de son père grésilla dans son talkie-walkie.

« _ Oui M'sieur, lui répondit aussitôt le jeune homme.

_ Tu en es où ?

_ J'ai passé le deuxième quart sud-est, toujours rien.

_ Bien. Je te re-contacte dans une quart d'heure.

Dean rangea le talkie dans la poche intérieure de son blouson et en resserra les pans en grimaçant contre le froid et l'humidité.

« _ Allez Waylie, murmura-t-il en maintenant sa prise sur son arme. Viens ici. Montre-moi ta sale tronche qu'on en finisse enfin !

Un mouvement sur la droite attira son attention et Dean pivota vivement, son arme pointée devant lui mais il n'y avait rien, juste les masses sombres des arbres qui l'entouraient. Toujours sur ses gardes, le jeune homme recula lentement sans lâcher du regard les ombres qui dansaient devant lui mais au moment où il entendit un craquement sec il comprit qu'il venait de commettre une erreur. L'instant d'après le sol se déroba sous ses pieds et il tomba dans le puits qui avait vu mourir le vieux Wayland.

Dean atterrit lourdement sur le dos et le choc de sa chute lui coupa momentanément le souffle. Lorsqu'il réussit à se redresser, son regard voleta rapidement sur les murs de pierres qui l'entouraient, des murs lisses et sans la moindre aspérité.

Oh merde ...

Le jeune homme se releva en grimaçant et passa sa main sur les parois froide et humide mais il n'y avait aucune prise qui lui aurait permis de s'accrocher pour essayer de remonter à la surface. Et le puits devait bien faire deux à trois mètres de profondeur, autrement dit sans aide il n'arriverait jamais à en sortir.

« _ Merde, murmura-t-il entre ses dents quand il réalisa que son talkie-walkie s'était brisé dans sa chute. Il ne lui restait plus qu'à crier pour appeler son père ... mais il risquait d'attirer l'attention du vieux Wayland.

« _ Réfléchis Winchester ...

Il parcourut fébrilement les murs des yeux puis le sol mais il ne trouva rien qui puisse l'aider. Un claquement sourd retentit brusquement et quand Dean leva le yeux il vit la lourde plaque de bois qui couvrait l'entrée du puits se rabattre d'elle-même. Et il fut alors plongé dans l'obscurité.

« _ Non ! cria-t-il en se précipitant vers l'un des extrémités du puits.

Non non non, il ne pouvait pas être enfermé ...

Dean frappa la parois lisse et froide en essayant de se calmer mais il avait de plus en plus de mal à respirer, et son cœur battait trop fort ... il détestait être enfermé, se retrouver dans un endroit étroit dont les parois se resserraient de plus en plus vers lui et ...

« _ Ça suffit ! s'exclama-t-il d'une voix rauque en levant la tête vers l'entrée du puits. Malgré l'obscurité extérieure, il arrivait à discerner un rai de lumière grisâtre au dessus de lui.

« _ Descend ici si tu veux te battre Waylie ! Allez, montre-toi !

Il préférait largement affronter un esprit en colère plutôt que rester enfermé dans ce puits sombre.

« _ Espèce de lâche ! C'est tout ce que tu sais faire ! Martyriser de pauvres gamins innocents, tes propres enfants ! s'écria Dean dont la voix enfla et rebondit sur les murs du puits. T'en prendre à des personnes plus faibles que toi ! Mais ça ne marchera pas avec moi Waylie, tu ne me fais pas peur !

Son père lui avait souvent dit que sa propension à énerver les esprits – ou toutes autres créatures auxquelles ils étaient confrontées – aller un jour lu attirer de ennuis et Dean réalisa que ce jour était arrivé quand il sentit une vague d'eau froide lui lécher les chevilles.

Oh non non non ...

« _ Espèce de fumier !

Dean recula presque instinctivement quand l'eau commença à envahir de plus en plus vite l'espace restreint du puits mais il n'avait aucun endroit où se réfugier. Et l'eau glacée continuait à monter ... elle atteignit bientôt ses genoux et en moins d'une minute Dean se retrouva immergé jusqu'à la taille.

« _ Hey ... HEY ! se mit-il à crier vers l'entrée du puits.

Il savait que ça ne servait à rien, personne ne l'entendrait mais il ne voulait pas finir comme ça.

