Ndla : Bonjour ! Ça me fait plaisir de vous revoir, mes chers lecteurs qui ne m'ont pas abandonnée malgré cette nouvelle fréquence de publication. Je vous remercie infiniment pour ça ! Les deux semaines sont finalement passées, et voici donc la partie IX tant attendue. J'espère que l'attente n'a pas été trop longue, tout de même... La réponse aux reviews a déjà été entamée, je ne vous ai pas oubliés et compte bel et bien répondre à chacun de vos commentaires. (petit rappel : les réponses aux anonymes sont postées sur le blog de la fanfic) Sur ce, j'arrête de vous retenir ici inutilement et vous laisse lire.

De nombreuses musiques pour cette partie, plus ou moins dans l'ordre mais ce n'est pas obligatoire. A vous de voir, pour ceux qui les écoutent.

The Narrative - Hard To Keep Your Cool
Helen Stellar - This Time Around
David Lynch & Lykke Li - I'm Waiting Here
The pains of being a pure heart - Anne With an E
Slowdive - When The Sun Hits
Low Roar - The painter

Bonne lecture !


IX

x

Alors, elle rend bien, la photo ?

Juvia coinça le téléphone dans le creux de son épaule, tandis qu'elle s'appliquait à accrocher plusieurs photographies aux murs de sa chambre. Sa lampe au plafond éclairait les images de ses jolis tons bleutés. Les petites gemmes lumineuses constellaient les nombreuses photos entre les mains de la photographe, et celles déjà collées au papier peint. Sur les premières, l'habituel brun dans son armure de Hockey tournait le dos à l'objectif, son attention happée par ses coéquipiers sur la glace. Il s'agissait des photos prises durant le match où la spectatrice aux cheveux bleus avait mitraillé son modèle favori depuis les gradins. La photo de Natsu et Lucy trouva aussi sa place sur l'un des murs, adjacent au lit et au bureau, à une distance raisonnable de celles du joueur.

L'amoureuse du numéro sept refusait de voir la tête blonde associée à la brune.

— Elle est satisfaisante.

Satisfaisante ? C'est tout ?

Juvia tint la photo en question entre ses doigts. La tête penchée sur le côté, ses yeux admirèrent les nombreux visages sur le cliché. Souriants pour certains, grognons pour d'autres. Aidant à éclairer les lieux sous le ciel noir, l'enseigne du cinéma brillait derrière eux, dansait hasardeusement sur l'image et effleurait les personnes photographiées. Elle accrochait vivement des mèches rosées. Le sourire chatoyant qui s'éternisait sur les lèvres de Lucy. Les bras de Levy autour de la taille de la blonde. Les boucles bleutées, à quelques centimètres de l'épaule de Natsu. Le casque audio autour de la nuque de l'étranger blond. L'ami de ce dernier dans son long manteau bordeaux.

— Vous n'êtes pas dessus, déclara la photographe, déçue.

Sans blague ? Ça te fait bizarre d'échanger les rôles ?

— Un peu. Je n'aime pas me voir en photo, alors je n'en prends jamais.

Dommage. Ça te fait un point en moins à réaliser. Tu me fais une copie de cette photo ?

Je suis horrible dessus.

— Qui te dit que c'est pour te voir que je la veux ?

Juvia rougit violemment. Elle balbutia quelque chose d'incompréhensible avant de décider qu'il était préférable pour elle de se taire. Quelle idée d'avoir dit une telle chose au brun ! Il devait certainement penser qu'elle n'était qu'une petite bourgeoise narcissique, imbue d'elle-même. Ou pire, qu'elle cherchait à lui plaire ; à le séduire.

Mais la bleue savait mieux que quiconque qu'elle n'avait aucune chance face aux amies de l'homme désiré.

Un soupçon de douleur pinça soudainement son cœur. Etait-ce pour Erza et Lucy que Monsieur Fullbuster désirait cette photo ? Ou pire, pour Levy. La bleutée ne savait plus où donner de la tête. Ses nombreuses rivales lançaient leurs attaques de partout. Elles étaient toutes charmantes. Erza voluptueuse et féminine, Lucy blonde et souriante, Levy mignonne et jolie. Alors que Juvia, elle… Déprimante, d'effroyables cernes, un teint blafard, des cheveux anormaux. Comme elle avait l'air de rien sur la photo... Tellement maladroite, déplacée. Essayant vainement d'avoir l'air décontracté à leurs côtés. Ridicule.

Une goutte salissant la photo que les amis de Fullbuster avait insisté de prendre, après le cinéma. Il y avait aussi ces deux étrangers, Luxus et Freed. Le premier, grand et blond, était en fait un étudiant de son école d'arts. C'était ce que Levy lui avait expliqué. Il l'avait regardé bizarrement, comme s'il ne voulait pas d'elle dans leur groupe. Puis, il avait demandé à Erza ce que la paria barjot foutait là, pour citer ses mots, et la rousse l'avait remis à sa place au grand soulagement de Juvia.

« Elle n'a pas l'air plus barjot que toi ! », avait rétorqué Erza, sarcastique, son regard dissuadant le blond de ruiner l'ambiance. Et la bleutée s'était sentie protégée par la force de la rousse qui s'était placée entre eux. Elle avait pointé du doigt l'étrange cicatrice traversant l'œil du blond.

Celui-ci avait grogné, montré les crocs face à cette remarque gratuite – ou méritée, selon Juvia. Puis, Luxus avait simplement remis son casque sur ses oreilles, s'enfermant dans son monde musical.

Quant à Freed, c'était un homme au crâne tondu de près, les mains enfouis dans les poches de son manteau. Il lui avait accordé un regard impassible, désintéressé. Une simple salutation du bout des lèvres, comme si ça lui était parfaitement égal qu'elle soit là ou non. Ce qui n'était pas plus mal, après tout.

Sans aucune raison, Natsu et Luxus s'était ensuite engagés dans une bagarre qui avait effrayé Juvia. Freed-san et Fullbuster-sama avaient essayé de les séparer, avant de finalement les rejoindre pour leur rendre les coups perdus.

Devant son regard paniqué, Erza lui avait intimé de ne pas y faire attention. Même Levy semblait trouver ça tout à fait normal. Elle devait les connaître depuis bien longtemps, parce qu'elle avait l'air complètement à l'aise à leurs côtés. Près de Lucy. Quelle heureuse coïncidence, que ce fût avec la peintre que Juvia avait lié sa première amitié à l'école.

T'es vexée ? Tu ne parles plus.

— Juvia est en train d'accrocher les photos à son mur. Et je ne suis pas vexée… Je sais déjà que je ne suis pas très jolie.

C'est vrai, confirma l'homme au bout du fil.

La concernée fronça les sourcils. Il approuvait pleinement sa remarque. Il ne cherchait même pas à nier !

— Me trouvez-vous laide ? osa demander la bleutée.

— Affreuse, souffla-t-il, un sourire moqueur flottant dans sa voix rauque.

Juvia avait toujours su qu'elle n'était pas d'une grande beauté, mais l'entendre de la bouche de son aimé était désagréable. Un peu blessant, au fond. Elle ignora la boule coincée dans sa gorge qui s'appliquait à l'étouffer.

— Il y a un homme à qui je plais ! se vanta-t-elle inutilement, tout de même froissée par sa sincérité. Même si je ne comprends pas ce qu'il aime chez moi.

— Il doit être trop occupé à mater tes nibards. C'est qui ce con ?

La noble cilla.

— L'homme à qui ma mère veut me marier. Elle est encore plus folle que moi, vous avez le droit de le penser.

Tu vas te marier ?! s'insurgea la voix au bout du fil, la faisant tressauter.

— Non, corrigea Juvia. Je n'ai pas encore donné mon accord.

Tu l'envisages ? demanda-t-il, de nouveau impassible.

La jeune femme fut quelque peu déçue par ce calme si rapidement retrouvé. Pendant une brève seconde, la bleutée amoureuse avait cru qu'il s'était inquiété, qu'il ne voulait surtout pas qu'elle le laisse tomber pour un autre homme. Mais ses fantasmes n'étaient pas près de devenir réalité. Le brun ne l'aimait pas, il n'avait aucune raison d'être jaloux.

Juvia chassa ses idées puériles en secouant doucement la tête. Ses cheveux relâchés suivirent le mouvement. L'étudiante avait dû se résigner à défaire la coiffure orchestrée par Melda. Les boucles bleues tombaient allégrement sur ses épaules, et leur entortillement s'était quelque peu dénoué. La mare bleue n'était troublée que par quelques ondulations et petites vaguelettes mal dessinées. Elles disparaitraient complètement une fois sa douche matinale prise.

— Je n'ai nulle envie de me marier, soupira la noble. Et encore moins à ce pédant de Vastia.

Vastia ? Tu parles de Lyon Vastia ?

Abasourdie, la bleutée haussa les sourcils. La surprise submergeait ses prunelles.

— Oui, il s'agit bien de lui, s'empressa-t-elle de répondre. Le connaissez-vous ?

On a grandi ensemble, puis on s'est… perdus de vue.

— Pourquoi ? demanda-t-elle aussitôt, ses orbes marins légèrement écarquillés.

Silence au bout du fil. La fâcheuse question avait rendu le brun muet, ou peut-être hésitant. Après tout, il n'avait aucune raison de lui parler de sa vie. La curiosité tiraillait malgré tout Juvia. Quelle coïncidence, tout de même ! Lyon et Fullbuster se connaissaient depuis leur enfance, et tandis que le cœur de la bleutée s'était entiché du brun, c'était Vastia qui la désirait et la voulait comme épouse.

Le monde à l'envers.

Son cœur battait fort dans sa poitrine. La situation était hallucinante. Avaient-ils tout de même gardé un quelconque contact ? Parlaient-ils d'elle dans son dos ? Non, il venait de dire qu'ils s'étaient perdus de vue. Juvia avait envie d'en savoir plus, de lui poser les nombreuses questions qui torturaient son esprit. Mais elle n'avait pas le droit d'insister. C'était grossier et inconvenant.

La bleue ravala sa curiosité mal placée.

— Veuillez m'excuser, je ne voulais pas faire preuve d'indiscrétion.

Ça existe encore les mariages arrangés, de nos jours ?

Juvia grimaça de frustration face à ce changement de sujet. Elle haussa imperceptiblement les épaules, et décida de garder pour elle son intérêt pour la relation des deux hommes. La curieuse déçue délaissa le restant des photographies non accrochées entre deux pages de son album, posé sur son bureau.

