Lorsque Shun s'éveilla de nouveau, Myû était adossé contre le mur, sur le lit à côté de lui, lisant le dit « Seigneur des Anneaux » qu'il avait du trouver dans sa bibliothèque. Soudainement parfaitement réveillé, Shun se redressa.

-Alors comme ça, tu comptais sur mon honneur de Spectre ? Demanda Myû, goguenard.

Shun rougit.

-Je n'aurais pas du ?

Myû coinça le marque-page hologramme de Gandalf à la rencontre de Frodo & Co avec Aragorn, dit « Grand-Pas » au Poney Fringuant et se retourna vers lui en souriant.

-Si, c'est vrai. Je ne suis pas complètement stupide quand même. Déjà alors que j'agonisais stupidement en déprimant, je ressentais ton cosmos et je savais que, vu sa douceur et sa chaleur, je ne risquais pas d'être aux Enfers… Et comme nous n'avons guère de lien avec Poséidon, cela ne laissait que le Sanctuaire et Athéna… Je me suis réveillé en sentant ton cosmos décliner, et lorsque je t'ai vu à moitié mort et que j'ai compris que tu t'étais mis dans cet état pour me sauver, je ne pouvais évidemment pas te laisser mourir…

Shun sourit.

-Je m'excuse pour mon frère.

Myû haussa les épaules en ricanant.

-J'avais entendu parler de l'instinct de protection exacerbé du Phoenix pour son petit frère, je dois avouer que sa réputation n'est pas usurpée… Après, compte tenu de tout ce qui s'est passé depuis votre enfance, je suppose que cela peut s'expliquer… Il est vrai qu'il est le premier à avoir eu affaire à Dame Pandore, rappela Myû d'un air un peu plus sombre…

-Mais bon, reprit-il, d'un autre côté, il va bien falloir qu'un jour, grand-frère-phoenix-maman-poule comprenne que son petit-oisillon-par-procuration est assez grand pour voler de ses propres ailes… Je suggère d'ailleurs à petit-oisillon-par-procuration de clouer le bec de grand-frère-phoenix-maman-poule en trouvant un moyen d'affirmer son désir de quitter le nid tout en le traumatisant à vie…

Shun éclata de rire. C'était une bonne idée.

-Moi je veux bien, mais comment je fais ?

Myû haussa les épaules en souriant.

-Aucune idée. Trouve-toi un mec…

Shun rougit violemment et se détourna brusquement. Ce fut au tour de Myû de rire aux éclats.

-Ne rougit pas comme ça, tu es adorable ! Je crois que ton frère ne l'a pas encore remarqué, il est sans doute le seul ! Et non, je ne vais pas m'offusquer d'avoir dormi torse nu dans le même lit que toi, même si tu ne portais qu'un boxer ! Tu m'a couché dans ton lit et tu était épuisé, ça se justifiait... Mais il est vrai que j'aurais peut être réagi différemment si tu avais été laid…

Shun rougit de plus belle.

-Je ne suis pas pour autant quelqu'un de beau…

Myû se pencha vers lui et le força à le regarder.

-Oh que si ! Regarde-moi à côté de toi. Tu es bel homme Shun, tes traits son peut être aussi fins que ceux d'une femme, et tu es peut être quelqu'un de doux et sensible, mais personne d'à peu près éveillé intellectuellement ne pourrais te prendre pour une femme, parce qu'il émane de toi une force et une puissance indéniablement masculine, malgré ton physique… Et je suppose que c'est pour cette raison que les filles doivent être nombreuses à te courir après… Termina Myû, goguenard…

Shun rougit encore plus si c'était possible et remercia timidement le Spectre pour le compliment. Mais la gêne passée, il ne put s'empêcher de relever quelque chose qui le perturbait… Il releva la tête vers le Spectre, qui était finalement retourné à son bouquin.

-Myû ?

Le Papillon se tourna vers Shun, un léger sourire sur les lèvres. Et maintenant qu'il était complètement réveillé, maintenant qu'il n'était plus aussi faible et pouvait enfin prendre le temps de regarder son invité, Shun prit conscience de quelque chose qu'il n'avait pas remarqué…

Ses yeux…

Des yeux sans pupilles, comme ceux de Monarch, mais infiniment plus jolis. D'un rose foncé identique au cosmos de leur propriétaire, brillants et soulignés par de fins sourcils, encadrés par des cils interminables et si fins, qu'ils en étaient presque invisibles… Shun se noya dans ces yeux qui brillaient comme deux topazes-vin, deux joyaux à la rareté sans égale… Perdu dans sa contemplation, Shun vit les deux topazes s'assombrir.

-Shun ?

La voix du Spectre était plus dure, sombre…

Shun cligna des yeux plusieurs fois pour chassez l'image hypnotique des yeux de son compagnon et se rappela de son intention première.

-Tu ne te trouve pas beau ?

