Salut tout le monde! Merci pour vos reviews! Voici un chapitre qui n'est peut-être pas très utile à l'intrigue, mais qui constitue une sorte de pause pour Lila qui en a déjà assez bavé comme ça. J'essaie de continuer le plus rapidement possible!

Bonne lecture!

Lila PDV

Le vrombissement d'un moteur se fit finalement entendre, et je me levai du petit banc de bois placé sous l'abri. Je pouvais voir le bus jaune longtemps à l'avance grâce au paysage plat. Je déglutis à cette vision. Jusqu'à là, je n'avais pas tellement réalisé que j'allais dans une nouvelle école, là où je ne connaitrais personne, là où tout le monde me regarderait comme si j'avais deux nez. Je détestais être le centre d'attention.

Le bus s'arrêta à ma hauteur et les portes automatiques s'ouvrirent. D'après ce que je pouvais voir par les fenêtres, l'engin était presque vide, et cela me rassura un peu.

"Bah alors, t'es perdue ?" fit le chauffeur en me regardant du haut de son siège.

Il avait une figure sympathique, un peu bourrue. Il me rappelait mon père en une certaine façon.

"Non", répondis-je. "Je suis nouvelle, je viens d'emménager chez ma tante, qui habite là-bas."

"Quoi ?" s'exclama-t-il, presque scandalisé. "Chez cette vieille pie ?"

J'acquiesçai, ne trouvant pas de meilleur mot pour la qualifier. Elle devait être connue dans les environs. J'espérais que cela n'empêcherait pas ma bonne intégration dans ma nouvelle école. Je ne voulais pas être apparentée à ma tante.

"Je te plains. Bah allez, monte, qu'est-ce que t'attends ? Il fait frisquet ce matin !"

Je montai dans le véhicule et allai m'installer sur un siège tout à l'avant, juste à côté du conducteur. D'après ce que je pouvais voir, tous les autres enfants – une dizaine – étaient installés à l'arrière, et je n'avais pas trop envie d'aller les voir tout de suite.

"Moi c'est Phil", se présenta le chauffeur en tournant son volant. "Et toi ?"

"Lila."

"Je retiens. J'ai retenu les prénoms de tous les élèves que j'ai roulé depuis dix ans. Ça permet d'entretenir la mémoire."

Je ne répondis pas. Ce n'était pas comme s'il y avait quelque chose à répondre, de toute façon. Je regardais le paysage par la fenêtre : toujours le même, des champs et des champs, aussi loin que le regard peut porter. Finalement, au bout de vingt minutes peut-être, des maisons apparurent, d'abord éparpillées, puis de plus en plus resserrées. Un peu de civilisation. Nous arrivions dans une « ville ». A cette pensée, les battements de mon cœur s'accélérèrent. Nous étions presque arrivés. Et je ne savais pas où aller ensuite. Finalement, le bus s'arrêta devant un bâtiment de deux étages, sur lequel un panneau indiquait « Burns High School ». Je m'apprêtais à me lever lorsque Phil m'arrêta.

"Ici, c'est le lycée. J'imagine que toi, vu ta taille, tu es au collège. C'est dans le village d'à côté, à Hines, il y a encore un peu de route à faire."

Je me rassis, le cœur battant à tout rompre. Lorsque je regardai à l'arrière, je me rendis compte que je n'étais plus que toute seule dans le bus.

"Pourquoi n'y a-t-il personne ?" demandai-je d'une voix tremblante.

"Tu sais, ce n'est pas une région très peuplée, petite. Habituellement, il y en a une autre qui va au collège, Martha. Son père est en vacances cette semaine, et il en profite pour l'emmener lui-même au collège en voiture, c'est pour ça qu'elle n'est pas là. Une gentille fille, cette Martha. Elle doit avoir ton âge."

Je fus un peu soulagée de voir qu'il y avait des personnes gentilles, et que ma tante ne reflétait pas le caractère régional. Une dizaine de minutes plus tard, le bus s'arrêta de nouveau, cette fois devant un bâtiment tout en long, d'une couleur rose bizarre. Y figurait un panneau « Hines Middle School ». Je me levai, les jambes flageolantes.

"Ça va ?" demanda Phil. "T'es blanche comme mes fesses."

Je levai intérieurement les yeux au ciel à l'entente de ce choix de mots.

"Oui, je ne sais juste pas où aller", murmurai-je.