— Pas sans le consentement des deux personnes concernées. Mais ma mère et Vastia… Je les déteste. Il parait que ma famille a de graves problèmes financiers. Lyon-sama peut nous…

Je t'ai dit d'arrêter ça.

La froideur de son ton coupa court à ses paroles. Coupable, la bleue mordit sa lèvre inférieure pour se punir.

— Au temps pour moi. Lyon-san a proposé son aide, à condition de devenir sa femme.

Pourquoi tu n'acceptes pas ? Si ça peut aider ta famille.

— Parce que…

Parce que je vous aime. Parce que mon cœur est trop épris par vous pour accepter un autre homme. Parce que si je devais me marier un jour, c'est votre proposition que j'attendrai.

— Parce que… ?

Juvia jeta un regard accusateur à son propre reflet, à peine visible sur l'écran de son ordinateur. Là où s'étalait une photographie du brun, prise habilement au café pendant son service. Ses yeux fixés quelque part au niveau de l'objectif la firent rougir d'embarras. La voix au bout du fil s'était tue. Elle pouvait l'entendre respirer, parfois, tout contre son oreille. Perdue dans le gouffre des deux orbes qui l'observaient sans la voir, un intense frisson la traversa lentement, se délecta de la chaleur sanguine bouillant dans ses veines. Juvia mordilla doucement sa lèvre, ses doigts libres effleurèrent son bas-ventre.

La photographe s'empressa de rabattre l'écran sur le clavier.

— Parce que. Tout simplement. J'ai uniquement dix-neuf ans, je ne veux pas me marier tout de suite. Attendez un instant, s'il vous plaît, je me mets au lit.

Fullbuster émit un petit grognement, acquiesçant sans un mot. Juvia se félicita intérieurement d'avoir réussi à éviter la question avec tant d'habilité. Sans un bruit, la jeune femme reposa le téléphone sur son bureau. Elle retira son pull aussi rapidement que possible pour ne pas trop faire attendre le brun. Tandis qu'elle se démenait pour enlever son jeans, elle jeta un coup d'œil au téléphone. Ecoutait-il les froissements de ses vêtements ? L'imaginait-il toute nue, dans sa chambre ? Les joues roses, la photographe haussa les épaules. Enfiler un pyjama était une perte de temps, elle le ferait après l'appel de son aimé.

Contrainte à restée en sous-vêtements, la bleutée avait un peu froid. Hâtivement, elle éteignit la lumière, puis s'installa dans la chaleur douillette de son lit. Les lampadaires du jardin et la lueur de l'astre, brillant dans le ciel noir, filtraient à travers ses rideaux ouverts. La lune ronde et les réverbères essayaient de combattre la pénombre régnant dans la pièce, mais enveloppés dans un drap nébuleux, ils ne réussissaient à éclairer qu'une partie du lit. L'ambiance familière lui rappela la première fois où le brun l'avait appelée dans sa chambre. Pendant qu'elle avait pris du plaisir, honteusement, en écoutant sa voix séduisante.

Juvia chassa ce souvenir troublant de son esprit. Ce n'était pas le moment d'y repenser.

— Êtes-vous toujours là ?

— Ouais.

Allongée sur le dos, la bleutée caressa rêveusement son petit ventre rond en fixant un point invisible au plafond. La chaleur de sa couverture réchauffa sa peau.

Bien installée ? s'enquit-il, lubrique.

Elle se sentit rougir en devinant les pensées du brun.

— Juvia ne compte rien faire de tel…

La jeune femme souffla doucement sa réponse, d'une voix un peu basse, comme si c'était un secret partagé. Au bout du fil, l'homme inspira profondément. La bleutée entendit clairement son inhalation un peu brusque, et un mince sourire fit frémir ses lèvres. A cet instant précis, Monsieur Fullbuster devait réellement être en train de l'imaginer toute nue. C'était gênant. Excitant. Juvia ferma fortement les paupières pour s'empêcher d'aller plus loin.

J'ai ta liste sous les yeux. Jamais été en boîte ? Tu sais danser ?

— Je n'ai jamais essayé, ni trouvé une utilité à cette pratique.

S'amuser, se détendre peut-être. Ça n'a pas l'air d'être ton truc…

— Je ne suis pas dépressive ! s'exclama-t-elle, outragée.

Monsieur Fullbuster rit doucement, comme s'il ne la croyait pas un seul instant.

— De toute façon, je ne sais pas danser, dit-elle en haussant les épaules.

Point réglé, alors. Je barre ça. Pareil pour le maquillage, à part si Lucy veut bien t'en prêter.

— Pourquoi Lucy ? se méfia-t-elle aussitôt, les yeux plissés par la jalousie qui dévorait son cœur.

Parce que je suis pas pédé, par exemple ? proposa-t-il, sarcastique.

Juvia acquiesça d'un simple son, qui aurait très bien pu être un oui autant qu'un non, mais le brun s'en contenta. Natsu n'était définitivement par un rival, visiblement. Un petit rire lui échappa lorsqu'elle se souvint de la vulgarité du rosé, qui avait utilisé le même terme en sa présence pour qualifier – insulter – le joueur de Hockey. La bleutée se tut et remonta quelque peu la chaude couverture sur son corps.

Un long silence s'installa où Juvia s'amusa à écouter la paisible respiration du brun. Parfois, il soufflait plus longuement et la bleue devinait la senteur de nicotine flottant autour de l'accro au tabac. Elle gigota dans son lit, callant confortablement sa tête contre son oreiller. Les yeux perdus dans le ciel, visible à travers les carreaux de sa vitre, la photographe admira la noirceur totale se répandant derrière le voile du brouillard. Les étoiles avaient déserté leur foyer. Seule la lune osait se dévoiler, à moitié cachée derrière les nuages protecteurs.

— N'avez-vous jamais eu envie de fermer les yeux, de vous évader dans un sommeil sans fin ? Parfois, je prie pour ne plus avoir à les ouvrir au matin.

L'interminable silence, puis un soupir résigné qui vint le briser. Juvia se sentit rougir. Honteuse. Le dérangeait-elle avec ses questions ridicules ? Se rendant compte de sa bêtise, elle s'apprêta à lui assurer qu'elle n'était pas suicidaire, que ses mots ne voulaient pas dire grand-chose. Qu'elle n'avait pas, comme toujours, réfléchi avant de parler.

Des fois, lui avoua-t-il d'une voix étranglée, tellement basse que la bleue eut du mal à l'entendre. Surtout après… après la perte de quelqu'un qui m'était cher. Ur… Elle s'appelait Ur.

— Désolée pour votre perte, dit la noble, affolée. Juvia ne… J-je ne savais…

L'étudiante ferma fortement les paupières. Pourquoi avait-elle abordé un tel sujet ? Et surtout, pourquoi ne réfléchissait-elle jamais avant d'ouvrir sa stupide bouche ? Elle s'empêcha de justesse de s'excuser, pour ne pas s'enfoncer davantage.

Parlons d'autre chose. Parle-moi de toi, par exemple.

— De moi ? Je… Je n'ai rien d'intéressant à dire.

Absolument rien ?

La photographe joua nerveusement avec la bretelle de son soutien-gorge, sous la couverture. Que voulait-il savoir ? Etait-ce une excuse pour changer de sujet de conversation ? Le silence s'éternisa quelque peu, et elle ouvrit finalement la bouche.

— Je suis juste… Juvia. La femme pluie. Invisible et sans importance.

Le brun demeura silencieux. La bleutée ne sut si c'était pour l'encourager à continuer, ou s'il voulait qu'elle se taise. Elle attendit encore quelques secondes. L'homme ne disait absolument rien, mais il ne raccrocha pas pour autant.

— Je suis… poursuivit Juvia, puis s'éclaircit la gorge. J'ai l'impression d'être une goutte de pluie d'été, s'aventura-t-elle à dire. Glaciale, dérangeante, et indésirable. Elle vous tombe dessus, se perd sur votre peau, s'accroche désespérément à vos cils. Mais elle finit toujours par tomber, se faire chasser d'un revers de la main. Parce qu'elle n'est pas la bienvenue, vous voyez ?

Juvia parla calmement, libéra doucement les mots emprisonnés sur sa langue. Le regard vissé au plafond, elle se laissa aller, confiant sa peine au brun. L'écoutait-il encore, au moins ? La bleue n'en savait rien, mais elle ne cessa de parler.

— Je suis cette goutte malvenue durant cette saison chaude et vacancière. Personne n'a envie d'elle. Personne n'a envie de ce temps morne et déprimant.

C'était agréable de pouvoir se confier à lui. Leur relation se peignait d'une touche d'intimité plus profonde. Plus intense que celle des moments où il… la touchait, et lui faisait des choses indécentes entre deux murs sales. Ou au fond d'une salle de cinéma. Ces choses qu'elle avait depuis si longtemps réclamées, seule dans son lit.

— Vous ne riez pas de moi ?

En ai-je l'air ? Je peux le faire si t'y tiens tant que ça.

Juvia laissa échapper un petit rire.

— Non, ça ira, rétorqua-t-elle. Merci de ne pas l'avoir fait.

C'est pour ça que tu détestes ta mère ?

— Elle a toujours été effroyable et froide. Elle ne mérite même pas l'appellation de mère. Ma nourrice, Melda, a pris soin de moi à sa place mais…

Mais ta mère reste quand même ta vraie génitrice.

— J'aimerais… J'aimerais qu'elle arrête de me détester, mais c'est impossible. J'ai les cheveux bleus, comprenez-vous ?

Non, je ne comprends pas. Ils sont sympas tes cheveux, surtout entre tes cuisses…

— Ça m'embarrasse de vous entendre en parler.

Alors ne m'écoute pas. Je te parlais donc de mes doigts entre tes délicieuses lèv…

— Taisez-vous ! s'écria-t-elle aussitôt, les joues en feu.

Mais c'était plutôt Juvia tout entière qui prenait feu, de l'intérieur. Il connaissait l'effet que ses mots avaient sur elle et la narguait avec. Non, la jeune amoureuse n'avait pas envie de jouer à ce jeu ce soir. Elle voulait lui parler, et uniquement lui parler.

— C'est quoi ce que j'entends, derrière ? préféra-t-elle demander, pour changer de sujet.

Derrière la voix rauque, la bleue pouvait déceler l'air d'une chanson que le brun s'était mis à écouter depuis quelques minutes.

Ça s'appelle communément de la musique, la railla-t-il. Vous préférez compter votre fric au lieu de vous détendre, chez toi ?

— Je vous em-merde, s'amusa-t-elle à dire, en articulant bravement chaque syllabe de l'insulte.

