Disclaimer: Les personnages de cette fiction ne m'appartiennent pas, ils sont à Rob Thomas & Co. Je ne retire aucun bénéfice matériel de cette histoire.

Note de l'auteure : Merci pour vos reviews; je poste ce chapitre en urgence, de l'ordinateur du lycée qui a, à deux minutes de la sonnerie, finalement décidé de remarcher, avec juste une petite question : qu'est-il arrivé à Kendall et Céleste à la fin de la série? Merci et n'hésitez pas à me donner vos impressions.

409-You're the one

Quand il se tourna vers elle en souriant, la femme n'eut pas peur. Elle se pencha pour l'embrasser. Quand il prit ses mains dans les siennes, elle n'eut pas peur. Elle posa sa tête sur son épaule. Quand il lui ferma les paupières avec tendresse, elle n'eut pas peur. Elle respira doucement. Quand il saisit sa gorge, elle eut peur. Mais rien ne pouvait plus la sauver.

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Gunther Lopman plissa les yeux en espérant qu'il arriverait à voir ce qu'il y avait d'écrit sur l'écran sans avoir à mettre ces horribles lunettes en écaille noire que sa femme lui avait offert. Il était sûr que c'était une vengeance pour avoir couché avec Marja Hogarts. Qui achèterait de si hideuses lunettes en pensant faire plaisir à qelqu'un? Personne, c'est bien ce qu'il pensait. Il inséra distraitement le disque dans le lecteur. On ne pouvait pas vraiment lui en vouloir d'avoir couché avec Marja, d'ailleurs. Ce n'est pas comme si sa femme s'allongeait très souvent. Il jeta un coup d'oeil à l'ordinateur qui moulinait dans un bruit atroce de tronçonneuse au chômage ou de ronronnement de chat asthmatique. Ah, ce matériel de province... Il se demandait même pourquoi il était venu habiter ici, tiens... La Californie. Il n'avait jamais aimé la Californie. C'était encore sa femme qui avait eu l'idée. Les vagues, tu parles. Au lieu de mer et de plages ensoleilléees, il avait trouvé un équipement défectueux, un shérif au QI fantastiquement bas et des meurtres à tout les coins de rue. Et en plus, on crevait de chaud.

L'ordinateur émit un petit bruit qui sortit Gunther de sa torpeur maussade. Ah, enfin. Alors, le CD était supposé donner ... Gunther jeta un coup d'oeil à sa feuille d'instructions ... un mobile à Dick Casablancas pour le meutre de Miss Madison "Bimbo" Sinclair. Ah, avec un peu de chance ce serait marrant. Le rejeton Casablancas avait toujours des idées délirantes. Gunther appuya avec avidité sur PLAY et commença à regarder la vidéo. Les premières images éclairèrent l'écran et il écarquilla les yeux.

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Il était plus ou moins 5 heures, 7 minutes et 43 secondes quand Veronica fut tirée du sommeil par la sonnette de l'appartement. Autant dire que l'expression "se lever du pied gauche" prenait ici tout son sens. Grommelant, la jeune fille passa un T-shirt en vitesse, se frotta les yeux, et, claudiquant, se dirigea vers la porte d'entrée. La personne qui se trouvait derrière, pensa-t-elle, était au choix très préssée ou atteinte d'un TOC (=Trouble Obsessionnel Compulsif) qui la pousserait à appuyer douze fois de suite sur la sonnette -sans interruption-. Veronica se hâta vers la porte. Bon sang, le boucan allait finir par réveiller tout le voisinnage... Elle passa en trombe devant le miroir du salon et grimaça en aperçevant furtivement sa tête de déterrée. Cernes de trois mètres de long, cheveux en bataille, jambes mal rasées, visage creusé, si celui qui venait ici avait en tête une opération séduction, il risquait de repartir en courant. Veronica frissonna en pensant que c'était peut-être Logan, mais se raisonna; qu'est-ce-que Logan viendrait faire chez elle à 5 heures du matin? Bon, d'accord, il passait toujours à des heures indues, pour des raisons abracadabrantes, mais quand même... Si? Elle prit le temps de se faire deux petites couettes, pour avoir l'air un minimum présentable. Et NON, si vous le demandez, ce n'était pas parce que Logan adorait ses couettes ... Enfin, c'est ce dont elle essayait de se persuader. Et puis de toute façon, ce n'était pas Logan. Quand elle ouvrit (non, pas "enfin"!), elle déglutit. Ce n'était définitivement pas Logan. A moins bien sûr que Mr Echolls Jr n'ait de longs cheveux noirs, un T-shirt Ask me about my STD (=Interrogez moi à propos de ma MST), des Vans en piteux état et le doigt verni de noir encore levé vers la sonnette. A moins qu'il n'ait pour nom officiel Cyndie Mackensie, ce n'était pas lui.