Tout seul ... dans l'obscurité ...

« _ Papa !

Allez, je t'en prie, répond !

« _ PAPA !

L'eau glaciale frappa sa poitrine et Dean ne put retenir un exclamation de surprise et de douleur. Il avait tellement froid qu'il claquait violemment des dents et il se retrouva très vite obligé de nager pour ne pas laisser le froid l'envahir. Mais ses jambes et tout le reste de son corps étaient complètement engourdis, et le moindre mouvement devenait de plus en plus dur.

« _ Non ..., s'exclama-t-il d'une voix rauque quand l'eau atteignit ses épaules.

Il battit furieusement des jambes et des bras pour rester à la surface mais sa tête heurta alors une surface dure et la panique l'envahit quand il comprit qu'il venait de toucher la plaque de bois qui refermait le puits. Et que l'eau continuait de monter ...

Il allait mourir. Il allait mourir noyé dans ce puit sombre et glacé, il allait mourir et personne ne pourrait le sauver. Pas même son père. Il était seul, tout seul ...

Durant un instant, il se demanda si c'était ça, mourir. Se retrouver tout seul, entouré par l'obscurité et le froid. Impuissant. Abandonné. Parce que si c'était le cas il était déjà mort depuis longtemps. Depuis le jour où leur maison de Lawrence avait disparu dans les flammes, emportant avec elle sa mère, sa vie d'avant, son enfance. Ses espoirs.

Une onde d'eau glacée le frappa brusquement et Dean faillit s'étouffer. Il appuya de toutes se forces contre la plaque de bois, la frappa, la griffa mais elle resta désespérément immobile. L'eau lui lécha le cou, remonta jusqu'à son menton et Dean du plaquer son visage contre le bois pour trouver les quelque centimètre d'air qui lui restait. Il ne pouvait plus respirer, l'eau était partout, elle le submergeait ... Dean se retrouva brusquement sous l'eau, ses poumons en feu et la panique l'envahit quand il réalisa que le puits était entièrement sous l'eau. Il donna un autre coup de point contre la paroi mais il réussit à peine à la toucher. Ses poumons lui donnaient l'impression d'être sur le point d'exploser ... son cœur battait douloureusement dans sa poitrine, il n'avait plus d'air, il étouffait ... Dean ouvrit la bouche dans un cri de terreur silencieux mais l'eau glacée l'envahit et s'insinua en lui et tout disparut dans une obscurité froide et sombre.

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***

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« _ Qu'est-ce qu'on a ? s'exclama l'interne quand deux ambulanciers surgirent dans l'hôpital en poussant un brancard sur lequel gisait un jeune homme au visage exsangue et aux lèvres bleues.

Derrière lui se tenaient un homme d'une quarantaine d'année et un adolescent l'air complètement paniqué.

« _ Dean Combs, vingt et un ans. Est tombé dans la Colombia, récita l'ambulancier n°1 en se levant les yeux vers le médecin.

C'était la première excuse qui était venu à l'esprit de John quand il avait composé le 911 et que l'opératrice, d'une voix désincarnée, lui avait demandé ce qui était arrivé. Comme la ferme des Wayland n'était qu'a quelque mètre d'un des bras de la rivière, aucun des secouristes sur place ne lui posa la moindre question.

Et le fait que Dean soit trempé de la tête au pied et qu'il soit en hypothermie grave avait conforté son mensonge

« _ Tension à 8,6. Pouls rapide et filant. Sa température est à 32°. On l'a mis sous couverture chauffante et oxygène mais elle n'est pas remontée.

_ Ok ... on le met en salle 1. »

Une fois dans la salle de consultation, le jeune interne entreprit de découper rapidement les vêtements trempés de son patient, et son jean et son t-shirt à l'effigie de Metallica se retrouvèrent très vite jetés au sol.

« _ Comment va-t-il ? l'interrompit une voix d'homme et le jeune interne se retourna brusquement vers l'homme qu'il avait vu accompagner les ambulancier, sûrement le père de son patient.

« _ S'il vous plait Mr ...

_ Je veux savoir comment va mon fils ! »

Définitivement son père, songea le jeune interne en installant l'embout de son stéthoscope sur la poitrine de son patient. Le jeune homme ne tremblait plus et le médecin savait que ce n'était pas bon signe.

