Merci pour ta jolie review Johanna-sama, comme d'habitude elle m'a énormément motivée.
Ah oui, il est sympa le loup de Ben. J'ai beaucoup hésité à prendre son point de vue, comme tu le dis c'est difficile de mettre des mots dans la bouche d'un loup, mais j'ai pris le parti de dire qu'ils sont des loups-garous maintenant, l'humain a influencé le loup et inversement. Voilà, c'est juste mon point de vue. Dans Alpha et Oméga, il me semble que Charles dit parler avec son "frère loup". Et sinon, oui, Mercy se fait enfoncer par le loup de Ben. Heureusement qu'elle est pas au courant, elle lui flanquerait une baffe ! Déjà qu'ils sont ultra possessifs ces loups (mais ils sont mignons avec ça !)
Je suis d'accord pour l'adaptation en film, ce serait tellement génial !
En ce qui concerne le passé simple, j'ai toujours écrit avec ce temps, mais il m'arrive quand même de m'embrouiller. Cela arrive à tout le monde. (Et ne t'en fais pas pour les connecteurs logiques entre les phrases, j'ai bien compris que tu notais tout sur le vif durant ta lecture, j'adore tes commentaires. c'est agréable d'avoir l'avis au fur et à mesure de la lecture. )
Y'a eu un petit problème de transition entre les différentes narrations, j'ai l'impression que mes étoiles entre les passages ont sautés. Mais si tu as vu la différence du point de vue grammatical, ça veut dire que c'était pas si raté que ça, la différence entre les deux. C'est difficile l'écriture parfois.
Oui, la mamie elle est trop cool, je l'aime la vieille chouette. Si elle t'a fait rire à ce point, j'estime que mon pari est réussi ! Pour les liens du sangs, tu peux chercher dans cette veine-là, mais pas entre Nova et Ben ! Pour le site du nom de Nova c'est une coïncidence, moi j'ai eu cette information sur tumblr. (t'as vu, t'as vu, il existe vraiment ce meurtre ! ah-ah, c'est trop cool que tu aies été curieuse au point de vérifier !)
En ce qui concerne le mystère de Ben, tu es sur la bonne piste. N'oublie pas la soeur, elle est très importante pour la suite de l'histoire. J'espère qu'effectivement je vais être à la hauteur de tes espérances et qu'effectivement, tu finiras, une fois le mystère révélé, par te dire "purée c'était prévu depuis le début !" Sur ce je te souhaite une bonne lecture avec la suite. Normalement dans le chapitre prochain, il y a le plus gros indice concernant ce qu'est Nova.
**********************Chapitre 8-2 : Mercy bade me and end this shaw. ************************
Kaen revint tous les jours après ça. Il nous apportait parfois beaucoup de nourriture, et parfois juste du lait. La veille, tu t'étais retransformé en homme pour reprendre ton souffle, le contrôle comme tu disais, ne pas devenir fou. Cela n'avait duré que quelques heures, le minimum vital, durant lesquelles tu avais contemplé les restes de la lettre de la sans-odeur et la photo, refusant de me répondre. Puis nous avions de nouveau changé et la faim était revenue avec elle. Heureusement, comme d'habitude, le petit garçon arriva dès les premiers rayons de l'après-midi et s'installa en déposant comme offrande un morceau de viande. Un peu plus maigre que les précédentes, mais je ne fis pas la fine bouche. Pour la première fois, tu n'eus pas peur quand il tendit la main vers moi et me caressa le museau. Tu craignais précédemment que je ne le morde ou pire, que nous perdions le contrôle.
Les chatons s'habituaient aussi à notre présence, mais la faim était une excellente motivation. Ils mourraient à petit feu, décharnés, ils s'accrochaient aux doigts du petit garçon et dévoraient la moindre goutte de lait qu'il essayait de leur apporter.
Au début, le morveux restait silencieux, puis, doucement, il s'était mis à parler. Mais ses babillements n'avaient ni queue ni tête. Celui d'aujourd'hui n'échappait pas à la règle :
« Maman elle dit que les toutous sont gentils, mais titie il dit qu'ils sont méchants et Caro elle veut les manger. Et les chats à ton avis, ce sont des sous-l'eau comme dit papy ? »
Devant le silence, il s'allongea dans la poussière et fit un petit dessin sur le sol.