Veronica : Mac?

Mac eut un pauvre sourire et leva vers Veronica des yeux rouges cerclés de mascara. Elle s'étudièrent en silence un moment, entre surprise et attente, quand Mac demanda, la tête penchée dans une mimique comique et interrogative:

Mac : Veronica?

Veronica : Oui?

Veronica baissa les yeux sur son T-shirt où étaient rivés les yeux de Mac. Et, très sérieuse, plantée sur le perron de la maison de sa meilleure amie à laquelle elle ne parlait plus depuis maintenant 4 mois, les yeux usés d'avoir trop pleuré, à 5 heures du matin, Cyndie Mackenzie lâcha :

Mac : Je crois que ton T-shirt est à l'envers.

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Keith Mars frottait nerveusement ses mains l'une contre l'autre en buvant son capuccino. Elle n'était pas encore arrivée, mais ce n'était pas grave. Elle arrivait toujours un peu en retard, il ne disait rien parce qu'elle était belle et que Los Angeles était une grande ville. Comment allait-t-il le dire à Veronica? Elle était si fragile, ses temps-ci. Il voyait bien que personne ne se tenait plus à ses côtés, et malgré son amour inconditionnel pour sa fille, il les comprenait. Il s'était toujours demandé comment ils pouvaient avoir la force de la suivre, de se blesser pour elle, de tomber et de parfois ne se relever qu'à moitié, de se casser les ailes et le nez, il s'était toujours demandé comment ils pouvaient avoir la force de l'aimer sous ces couches monstrueuses de cynisme et d'humour froid. Il fut tiré de ses pensées par le bruit des chaussures à talons de son amante sur le parquet du café. Les chaussures, c'était la seule chose qu'elle avait gardé de son ancienne personnalité. Des chaussures qui claquent, qui déchirent, des chaussures qui trouent et font mal, sans relâche, qui laissent des grandes traces rouges sur les bras et les visages. Il se leva précipitamment et, en la voyant là, s'approcher de lui avec un sourire sincère, il l'aima. Il l'aima dans l'immédiateté de sa joie, dans la peur panique de la réaction de sa fille, il l'aima nue et pantelante aussi bien que froide et digne, il l'aima dans l'urgence de leur état, il l'aima de cet amour foudroyant qui vous atteint par salves ou par éclairs. Alors il s'approcha d'elle, il prit son visage entre ses mains, et l'embrassa.