Monsieur Fullbuster se mit à rire, et Juvia sourit, fière de son petit effet.

Ça te va vraiment pas de dire un truc pareil, dit-il après quelques secondes, un sourire persistant dans la voix.

— Vous trouvez ? Je suis certaine que mon maître saura m'y entraîner.

Ton maître ?

— Vous, bien entendu. Qui d'autre voulez-vous que ce soit ? Je n'ai plus besoin de scolarisation à domicile depuis le début de mon adolescence. Et rassurez-vous, il n'y a que vous qui m'enseignez des choses que je ne fais jamais.

Dis pas ce genre de choses, surtout pas avec cette voix-là.

— Pourquoi ? Quelle voix ?

Silence, encore une fois. Etait-ce une de ses passions, de lui mettre des vents ? Pourquoi ne voulait-il pas qu'elle l'appelle ainsi ? La bleue réfléchit intensément, les sourcils froncés d'incompréhension. Puis…

— Oh ! s'exclama-t-elle, les yeux élargis par ses pensées indécentes. Juvia a compris.

Juvia ignora comme elle put les images narguant son esprit, où le maître en question lui donnait des devoirs à réaliser tous aussi pervers les uns que les autres. Monsieur Fullbuster la corrigeait à la moindre erreur commise, la punissait délicieusement, l'humiliait, la dressait

Écoute ça, lui ordonna-t-il en ignorant la réponse de l'élève modèle.

Et la seconde d'après, le brun rapprocha son téléphone de l'origine du bruit mélodieux. La bleutée raffermit sa prise, écoutant attentivement la musique qu'elle se surprit à aimer. Elle s'était attendue à quelque chose d'aussi violent que la sonnerie de téléphone du serveur, mais c'était différent. Plus calme, plus agréable. L'air enjoué la fit sourire, c'était rafraichissant. La voix du chanteur se fondait parfaitement aux instruments jouant derrière lui.

Juvia laissa échapper un rire lorsqu'elle entendit l'homme au bout du fil chanter avec la musique :

And then he falls into the sea. He falls into the ocean. He falls into the deep(1).

— Vous chantez faux, le taquina-t-elle, ne sachant pas s'il pouvait l'entendre ou pas.

Personne n'est parfait. Tu connais cette musique ?

Vous l'êtes à mes yeux, pensa fort la bleutée.

— Non, quel est son titre ?

I am the photographer, "je suis le photographe" au cas où tu piges pas un mot d'anglais.

— J'ai quelques origines britanniques, je me débrouille. Les paroles corr…

… correspondent à la situation ? Epargne-moi ça, tu veux ? Il est déjà quatre heures.

— On parle depuis si longtemps que ça ? s'étonna la bleue. Il est vrai que j'ai un peu mal à l'oreille, mais je ne me sens pas fatiguée pour autant.

Juvia réprima un bâillement, pourtant. Elle ne voulait surtout pas mettre fin à leur conversation. Il l'avait contactée aussitôt rentrée chez elle, après le cinéma. Le groupe de personnes s'était dispersé petit à petit, et la bleutée avait souhaité une bonne nuit à Levy que son père était venu chercher en voiture. Elle était ensuite rentrée au manoir Lockser à pied, malgré l'heure tardive, évitant au maximum les petites ruelles trop sombres.

Quelques instants après être arrivée dans sa chambre, la bleue avait reçu son appel. Monsieur Fullbuster l'avait accompagnée, au téléphone, dans Le trou noir où Juvia s'était appliquée à développer les récentes photos.

Moi non plus, lui assura-t-il d'une voix fatiguée.

Puis aucun des deux n'ajouta un mot. Un confortable silence s'installa, accompagné uniquement des musiques qu'écoutait l'homme au bout du fil. Juvia ferma les yeux un instant, respira calmement. Elle s'imagina dans les bras du serveur, dans son lit, nichée dans le creux de son étreinte. C'était comme s'ils étaient ensemble, de cette façon. Le souffle profond de Monsieur Fullbuster, les paroles des différentes musiques qu'elle décelait en fond, l'odeur imaginaire de la clope.

How to fight loneliness ? Just smile all the time(2), chantonnait le musicien à la voix grave, en accord avec l'air joué par les membres de son groupe.

J'ai une idée, vu qu'on va pas se coucher, lui dit le brun tout bas, comme s'il profitait lui aussi du paisible moment. Viens au café.

— Maintenant ? s'étonna la bleue, elle haussa les sourcils puis se tourna sur le côté, le téléphone coincé entre sa joue et son oreiller. On est dimanche… C'est fermé à cette heure, non ?

C'est vrai, je suis con. La grande place, tu vois où c'est ?

Là où il y a des marchands, pas loin du Redfox ?

— Oui, c'est dans les environs. On se retrouve là-bas ?

Pourquoi voulez-vous me voir ?

Juvia observa sans vraiment le voir le mur devant ses yeux, parsemé de nombreuses photographies que la pénombre dévorait. Ses paupières alourdies par le sommeil se fermaient contre sa volonté, et elle papillonna plusieurs fois des cils pour chasser la fatigue.

— Une simple envie.

Un sourire bourgeonna sur la pulpe de ses lèvres.

Elle était en plein songe. Non, mieux qu'un rêve, la réalité avait soudainement un goût exquis. Son aimé désirait encore la voir, alors qu'ils s'étaient vus la veille, alors qu'ils avaient parlé toute la nuit jusqu'au matin. Ils étaient restés au téléphone pendant de longues heures, parlant de tout et de rien. Parfois, profitant uniquement du confortable silence. C'était agréable de pouvoir discuter avec lui, goûter à cette intimité où ils se découvraient l'un l'autre. Mais le numéro sept ne voulait pas se contenter de ça.

Il voulait voir Juvia en vrai. Tout de suite.

Monsieur Fullbuster ne la détestait peut-être plus.


Ses lunettes noires épousaient l'arête de son nez, cachaient son regard caverneux au monde. Le bras posé sur le rebord de la fenêtre, bronzant sous les rayons du soleil, il tira une courte taffe de sa clope. Le mégot se calcinait au bout de son bras tendu et tenant le volant. La nicotine flirta avec les sens de Juvia ; la fit grimacer un peu. La cassette avalée par la radio de la voiture appartenait au brun. L'amoureuse bleue découvrait ses musiques préférées, nichée au creux du siège passager. Ses boucles défaites voletaient dans le vent, la fenêtre grande ouverte. La noble s'était à peine coiffée, arrangeant un minimum son apparence. Elle se sentait complètement à l'aise en compagnie de quelqu'un d'autre, pour une fois dans sa vie.

Juvia avait rejoint l'élu de son cœur là où il l'avait attendue, la grande place comme il l'avait appelée. Il lui avait confié qu'il n'habitait pas très loin de cet endroit, il lui avait même indiqué – vaguement – du doigt les environs où se trouvait son immeuble. Une information qu'elle avait enregistrée, même si elle n'aurait jamais l'indécence de débarquer chez lui sans son accord.

Le serveur l'avait ensuite emmenée jusqu'à une vieille voiture garée plus loin. Une BMW datant certainement des années quatre-vingt, au vu de son apparence rétro. Noire, cabossée par endroit, et poussiéreuse. La bleutée avait hésité à monter dedans, même si le cuir des sièges semblait confortable et presque pas troué.

— Etes-vous sûr qu'elle peut encore rouler, ou même démarrer ? lui avait-elle demandé, jetant un regard suspicieux au capot de la voiture.

Le moteur devait certainement se faire vieux. Un phare fracassé et absent. Arrivait-il réellement à conduire cet antique véhicule ?

— C'est trop tard pour jouer à la petite bourgeoise, lui avait-il répondu. Monte !

Réticente, elle avait tout de même exécuté l'ordre. Le cuir et l'odeur de clope avaient tout de suite agressé ses narines. Elle s'était empressée d'ouvrir la vitre – manuellement – pour laisser respirer la voiture. Ensuite, le brun avait en effet réussi à démarrer et Juvia avait admiré l'aisance avec laquelle il conduisait. La bleutée avait souri en se nichant dans le creux de son siège. L'automobile n'était pas si mal que ça, finalement.

Le conducteur s'était éloigné de la ville et la jeune femme, surprise et quelque peu effrayée, avait regardé le paysage défiler rapidement devant ses yeux. Peu de voitures rencontrées sur le chemin, la circulation était limpide et dégagée à cette heure matinale. Mentalement, la photographe s'était répétée qu'elle était en compagnie de Monsieur Fullbuster, pas n'importe qui. Mais elle ne pouvait affirmer qu'elle lui faisait entièrement confiance – malgré le contrat, qui ne comptait plus à cet instant. Peut-être était-il en train de la kidnapper ? Puis demander une rançon à ses parents ? Peut-être prévoyait-il d'abuser d'elle au milieu d'une obscure forêt avant de l'y abandonner ?

— A quoi tu penses ? avait demandé le sujet de ses pensées face à son air paniqué, et elle n'avait osé lui répondre honnêtement.

— A rien du tout ! lui avait-elle assuré avec véhémence, le scrutant du coin de l'œil.

Il avait l'air parfaitement détendu, conduisant d'une seule main, fumant de l'autre. Il n'avait aucunement l'air d'être sur le point de lui faire du mal. Ridicule. Cet homme n'avait pas besoin d'une quelconque forêt pour lui faire des choses déplacées. Une unique ruelle suffisait. Ou une salle de cinéma…

Le contrat stipulait de lui faire confiance. Juvia dut s'y résigner, parce que de toute façon, ce n'était pas comme si elle avait le courage, ou l'envie, de se jeter de la voiture en pleine conduite. Ça la tuerait, et elle n'était pas prête à le faire.

Et plus ils s'éloignaient de la ville, et plus Juvia avait l'impression de reconnaître le chemin.

Un vieux souvenir d'enfance, douloureux. Elle se rappelait de ces environs, de ces mêmes feuillages morts encadrant la route, de l'étendue déserte et terreuse comptant quelques maisonnettes délabrées. Ce paysage qu'elle avait détesté, pendant qu'elle pleurait. Elle se remémorait les réprimandes de sa mère, de ses soupirs exaspérés, de ses « il faut toujours qu'il pleuve quand tu es là ! ». De la dispute qui avait éclaté entre ses parents.

Le brun l'emmenait à la plage.

C'était différent, avec lui. Il n'y avait pas de cris, pas de pleurs, pas de pluie. Les nuages amoncelés dans le ciel se fendirent de toute part, chassés par l'aube rayonnant. Le drap noirci se colora de rose et d'orange. Un peu de bleu, aussi. L'horizon s'éclaircissait, et le soleil levant saluait timidement la ville endormie. Les doux rayons déchurent jovialement sur la peau de la jeune femme.

