Ils se retrouvèrent dans le jardin de la jeune femme dès qu'elle eut amené une échelle pour les faire descendre. Plantée devant eux, elle attendait visiblement des explications. Draco ne savait vraiment pas quoi dire. D'autant plus qu'ils devaient former un sacré trio, entre Harry et son regard fixe, les bras ballants, Gabriel, habillé de son petit uniforme – une manie de sa mère – et lui-même avec ses vêtements débraillés et sa lèvre ensanglantée. Le silence devenait pesant et l'ex-Serpentard cherchait désespérément une excuse.

« Bon !finit par lâcher la Moldue, comment est-ce que vous vous êtes retrouvés sur mon toit ?

-Hem !Oui, c'est…c'est assez étrange, hein !Ha, ha !Mrmm…mais il se trouve que…heu…eh bien, nous…

-Ouii ?

-Madame, fit soudain Gabriel, regardez-moi dans les yeux et écoutez bien ce que je vais vous dire. » Draco se tourna vers l'enfant, abasourdi. Mais celui-ci n'y fit pas attention et continua, fixant la jeune femme sans ciller :

« Vous allez oublier ce qui s'est passé et retourner chez vous. Vous me comprenez ?

-Ou…oui, répondit la Moldue, l'air tout à coup hagard.

-Rentrez chez vous et allumez la télévision. Si on vous demande quoi que ce soit, vous direz que vous l'avez regardé toute l'après-midi, d'accord ?

-Oui.

-Il ne s'est rien passé de spécial aujourd'hui, n'est-ce pas ?

-Non…non, j'ai regardé la télé.

-C'est bon. »Elle pivota sur ses talons et se dirigea vers la porte d'entrée. Elle trébucha sur une branche mais finit par arriver à l'intérieur. Quand elle eut refermé la porte, Draco se tourna vers Gabriel, les yeux écarquillés. Il l'empoigna par le bras, peut-être un peu plus durement qu'il ne l'aurait voulu, et le tira dehors. Draco attendit qu'ils soient arrivés dans son appartement pour laisser exploser sa fureur :

« Comment as-tu pu utiliser l'Imperium, Gabriel ?!C'est très mal !C'est un sortilège impardonnable ! » Le garçon le regarda, interloqué. Sa lèvre inférieure se mit à trembler et ses grands yeux se remplirent de larmes. Il bafouilla :

« Je…je n'ai pas utilisé de sortilège ! »Draco fronça les sourcils, avant de se rendre compte de ce qu'il faisait : accuser un enfant de neuf ans, dépourvu de baguette, d'avoir lancé un impardonnable. Il s'agenouilla face à Gabriel et le prit maladroitement dans ses bras :

« Oh…excuse-moi, je…je suis bête. »Les petites mains se refermèrent sur ses épaules et Gabriel renifla bruyamment.

« Mais alors…comment as-tu fait ça ?murmura t-il.

-Les gens font ce que je leur dis si je le veux très fort. Tatie Cissa dit que j'ai un grand pouvoir. Et aussi qu'il faut que je fasse attention pour ne pas en faire n'importe quoi, comme l'a fait Lord Voldemort.

-Incroyable.

-Je peux aussi me transformer en renard, continua Gabriel.

-Merlin, tu es une exception Gabriel !Animagus, Fourchelangue, sans parler de cet étrange pouvoir !

-Je ne l'aime pas. Je n'aime pas contrôler les gens, mais la dame attendait une explication et tu n'en avais pas.

-Oui, oui, ce n'est pas grave. Tu as fait ce qu'il fallait, ne t'inquiètes pas.

-J'ai…je peux encore faire autre chose, avoua soudain l'enfant. Mais Tatie Cissa ne voulait pas que je t'en parle.

-Vraiment ?Pourquoi donc ?

-Je… »Il fut interrompu par une violente secousse, et s'accrocha à Draco :

« C'était quoi ?!

-Quelqu'un essaie de s'introduire ici. Et je crois savoir qui c'est !Mais l'appartement est protégé par des sortilèges. Sauf que connaissant Hermione, ils ne tiendront pas longtemps.

-On va encore transplaner ?

-On a pas le choix.

-Tu vas y arriver ?demanda encore Gabriel, et Draco sentit l'anxiété percer dans sa voix.

-Je vais tâcher de me concentrer. »Il lui fallait trouver un endroit où personne ne songerait à le chercher. Il saisit la main de l'enfant et celle de Potter, et ferma les yeux. Ils transplanèrent. Ils arrivèrent dans un endroit sombre et poussiéreux, qui sentait terriblement le renfermé. Gabriel regarda les meubles, tout autour de lui, et demanda :

« Où sommes-nous ?