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Wallace n'en pouvait plus. Il avait mal. C'était ce genre de douleur intense et furieuse, une rage aveugle qui lui donnait envie de jeter les meubles contre les murs. Une douleur mêlée de tristesse. De regret. D'incompréhension. De culpabilité. Une douleur. Tout son être n'était que douleur. La souffrance courrait sur ses membres, s'entrelaçait à ses attaches, carressait sa joue, lui arrachait une larme, frôlait sa lèvre supérieure, l'envahissait tout entier sans qu'il puisse lui résister, adolescent perdu qu'il était. Il ne savait pas quoi faire. Qui croire. Comment se consoler. Il savait seulement que sa douleur ne partait pas. L'idée seulement l'obsédait et le couvrait tout entier comme une couverture inifugée, de sa couleur métallique et insensible. Mais le feu était dedans. Un feu comme est le piment, rouge et irritant, feu de ce qu'on appelle passion mais qui n'est qu'incendie. La couverture chauffait à blanc sur ses épaules. Assis sur son lit, les bras repliés autour de ses genoux frêles, il se balançait, le regard lointain, égaré dans les nuées que la fenêtre lui laissait entr'appercevoir. Parfois, dans des moments qui lui semblaient être ce que la morphine est au cancéreux, il se stoppait, et plus rien ne parvenait à son cerveau. Les pensées furieuses arrêtaient de l'assaillir, et pendant ces quelques secondes de repos immérité il n'y avait dans son esprit qu'un néant qui anihilait en lui toute réaction. Puis la douleur reprenait, plus forte que jamais, nourrie à l'espoir imbécile qu'il avait alimenté pendant ce moment infime, mordante, acérée. Elle tourbillonait en lui et tout revenait. Les pensées; elles étaient comme des aiguilles enfoncées dans son esprit comme dans une poupée vaudou infortunément habillée à ses couleurs. Mais le pire -le pire- dans tout ce manège absurde de détresse intérieure, était qu'il ne pouvait rien faire. Oui, il avait beau retourner encore et encore l'idée entre ses dents, la mordre méchamment pour en faire sortir la plus petite vérité, il avait beau repasser la scène devant ses pupilles dilatées des millions de fois, il avait beau faire tout cela avec la plus enragée des convictions, il ne pouvait rien faire. Le baiser était là, sur ses lèvres noires rendues cerise par l'assaut de ses crocs d'enfant, il était là et il brûlait plus encore que la souffrance. Il accusait le jeune garçon; "Qu'as-tu fait?", disait-il, "A quel moment t'es tu perdu dans ta nostalgie imbécile?". "Pourquoi est-elle partie?". "Reviendra-t-elle?". "Comment as-tu pu gâcher ces années d'amitié pour une envie absurde?". Et, vicieuse entre toutes, triomphante et crâne, la dernière jouait sur sa langue, précipitait ses pleurs en casacades salées : "Comment la faire revenir?". C'était bête, mélodramatique et digne d'un soap opéra de le dire, mais cela n'en restait pas moins vrai : plus rien en serait jamais pareil. Plus rien n'aurait la même signification. A cette pensée, les sanglots étouffèrent la gorge de Wallace, et il tomba à la renverse sur les oreillers, recroquevillé, misérable, son regard vide ouvert sur la triste réalité.

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... : Donc, je disais ...

... : Eli ?

Weevil se réveilla en sursaut pour trouver devant lui une figure courroucée entourée par un éventail de cheveux roux. Ce n'était donc pas un cauchemar. Super. Il se releva en baillant.

Adriana : Je n'ai pas l'impression de servir à grand-chose, là, dit-elle avec un regard agacé et furieux à la fois (comment pouvait-elle être à la fois agacée et furieuse?).

Weevil lui lança une oeillade qui voulait dire que pour une fois, il était bien du même avis. C'en fut trop pour Adriana, qui, il faut le savoir, avait torturé Weevil pendant deux semaines avant qu'il se révolte par des siestes à répétition pendant ses cours.

Adriana : Bon, je m'en vais.

Weevil, qui avait replongé sa tête entre ses bras croisés, sentit le mauvais plan. Le très, très mauvais plan. On était trop tard dans l'année, il ne pourrait jamais avoir un autre tuteur, et sans tuteur adieu le diplôme. Bon, d'accord, celle-ci était une harpie raciste, mais il pouvait faire des efforts, non? Il attrapa le bras de sa vis-à-vis qui était en train de partir en balançant son sac sur ses fines hanches de gringa.

Weevil : Attends!

Adriana lui lança un regard que Weevil n'aurait pas souhaité à un vers de terre. OK, ce n'était pas gagné. Adriana croisa les bras sur sa poitrine et attendit.