Le premier décida de flatter son nez mutin. Le deuxième choisit ses joues, qu'il dorlota. Le troisième embrassa ses lèvres, pleinement, amoureusement. De sa lueur dorée, le quatrième cajola ses paupières fermées. A travers ce fin rideau de peau, ils étreignirent ses prunelles bleutées. Sous la chaude affection, l'aiguail perla sur ses cils. Craintivement. Le moment n'était pas sans fin, mais ils prirent leur temps pour découvrir la peau laiteuse. Trop pâle. Une peau d'hiver et de pluie. Remords. Ils auraient dû la visiter plus souvent.

Juvia ouvrit les yeux et admira le spectacle. Eblouie, elle l'était. Elle en oublia même de prendre en photo ce moment, parce qu'elle était bien trop occupée à en profiter. Réellement, pas à travers une image. Discrètement, elle essuya l'eau humidifiant le coin de ses yeux. Etait-ce la fatigue, ou l'émotion ? Peut-être les deux.

L'odeur salée de la mer lui parvenait d'ici. C'était agréable, elle avait envie de hurler de joie. Le vent matinal fouettait son visage, elle se tourna vers la fenêtre pour mieux le recevoir. Un fouet de fraîcheur bienfaitrice. Loin de la ville polluée, elle prit une grande inspiration. La passagère sourit, tandis que près d'elle, le brun chantonnait faussement la musique avec un accent anglais qui étira davantage ses lèvres. Ses doigts tapaient en rythme sur le cuir du volant, alors que les cordes de guitares étaient pincées dans un air mélodieux.

— Tu connais ? réussit-elle à entendre malgré le vent maltraitant ses oreilles. MMJ, énonça-t-il, certain qu'elle ne connaissait pas, ce qui était véridique après tout. My Morning Jacket(3). J'ai tous leurs albums chez moi, et je me lasse toujours pas de la voix de Jim James. Et t'entends ces incursions folk ?

Juvia buvait chacun de ses mots, alors qu'il exprimait son enjouement pour le groupe. La main féminine se tendit dans le vide, repoussée violemment par le vent en contresens. Elle s'amusa à ça pendant quelques minutes, appréciant le manque de contrôle sur sa main malmenée par l'élément. Sa manche ballotée se gonflait d'air, qui s'engouffrait sous son pull, prodiguait de fraîches caresses à sa peau. Les prunelles océaniques voyagèrent dans le ciel avec les deux oiseaux coursant les voitures, en contrebas. Le vent les portait tandis qu'ils battaient gracieusement des ailes, fendant l'azuré orné de fabuleuses formes en coton. Le paysage défilait à grande vitesse et bientôt, les deux volatiles furent délaissés loin derrière la voiture noire.

— Et eux, ce sont les Wheat(4), l'informa Fullbuster lorsque la cassette passa à la musique suivante.

Juvia sourit. C'était l'une des musiques qu'il lui avait faites écouter au téléphone pendant qu'ils gardaient le silence ; profitaient du moment partagé. Elle lui adressa un regard entendu, toutefois incertaine s'il l'observait derrière ses lunettes noires.

— Je sais, rétorqua la bleue, amusée. J'ai reconnu.

— Tu devais à peine avoir deux ans à cette époque… Voire même pas née.

— Et vous alors ?! s'insurgea-t-elle, sur la défensive.

Il la prenait pour une gamine !

— J'ai vingt-cinq ans, tu sais ?

Juvia arqua un sourcil, imitant volontairement la manie de Monsieur Fullbuster. Celui-ci lui adressa un bref regard avant de le reporter sur la route. Les lèvres du brun s'étirèrent en un sourire narquois. La noble ravala le sien et s'efforça de garder son sérieux.

— Et vous écoutiez déjà ce genre de musique à votre jeune âge ? demanda la noble bleue, intéressée.

— Bien sûr. C'est Ur qui m'a fait découvrir. T'écoutes quoi, toi ?

— Je ne sais pas, un peu de tout… hésita la passagère, réfléchissant un moment à ses musiciens préférés, avant de sourire. Du Sóley, Daughter, ou encore Camille Bazbaz(5). Les connaissez-vous ?

Le conducteur lui rendit son sourire, hocha la tête pour répondre, ou peut-être pour approuver ses goûts. Juvia le vit doubler la petite voiture rouge devant eux, puis il chantonna quelques paroles de la musique qui passait. Elle l'écouta attentivement, le cœur au bord des lèvres et tressautant dans sa poitrine. Comme si les paroles lui étaient personnellement adressées.

And don't I threat you like you want ? And don't I love you like you want to be loved ?(6) fredonnait le brun en anglais, le visage tourné vers la route.

Il chantait faux et fort, le col de son t-shirt maltraité par le vent brusque. Elle pouvait admirer ses clavicules alléchantes, l'éclat métallique autour de son cou. Le brun ravala un bâillement et la bleutée dissimula le sien derrière sa petite main. Le visage de Juvia se fendit de nouveau d'un sourire. Il était certainement aussi fatigué qu'elle, mais l'odeur salée était revigorante et rafraichissante.

La mer se dessinait à l'horizon. Les vagues déferlaient et s'écrasaient contre les hautes roches. Une mousse blanchâtre se formait sur les bords de leurs langues léchant goulûment le sable. Le liquide bleu, presque grisé, ne cessait d'enlacer les pieds de quelques rares surfeurs matinaux. Au-dessus des plus gros rochers dépassant de la surface ondoyante, une falaise culminait. Juvia pouvait deviner les silhouettes de quelques pécheurs debout, ou assis près de leurs cannes posées en équilibre devant eux.

Les vagues se succédaient sans cesse comme une interminable musique. La voiture perdait en vitesse et déjà, l'appréhension se déversait dans les veines de la bleutée.

— Juvia peut sentir l'océan.

— Tu aimes ça ?

— Plus que tout, lui assura-t-elle, radieuse.

— Plus que moi ?

Tétanisée, elle ne répondit rien. Sa respiration se bloqua dans sa trachée douloureusement nouée. Que lui prenait-il de poser ainsi cette question, sans la ménager ?

— Relaxe, souffla-t-il, moqueur. Je plaisantais.

Juvia faillit lui taper le bras pour lui faire ravaler son sourire arrogant. Mais la noble se retint de le faire parce qu'il conduisait – et surtout, parce qu'elle n'osait pas. Elle préféra se tourner de nouveau vers la fenêtre.

Le sel. La mer. La musique. La vieille BMW.

Fullbuster-sama.

Arrivés à destination, il ne tarda pas à se garer sur le parking presque vide. Deux voitures seulement, certainement celles des surfeurs qui bravaient déjà les vagues. Les pneus crissèrent sur le gravier, avant de s'arrêter.

La bleutée grimaça. Elle aurait voulu rester dans cette voiture pour toujours, sur la route, en compagnie de son numéro sept préféré.

La photographe se résigna tout de même à descendre, posant pied sur l'inconfortable sol. L'odeur salée emplit ses poumons. Juvia prit une grande inspiration qu'elle dégusta. La terre granuleuse craqueta sous ses bottines, qu'elle décida d'enlever pour mieux sentir la tiédeur du sable contre sa peau. Sur la pointe des pieds, elle se dépêcha de quitter le gravier du parking pour plonger ses orteils dans le sable doré.

Il était encore frais, le soleil n'avait pas encore eu le temps de le rendre brûlant, comme dans son enfance. La bleutée s'avança vers la mer, obnubilée par les nombreuses vagues qui ne cessaient de s'enrouler sur la surface, comme si elles l'appelaient à les rejoindre. Juvia sourit, se tourna vers le brun resté derrière elle. Les mains dans les poches, il avait remonté ses lunettes sur sa tête. Elle pouvait ainsi voir son regard, vissé sur sa personne.

L'odeur de la mer était revigorante et délicieusement salée. Et le serveur en t-shirt noir était tout aussi délicieux, ses yeux marins s'en régalaient chaque seconde. Il avait mis son habituel pantalon de travail, dont la couleur se fondait parfaitement à son haut. Pas de jeans usé, aujourd'hui. Elle avait d'ailleurs évité d'en mettre un aussi, parce que la bleue ne désirait pas rater d'autres sensations – si jamais il se passait de nouveau quelque chose, comme au cinéma. Elle avait donc préféré mettre une jupe, que la brise s'amusait à faire voleter.

Le regard braqué vers le joueur de Hockey, l'amoureuse décida de graver ce souvenir sur la pellicule. Elle s'empara de son appareil et prit un cliché du brun, qui lui jeta un regard dubitatif, un sourcil arqué dans la direction de l'objectif. La laissant faire, il tira une cigarette de son paquet à l'aide de ses lèvres, et l'alluma. Sa main protectrice abrita le mégot du vent. Juvia prit un autre cliché, le faisant grimacer. Le fumeur exhala rapidement l'air empoisonné.

— Tu ne te sépares jamais de ton jouet ? lui demanda-t-il tout à coup.

La bleue le fusilla du regard à travers le viseur.

— Ce n'est pas un simple jouet !

— Vu toutes les photos que t'as dû prendre de moi, j'irai même jusqu'à dire que c'est ton sextoy.

Juvia abaissa l'engin, le dévisagea, offusquée par ses paroles.

— Je n'ai pas de… de jouet érotique !

— Sûrement parce que tes doigts te suffisent, la railla-t-il, taquin. Pour le moment.

— Je ne vous entends plus ! s'exclama la bleutée rougissante, en se bouchant faussement les oreilles et se détournant du pervers qui se mit à rire.

Juvia l'ignora comme elle put, préférant prendre d'autres clichés des environs. Les surfeurs, les vagues déferlant sur les rochers, les pêcheurs en contre-jour. Le soleil, fier et rayonnant dans le ciel d'un bleu pâle. L'air froid lui glaça le nez et les joues, mais son cœur se baignait dans un cocon d'allégresse, onctueuse et mielleuse. Une douce sensation qui ne pouvait que la faire sourire, la transporter sur les vagues pétillantes et vaporeuses.

L'odeur de la nicotine chatouilla son nez, qu'elle retroussa en direction du brun. Ne pouvait-il pas arrêter de se tuer les poumons avec ces substances goudronneuses ? Mais aussitôt les yeux bleus posés sur le concerné, Juvia oublia tous ses reproches. Parce qu'il était beau, comme ça, avec la clope coincée entre ses lèvres bleuâtres. Le vent dansant dans ses cheveux, le regard cloué à l'horizon. Les pensées perdues au loin, quelque part sur l'écume des vagues qui se formait entre l'azur et l'océan. La photographe n'osa l'interrompre et demeura dans son coin, dans le silence.