-Je…je n'en sais rien, ce n'est pas moi qui nous ai fait transplaner, avoua Draco. C'était…Harry. » Ils se tournèrent vers le jeune homme, qui clignait des yeux. Draco reporta son attention sur la pièce quand un déclic se fit dans son esprit. Harry clignait des yeux. Le Psychomage se précipita sur son patient, prenant son visage en coupe entre ses mains, et scruta attentivement les deux émeraudes vides…dans lesquelles une lueur apparaissait doucement.

« Harry ?Harry ?! »Le jeune homme le repoussa brusquement, et commença à émettre des sons gutturaux. Une crise, songea aussitôt Draco. Il saisit le bras de Gabriel et le traîna dans une autre pièce, soulevant des nuages de poussière. Ils finirent par trouver la porte qui menait au-dehors et quelle ne fut pas leur surprise en voyant la mer à l'horizon.

« Comme c'est beau !s'extasia Gabriel.

-Merlin, où est-ce qu'il nous a emmenés ?!Et le voilà maintenant qui fait sa crise…et si il se blessait ?réfléchissait Draco à voix haute. Gabriel, reste ici. Ne bouge surtout pas, d'accord ?

-D'accord. »Le blond retourna à l'intérieur, le cœur battant à tout rompre. Mais il n'entendait plus rien. Il pénétra dans la pièce où ils avaient transplané. Elle était vide. Stupéfait, il ne sentit pas le souffle dans son dos et faillit hurler quand une main se posa sur son épaule. Il fit volte-face et se retrouva nez à nez avec Harry.

« C'est…ma…maison. »bredouilla t-il d'une voix terriblement rauque. Le cœur de Draco, qui avait retrouvé un rythme normal, se mit à tambouriner à nouveau. Se pourrait-il que le fait de les avoir fait transplaner tous les troie aie débloqué quelque chose en Harry ?Le Psychomage s'efforça de rester calme. Inutile de se faire de faux-espoirs. Harry avait déjà parlé plusieurs fois. Restait à savoir si il pourrait tenir des discours cohérents. Draco se mordit la lèvre et demanda :

«Où sommes-nous ?

-Dar…Darwin, fit le brun, et Draco retint un cri de joie.

-Darwin ?En Australie ?

-Oui.

-Comment peux-tu avoir une maison ici ?

-J…je…je… »Il ouvrit grand la bouche mais plus rien n'en sortait. Alors il se mit à siffler et Draco appela Gabriel à la rescousse. Celui-ci rentra dans la maison sombre et écouta attentivement le Survivant.

« Il dit qu'il a toujours été fasciné par l'Australie, et qu'il a acheté cette maison il y a très longtemps, que c'était une maison de vacances. C'était juste avant la guerre. Il voulait partir.

-Nous voilà donc à l'autre bout du monde, murmura Draco.

-Comment je vais faire pour le dire à Tatie Cissa ?

-Et mer…lin. »

Ils ouvrirent tous les volets de la maison, qui n'était pas très grande, de plein pied, et passèrent la journée à redonner une certaine allure aux différentes pièces, afin de les rendre habitables. Draco se rendit compte que le placard et le frigo étaient pleins à craquer, protégés par un sort de conservation. Les aliments qu'ils contenaient étaient donc toujours comestibles, et allaient leur permettre de manger à leur faim durant plusieurs semaines !L'eau fonctionnait, l'électricité aussi. Harry avait vraiment tout prévu. Le jeune homme ne tarda pas à le rejoindre dans la cuisine. Il avait du mal à s'exprimer et avait souvent recours au Fourchelangue, sans parler de ses gestes un peu gauches…mais il avait terriblement progressé ! Draco aurait tant voulu en faire profiter Hermione et Ron…et leur demander des nouvelles de leur bébé. Sauf qu'il devait être recherché par toute une brigade d'Aurors. Il avait quand même enlevé Harry Potter !Enfin, enlevé…le mot était un peu fort. Pris d'un doute, il se tourna vers le brun :

« Harry, est-ce que Hermione et Ron sont au courant pour la maison ?

-Non. C…c'était une sur…pri…prise. »Draco laissa échapper un soupir de soulagement. Pour l'instant, ils étaient hors d'atteinte. Le Psychomage regrettait juste d'avoir embarqué Gabriel dans tout ça. Mais l'enfant semblait heureux. Et Draco commençait doucement mais sûrement à s'attacher à lui. Il contourna Harry et alla dans le salon. Gabriel lisait un livre, assis sur le canapé

« Tout va bien, tu ne t'ennuies pas ?lui demanda Draco.