Adriana : Quoi?

Ouh. Il était censé dire quoi, là? Il avait l'habitude des femmes de sang, des femmes qui ne s'arrêtaient pas en chemin pour l'écouter -et d'ailleurs il ne parlait pas-, des femmes qui claquaient les portes et ne savaient pas dire "Je t'aime." ni "Explique toi.". Il balbutia :

Weevil : Je ... euh...

Adriana leva un sourcil d'aristocrate et se moqua de lui :

Adriana : Très convaincant.

Sa condescendance donna -curieusement- l'inspiration à Weevil pour continuer.

Weevil : On va faire un deal.

Adriana leva de nouveau son sourcil.

Adriana : Un quoi?

Weevil ne répondit pas et continua :

Weevil : J'écoute ce que tu dis, et tu arrêtes de me traiter comme si j'étais une sous-merde. Ce sera avantageux pour nous deux. Tu ne perdras plus ton temps, moi non plus.

Il leva sa main, paume ouverte.

Weevil : Deal?

Adriana sembla hésiter, réfléchit quelques intants -elle n'avait même pas essayé de nier, la garçe!-, et serra en essayant de ne pas froncer son petit nez de blanche la main de Weevil.

Adriana : Deal.

Elle lança un regard faussement sadique à Weevil et ressortit son bouquin de sa besace avec un sourire qui paraissait sincère.

Adriana : On s'y remet?

Weevil laissa échapper un gros soupir, et Adriana rit légèrement.

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Veronica Mars ouvrit le zip de sa veste en jean. On avait beau être fin septembre, il faisait bon dans les rues de Neptune, comme presque toujours en Californie, d'ailleurs, une espèce de chaleur maussade, pas trop orageuse mais pas aggressive non plus. La jeune fille inspira et serra, à mi-chemin entre sa hanche et son épaule, la sangle de son sac militaire. Elle avait laissé Mac sur le canapé, endormie. En fait, elle ne savait toujours pas quoi penser de la venue de son (ex) amie chez elle; Mac n'avait pas voulu lui révéler pourquoi elle était dans un tel état et Veronica n'avait pas insisté, réfrénant pour une fois ses instincts de curiosité maladive. Après un moment de gêne partagée, Veronica avait invité Mac à l'intérieur, lui avait proposé de rester dormir sur le canapé si elle voulait, et Mac avait accepté. Alors, silencieusement, perdue dans les souvenirs de leur corrosive amitié, Veronica avait tendu les draps, mis une taie sur l'oreiller, jeté une couverture au bout du lit improvisé, pendant que Mac, dans la salle de bains, se démaquillait et passait un des T-shirts de Veronica. Elle s'était couchée, avait éteint la lumière, et s'était endormie dans les minutes suivantes, apparemment épuisée. Veronica était restée quelques instants à regarder son visage lunaire perdu dans l'obscurité, serein, paisible, puis avait écrit un mot pour dire qu'elle revenait bientôt, saisi son ordinateur, l'avait fourré dans sa besace, avait posé le mot sur la table devant Mac, et était sortie sur la pointe des pieds en refermant doucement la porte pour ne pas réveiller la jeune fille endormie. Elle sortit de ses pensées en appercevant devant elle la silhouette familière du Neptune Grand. Elle avait donné rendez-vous à Dick dans le hall -pas dans sa suite, croiser Logan était bien la dernière chose qu'elle voulait, ni au Camelot ou à Hearst, il était capable de se perdre en chemin-. Quand elle arriva, il était là, Dick dans toute sa grandeur, sourire idiot aux lèvres, planche de surf mouillée et bière à la main, sous l'oeil blasé du personnel, absurdement déplacé dans le payasage avec son bermuda hawaïen. Elle ne put retenir un petit sourire qu'elle espéra qu'il ne remarquerait pas et s'avança vers lui.

Dick : Hey, Ronnie!