— Tu veux pas nager un peu ? demanda-t-il, brisant le calme à sa place.

— Juvia ne sait pas nager, avoua-t-elle du bout des lèvres, comme si elle en avait un peu honte, ce qui était un peu le cas d'ailleurs.

— Ça s'apprend.

— Je n'ai même pas de maillot de bain, lui dit-elle inutilement, en haussant les épaules, mais un sourire flottait de nouveau sur ses lèvres.

Elle s'imaginait déjà dans l'eau, accrochée aux épaules larges, viriles, et bronzées du sportif. Envoyant valser sa cigarette dans le sable, il s'avança vers la mer et Juvia lui emboita le pas, foulant la terre sableuse de ses petits talons nus. Laborieusement, elle rattrapa l'homme déjà arrivé à destination. La bleue marcha timidement dans l'eau. Les vagues chatouillèrent ses pieds, l'accueillant avec joie et chassant quelque peu le sable enrobant ses chevilles.

— Allez-vous réellement m'apprendre à nager ? questionna-t-elle, tout en s'aventurant dans l'eau qui humidifia ses genoux.

Elle sentait ses pieds glisser et s'enfoncer dans le sable humide. Tel un lasso, il l'enchainait et l'attirait vers les profondeurs de l'océan. L'écume moussait jovialement autour de ses genoux, le doux pétillement était revigorant et un petit rire franchit ses lèvres.

— Je n'ai pas dit ça, répondit l'homme derrière elle avec un sourire dans la voix, puis ses mains la poussèrent violemment et sans la ménager.

Juvia perdit l'équilibre et tomba dans l'eau, tandis qu'une vague avalait goulument son visage. Elle eut le réflexe de retenir son souffle, évitant ainsi de boire la tasse. Son appareil photo cogna douloureusement sa mâchoire. A tâtons, elle chercha prestement le sol sablé et se releva difficilement, ballotée par le courant.

— Avez-vous perdu la tête ?! cria-t-elle dans la direction du serveur dont les épaules tressautaient, occupé à s'esclaffer silencieusement de sa puérile plaisanterie.

Ses papilles agressées, la bleue postillonna gracieusement le goût salé ancré à ses lèvres, en vain.

— Charmant, se moqua-t-il, goguenard. Tes vêtements sont trempés.

— Il fallait y penser avant de me pousser !

— Justement, j'y ai pensé, déclara Fullbuster en lorgnant ses habits.

Son pull et sa jupe épousaient exagérément sa peau, et la jeune femme tira quelque peu dessus pour les décoller de sa généreuse poitrine et ses jambes. Ses cuisses étaient parfaitement visibles maintenant que le tissu était imbibé. Le regard noir pesa sur son corps exposé sous la lumière vive du soleil. L'astre paradait fièrement entre les fissures des cotons dans le ciel. Ne pouvait-il pas retourner se planquer derrière les nuages, pour une fois que la Femme Pluie en avait besoin ? Mais il semblait bien trop heureux de cette heure de gloire, et préférait espionner la bleue s'exhibant devant le chiffre de la perfection.

— Tu peux te changer dans la voiture, si tu veux.

— Figurez-vous que je n'ai pas de vêtements de rechange.

— Excuse-moi, dit-il, l'ironie débordant de ses fausses excuses. Je voulais dire, te déshabiller, en attendant que ça sèche.

Juvia lui fit les gros yeux. Il voulait réellement abuser d'elle ! Sur la plage, avec tous ces gens autour ! D'accord, ils n'étaient pas si nombreux, et bien trop occupés à leurs activités, mais tout de même ! Et si quelqu'un se retournait à ce moment précis, et découvrait l'état dans lequel elle était ? Ses vêtements étaient inutiles et dévoilaient tout son corps.

— Vous n'êtes qu'un pervers.

— Et c'est toi qui oses dire ça ?

— Je ne vous demande pas de vous déshabiller, moi, se défendit-elle.

— T'aimerais. Mais comme je suis déjà exhibitionniste de nature, ça t'arrange bien.

— Vous avez encore tous vos vêtements, pourtant, remarqua Juvia, la déception pointant le bout de son nez.

— C'est une demande implicite, là ? la taquina le serveur, puis il passa une main dans ses cheveux sombres, comme pour les discipliner face au vent de l'océan.

Embarrassée, elle évita de fixer trop longtemps les mèches brunes. Et encore moins le cou dévoilé, alléchant et attrayant. Allait-il réellement se déshabiller pour elle ? Mais l'homme n'en fit rien, il se contenta de l'attendre.

L'amoureuse de l'eau se mordit la langue, avant de se résigner à quitter les vagues enchanteresses caressant ses jambes dénudées. La photographe testa son appareil, infiniment soulagée de découvrir qu'il marchait encore. L'engin tropicalisé avait réussi à survivre à l'attaque aquatile, néanmoins l'étudiante nota mentalement de le revérifier une fois chez elle. Sa protection avait toujours su le protéger de la pluie mais la bleutée, soucieuse, n'avait jamais imaginé qu'il prendrait l'eau de mer. Des grains de sable s'étaient peut-être introduit à l'intérieur, rayant et endommageant son bien.

Monsieur Fullbuster n'avait-il donc aucune idée de la valeur de l'appareil à ses yeux ? Juvia lui jeta un énième regard accusateur, que le concerné ne vit même pas.

La femme trempée se dirigea vers la voiture, ses petits pieds s'enfonçant de nouveau dans le sable tiède qui s'occupa de faire sécher les grains humides. Le gravier du parking agressa encore une fois la plante de ses pieds, obligeant la bleue à sautiller jusqu'au véhicule. Juvia sentit le brun dans son dos alors qu'il marchait calmement derrière elle. L'homme s'empressa de lui ouvrir la portière arrière. Derrière cette dernière, la photographe se cacha comme elle put et enleva son haut trempé. Elle l'essora sur le gravier, sous les yeux attentifs de son compagnon qui la firent rougir.

Juvia poursuivit tout de même son geste, en s'efforçant d'ignorer le regard vissé à son sous-vêtement humide. A sa poitrine exposée aussi ouvertement, lubriquement. Soupirant, la bourgeoise mise à nue laissa finalement échapper la plainte torturant sa langue :

— Pourriez-vous au moins avoir la décence de regarder ailleurs ?

— Et rater toute l'ampleur du spectacle ? Non merci.

Juvia rougit plus fortement. Une vraie écrevisse vivante à la crinière bleue. Elle épousseta quelque peu ses pieds enrobés de grains de sable. La dénudée s'engouffra à l'intérieur de la voiture, se déroba du regard insistant et la dévisageant sans gêne. Enfin, elle se débarrassa rapidement de sa jupe alourdie par l'eau et la suspendit, comme son pull, à la fenêtre laissée ouverte.

Le brun s'accouda nonchalamment au toit de la voiture, il continua à l'observer. La noble croisa les bras, se cachant autant que possible. Donc, très peu.

Alors qu'elle s'apprêtait à faire une remarque sur l'impolitesse du bougre, celui-ci la devança.

— J'ai amené la liste, l'informa-t-il en sortant le papier de sa poche arrière.

Aucunement trempé, le propriétaire de la BMW ne s'était pas aventuré dans l'eau, alors qu'elle avait espéré qu'il lui aurait enseigné à nager. Juvia aurait aimé s'accrocher à ses épaules, nicher son visage dans son cou et apprécier la danse des vagues contre lui. La bleue soupira intérieurement de frustration. L'homme déplia la liste et sourit en coin tandis que ses yeux parcouraient les points marqués.

— Et donc ? l'encouragea-t-elle, tout de même curieuse.

— Et donc… Point numéro quatre, et je cite au mot près, "je n'ai jamais fait quelque chose d'obscène dans un lieu public".

Son rougissement ne la quittait plus une seule seconde depuis qu'ils étaient retournés au parking. Elle s'éclaircit la gorge, chercha ses mots.

— Tout ce qu'on a déjà fait ne compte pas ? Le cinéma…

— Il faisait noir, et on n'a pas fait grand-chose, objecta-t-il, un peu grognon. Par contre, ici…

— Ici quoi ? répéta-t-elle en scrutant hâtivement les environs, l'appréhension grandissant dans sa gorge serrée par la panique.

— Ici, je peux tout voir pendant que tu te touches.

— Pourquoi voulez-vous me regarder pendant que je… fais ça ?! s'écria la bleutée, les yeux aussi gros que des soucoupes.

— Curiosité, dit-il simplement. Allonge-toi sur la banquette.

— Je n'ai même pas envie, refusa-t-elle, la mine renfrognée.

Étrangement, il se mit à sourire face à son refus, contrairement à la déception qu'elle aurait voulu voir peindre son visage. C'était bien l'une des rares fois où l'élève désobéissait aux ordres de son maître. Mais elle ne tarda pas à paniquer de nouveau lorsque le brun s'engouffra à son tour dans la voiture, empiétant sur son espace vital. La jeune femme s'éloigna rapidement de lui, trouvant refuge dans la deuxième place arrière. Mais ça ne suffit pas à la rassurer, parce que l'homme s'était installé près d'elle. Il était bien trop proche. Juste à côté.

Le propriétaire de la BMW referma la portière dans un bruit sourd, et le cœur entiché tressauta. Qu'allait-il encore lui faire ? Juvia se posait la question dans un mélange de crainte mais aussi… d'attente. Peut-être allait-il encore une fois l'embrasser, comme au cinéma ? Elle attendait au fond d'elle de pouvoir de nouveau sentir les mains masculines sur son corps. Elle avait envie qu'il la torture de nouveau avec ses doigts, ses lèvres et…

La noble hoqueta de surprise, et surtout de plaisir.

Monsieur Fullbuster avait décidé de satisfaire ses attentes en glissant sournoisement sa main entre ses cuisses, flattant sa peau diaphane au passage. L'homme ne prenait même pas le temps de la ménager, de l'embrasser ni de la préparer. Sans l'épargner un seul instant, il empoigna à pleine main sa vulve rosée à travers sa culotte imbibée d'eau. La jeune femme pouvait aisément sentir la froideur de sa paume contre elle. Il joua habilement de ses doigts, palpant ses grandes lèvres pulpeuses, peignant la douceur de ses poils azurés à travers le tissu humide, la caressant partout à la fois. Il enfonça légèrement le plat de son majeur entre ses lèvres pour mieux cajoler son intimité. Son doigt se nicha de tout son long dans son nid de plaisir, entre ses chairs rosées et bombées.