« La maman minou elle dort comme ma maman ou elle dort comme ma tata ? »
Il secoua la tête et attrapa un bébé chat noir et son jumeau blanc, qu'il caressa avidement en riant. Puis il se redressa, d'un sérieux étonnant et nous lança une œillade particulièrement grave :
« Et ta maman à toi toutou, où qu'elle est ? »
La question t'arracha un frisson et je me dodelinais, espérant chasser cette sensation comme on le fait d'une puce. Le petit Kaen secoua la tête :
« C'est pas grave, ma maman elle dit qu'elle d'accord. Elle peut être leur maman aussi. »
Il cajola les chatons et secoua la tête :
« Si tu veux je te prêtes ma maman aussi. Mais elle dort beaucoup des fois, mais jamais quand qu'il faut que moi je dors. Faut faire chut alors. »
Il tendit la main vers nous mais tu refusais que l'on s'approche davantage, furieux. Soudain la sans-odeur apparut – comme sortie de nulle part- à côté du bambin et lui caressa les cheveux avec amour. Un grondement empli d'animosité m'échappa et je sentis Ben répondre à ma colère autant qu'à ma surprise. L'ennui avec les choses qui n'ont pas de flagrance, c'était bien qu'on ne les sentait pas venir.
« Tu avais raison, il y avait bien des chatons. C'est donc pour ça que tu volais de la nourriture ?
-Ils font miaou ! »
Elle rit en le prenant dans ses bras, et ce sourire te désarçonna. Tu ne pensais pas qu'elle en était capable. Le petit garçon se plaça de telle façon qu'il empêchait la grande de nous voir, et il se faufila dans le soupirail où s'étaient refugiés les chatons.
« Mais y'a pas de maman pour les minous ! »
Partie. Morte. Quelle différence ? Elle avait abandonnée ses petits et ils allaient vers une mort certaine. Cette fois mon grognement n'échappa pas à l'adulte. Et elle tourna la tête dans notre direction.
Nous reconnut-elle ? Je l'ignorais, elle ne laissa rien paraitre, à peine attrapa-t-elle son fils par l'épaule pour s'assurer qu'elle pourrait le mettre en sécurité d'un seul mouvement. Mais il n'y eu rien de plus. Kaen se redressa d'un coup et lança à vive voix :
« Je peux prendre minou et toutou ? S'il te plait ? Ils sont gentils, promis ! Je suis sage et je les occupe comme un grand ! »
Nova regarda son fils, puis à nouveau nous, de son expression vide, la même que celle qu'elle arborait en te tenant en joue, prête à mettre fin à ton existence. Cette image raviva ma rage et je me dressais sur mes pattes, prêt à bondir pour la dévorer. Et pour une fois, ce n'était pas l'envie qui te manquait à toi non plus. Seule la présence du petit homme nous dissuada. Il était fragile, soumis, sous ma protection autant que toi et les chatons. Et la sans-odeur pouvait sauver les petits animaux affamés.
Comme si elle avait compris l'accord tacite, muet, la blondinette hocha du chef. Elle s'en alla une seconde, et revint avec un panier en osier et deux autres personnes. Un grassouillet et une fille squelettique aux traits indiens.
« Oh qu'ils sont mignoooons ! piailla la jeune fille.
-Ce sont mes miens ! s'indigna Kaen. Pas les tiens Caro !
-Je sais mon poussin ! Mais tu me laisseras jouer un peu avec eux, n'est-ce pas ? »
Kaen fit la moue, furieux, et j'essayais de me faire le plus petit possible, ce qui, compte tenu de notre statut de garou, n'était pas facile. Le plus gros d'ailleurs, me remarqua et poussa un petit cri effrayé :
« Nono ! T-Tu as vu ce chien énorme ?!
-Oui j'ai vu Artie. Il vient avec nous.
-Quoi ?! s'étranglèrent la fille et le garçon.
-Enfin, on ne peut pas prendre les chatons et laisser le chien.
-Je veux minou et toutou !
-M-Mais enfin Nova…Tu es sûre que c'est une bonne idée compte tenu de…de…Ton état ? »
Le rondouillard marqua une pause, la regarda de haut en bas et puis jeta à nouveau une œillade dans notre direction, définitivement apeuré. Sa peur nourrit mon égo et j'eus la brusque envie de japper pour le faire crier. Cela ne manqua pas et il se refugia derrière la sans-odeur.
« Je vais bien et moi je ne sursautes pas à chaque chien Artie. Merci de t'en soucier.
-Mais il a raison Nova. Je veux bien les chatons, ça ne prend pas beaucoup de place, mais ça c'est un gros chien. Expliqua la jeune femme.