Veronica : Dick. Je vois que la discrétion et toi, ça fait dix mille.

Dick eut un grand éclat de rire qui s'apparentait à de la débilité pure.

Dick : Eh, qu'est-ce-que tu veux, qui ne remarquerait pas le Dick?

Veronica haussa un sourcil dubitatif mais le coeur n'y était pas. Malgré elle, Dick, l'idiot du village au coeur d'artichaut, l'émouvait et même si ses seuls centres d'interêts étaient la fornication et les vagues, elle se sentait étrangement bien avec lui, sans avoir besoin de faire semblant, détendue. Avec lui, elle ne se posait pas de questions. Sur ce que son regard voulait dire; ses gestes, ses mots. Avec lui, elle pouvait être brute parce qu'il l'était aussi, elle pouvait se laisser aller parce qui la seule chose qu'il savait lui reprocher c'était sa poitrine trop petite à son goût, et son seul conseil était d'acheter du Mamamax. Il n'avait pas le côté romantico-dépressif de Logan, sa nonchalance séductrice, il n'avait pas son style torturé et dandy, et c'était bien comme ça. Logan était compliqué, trop, autant qu'elle presque, et frottés l'un à l'autre ils devenaient des explosifs. Mais Dick était simple. Il la faisait rire. C'était assez.

Elle tapota son sac :

Veronica : J'ai ta vidéo.

Les yeux de Dick s'étrécirent et il murmura :

Dick : Tu peux me la passer, là, tout de suite?

Veronica fit semblant de réfléchir mais elle avait déjà planifié cette conversation : une ou deux blagues idiotes de Dick sur le Dick, cette question, la réponse, la réaction, l'acquiescement.

Veronica : Non.

Dick sembla sincèrement surpris.

Dick : Pourquoi?

Veronica : Je veux la voir avec toi. J'ai quelques questions à te poser.

Dick fronça le nez -ce qui était assez comique, au demeurant-.

Dick : Uh, je suis peut-être idiot, mais je sais sentir l'embrouille, Mars. Pourquoi tu ne l'as pas regardé au chaud dans ton lit avec un sac de pop-corn?

Veronica lui lança un regard indéfinissable.

Veronica : Questions.

Dick acquiesca et haussa les épaules.

Dick : On peut monter, alors.

Veronica lui lança une oeillade interrogatrice.

Veronica : Logan ... ?

Dick soupira :

Dick : ... est sorti, et doit être en ce moment précis en train de jercler la fille d'hier soir de sa chambre d'hôtel.

Veronica fit semblant de ne pas être atteinte mais pâlit. Elle désigna l'ascenceur au jeune surfeur :

Veronica : Peu importe. Allons-y.

Dick acquiesca à son tour et ils s'engouffrèrent dans l'habitacle de métal.

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Vinnie Van Lowe fut réveillé par un fouillis d'exclamation provenant de la salle d'informatique du comissariat. Il se leva en grommelant -ses subbordonnés allaient voir de quel bois il se chauffait, à l'empêcher de dormir, nom de Dieu!-, claudiqua jusqu'à la porte de la pièce, mais s'arrêta quand il vit ce que regardaient ses employés. Le gamin était sacrément bon, en tout cas... Il sortit de ses pensées et hurla :

Vinnie : Qu'est-ce que c'est que ce bordel?

L'informaticien, Gunther Quelquechose, stoppa la vidéo et se retourna pour appercevoir son chef planté en travers de la porte, l'air pas content du tout. Oups.

Gunther : Je ... je ... la vidéo ... c'est ... de...

Vinnie le regarda avec un regard à griller une merguez.

Gunther : C'est la vidéo qui était censée donner l'alibi du rejeton Casablancas.

Vinnie jeta un coup d'oeil à l'écran où Dick Casablancas, très concentré, chevauchait une Madison Sinclair plus que consentante, la bouche à moitié ouverte, les mains crispées sur les oreillers autour d'elle et grinça des dents. Il interrogea Gunther :

Vinnie : De quand date la dernière modification du disque?