« _ Shirley, j'ai besoin d'une IV de solution saline chauffée.

_ Tout de suite Docteur Harper.

Le jeune interne débarrassa son patient de ses derniers vêtements et le recouvrit aussitôt avec une couverture chauffante.

« _ Ecoutez Mr Combs, lui dit-il finalement en se retournant vers l'homme. Mon équipe et moi faisons tout pour votre fils, soyez-en sur, mais vous devez nous laisser faire notre travail.

L'homme resta un instant immobile avant d'acquiescer lentement mais sans lâcher son fils du regard.

« _ Ne vous en faite pas, lui répéta Harper.

L'homme passa un bras autour des épaules de l'adolescent et Harper le vit l'entraîner vers la sortie, même si l'adolescent ne semblait pas d'accord.

« _ Ne t'inquiète pas Sammy, l'entendit-il lui dire. Ton frère est un battant. Il va s'en sortir.

_ Comment est la saturation ? demanda le jeune interne à revenant à son patient.

_ A 86, lui répondit l'infirmière en installant des électrodes sur la poitrine du jeune homme.

_ Ok, on le met sous oxygène réchauffé, dit-il en posant un masque à oxygène sur le visage si pâle du jeune homme. ... à combien est la température ?

_ 32,7°

_ Bien, ça remonte. Allez Dean, l'encouragea-t-il en continuant à examiner son jeune patient.

Il avait des traces d'engelure au mains et au pieds mais la peau était seulement banche. Il n'y avait aucune trace de gelure grave, donc aucune lésion irréversible. Rien qu'une injection de vasodilatateur et quelques antibiotiques ne pourraient pas régler.

Harper jeta un coup d'œil sur le moniteur juste au moment où il se mit à biper lourdement

_ Merde, il bradychardise ... Shirley, une ampoule d'atropine.

Harper récupéra la seringue et lui fit l'injection mais le rythme cardiaque de son patient était de plus en plus lent.

« _ Allez Dean ...

Le jeune interne se retourna vers le moniteur et sa respiration se figea dans sa gorge quand le tracé devint brusquement plat.

Asystolie ...

« _ C'est pas vrai ! ... Ok, on l'intube ... Shirley, un tube de sept.

Harper se plaça rapidement juste derrière son patient, lui ôta son masque à oxygène, fit basculer sa tête en arrière et l'intuba avec des gestes sûrs et rapides.

« _ Shirley, ballonnez-le ... On en est où ? demanda-t-il en regardant tour à tour le reste de son équipe.

_ Toujours rien.

_ On commence le massage. Je veux une ampoule d'adré et qu'on m'apporte le chariot de défibrillation.

Le jeune interne posa ses deux mains sur le torse de son patient et commença le massage cardiaque.

« _ Allez Dean ... ne me faites pas ça ... allez ! murmura-t-il en compressant sa poitrine. Allez ...

Dix secondes ...

Quarante-cinq secondes ...

Le tracé était toujours plat ... le cœur de Dean ne battait plus ...

Une minutes trente

Cinq minutes ...

Toujours rien ... Harper continua ses compressions sans cesser d'invectiver le jeune homme, les deux mains posées à plat sur sa poitrine.

Sept minutes et trente secondes ...

« _ On passe une autre ampoule d'atropine ... Allez Dean, s'exclama-t-il entre ses dents, sans remarquer les deux silhouettes qui se tenaient, immobiles et terrifiées, à l'entrée de la salle.

Neuf minutes ...

« _ Docteur Harper ? l'appela l'une des infirmière.

Le jeune interne, sans arrêter un seul instant ses compression, releva rapidement les yeux vers l'infirmière et la foudroya du regard.

« _ Pas maintenant ! s'exclama-t-il. Allez Dean ... ne me faites pas ça ...

Il n'allait pas lâcher son patient maintenant, Dean était jeune, en bonne santé, il avait une chance de s'en sortir, pensa-t-il avec obstination.

« _ Allez ...

Dix minutes ...

Onze minutes ... le tracé était toujours plat, son jeune patient désespérément pâle et immobile ...

Douze minutes ...

« _ Allez Dean, ne lâchez pas ...