Elle haleta, s'accrocha à cette main fouineuse, se recula jusqu'à s'adosser contre la portière dans son dos, ses genoux repliés contre elle. Il la coinçait dans l'étroitesse de sa voiture, et elle ne pouvait – voulait – aller nulle part. Ses pattes blanches agrippaient le poignet du farfouilleur, mais Juvia ne cherchait pas à l'éloigner. Au contraire, elle l'incitait à mieux la tâter, à saisir sa vulve dans sa paume glaciale.

C'était si bon d'être emprisonnée dans la main de Monsieur Fullbuster.

Ses cuisses étaient légèrement écartées, il pouvait ainsi facilement la toucher. Le brun, attentif à ce qu'il était en train de lui faire, s'était quelque peu penché vers elle. Il maintenait son équilibre sur son bras libre, posé sur le cuir de la banquette arrière. La bleutée baissa la tête à son tour et admira ce bras plongé entre ses cuisses, lui prodiguant des caresses extraordinairement plaisantes, brûlantes et délicieuses. Ses articulations jouaient à chaque mouvement de ses longs doigts, juste là, contre son sexe qu'elle savait humide.

Juvia pouvait le sentir. Elle observa avec attention le mouvement de ce doigt qui frottait encore et encore son clitoris, sa main qui empoignait son intimité, comme s'il s'agissait de sa possession ; sa propriété dégoulinante qui lui était vouée. A Monsieur Fullbuster, et uniquement à lui. Son excitation s'enflammait de plus en plus en elle, dans ses veines ; son bas-ventre. Surtout quand elle observait de si près cette main hâlée posée sur son fruit défendu. La même main qui remuait sensuellement la cuillère, tenait délicatement l'ustensile argenté et troublait le liquide en le faisant tournoyer lentement. Cette main qui lui servait son thé préféré chaque jour au café, lui prodiguant un plaisir jouissif dans l'intimité de sa chambre, à chaque fois qu'elle y repensait.

Et ces doigts étaient là, maintenant. Entre ses cuisses. Sur elle, sur un endroit qui avait l'habitude d'être visité uniquement par sa propriétaire. Il s'était trouvé un nouveau maître pour le cajoler, elle ne pouvait que s'y résigner, et approuver ce choix. Seigneur… Juvia était enfin cette cuillère en argent, entre les mains du brun, son bouton enflé de désir remué lascivement par le serveur, dans le sens d'une aiguille, délicatement, plaisamment.

C'était délectable.

Ses frissons suivaient le rythme des vagues, déferlaient dans son bas ventre, la plongeaient dans une onde de plaisir, humidifiaient ses profondeurs. Il était vraiment doué pour lui faire perdre la tête. Facilement, l'élu de son cœur se plaisait à franchir ses barrières comme s'il fendait du beurre. Quelles barrières, après tout ? Elle ne pouvait que se laisser faire, s'adonner à lui corps et âme. Et cœur. Tout entière.

Juvia appartenait à Monsieur Fullbuster.

— Et maintenant, toujours pas envie ? lui demanda-t-il d'une voix rendue rauque par le désir, sans s'arrêter de la toucher.

Lentement, fermement. La forte pression allait et venait contre elle dans un lent mouvement que ses chairs palpaient intensément.

Le tissu de sa culotte commença à irriter ses tendres chairs, et la désagréable sensation la fit grimacer, ce que le brun ne manqua pas de remarquer. Alors, il retira l'objet de sa gêne. Juste comme ça. Sans lui demander son accord, en se servant comme s'il était chez lui. La bleutée couvrit instinctivement l'endroit découvert à l'aide de ses mains.

— Tu veux le faire toi-même maintenant ? Fais donc. J'ai toujours été curieux de voir comment tu t'y prends.

La jeune femme leva les yeux au plafond. Elle tira puérilement la langue en direction du voyeur.

— Juvia est pudique ! expliqua-t-elle, en l'accusant du regard.

— Menteuse. Tu as les cuisses déjà écartées.

Aussitôt ces mots entendus, la concernée referma brutalement les jambes, faisant claquer sa peau moelleuse à cet endroit. Le brun alluma une autre clope qu'il décida de fumer près d'elle, sans se soucier de l'enfumer. La bleue ne s'en formalisa pas, parce qu'elle était bien trop concentrée sur la petite goutte de transpiration qui roulait distinctement sur sa fesse, se perdant dans l'humidité de sa peau. Juvia avait très envie de libérer cette flamme qui lui brûlait le ventre.

— D'accord, céda la noble. Je vais le faire… mais ne regardez pas.

— Où est l'intérêt alors ? contra-t-il en braquant de nouveau ses yeux sur son entrecuisse, résolument caché derrière la barrière de ses mains laiteuses.

Fullbuster tira une courte taffe de sa cigarette, souffla son nuage blanc vers la fenêtre. Il se mit à l'aise sur le siège de cuir sombre qui couinait parfois sous leurs mouvements. Son bras encerclait l'appui-tête, juste près de Juvia. Celle-ci le regardait stupidement, n'osant commencer à… faire ce dont elle avait très envie. Pourtant, la bleutée le voulait réellement, parce que le brun avait de nouveau réussi à lui faire perdre la tête. Parce qu'il voulait qu'elle le fasse. Et cette information l'excitait davantage.

Affreuse, avait-il dit au téléphone, mais il ne l'avait pas pensé un seul instant, n'est-ce pas ?

Son aimé la désirait ardemment. L'obsédée dénudée pouvait aisément le deviner au vu de l'étincelle luisant dans son sombre regard. Surtout quand il le posait sur elle. Sur Juvia.

Hésitante, la jeune femme se risqua à céder à son caprice, à réaliser ce quatrième point de la liste, tout en surveillant l'homme près d'elle. Il l'observait attentivement, hypnotisé par sa main qui se mouvait timidement contre son intimité. Gênée, la descendante des Lockser jeta un coup d'œil au loin, à travers la vitre, où elle devina les silhouettes des hommes sur la falaise. Et si quelqu'un les découvrait ? La voyait ainsi, dans une position aussi indécente et compromettante ?

A part le serveur, qui avait en quelque sorte gagné l'autorisation de le faire.

Et cet homme s'y plaisait entièrement, ses prunelles ancrées sur ce qui se passait entre ses cuisses pulpeuses. Captivé, il en oublia même sa clope délaissée entre ses doigts. Il s'humecta les lèvres, vaguement entrouvertes, léchant la saveur de nicotine imprégnant sa bouche. Pensait-il à remplacer ses doigts par ses lèvres ? Le fumeur donna un second coup de langue, rapide et fébrile, sans détourner un seul instant son regard de ses cuisses qu'elle écartait de plus en plus, involontairement. Ou peut-être volontairement, pour lui permettre de mieux la voir ; l'admirer. Il cillait rarement, ses pupilles étaient dilatées, ses lèvres humides brillaient. Le désir calcinait le voyeur qui l'observait.

Assoiffé.

Se cajolant, le rouge aux joues, la bleutée essayait de se décontracter dans cette position, les genoux quelque peu repliés vers elle pour laisser de la place au spectateur perverti. Les rôles échangés, c'était maintenant à lui de l'espionner. Ouvertement, il n'avait pas besoin d'un quelconque vestiaire pour ce faire. C'était injuste.

Troublant.

La femme pluie se mordilla la lèvre inférieure pour s'empêcher de faire du bruit. Sans détourner ses yeux d'elle, l'homme se débarrassa de sa cigarette par la fenêtre.

— Petite néophyte, souffla-t-il soudainement. T'as jamais rien inséré là, hein ?

Pour illustrer ses propos, la main du brun retourna contre son intimité, glissa ses doigts jusqu'à son entrée trempée par la tiédeur de son désir. Juvia hoqueta, alors qu'il la caressait lentement pendant qu'elle se faisait plaisir. Jamais elle n'avait osé, jamais elle n'avait pensé à toucher ces deux endroits différents, en même temps. C'était singulier, de sentir ces caresses étrangères contre la tendresse de sa chair. Il ne cessa de tourner autour, du bout des doigts, la testant, lui arrachant de longs frissons l'enveloppant tout entière.

— Juvi… Je n'ai jamais osé, lui expliqua-t-elle entre deux soupirs. Je ne sais pas comment faire.

— Moi, je sais.

Ensuite, la jeune femme ferma fortement les paupières et grimaça. Quelque chose de dur et d'étranger s'insinuait en elle, cherchait à s'introduire dans son antre et écartait ses chairs. Son liquide poisseux aida le doigt du brun, mais c'était désagréable. Elle gémit douloureusement, et Fullbuster ne s'en soucia point. Il continua son chemin sans ralentir. La bleue se crispa, eut un brusque mouvement de recul. Elle resserra ses jambes pour l'empêcher de procéder.

— Détends-toi, lui intima-t-il aussitôt, presque tendrement.

— C'est facile à dire, contra la jeune femme sans desserrer les dents.

— Ce n'est qu'un doigt. T'imagines si c'était autre chose ?

Juvia chassa l'image du sexe de Fullbuster de sa tête. Son attention était bien trop concentrée sur cette sensation de brûlure persistante et irritant ses chairs intérieures. Elle risqua un coup d'œil entre ses cuisses, pour découvrir avec stupéfaction qu'il avait à peine enfoncé son majeur jusqu'à la deuxième phalange. Délicatement, en faisant attention au moindre signe de douleur, l'homme en noir commença à retirer lentement son doigt, puis changea d'avis, et le replongea en elle avec autant de douceur que possible.

Un sourire traversa le visage de la photographe devant l'attention particulière dont il faisait preuve. Contrastant avec son attitude habituelle, il se montrait soudainement délicat et prévenant.

— Quoi ? Pourquoi tu souris ? demanda-t-il, perplexe.

— Pour rien, je commence à bien aimer, inventa-t-elle partiellement.

Il était vrai que la douleur était bien moins vive, et que la nouvelle expérience était plus plaisante ainsi, avec la douceur du brun. Elle décida de continuer son activité de son côté, et la bleue se perdit de nouveau. Elle ne savait plus où donner de la tête, ses propres doigts lui arrachaient des vagues de plaisir brèves et électrisantes, mais quand elle se concentrait sur ce doigt qui allait et venait en elle lentement… Qui la caressait de l'intérieur, découvrait la tendresse de sa cavité trempée…

La vague se déferlait dans son ventre encore plus amplement, durablement. Comme au ralenti. Elle se délectait de cette vibration qui empoignait sans pitié ses entrailles. Distinctement, son entrée se contractait autour de lui, le retenait en elle pour mieux l'aspirer dans ses profondeurs.