-Non !C'est joli ici. On pourra aller à la mer demain ?

-Pourquoi pas ?Il n'y a personne dans le coin. » Le jeune homme ne savait pas encore combien de temps ils resteraient ici. Il préférait ne pas y penser. Il aviserait plus tard.

« Je pourrais dormir sur le canapé ?

-Heu…si tu veux.

-Il est tout doux et moelleux.

-C'est vrai. Tu seras bien dessus, je te trouverai une couverture.

-Merci Draco !Comme ça, toi tu pourras dormir dans la chambre avec Harry ! »Draco écarquilla les yeux devant le sourire complice de Gabriel. Merlin, il n'avait pas pensé à ça !Il chercha dans toute la maison, mais il n'y avait qu'un seul lit, un seul matelas…et il n'allait pas dormir par terre, quand même ?Il était donc contraint à passer la nuit aux côtés de Harry.

Il redouta ce moment toute la journée, et quand le soir arriva, un nœud lui comprimait la poitrine. Il se sentait ridicule. Il n'y avait pas de quoi être gêné, ou embarassé. Ils dormiraient dans le même lit mais ça ne voulait strictement rien dire. Il fallait qu'il se mette ça dans la tête. Il coucha Gabriel et éteignit la lumière. Puis il se rendit dans la chambre. Il aida Harry à se déshabiller et laissa ses yeux s'attarder sur le corps du Survivant. Ces années à ne rien faire lui avaient fait perdre sa masse musculaire, mais il n'en restait pas mon désirable. Draco résista tant bien que mal à l'envie de passer une main sur le torse pâle et s'allongea tout au bord du lit. Il finit par réussir à s'endormir.

Des gémissements le réveillèrent. Il ouvrit difficilement les yeux et se redressa. Il s'était rapproché de Harry durant son sommeil, et le brun finit par se coller à lui, gémissant toujours. Draco crut tout d'abord à un cauchemar, avant de se rendre compte qu'il se frottait inconsciemment contre le matelas. Le Psychomage rougit et Harry ouvrit brusquement les yeux. Ils scintillèrent un moment dans l'obscurité avant qu'il ne roule soudain sur lui. Plaqué contre le matelas, Draco essaya de repousser le jeune homme mais celui-ci s'insinua entre ses cuisses et le souffle de Draco se bloqua dans sa gorge. Il sentait avec une précision affolante le sexe dur de Harry contre le sien. Et lorsque le Survivant se mit à se frotter contre lui, alternant frictions et légers coups de bassin, le blond se mit à respirer par saccades. Je ne dois pas !C'est mal !Merlin oui, c'était mal, mais c'était surtout trop bon. Draco écarta plus largement les jambes et Harry enroula ses bras autour de sa taille. Lui s'accrocha à la tête de lit. Il ne fallait pas qu'il le touche. Il ne fallait pas qu'en plus de tout ce qui se passait, il le touche. Il serra les dents pour ne pas gémir. Le corps d'Harry sur le sien, le lit qui grinçait sous leur poids, son souffle brûlant et erratique dans son cou, leurs virilités qui se frottaient l'une contre l'autre eurent pourtant raison de lui. Draco ne parvint pas à se contrôler. Il s'accrocha aux épaules du brun et croisa ses jambes autour de son bassin, l'incitant à y aller plus fort. Leurs soupirs, lourds de plaisir, se répandaient dans la chambre et Draco se mit à gémir.

« Oui…oui…oh oui, Harry…

-Draco… »Le simple fait d'entendre son prénom dans la bouche de son homme le fit décoller plus sûrement que toutes les baises qu'il avait déjà connues. Son corps se cambra contre celui du brun, sa bouche s'ouvrit sur un cri muet et il retomba lourdement sur le matelas. Harry s'écroula sur lui. Il remua encore un peu avant de rouler sur le côté. Leurs torses se soulevaient de manière irrégulière.

« Oh Merlin, chuchota Draco.

-C…c'était b-bon.

-C'était mal, reprit le blond encore plus bas. Je n'aurai pas dû te laisser faire. Tu es mon patient, tu…

-J'a..vais en…envie. Envie. Ça…ça fait tr…trois ans. » Draco prit une profonde inspiration, profondément blessé. Bien sûr. Ça faisait trois ans. Normal qu'il ait eu envie de sexe. Mais Harry continua de sa voix hachée :

« Plus…en fait, ça f…fait p-plus de trois…ans. A-Avant la gu…guerre, je t…t…te…ah ! »Il ne parvenait de nouveau plus à parler. Enervé, il se releva maladroitement et quitta la pièce. Draco soupira et laissa ses yeux errer sur le plafond, troublé.