Douze minutes et dix-sept secondes ...

Bip ...

Le son résonna dans la salle et tous se retournèrent vers le moniteur.

« _ On a un pouls !

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***

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Dean ferma les yeux et inspira longuement, soulagé, heureux de pouvoir prendre une profonde inspiration, de pouvoir à nouveau seulement respirer. il grimaça et passa sa main plusieurs fois sur sa poitrine mais il continua à respirer profondément pendant quelques minutes.

« _ Dean ?

Le jeune homme ouvrit brusquement les yeux et tourna la tête vers la porte de sa chambre, surpris de voir le pasteur Jim debout dans l'embrasure.

« _ Je peux entrer ? ... Comment tu vas ? lui demanda l'homme de Dieu en s'asseyant sur le rebord du lit.

_ Je vais bien ... sérieusement Jim, ça va. Si tu es venu pour me donner l'extrême onction c'est raté. »

Le pasteur hocha la tête gentiment mais il ne se formalisa pas. il connaissait suffisamment bien l'aîné des Winchester et son sens de l'humour particulier, surtout dans ce genre de situation.

« _ Je suis juste venu voir comment tu allais ... c'est en partie de ma faute si tu es ici tu sais ...

Jim Murphy les avait appelé quelques jours auparavant quand il avait eu vent de l'histoire du père Wayland, et il se sentait responsable de tout ce qui était arrivé.

« _ Jim, l'interrompit Dean en se redressant lentement. Je vais bien ok.

_ Le docteur Harper m'a dit ce qui s'était passé ...

Jim laissa sa phrase en suspens et regarda le jeune homme avec un mélange de compassion et d'inquiétude.

« _ Je sais ...

Dean détourna un instant le regard et ses yeux suivirent le rayon de lumière qui flottait dans sa chambre. Il savait qu'il était mort, cliniquement mort, pendant douze minutes et dix sept secondes mais ce n'était pas le pire. Ce fichu toubib n'avait pas su tenir sa langue et il avait fallu qu'il le dise à son père et son frère. A son petit frère. Si Dean n'avait pas été aussi fatigué et perclus de douleur, il se serait sûrement levé pour aller lui dire deux mots ... et de préférence lui balancer son poing en pleine figure !

Il lui avait fallu arguer et argumenter pendant plus d'une heure avant que Sam ne se résigne à quitter son chevet et qu'il veuille bien repartir pour le motel, histoire de dormir un peu. Dean craignait qu'il ne s'épuise à force de rester à son chevet sans dormir ni manger ... tout ça à cause d'un crétin de médecin. Si seulement il avait pu rassurer Sam, lui faire comprendre qu'il ne devait pas s'inquiéter, du moins pas au point de s'en rendre malade. Ça, c'était son job, pas celui de son petit frère. Et puis ce n'était pas la première fois qu'il terminait sur un lit d'hôpital ... seulement là, son cœur avait cessé de battre. Réellement. Pendant sept cent trente sept secondes.

« _ Je n'ai rien vu tu sais, reprit-il après quelque instant de silence mais sans regarder le pasteur. La lumière au bout du tunnel, les visages familiers présents pour m'accueillir, les anges ... enfin, tout le bataclan.

_ Dean, je ...

_ Mais ça ne compte pas. Je veux dire, ce n'est pas comme si j'y croyais ... sans vouloir te vexer Jim, rajouta-t-il avec un sourire contrit.

_ Je sais ce que tu penses Dean, et je ne vais pas essayer de te convertir. Je trouve cela assez ... triste, que tu n'ai pas ...

_ Quoi Jim ? lui demanda le jeune homme plus vivement qu'il ne l'avait voulu. D'espoir ? Je n'y ai jamais cru et ça ne va pas changer aujourd'hui ...

_ Beaucoup de personne se raccroche à l'idée qu'il existe quelque chose après la mort, surtout après avoir frôlé la mort ...

_ Ce n'est pas mon cas. Je n'ai pas besoin de croire en une bande d'angelots ni au paradis pour me sentir mieux ... ni même pour ne plus avoir peur de mourir.

_ Tu n'as pas peur de mourir Dean ? lui demanda le pasteur, sincèrement surpris.