— C'est embarrassant, soupira-t-elle pour combler le blanc, parce qu'il était soudainement vitale pour elle de parler, pour ne pas devenir complètement folle.

— C'est bien pour ça que t'aimes ça, répondit-il, moqueur.

Elle grimaça subitement de douleur, siffla entre ses dents serrées, quand le doigt alla trop loin.

— Désolé, s'excusa immédiatement son joueur sur glace.

Le regard océanique se perdit et atterrit sur l'entrejambe gonflé de l'homme en face d'elle. A travers son pantalon noir, elle discernait pourtant facilement le membre déformant le tissu. La bleue se décolla de son appui, et tendit la main vers l'objet de sa curiosité. Elle avait envie de redécouvrir la sensation du cinéma, celle de l'érection de son aimé palpitant contre sa paume et l'imprégnant de son odeur particulière.

Il haleta, surpris par son geste. Enchantée, la bleutée se redressa sur ses genoux, l'obligeant à quitter son intimité. La curiosité grignotait son être, l'impulsive alla s'asseoir sur lui, à califourchon. Au passage, sa tête cogna le toit de la voiture, mais Juvia ignora délibérément la douleur. Monsieur Fullbuster ne rechigna pas, il la laissa faire, intrigué par son comportement au vu du regard interrogateur qu'il lui jeta.

— Curieuse, cette fois ? souffla-t-il, aussi fiévreux qu'elle.

Juvia hocha craintivement la tête, posa ses doigts fébriles sur son sexe. Durci, il épousait parfaitement ses extrémités charnues. La timide traça quelques lignes et cercle, tâtant à l'aveugle son érection cloîtrée derrière la barrière sombre. C'était toujours aussi effrayant, mais pas de la même façon qu'au cinéma. Cette fois-ci, ses gestes étaient parfaitement volontaires, voulus. Elle désirait frotter sa main contre ce sexe érigé, lui offrir autant de plaisir qu'il lui en donnait. Mais la bleue ne savait s'y prendre, elle avait peur d'appuyer trop fort, pas assez, ou pire… de lui faire mal. La plus jeune ne voulait pas avoir l'air ridicule.

— Assieds-toi, ordonna-t-il, haletant.

Sans répondre, la docile en soutien-gorge obéit aussitôt et s'assit complètement sur lui, se mettant à l'aise sur cette bosse pointant contre son intimité. Son jus intime tâcha le pantalon de l'homme, et elle souffla des excuses du bout des lèvres. Tellement bas, qu'il ne l'entendit même pas. Ou qu'il l'ignora, peut-être.

— Mieux ? s'enquit le fumeur aux idées perverties.

— Mieux.

Ça l'était réellement. Tellement mieux, tellement plus proche. Elle le sentait bien ferme et dur tout contre elle. Son bouton de plaisir se frottait contre lui, tandis que Fullbuster empoignait sournoisement ses fesses, ses mains glissant sur sa peau ronde, ses ongles s'ancrant douloureusement dans son derrière. Il guidait les mouvements de son bassin, l'incitait à se mouvoir sensuellement sur lui, à se frotter plus fort et plus vite contre sa verge engorgée de sang et de désir.

Le joueur de Hockey se débarrassa prestement de son t-shirt que quelques perles de sueur avaient entaché, retirant au passage les lunettes de ses cheveux, et la femme aux cheveux bleus se risqua à embrasser son cou, gourmande et avide de nouvelles sensations. Flairant sa peau couverte d'une mince pellicule de transpiration, elle huma son odeur corporelle si particulière et enivrante. Elle goûta goulûment à son torse, ses épaules, flatta du bout des doigts son ventre, son nombril. La ligne de poils l'incitant à suivre le chemin vers son érection. C'était tout ce à quoi la femme en petite tenue pouvait penser. Cette verge contre laquelle elle se frottait sans cesse, qui lui prodiguait un intense plaisir déjà attisé par ses propres attouchements et ceux du brun. Il la rendait dingue.

Complètement dingue.

Ses prunelles embrassèrent la marque étrangère s'étalant sur son thorax, là où reposait sa croix en argent. Un dessin fait d'une encre noire, profonde, qu'elle n'avait jusqu'à ce jour jamais remarqué. Quand s'était-il fait ce tatouage ? Mais la question fut facilement chassée par son plaisir.

Affamée, Juvia se pencha sur le visage du brun et dévora ses lèvres pendant qu'il la laissait faire, agréablement surpris par cette nouvelle attitude entreprenante. Sa langue traça soigneusement ses lèvres qu'elle dégusta à sa guise, n'arrêtant pas un seul instant de se mouvoir contre la bosse dure et chaude sous elle, pressant son clitoris quémandant encore et encore. Inlassablement. Juvia ne pouvait plus se passer de ces frottements, cette forte pression qu'elle se prodiguait avec l'érection du serveur.

Elle se sentait venir. Seigneur… Ce que ça lui faisait du bien de se frotter ainsi contre cette dureté, contre le sexe de Fullbuster-sama, son nouveau jouet érotique personnel. Il grognait de plaisir près de son oreille. Et ses gémissements à elle, ses petits couinements aigus échappés de sa gorge, concurrençaient admirablement avec le plaisir de l'homme aux mains froides. Sans plus se soucier d'être vue par les autres, elle prenait son pied assise sur lui, son moelleux et doux fessier pesait sur les cuisses musclées et fermes du joueur. Il la palpait, enfouissait son visage dans sa poitrine à la place de son appareil tant aimé. L'élu de son cœur repoussait l'engin indésirable sur le côté, occupait pleinement le creux entre ses seins. Jalousement. Possessif. Il suçotait, léchait, respirait sa peau… Ses dents autour de ses mamelons. Sa langue la goûtant. Ses lèvres la tétant. Sa bouche buvant chaque perle de sueur. L'élu de son cœur la rendait encore plus folle qu'elle ne l'était.

Aspirée. Touchée. Caressée de façon si indécente.

Toute son attention était prise par ces chaudes vagues qui déferlaient en elle. Des vagues s'écrasant de plus en plus violemment contre les parois de son ventre, de l'intérieur, la calcinant de leur température vorace. Là… Juste là. Ça venait, montait brusquement en elle. Juvia explosait, se perdait dans ce tsunami de flammes, cet incendie la plongeant dans un puits sans fond. Elle avait l'impression de tomber, de voler, flotter sur le courant d'eau, tout à la fois. Elle perdait complètement la tête, les paupières douloureusement closes, le nez inhalant l'odeur corporelle de l'homme sous elle, perdue dans son cou. La respiration haletante, la soumise à la jouissance se laissait aller contre lui, chantait son plaisir contre son oreille. Apprivoisée, elle subissait le délicieux frisson d'une violence exquise qui l'assaillait ; contractait fortement ses entrailles et prenait tout son être.

Tremblante, Juvia s'accrocha désespérément à la nuque du brun, le griffant au passage et le faisant grogner de douleur. Mais elle ne l'entendait presque pas, ses oreilles bourdonnaient. Elle se noyait complètement dans ce qu'elle ressentait. L'hasardeuse chorégraphie qui jouait dans son ventre, les vibrations autour de son intimité, à l'intérieur. Partout. Rien à voir avec ces heures passées à se masturber, seule. Là, elle était assise sur le sujet de ses fantasmes, à se toucher avec et contre lui. A l'aide de son membre érigé dans son pantalon. Elle souillait la toile noire de son liquide juteux qui dégoulinait de sa cavité trempée et débordante. Son fluide aidait ses chairs à glisser plus facilement contre lui, et peut-être qu'il aidait aussi à ce faire, peut-être avait-il aussi jouit dans son pantalon, pendant qu'elle se faisait plaisir.

— Hé bien ! siffla-t-il, peut-être d'admiration, ou peut-être bien de moquerie. Tu fais pas ça qu'à moitié.

— Ne dites rien, lui intima-t-elle, toujours dans son cocon de bienêtre.

Les yeux fermés, elle reprit difficilement sa respiration, le front posé confortablement sur l'épaule du brun. La source de son plaisir palpitait toujours sous elle, toujours aussi dure.

— N'avez-vous pas… commença l'heureuse bleue, surprise et ouvrant soudainement les yeux.

— Non.

Ridicule. Juvia était ridicule, prenant du plaisir seule sans se soucier de celui de son aimé. Rougissante, elle n'osait plus dire quoi que ce soit, ni faire le moindre mouvement. Son visage la brûlait, caché au creux de la nuque de son obsession. L'humiliation la prenait à la gorge, sèche et amère.

— Tu pourrais…

— Oui ! répondit-elle aussitôt, prêt à céder à n'importe quelle demande pour rattraper son erreur.

La bleue se redressa, planta résolument ses yeux dans ceux du brun. Une marée bleuâtre plongée dans le brouillard d'une tempête de pluie. Le regard de cet homme était hypnotisant, de si près. La jeune femme désirait ardemment satisfaire le désir de son aimé.

— … me laisser jouir dans ta gorge ? finit-il, goguenard.

Juvia écarquilla les yeux devant tant de mots gênants. Embarrassants. Seigneur ! Et elle venait de répondre positivement, que lui avait-il pris de faire ça ? Elle balbutia des sons sans queue ni tête, ses pommettes prenaient feu et son cœur tambourinait follement dans sa poitrine.

— Je plaisantais, souffla-t-il face à sa panique. Néophyte.

L'attaque fut lancée, et la bleutée plissa les yeux, sur la défensive.

— Je ne suis pas une ignorante ! Je sais faire certaines choses !

— Prouve-le, la mit-il au défi, perdant soudainement son sourire.

Non, ce n'était pas vrai. Juvia ne savait rien faire du tout à part se toucher joyeusement le soir dans son lit. Ce domaine-là, elle le connaissait par cœur, c'était son corps, elle avait eu tout le temps de le découvrir. Pas celui d'un homme.

Pas celui de Monsieur Fullbuster.

La jeune femme se risqua tout de même à se décaler sur le côté, ôtant son poids du fumeur qui se contenta de la regarder faire. Ne pouvait-il pas regarder ailleurs ? C'était encore plus gênant. L'élève jeta un regard circonspect à l'érection de son maître. Elle s'humecta les lèvres, angoissée. Ses doigts se tendirent courageusement vers le pantalon noir, essayant de le déboutonner pour libérer cette bosse.

— Tu trembles, lui fit remarquer le brun d'une voix calme, comme un simple constat.

— Pas du tout… nia-t-elle vainement, concentrée sur sa tâche.