-Le jardin artificiel va avoir son utilité.
-Tout de même…Et si jamais tu…Enfin… »
Elle dévisagea Kaen et souffla :
« Si tu t'endors encore ?
-Moi je m'occupe quand maman dormira !
-Oh je sais Kaen. Je sais que tu en es capable mon chéri, mais…c'est un gros chien.
-Et je suis grand ! Je peux ! »
Elle grimaça.
« Ce n'est pas comme si nous allons les garder éternellement Caro, ne t'en fais pas. Je suis sûre que nous leur trouverons des maisons. Mais en attendant, ils seront mieux à l'intérieur. Non ?
-O…oui, tu as sûrement raison. »
Nova posa le dernier chaton dans le panier et se mit à quatre pattes à la recherche de la mère.
« Il n'y a pas de maman…
-J'ai entendu les ouvriers dire qu'ils avaient trouvés un cadavre de chat il y a quelques jours. Cela devait être elle…
-Les pauvres bébés. »
Elle déposa le panier dans les bras de garçonnet.
« Il va falloir aller acheter quelques livres. Je n'ai aucune idée de la façon dont il faut s'occuper de bébés chats.
-Je viens avec toi maman ! »
Elle lui caressa les cheveux en guise de merci. Puis, elle se tourna enfin vers nous et tendit la main pour me gratter l'oreille.
« Tu viens le chien ? »
Et tes sentiments contradictoires, celle vicieuse, d'entrer sous le toit de cette femme qui te haissait à son insu, mais aussi celle de trouver enfin un abri, furent plus fortes que le reste…De toute manière, si elle tentait quoique ce soit contre toi à nouveau, cette fois j'étais prêt à l'égorger. Elle regretterait alors de ne pas nous avoir laissé nous noyer.
A midi, le jour suivant, je reçus un appel au garage. Un vieil homme, si je me fiais à sa voix, me demandait de venir jeter un coup d'œil à une voiture en panne. Je lui expliquai gentiment qu'il fallait passer par une dépanneuse, quand celui-ci me répliqua :
« Ce n'est pas possible, ce n'est pas la mienne. »
Et dans toute ma carrière de garagiste, je n'avais jamais entendu cette excuse.
« Je vous explique, ce type bloque toute la chaussée avec sa foutue voiture Allemande, et il refuse d'appeler une dépanneuse. Mon temps est précieux, moi, je suis prêt à payer le déplacement et les réparations, mais je veux que cette voiture dégage de là. »
Je lui demandais le modèle, évitant de rire face à son ton courroucé, ainsi que l'adresse, puis je préparais mes outils pour m'y rendre. Il s'agissait d'un secteur industriel, où les magasins s'entassaient et se mélangeaient. Le repère qu'il me laissa fut seulement « devant la librairie », mais il ne me fallut pas longtemps pour la trouver.
Comme l'avait expliqué le vieil homme, la voiture Allemande bloquait tout un carrefour. Quand je m'avançais vers le conducteur, celui-ci disparaissait presque entièrement sous le capôt, le visage rouge, suant à grosses gouttes et les mains noires de cambouïe, il ne mit pas longtemps avant de m'abandonner la carcasse.
« Je ne comprends pas, m'expliqua-t-il penaud. –Elle est toute neuve. Je l'ai acheté sur un coup de tête il y a trois jours…Je sais même pas pourquoi j'ai acheté une Allemande, d'habitude je préfère les Américaines…J'aurais mieux fait de m'abstenir. Je sais vraiment pas ce qui m'a pris…
-C'est pour ça qu'il y a les garantis. »
Je suspectais un défaut de fabrication, la courroie avait une forme étrange, et comme je le soupçonnais, dès que je la pris en main, elle s'effilocha.
« Il va falloir la pousser et l'emmener à mon garage. » Lui expliquai-je « Mais j'ai la pièce de rechange. Je vous conseille quand même de faire jouer votre assurance si vous venez de… »
Les mots moururent dans ma gorge. Là, en face, sur le trottoir menant à la librairie Barnes & Nobles, je vis Kaen. Le petit garçon aux cheveux longs et blonds jouait en sautillant. Une seconde plus tard, Nova déboula derrière lui et le prit sur ses épaules pour entrer dans la librairie.
J'abandonnai aussitôt mon client, en lui suggérant d'appeler un de mes amis dépanneur en relation avec mon garage, et je traversai la route à toute vitesse.
Quelle aubaine, je n'allais certainement pas laisser filer une telle chance !