L'informaticien tapota quelques touches et lui répondit :

Gunther : Avant-hier, à minuit quarante trois.

Vinnie serra les poings.

Ca, c'est signé Veronica Mars où je ne m'y connais pas.

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Julio Morales entra dans la maison des Sinclair avec la ferme intention de réclamer une augmentation. Il avait travaillé pendant presque 10 heures d'affilée sur cette nouvelle piscine, et il était vraiment épuisé. Epuisé et déterminé. La patronne était une garce? Tant pis, il ferait avec, il n'y avait qu'elle dans la maison. Et, parole de Julio, il allait ressortir avec des billets verts. Beaucoup de billets verts. Il entra dans la salon et ne vit personne. Agacé, il contourna la table basse et s'avança vers le canapé quand il se stoppa. Là, juste là, dépassant du canapé, une main, la main de Mme Sinclair, une main de femme soignée, vernie au vernis transparent sûrement plus cher que son salaire annuel, une main à l'annulaire duquel brillait une bague coûteuse surmontée d'un diamant. Il se précipita. Elle avait dû s'assomer avec quelque chose... Ou peut-être s'évanouir, les grandes dames faisaient toujours des régimes incroyablement restrictifs... Il ne pensa pas une seule seconde qu'elle était morte. C'est simple, ses mots résonnaient encore dans sa tête, les "Julio, retournez travailler!" et les regards mi-courouccés mi-attirés. Mais quand il déplaca le canapé pour la découvrir entièrement, il ne put retenir un cri d'horreur. Oh Mon Dieu ... Elle était là, tombée à terre, désordonnée, les cheveux flottants autour de son visage comme une courrone mortuaire. Son crâne laissait échapper un filet de sang qui colorait sa chevelure trop brune. Puis, en s'avançant, horrifié mais malgré tout morbidement attiré par le corps inerte, il s'apperçut que l'expression figée sur son visage n'était pas celle qu'on attendait, pas la grimace mêlée de frayeur et de résignation, mais un faciès séduisant, les lèvres à demi-ouvertes, les yeux fermés comme dans l'attente d'un baiser où d'une caresse, les coins de la bouche légèrement relevés en ce qui avait du être un sourire. Elle ne portait qu'un peignoir de soie blanche, tâché à l'épaule par le sang qui coulait de sa tête, et un collier de perles simple qui frôlait ses clavicules.

Julio Morales se releva précipitament et saisit son portable. Il composa un numéro et parla précipitemment, avant de racrocher et de s'asseoir, le regard vide fixé sur le corps sans vie de Catherine Sinclair.

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Dick appuya sur PLAY sur l'ordinateur de Veronica. La vidéo se mit à tourner.

Madison eut un petit rire et s'allongea sur Dick. Celui-ci prit sur sa table un sachet rempli de poudre blanche et l'agita devant les yeux de Madison, visiblement saoule. Elle gloussa et demanda ce que c'était, il lui répondit en ouvrant la table de nuit et en y prenant une seringue. Il la leva et ...

PAUSE

Dick jeta un regard d'interrogation à Veronica mais elle ne le prit pas en compte. Elle zooma sur le miroir derrière la tête de lit -sûrement une des lubies de petite fille riche de silhouette se tenait là, une ombre à la cravate mauve clair, le visage caché dans l'ombre.

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Un escadron de policiers bouillonait dans la pièce, s'affairant autour du cadavre et du témoin, un dénommé Julio Morales. Ils prenaient des photos, tracaient des lignes, faisaient du bruit et parlaient fort. Certains d'eux avaient des calepins, d'autres des gants translucides, mais tous étaient affairés. Veronica jeta un coup d'oeil autour et s'avança. Personne ne vit l'ombre blonde se faufiler à l'intérieur et silencieusement examiner le corps, de loin. C'est pourquoi elle sursauta, quand, dans son dos, une voix demanda :

... : Bonjour, je peux vous aider?