Chapitre 9 : La grande évasion

Rei, l'Ombre et Calua n'avaient imaginé aucun plan d'évasion, le CEEI était trop bien gardé. Pour les tests, notre groupe fut détaché des brancards. Rei essaya de retrouver l'étrange pouvoir qui l'avait libéré la dernière fois mais sans y parvenir. Quant à l'Ombre, il resta accroupi dans un coin. Calua, lui, regardait en détails la pièce et tentait de voir s'il n'y avait pas une imperfection qui pourrait les sortir de là.

Chaque jour, de la nourriture tombait du plafond, un morceau de viande fraîche que les trois morfales s'empressaient à chaque fois de manger en essayant d'avoir le plus gros morceau.

Chaque jour, un scientifique venait les voir sous haute surveillance pour leur faire passer des tests.

Adréa et Gahar furent relâchés au bout de 40 jours. Heureusement pour eux, ils n'eurent aucune sanction. Adréa insista pour venir rendre régulièrement visite à Rei, l'Ombre et à Calua. Mais aucun droit de visite ne lui fut accordé.

Plusieurs jours s'écoulèrent voire plusieurs mois et désormais lorsque de la viande tombait du plafond, le groupe devenait une meute de bêtes sauvages mais tentait de ne pas oublier son origine humaine.

Car au fur et à mesure des traitements, des tests et de cette nourriture infâme et froide, nos trois amis étaient tombé malades.

Une maladie et une fatigue qui leur faisaient oublier qui ils étaient, provoquant des trous de mémoire jusqu'à leur propre prénom.

Cette maladie s'aggravait de jour en jour, ils allaient même en mourir si les scientifiques ne s'en étaient aperçus et les avaient traités avec des médicaments.

Les agents du CEEI avaient aussi fourni des papiers et des crayons pour voir comment les humains couchaient leurs pensées par écrit, Rei s'en servit comme journal intime en quelque sorte :

« Jour 157, 9h25 : Aujourd'hui l'Ombre s'est également rétabli de sa maladie, ça me rassure et aujourd'hui on nous a enfin donné de la nourriture, de la vraie ! Mais je n'en peux plus d'être ici, chaque jour j'essaye de contrôler mon pouvoir que j'avais libéré l'autre fois et je progresse mais ce n'est pas encore ça, dommage !

Mais de l'Ombre émane une étrange lueur noire, l'autre jour, je l'ai vu sortir une boule noire de sa main. Qu'est-ce qui lui arrive ? A-t-il des pouvoirs comme moi ? Calua, lui, a trouvé une imperfection dans un des coins due à la mauvaise isolation. Là encore, il tente d'enlever son casque pour se transformer et … je n'ai aucune idée de son plan en réalité, il est devenu un peu cinglé depuis que l'on est ici et nous allons sûrement le devenir à notre tour. C'était peut-être les derniers mots de Rei. ». Il plia la feuille et la rangea dans sa poche pour la journée.

Cela faisait maintenant un an que nos amis étaient enfermés dans le centre. Rei, désormais mou comme un légume, écrivit d'une main faiblarde avec la dernière feuille qui lui restait : « jour 385 … quelque chose, je ne sais plus quel jour on est ! Je, je deviens fou ! J'en suis réduit à frapper dans tous les sens pour trouver un moyen de casser le mur mais je n'y suis pas parvenu, même de toutes mes forces, qu'est-ce qui va nous arriver ? J'en peux plus ! Aujourd'hui à ce qu'il paraît c'est « l'ultime » jour, mais pourquoi ? Je veux retrouver Adréa et Gahar et peut-être même ma mère ».

L'Ombre jeta un coup d'œil à la lettre de son ami qui n'était destinée à personne sauf à lui-même et lança sur un ton tranchant : « Rei, on est coincés dans cette dimension, qui sait si nous en ressortirons un jour ... » Rei, désespéré, déchira sa page d'écriture, la jeta par terre et se mit à pleurer. L'Ombre alla se rasseoir dans son coin.

Ce jour-là, deux scientifiques entrèrent dans la salle de test qui servait aussi de dortoir et l'un d'eux dit :

- Bonjour, humains, notre centre a eu toutes les informations requises sur votre espèce. Vous ne nous êtes donc plus d'aucune utilité.

- Ça veut dire ... fit Rei d'une voix hésitante, que l'on va nous relâcher, enfin ?!

- Non, reprit le scientifique, Monsieur a été très clair, vous serez cryogénisés pour de longues années pour pouvoir ainsi …

Soudain des piques noires les embrochèrent de tous les côtés. Ces piques, c'était l'Ombre qui les commandait. D'un air noir il lança :

- Ça suffit ! Mensonge et calomnie !

Il se leva et alla vers la sortie de la pièce. Rei et Calua le regardaient d'un air admiratif et apeuré puis le suivirent vers la sortie.

La porte était entrouverte, l'Ombre brisa les casques de Rei et de Calua avec son étrange pouvoir un peu barbare, il enleva également le sien. Rei se transforma en Dracaufeu, puis reprit sa forme humaine en lançant :

- C'est bon ...

- Très bien, fit l'Ombre sombrement, sortons d'ici maintenant.

- Bon, alors … comment, on va faire ? demanda Calua.

- Déjà, fit Rei, il nous faut ... trouver la sortie.

- Je m'en occupe, répondit l'Ombre.

De ces mains jaillirent des tentacules noirs qui enveloppèrent le groupe.

- Et maintenant ? demanda Rei toujours d'un ton faible.

- Maintenant ? fit l'Ombre dans un sarcasme menaçant, et bien on sort !

- Qu'est-ce que t'as fait au juste ? demanda Calua.

- Nous sommes maintenant complètement invisibles, fit l'Ombre d'un air calme et sombre, comme la mort elle-même.

- Invisible ? Complètement ? demanda Rei.

- Oui ! complètement ! lança l'Ombre, comme une ombre si tu veux.

- C'est cool, bon, fit Calua, il est temps de sortir.

- ENFIN ! souffla Rei, j'en peux plus ...

- Je me souviens encore où ils habitaient, rassura l'Ombre

- Sortons, et vite, déclara faiblement Rei.

Ils marchèrent vers la sortie de la zone de test et atterrirent dans le hall d'entrée où ils venaient d'apercevoir Gahar. Ils décidèrent de l'attendre chez lui car ils étaient toujours dans l'enceinte du bâtiment. Là, une alarme se déclencha et une voix dans un mégaphone dit :

« Alerte ! Des individus se sont échappés de la zone de test ! Fermez toutes les portes du bâtiment, ils ne doivent pas s'enfuir ! ». Soudain, les portes du hall commencèrent à se fermer, les trois compères coururent vers la sortie, enfin ! La liberté ! Après un an de détention, ce sentiment qu'ils avaient perdu. Dans un coin, l'Ombre, en sueur ôta l'invisibilité et, mort de fatigue, se transforma en Braségali. Rei et Calua, impressionnés par ses talents firent de même en reprenant leurs formes. Rei transporta l'Ombre et Calua sur son dos puis, fatigués et impatients, ils s'envolèrent vers la maison de Gahar.