J'en profitais rapidement pour sortir mon portable et envoyé un sms à Adam, je savais qu'il était allé voir les collègues de Ben aujourd'hui pour savoir si l'un d'entre eux ne l'hébergeait pas. J'aurais pu utiliser notre lien, songeais-je après avoir appuyé sur le bouton envoyer, mais, l'idée d'avoir à m'expliquer avec lui et de perdre du temps me fit croire que j'avais pris la bonne décision.
Heureusement, il n'y avait pas beaucoup de client ce jour-là, les allées se vidaient peu à peu et la seule caissière semblait s'ennuyer ferme, lisant un livre historique. Je cherchais rapidement dans les rayonnages : la Fae n'avait pas pu me devancer autant. Envoyer Sms ne m'avait pas fait perdre tant de terrain que ça ! Alors que je me maudissais –voilà ce qu'on obtenait en étant prudente !-, mon téléphone vibra, signe que j'avais obtenu une réponse. Sous mon « J'ai trouvé Nova », la réponse d'Adam s'affichait : « ? ». Mais je n'eus pas le loisir de m'interroger sur sa réaction. Je venais d'entrapercevoir la chevelure blonde de ma cible.
Je la retrouvai près des livres jeunesses, Kaen les yeux agrandis et plein d'étoiles, admiraient quelques pages illustrées tandis que la blonde lui pointait du doigt des détails.
« Bon, on prend ça alors ?
-Et ça ! »
Le petit blondinet montra une BD à la jeune femme, et celle-ci hocha du chef.
« D'accord. Je vais aller payer, sois sage. »
Je ne sais pas à quoi je m'attendais, mais la simplicité de l'échange me laissa pantoise. Pas de rayon laser et de zappage, juste une sortie mère-fils où l'on achète des romans sur l'élevage de chats et des BDs. Et quoi, la prochaine fois j'allais la surprendre aux toilettes, pour tomber encore plus dans la banalité ? J'avais espéré au moins un évènement bizarre histoire d'en apprendre plus sur ses maudites origines floues et les raisons de sa présence ici. Peut-être –mais je n'espérais pas tant- une preuve de son lien avec ces maudits loups garous envahissant notre territoire !...Ou une pancarte disant clairement ce qu'était Nova –mais sur ce point, je savais que je pouvais toujours courir.
Nova ignora les ondes mentales que je lui envoyais, et la seule bizarrerie qu'elle s'autorisa fut d'accrocher une sorte de laisse à la ceinture de son fils. Le petit garçon se tortilla, puis se mit à courir dans tous les sens, sans se soucier du lien qui le reliait au poignet de sa « mère ».
J'allais abandonner et aller à la rencontre Nova directement, au lieu de jouer les Stalkers quand une odeur me dissuada.
Une odeur de peur provenant de la caissière de l'entrée.
La jeune femme se rattrapa bien vite cependant, et si son visage trahit son émotion vive, j'arrivais trop tard pour la voir. Mais mon nez ne se trompait pas –du moins je l'espérais. Sous sa chevelure vénitienne, elle arborait un air solide, tel un roc, et avait posé son ouvrage historique pour encaisser Nova, sans rien laisser transparaitre.
Je l'admirais une seconde, à la recherche d'une raison derrière ce pic de panique si bien dissimulé. Elle se nommait Leia, si je me fiais à l'étiquette sur son uniforme, grande à la chevelure fauve, elle maitrisait parfaitement le bluff, vu le contraste entre son odeur et son attitude. Pendant un instant, son maquillage léger et pourtant joli, couplé à ses ongles parfaitement manucurés m'arrachèrent un vague sentiment de honte. Mais on ne pouvait comparer les mains d'une garagiste à ceux d'une libraire non ?
« Excusez-moi, lança finalement Nova, une fois ses achats payés, Est-ce qu'il est possible de déposer des fiches publicitaires ici ?
-Oui bien sûr, vous pouvez les laisser ici sur le comptoir, ou alors sur le panneau d'affichage à l'entrée à côté des annonces, lui répondit courtoisement la caissière.
-Merci. Tenez, en voilà un pour vous, si jamais ça vous intéresse. »
Elle lui déposa dans la main un petit papier coloré, puis s'arrêta une seconde. Sans prévenir le moins du monde, elle se pencha vers la vendeuse et attrapa quelque chose sur son chemisier couleur crème.