Il connaissait le courage et la valeur du jeune homme mais entendre un si jeune homme d'a peine vingt et un an avouer sans sourciller qu'il n'a pas peur de mourir ...

_ Pourquoi est-ce que j'en aurai peur ? Je veux dire, avec la vie que j'ai, je côtoie cette idée tout les jours, lui répondit le jeune homme en haussant les épaules.

_ Mais tu n'as que 21 ans.

_ Ce n'est pas comme si j'avais prévu de vivre jusqu'à soixante ans ... »

Dean laissa son regard voleter sur le mobilier de la chambre d'hôpital, le rebord du lit, la télé, la commode, la fenêtre, tout sauf le pasteur Jim parce qu'il ne voulait pas croiser son regard et y lire la compassion et peut-être même la pitié que l'homme devait ressentir. Il ne voulait pas non plus s'expliquer. Il savait depuis longtemps, quelques années en fait, qu'il avait peu de chance de vieillir avec la vie qu'il menait. Avec un peu de chance, il pourrait mourir à soixante-dix ans dans les bras d'une ou plusieurs jolies blondes, mais il se voyait plutôt rendre son dernier souffle lors d'une chasse, dans une bataille épique contre un démon ou un Black Dog. Bien sûr il ne l'avouerai jamais à voix haute, et encore moins au Père Jim. Ni cela, ni le fait qu'il serait prêt à mourir sur le champ si cela impliquait sauver son père ou son petit frère. Mourir en protégeant Sam serait sûrement la plus belle façon de mourir pour lui.

Les deux hommes restèrent silencieux durant de longues minutes mais aucun d'entre eux ne remarqua Sam, debout dans l'embrasure de la porte. Aucun d'entre eux ne le vit écouter leur discussion et ouvrir de grands sous le coup de la surprise quand Dean avoua ne pas croire en une vie après la mort, et surtout ne pas avoir d'espoir. Ne plus avoir d'espoir.

Sam fit brusquement demi tour et repartit vers le fond du couloir sans même vraiment savoir où il allait. Il se retrouva finalement devant la porte des toilettes, s'y précipita et se laissa tomber contre le carrelage blanc et froid. Son frère n'avait pas d'espoir, il ne croyait en rien ... comment en était-il arrivé là ? Sam ramena ses jambes contre sa poitrine et cligna furieusement des yeux pour chasser les armes qui brouillaient ses yeux. Voila pourquoi il détestait cette vie. Parce que la chasse, ce monde de violence, de mort et de sang était comme un vampire affamé, elle les vidait de tout espoir, elle détruisait leur rêve et leur chance ... Sam était sur qu'un jour, avant, Dean avait eu des rêves, des envies, des espoirs mais cette vie les avait dévoré. Et maintenant son frère acceptait l'idée de mourir sans sourciller, uniquement parce que c'était normal avec la vie qu'il menait.

Mais ce n'était pas normal ! Sam donna un coup de poing rageur contre le sol. Il ne voulait pas ça, il ne voulait pas perdre ses espoirs et ses rêves, il ne voulait pas ! Il ne voulait pas voir son frère mourir en essayant de le protéger ou en chassant un énième créature diabolique. Il ne voulait plus regarder le visage exsangue de son frère en priant de toutes se forces pour qu'il se remette à respirer, il ne voulait plus se retrouver dans un hôpital, la peur au ventre à l'idée qu'il ne reverrait plus jamais Dean, il ne voulait plus jamais regarder un médecin s'acharner sur le corps sans vie de son frère pour essayer de le réanimer ...

Le jeune homme releva lentement la tête et essuya les larmes qui avaient glissée sur ses joues. Il n'y avait qu'une seule solution pour s'en sortir, pour échapper à tout ça, à la peur qui ne l'avait pas quitté depuis qu'ils étaient arrivés à l'hôpital. Il n'avait qu'une seule solution pour s'en sortir, pour survivre à cette vie. Il devait partir. Définitivement.

Dès le lendemain, lorsque son père et son frère le poussèrent à retourner à l'école en lui assurant que tout irait bien et que de toute façon Dean sortirait dans quelque jours, Sam se rendit dans le bureau du conseiller d'éducation et lui demanda des renseignement sur les bourses que les facs offraient aux étudiants dans sa situation.

Il devait partir, s'il voulait survivre.

A suivre ...