Un mensonge inutile, parce qu'il la regardait faire, et que ses mains tremblaient réellement comme une feuille ballotée par le vent. Pourquoi ces ridicules boutons refusaient-ils de coopérer ? Elle n'arrivait à rien, ils glissaient entre ses doigts moites de transpiration.

— Tu n'es pas obligée, soupira finalement le serveur, la lassitude débordant de sa gorge.

Juvia lui jeta un regard accusateur.

— Je peux le faire, lui assura-t-elle, même si elle savait que c'était plus par esprit de contradiction qu'autre chose.

Pour appuyer ses propos, la bleue se risqua à toucher le sexe masculin à travers le pantalon, souillé par son propre fluide séché. C'était moins effrayant que de le faire avec sa bouche, tout contre sa peau dénudée. A travers le tissu, elle pouvait sentir sa douce chaleur et sa fermeté, il lui suffisait de faire ce geste là, de haut en bas, avec le plat de ses doigts et…

— Putain… grogna l'homme au torse nu. T'arrête pas.

Ses cordes vocales vibrèrent délicieusement dans sa gorge, rauque ; enrouée.

Souriant victorieusement, la bleutée se pencha légèrement sur sa tâche, concentrée. Si elle ne pouvait accomplir plus que ça, elle se devait au moins de mener à bien ce qu'elle avait le courage de faire. Dans cette position inconfortable, les genoux repliés sous elle, Juvia pouvait le sentir. Juste là, sous son nez, là où ses doigts poursuivaient leurs va-et-vient sur le membre déformant le tissu.

Une odeur masculine, forte et entêtante, le savon discret bouffé par la transpiration. Une odeur de sexe. Différente de celle de la nuque du brun. Ce n'était pas désagréable, mais c'était… bizarre. Singulier. Elle s'habitua lentement à cette nouvelle senteur, la respirant goulument pour ne plus jamais l'oublier.

Parfois, le bassin de l'homme se cambrait, la rapprochant encore plus de ce parfum sexuel, presque alléchant. Quel goût imprégnerait sa langue, si elle la collait contre lui ? Le bout de son nez frôla le sexe sous sa main, tandis qu'elle continuait à frotter, presser et parfois même griffer du bout des ongles, prudemment.

Ce n'était pas aussi difficile qu'elle se l'était imaginée, après tout. Il se contracta de nouveau, son bas-ventre se décolla involontairement du dos du siège et les lèvres de la bleutée caressèrent son érection. Pendant une brève et unique seconde, qui suffit à la faire rougir fortement. Venait-elle d'embrasser le sexe de Monsieur Fullbuster ?

La main de son maître trouva sa place sur le haut de son crâne, flatta lascivement ses cheveux humides, comme pour la récompenser des caresses qu'elle lui prodiguait. Le massage lui arracha des frissons de plaisir, qu'elle soupira doucement contre lui. Un grognement, des palpitations tout contre sa paume. L'effluve particulier en devenait enivrant.

Fatiguée par l'étroitesse de la voiture et sa position, l'étudiante se pencha un peu plus en avant, cherchant son confort. Sa joue frôla le haut de sa main, et une idée saugrenue lui traversa l'esprit. Décidée à le surprendre et à lui prouver qu'elle n'avait rien d'une néophyte, elle se jeta à l'eau.

Le sourire aux lèvres, elle posa sereinement sa joue sur la hampe dressée.

Sa peau pâle se frotta sensuellement contre la source de ses fantasmes, remplaçant ses doigts. Elle se risqua même à respirer son odeur, encore plus présente et plus forte. C'était une vraie drogue qui se répandait lentement, vicieusement dans ses veines, attaquant ses dernières pensées cohérentes, piquant sa curiosité et envahissant ses sens. Elle y devenait doucement dépendante, à ce parfum étranger qui s'était mué en un délice satisfaisant sa soif. L'empoisonnée caressa son visage avec, la pressa contre ses pommettes rougies, ses lèvres entrouvertes et humides, ses paupières fermées. Partout sur son minois blanc.

De la même manière que ses doigts, la bleue ne cessa de dorloter sa peau avec la douceur du tissu, s'y frottant encore et encore dans un mouvement continu, fiévreux. Inlassablement, même quand une légère sensation de brûlure irrita la délicatesse de ses joues et ses lèvres gercées, qui goûtaient aux prémices humides de son plaisir. L'odorat colonisé par son arôme d'homme, le nez enfouis dans la chaleur de son éminence.

Le joueur de Hockey haletait de plus en plus chaudement, grognait parfois, lui ordonnait de continuer, de ne surtout pas s'arrêter. Il lui disait des choses plus embarrassantes les unes que les autres, qu'il aimait qu'elle le fasse ainsi, qu'il la sentait parfaitement embrasser sa verge aux veines gorgées d'envie, qu'il désirait ensemencer sa gorge jusqu'à en déborder.

Et la bleue rougissait encore et encore.

Elle vibrait d'excitation et d'appréhension face au désir incandescent qui ne tendait qu'à lui gicler au visage. Son aimé ne savait même plus ce qu'il disait, oubliait complètement de faire preuve de retenue, était encore plus vulgaire que d'habitude.

Plus intimidant, plus bestial et presque effrayant.

Enfin, après un long moment où la bleutée se demanda si elle faisait réellement bien les choses, une sensation particulière la surprit. Une moiteur, tout contre sa joue, là où le brun laissait son plaisir se déverser, souillant son pantalon et son visage à la fois, les mains enfouies douloureusement dans son cuir chevelu, s'accrochant à ses mèches bleuies. Tournée sur le côté, le regard braqué sur ses abdominaux se contractant en plusieurs soubresauts, Juvia l'observa.

Époustouflant, parfait, et excitant.

La bleue se pinça intérieurement, parce qu'elle n'avait pas le droit d'en redemander encore. Parce qu'elle s'est déjà assez donnée en spectacle face à cet homme qui lui faisait faire n'importe quoi.

Plusieurs minutes de silence gênant passèrent. Il desserra sa poigne sur sa chevelure, reprit difficilement sa respiration.

Prudemment, et ne sachant quoi faire, l'élève arrêta progressivement les mouvements de sa tête, délaissant l'entrejambe humide du brun qu'elle discernait difficilement maintenant que son excitation retombait doucement. Elle se redressa, jeta un regard autour d'elle et évita celui de son aimé.

Heureusement pour elle, personne ne s'était approché du parking et les surfeurs continuaient de défier les vagues.

L'apprentie photographe hoqueta soudainement quand quelque chose tira sur son cou. Fullbuster-sama la démunit de son appareil, sans douceur, comme un perfide voleur. Il lui adressa un sourire malicieux avant que Juvia ne fut aveuglée par la brusque lumière trop blanche du flash.

Elle geignit de douleur, se massa les paupières fermées.

—Que vous a-t-il pris de faire ça ? s'enquit-elle, ahurie devant le comportement du brun.

— Je pourrais l'avoir, cette photo ?

— Ne suis-je pas affreuse, comme vous le disiez ? rétorqua la bleue en ouvrant prudemment les yeux, comme après un profond sommeil.

— Tu es affreuse, confirma-t-il, sérieusement. Sous tous ces beaux rayons de soleil, et tout cet énorme ciel bleu, tu as l'air tellement… horrible. Dégoûtante, même !

Il grimaça d'écœurement, frissonna exagérément en la dévisageant comme si elle s'était soudainement transformée en abominable monstre verdâtre. La bleue eut un mouvement de recul, sentit sa gorge se contracter à l'entente de ces mots blessants. Elle croisa les bras autour d'elle, protégeant sa poitrine exposée du regard noir et dégoûté. Le sérieux peignant son visage et se déversant dans ses yeux ne laissait aucun doute, le brun ne plaisantait même pas et son cœur se serra douloureus–

Il l'embrassa.

Riant contre ses lèvres, caressant tendrement la joue contre laquelle elle lui avait permis de prendre du plaisir. Sa bouche butina la sienne, son sourire s'excusa contre ses lèvres fermées. Doucement, sans la mordre, sans la brusquer, sans l'inciter à céder le passage à sa langue. C'était différent des autres fois. Il n'y avait pas cette urgence, cette faim qui les calcinait tous les deux. Il prit tout son temps pour l'embrasser, la fatigue les gagnant tous les deux. La tendresse du baiser lui fit fermer les yeux, elle se laissa aller contre lui, somnolente entre les bras de l'homme. Il ne meurtrissait pas sa bouche, se contentait de la caresser simplement, lascivement. Nulle violence, ni de morsure ardente et blessante. Monsieur Fullbuster faisait l'amour à ses lèvres.

Une douce excuse pour rattraper son humour vaseux.

Le soulagement cajola son cœur, et un sourire orna son visage.

Sous le ciel bleu, Juvia n'était plus affreuse.

X


Et voilà... Un peu de douceur pour la petite noble bleue qui a finalement réussi à échapper à mon légendaire sadisme. Je me rattraperai, ici ou ailleurs. C'est promis.

(1) – « Et puis il tombe dans la mer. Il tombe dans l'océan. Il tombe dans l'abîme. » (Memphis - I Am The Photographer) Note : En fait, normalement les paroles parlent surtout de suicides observés du haut d'un pont, parait-il, mais les paroles de la musique m'arrangent...
(2) – « Comment lutter contre la solitude ? Sourire tout le temps. » (Wilco - How To Fight Loneliness) Note : Traduction approximative pour laquelle je n'ai pas envie de me prendre la tête.
(3) – My Morning Jacket est un groupe Indie-rock, la chanson qu'ils écoutent à ce moment précis se nomme Where to Begin.
(4) – Wheat est aussi un groupe Indie-rock. La musique jouée à cet instant est Don't I Hold You. (1999)
(5) – Sóley, pour ses musiques Pretty Face, Kill The Clown, Smashed Birds... Daughter pour toutes leurs musiques qui vont parfaitement à la fic, à mes yeux. Camille Bazbaz pour ses musiques Infinie Solitude, Ma belle évanouie, Sur le bout de la langue... (petit clin d'œil à la Lune qui m'a fait découvrir cet artiste)
(6) – « Et je ne te traite pas comme tu le veux ? Et je ne t'aime pas comme tu veux être aimé ? » (Wheat - Don't I Hold You.) Note : j'ai l'impression de n'avoir choisi que des paroles impossibles à traduire sans en détruire la forme. Tant pis, il est 3h du matin, je suis crevée, et vous avez une vague idée de ce que ça donne... Huhu.

Prochaine publication (roulement de tambour): le 23 novembre 2013.

A bientôt !