Myû soupira et repose son livre.

-Bien sûr que non, Shun, regarde-moi ! Je suis un monstre ! Et je n'étais guère mieux en tant qu'humain…

Shun fronça les sourcils. Il ne pouvait laisser passer ça.

-La monstruosité va de pair avec la laideur Myû, et tu n'es pas laid, loin de la…

-Alors pourquoi me fixais-tu comme ça ?

Shun rougit et baissa la tête.

-Eh bien… C'était la première fois que je pouvais voir tes yeux de près… Et je les trouve magnifiques… Tes ailes aussi sont superbes… Tu es quelqu'un de beau, Myû…

Le Spectre rougit violemment sous le compliment. Mais démentit.

-Tu cherches à me flatter…

La voix de Shun claqua comme un fouet dans le silence de la maison.

-Je sais ce que je vois, Myû ! Tes yeux et tes cheveux sont d'une couleur magnifique, tes ailes brillent de couleurs quasi-surnaturelles, tu as le corps musclé d'un guerrier, tu es parfait Myû !

Le jeune Spectre devint bientôt aussi rouge que ses cheveux… Mais il décida de rétablir l'équilibre et releva les yeux vers le jeune Saint, très sérieux.

-Je pourrais dire la même chose de toi Shun… Tes cheveux sont d'une couleur rare, ce qui ne les rends que plus beaux, et tes yeux reflètent une âme d'une pureté sans pareille…

Shun rougit encore pour atteindre la même teinte carmin que son, apparemment, ami. Mais quelque chose le troublait.

-Cela se transforme en jeu de séduction…

Le Spectre releva la tête, réfléchit un instant, et rougit de nouveau en se rendant compte que Shun avait raison. Cependant, il avait tout de même une réputation à conserver et, tout amis qu'ils soient, il refusait de perdre cette joute verbale face au Saint d'Andromède. Et quel meilleur moyen de retrouver son self contrôle que de faire perdre le sien à son adversaire ? Si l'on ajoute à cela que l'adversaire en question est Shun d'Andromède, cela devient presque trop facile…

Le Papillon se pencha à l'oreille de Shun et y murmura d'une voix rauque :

-Et ce jeu a-t-il une chance d'aboutir, Shun ? Ai-je une chance de te séduire ?

Shun, écarlate, aurait voulu s'écarter du Spectre, mais demeurait figé sur place. Il aurait voulu penser aussi, mais une seule réponse tournait dans son esprit…

« OUI ! » lui hurlait tout son corps, sa tête, et le reste… Ses hormones en ébullition semblaient avoir été sorties de leur léthargie par la voix chaude du Spectre et s'être mises à danser la gigue, et l'image d'un postérieur ferme et musclé revint danser devant ses yeux… La seule pensée cohérente qu'il fut capable de formuler dans son esprit prit la forme d'une interrogation : comment il pouvait résister à un fondement si parfait, à la peau d'une blancheur si immaculée et vierge de toute imperfection ? Ce serait sans doute un tel délice d'y enfoncer ses doigts pour y laisser sa marque…

Oh que oui, il désirait le Spectre, et même si ses connaissance et sa maturité lui valaient le respect de ses camarades de faculté, qui semblaient deviner que, du haut de ses à peine seize ans, il avait sans doute vécu bien plus de choses qu'ils ne pourraient en vivre dans toute leur vie, son corps venait de lui rappeler qu'il n'était qu'adolescent et avait sans doute été trop longtemps ignoré… Mais si Myû croyait qu'il n'avait pas remarqué son petit jeu, il se trompait, et il était hors de question qu'il perde…

Plus rouge que l'ongle de Milo, Shun releva pourtant la tête avec un air de défi, pour constater que son visage était extrêmement proche de celui du Spectre… Jetant malgré lui un bref regard aux lèvres tentatrices, il finit par planter son regard dans les yeux du Spectre et sourire en prenant un ton enjôleur.

-Ça se pourrait, oui.

Myû, surpris, s'écarte brusquement avant d'éclater de rire.

-Entendu, match nul !

Mais Shun n'entendait pas s'arrêter là. Lentement, il se pencha sur le Spectre et murmura à son oreille d'une voix chaude.

-Tu me suppliera…

Myû s'arrêta net de rigoler. Il se tourna vers Shun, un sourire carnassier sur les lèvres. Jouant le jeu, il s'approcha du Saint et arrêta son visage à quelques millimètres du sien, le regardant dans les yeux.