"Tu veux que je vienne avec toi ?" proposa-t-il. "Je suis en pause, maintenant, et la secrétaire du collège est une amie. Je pourrais te montrer le chemin et t'introduire auprès d'elle."

"Ce serait gentil", acceptai-je avec gratitude.

J'attendis dehors que Phil prenne ses affaires et ferme le bus. Je le suivis ensuite jusqu'à l'entrée principale, au milieu du bâtiment. Il m'ouvrit la porte et j'entrai, incertaine. L'accueil du collège était chaleureux : le sol était recouvert d'une moquette rouge bien entretenue, et un grand comptoir en bois faisait face à la porte. Une jeune femme brune était assise derrière celui-ci.

"Salut Gina !" salua Phil, tout excité.

Je me demandai s'il était amoureux.

"Salut Phil !" répondit-elle sur le même ton en souriant.

"Regarde ce que j'ai trouvé sur le bord de la route ce matin !" dit-il en faisant un geste vers moi. "Une nouvelle élève !"

"Oh !" dit la dénommée Gina en baissant les yeux vers moi. "Tu dois être Lila."

J'acquiesçai, soulagée d'être au bon endroit.

"Bon, je vous laisse régler les formalités", dit Phil. "A plus tard, Gina ! A demain Lila !"

"A demain", répondis-je. "Et merci !"

"Je t'en prie."

Il sortit dans un coup de vent. Lorsque je relevai les yeux vers le haut de comptoir, je ne vis pas Gina. Je commençai à paniquer légèrement quand je la vis refermer une porte, à quelques mètres sur ma droite. Elle avait à la main quelques papiers.

"Ce comptoir est bien joli, mais il n'est certainement pas pratique quand on veut parler aux élèves", expliqua-t-elle. "Viens, nous allons nous installer là-bas", ajouta-t-elle en désignant une petite table entourée de fauteuils dans une sorte d'espace d'attente.

Elle m'invita à m'asseoir et s'assit près de moi.

"Bien, Lila", dit-elle en remettant les papiers en ordre. "J'ai entendu dire que tu étais dans une école spécialisée avant d'arriver ici. Tu as certainement le niveau d'une élève de quatrième ou de troisième, voire plus, mais nous avons décidé de te mettre avec des enfants de ton âge pour que tu te sentes plus à l'aise. Bien sûr, si cela te pose un problème, nous pouvons toujours changer. Le système est assez flexible."

"Non, ça me convient, merci", répondis-je doucement.

Je ne souhaitais pas me faire remarquer. Tout le monde allait me relooker, déjà, il était inutile de crier sur tous les toits que j'avais un QI plus élevé que la plupart des habitants de la petite ville.

"Très bien. Tu es donc en sixième B. Il n'y a que deux classes dans chaque niveau, nous sommes dans une petite école. Voici ton emploi du temps. Normalement, tu n'auras à changer de salle que pour les sciences et le sport, dans notre collège ce sont les professeurs qui se déplacent, et non pas les élèves. Je t'accompagnerai à ta classe lorsque nous aurons terminé les papiers."

J'acquiesçai encore une fois, puis jetai un rapide coup d'œil à mon emploi du temps. D'après ce que je pouvais voir, je commençais par de l'anglais ce matin.

"Tu devras donner ces papiers à ta tante pour qu'elle les signe, et me les redonner ensuite", informa-t-elle ensuite en me donnant une liasse de papier. "Parmi ces papiers, tu devras signer la charte du règlement de l'école, et c'est tout."

Je déglutis difficilement. Je me demandais comment allait réagir ma tante à la vue de ces papiers. Ils ne signifiaient probablement rien de plus, mais avec elle, on ne pouvait jamais savoir. Je mis les papiers dans mon sac.

"Aussi, le collège propose des cours d'instrument de musique gratuits tous les après-midis après la fin des cours. Tu as le choix entre plusieurs instruments. Cela te plairait-il ?"

"Oh oui !" fis-je, enthousiaste pour la première fois de la journée.

J'adorais la musique. Gina sourit et continua :

"Tu as le choix entre piano, violon, alto, violoncelle, clarinette, hautbois, flûte traversière, trompette, trombone à coulisse, percussions… En fait, tous les ans nous organisons un orchestre symphonique commun avec le lycée de Burns, et l'année s'achève sur un concert."

"Oh, c'est vraiment bien… J'aimerais beaucoup faire du violon ou de l'alto. Par contre, y a-t-il un moyen pour que je continue de m'entraîner au piano par moi-même ? Je n'ai pas envie de perdre la main."