-Un Spectre ne supplie jamais…

Shun s'écarta et lui tira la langue. On verra ça… Comprenant parfaitement le message, Myû se remit à rire. Shun, ravi d'avoir (presque) gagné, le rejoignit dans son rire. Hilare, son rire secouant son corps dans tous les sens, il ne put que douloureusement se rappeler qu'il était urgent pour lui de s'isoler. Il avait peut être mis plusieurs jours à sortir du sommeil, mais une certaine partie de son corps était maintenant, pour le coup, bien éveillée… Heureusement, cette partie la était encore cachée par le drap. Shun jeta un œil au réveil. Il était quatorze heures. Ça expliquait pourquoi il avait à nouveau faim. Il se retourna vers Myû qui le regardait maintenant d'un air appréciateur.

-Décidément, l'esprit me plaît autant que le corps…

Shun se sentit rougir une énième fois et, par réflexe, ramena le draps autour de lui et s'en recouvrit.

-Cesse de m'embarrasser par plaisir. Il est bien plus de midi, as-tu faim ?

Myû jeta lui aussi un regard à l'appareil et parut surpris.

-Plutôt, oui. Vu l'heure, ça ne m'étonne pas, il paraît que le temps passe vite quand on s'amuse… Reste ici, je peux m'occuper du repas…

-Je peux me lever, protesta Shun.

-Oui, bien sûr, répondit Myû, mais je préfère t'éviter de rester debout trop longtemps. Même si tu as l'impression d'être rétabli, ton cosmos et ton corps sont encore faibles… Et il faudra que je change la soie après le repas.

-D'accord, concéda Shun, mais je vais prendre une douche…

Avec l'approbation de son ex-patient reconverti en aide-soignant, Shun se dirigea enfin vers la salle de bain, en prenant bien d'attendre le départ du dit aide soignant et de revêtir un jogging large pour le trajet…

Arrivé à la salle de bain, Shun se rua sous la douche, n'attendant même pas que l'eau se réchauffe pour empoigner son érection douloureuse… Il se masturba en haletant, se mordit la lèvre en gémissant, le nom du Spectre au bord des lèvres… La jouissance lui faucha les jambes lorsqu'il repensa aux yeux du Papillon et à leur brillante intensité, à ses joues délicieusement rouges qu'il avait envie de croquer, et à son foutu postérieur qui continuait de le narguer...

Par la Déesse, qu'il avait envie de lui ! Il était loin de prévoir ça lorsqu'il l'avait recueilli, il n'avait vu que l'homme en détresse, pas le séduisant Papillon… Il ne regrettait pas pour autant, et désirait connaître lui aussi les plaisirs de la chair qui lui avaient même ravi son borné grand-frère, mais personne ne l'avait attiré jusqu'ici, et il avait peur que Myû ne soit pas la bonne personne… D'un autre côté, pouvait-il courir le risque de passer à côté d'une belle histoire ? Avec tout ce qui lui était déjà arrivé, et tout ce qui pouvait encore arriver ? Pouvait-il réellement s'abandonner à Myû ? Le Spectre le traiterait-il réellement avec respect, comme il l'avait fait ces derniers jours ? Jusqu'ici, ils s'entendaient bien, mais là ou Shun avait agit sans rien attendre en retour, Myû avait une dette envers lui, et il l'avait dit lui même, son honneur lui interdisait de le laisser...

Las de se torturer l'esprit, Shun se releva et, honteux, se dépêcha de laver les traces de son forfait… Une fois propre de partout, il se rhabilla, se sécha et démêla les cheveux, et rejoignit Myû dans la cuisine. Le Papillon l'attendait avec un séduisant saladier de salade grecque. Shun ne put s'empêcher

de le fixer en se disant qu'il était rare pour lui d'être aussi affamé… Myû sourit.

-C'est normal que tu ai faim. Ce sont tes réserve de cosmos et d'énergie qui se reconstituent. Pour ça, il n'y a que deux remèdes : manger et dormir.

Shun sourit en s'asseyant à table et se servit.

-Un programme des plus séduisant pour n'importe quel étudiant, mais toi, ne vas-tu pas t'ennuyer ?

Myû haussa les épaules.

-A moins de t'ennuyer toi, je préfère être là au cas ou. Même si tu es quelqu'un de fort, de très fort, tu es la première personne que je rencontre qui résiste ainsi au venin de mon frère. Cela m'étonne beaucoup et j'ai peur que, sans te rendre compte de tes limites, tu en fasses trop. Je me doute que tu n'as pas foutu ton grand-frère à la porte pour te retrouver avec un infirmier aussi chiant que lui, mais si tu me le permets, j'aimerais rester, au moins jusqu'à ce que tu sois complètement rétabli. Tant que tu me permet de piocher dans ton armoire, ton frigo et ta bibliothèque, je devrais survivre…

Shun rit de bon cœur.

-C'est entendu, je n'avais même pas vu que tu m'avais prit des vêtements… Mais je te préviens, si tu deviens aussi envahissant que Ikki, tu dors dehors…

Myû grimaça.

-C'est noté. Le petit oisillon est devenu un fier coq…

Shun gloussa à la comparaison. Cette conversation marqua le début officiel de leur cohabitation.