"Il faudra que tu demandes au professeur de musique principal, monsieur Hirt, mais je ne pense pas qu'il y ait de problème. Cet après-midi, rends-toi après les cours en salle 20. Tu choisiras entre violon et alto et tu commenceras les cours, d'accord ?"

"D'accord !" fis-je avec un grand sourire.

Gina me rendit mon sourire, mais il s'estompa au bout de quelques secondes. Je la regardai d'un air inquiet.

"Dis-moi, Lila, tout se passe bien avec ta tante ?" demanda-t-elle sérieusement.

Je détournai le regard sans répondre. Je ne voulais pas lui mentir, mais je ne voulais pas lui dire la vérité non plus. Après tout, je n'étais arrivée que hier soir. Je ne voulais pas passer pour la fille qui se plaint constamment.

"Tu sais", dit-elle en voyant que je ne répondais pas, "elle a gagné une très mauvaise réputation dans la région. Je dirais même que plus personne n'ose approcher sa maison. Ce que je veux dire, c'est que, si ça se passe mal chez elle, nous sommes là pour te soutenir, d'accord ma chérie ?"

Je relevai vers elle des yeux pleins de larmes. Si tout le monde avait cette image-là de ma tante, à quel point pouvait-elle être horrible en réalité ? Je n'étais chez elle que depuis quelques heures, et pourtant, je ne souhaitais rien d'autre que m'en aller. Pourquoi n'avais-je pas imploré les Cullen de me garder avec eux ?

Je soupirais. C'était de ma faute. Ils n'avaient fait que respecter mon choix, à cause de ma haine pour les vampires. C'était une réaction idiote de ma part, je le savais. Après tout, je ne m'étais mise à détester la race humaine à cause d'un seul humain malfaisant. Les Cullen étaient bons, c'était un fait. Mes idées préconçues m'avaient aveuglées. Je les avais blessés. Renesmée, en particulier, que j'avais fait pleurer si souvent en l'espace de quelques mois seulement, à cause de mes réactions. Si je n'avais pas fait pleurer les autres, c'était sûrement parce qu'ils ne pouvaient tout simplement pas verser de larmes à cause de leur nature.

Après tout, heureusement que j'étais partie. J'étais une petite fille horrible, méchante et ingrate, je méritais ce qu'il m'arrivait. Mais j'avais envie de crier au ciel : « c'est bon, j'ai compris la leçon ! Je veux retourner chez eux ! ». Mais malheureusement, les choses ne fonctionnaient pas ainsi. Le mal était fait. J'étais bloquée en enfer. Heureusement, il y avait de bonnes personnes même en enfer.

"Allons, Lila", dit justement Gina. "Je suis désolée de t'avoir fait pleurer… Si je t'offrais une tasse de chocolat chaud pour me faire pardonner ?"

"Il n'y a rien à pardonner, vous n'avez rien fait de mal", répondis-je d'une petite voix tout en séchant mes larmes.

"Bon, viens avec moi."

Je me saisis de mon cartable, persuadée qu'elle allait maintenant m'emmener dans ma classe. Je pris une grande inspiration pour essayer de diminuer le stress qui s'était emparé de moi, et suivis la secrétaire. Au lieu de nous diriger vers les salles de classe, cependant, nous nous arrêtâmes devant une machine à café, dans laquelle elle glissa quelques pièces.

"C'est la machine à café du personnel. Ne dis à personne que tu y as eu le droit, il va y avoir des jaloux."

"Quoi ? C'est… c'est pour moi ?"

"Oui, silly girl*. Bien sûr que c'est pour toi", dit-elle, souriante, en me tendant un gobelet fumant.

Je lui rendis son sourire et bus rapidement le chocolat. Moi qui n'avais rien mangé ce matin, le liquide chaud me fit du bien.

"Tu es prête à rencontrer tes nouveaux camarades de classe, désormais ?" demanda Gina après que j'eus jeté le gobelet à la poubelle.

J'acquiesçai, incertaine néanmoins. Je suivis Gina dans les couloirs du collège...

* Silly a beau dire stupide en anglais, « silly girl » est affectif. Comme l'histoire se déroule en Amérique, autant glisser un peu de « couleur locale » !

J'ai profité de l'écriture pour présenter selon moi le collège idéal, avec plein de musique! ça n'a aucun intérêt dans l'histoire, mais bon...

J'espère que ça vous a plu quand même.