« Vous aviez un cheveu. Voilà c'est parti. Merci à vous et bonne journée. »
La dénommée Leia cilla imperceptiblement, et sans mon odorat, je n'aurais pas perçu son soulagement.
Nova, elle, appela Kaen qui se précipita dans les bras de sa mère sans se faire prier. J'attrapai la première revue à proximité et me dirigeai aussitôt d'un pas décidé vers les caisses pour récupérer le papier publicitaire et peut-être, parler un peu avec cette rouquine.
Peut-être y'avait-il quelque chose de plus louche qu'une simple course finalement.
« Bonjour, que puis-je pour vous ? me demanda la jeune femme, avec un léger accent russe, comme si rien ne s'était passé quelques secondes auparavant. »
Elle ne fit même aucun commentaire quand elle encaissa la revue pornographique que j'avais eu le malheur de piocher dans mon impatience. Dieu merci, je savais bien bluffer moi aussi. Pour garder contenance je pris un des papiers abandonnés par Nova quelques minutes auparavant et l'examinai.
C'était un flyers des plus simples, annonçant simplement l'ouverture d'une salle des fêtes…A l' endroit exact des travaux où avait disparu Ben. Cette idée me fit froid dans le dos et je refoulai de nouveau une pensée fugitive concernant la culpabilité de mon ami, la théorie du complot en revanche, prenait de plus en plus consistance. Je pliai le papier et le mis dans ma poche pour le lire plus en détails plus tard et reportai mon attention sur la jeune caissière. Payant la commission –mon dieu que ça coûtait cher ces magazines !- je m'apprêtai à engager la conversation quand elle me devança :
« Je suis désolée, je vais devoir vous laisser. »
Elle se tourna vers les étalages et envoya :
« Annie, tu peux me remplacer une minute ? J'ai une urgence. »
Deux choix s'offraient à moi, soit continuer à poursuivre Nova, soit essayer de découvrir ce que cachait cette Leia –et j'espérais que ce soit une révélation à la « Je suis ton père » de Dark Vador car elle agissait de façon trop louche. Je serrai du poing l'affichette dans ma poche, et me décidai sur l'inconnue.
Après tout, Nova serait difficile à suivre avec son absence d'odeur et elle avait déjà de l'avance sur moi, de plus, si elle distribuait des documents sur les travaux en périphérie de la ville, alors elle devait être concernée par eux. J'avais donc une potentielle piste où la retrouver, elle et Ben.
Alors que la russe se faisait remplacée par sa collègue –une brunette- je fis mine de m'en aller avec mes achats…Et me dépêcha de contourner le magasin et suivre l'étrangère à l'odeur. Cela me mena directement dans une ruelle parallèle au bâtiment, où on entreposait plusieurs bennes.
La première chose que je vis fut le tatouage sur sa nuque, incongru vu sa tenue d'employée modèle, il m'évoquait un drapeau pirate. Elle me tournait le dos et ne semblait pas avoir remarqué que je la suivais –peut-être avais-je des prédispositions d'espionne ? En tout cas le récit prenait un drôle de tournant, si on ajoutait des membres russes –peut-être du KGB ?- Peut-être devenais-je juste un peu trop parano.
Elle ne paraissait pas nerveuse, pas le moindre tic ne trahissait son état mental, alors que mon odorat m'affirmait qu'il n'en était rien. D'un geste précis et calculé, Leia sortit son portable et appela un de ses contacts –elle devait déjà la connaitre car je ne la vis pas composer le moindre numéro. Je tendis l'oreille, prête à saisir la conversation. Après quelques sonneries, on décrocha :
« Leia ? Qu'est-ce qu'il y a ? Tu travailles pas à cette heure ? »
L'interlocuteur avait un accent prononcé lui aussi, mais différent de celui de la blonde. Moins musical, plus guttural. Il paraissait aussi moins à l'aise en anglais car j'avais perçu un mot qui m'était inconnu, avant le prénom Leia. J'espérais qu'il s'agissait d'un terme bateau comme le « allo » des français.
« J'ai des problèmes Mihaly. »
Il y eu un blanc et pas plus de précision de sa part. Le jeune homme (car c'était la voix d'un jeune homme), reprit après quelques secondes :
« Tu as besoin de notre aide ? Quel genre de problèmes, des problèmes liés aux vampires ? »
Il marqua une pause et ajouta, plus gravement :
« Ou lié à des loups ? »
J'essayais de taire ma surprise : que des humains sachent pour les loups, c'était normal, mais des vampires ? Ceux-ci n'avaient pas encore fait leur coming-out. L'odeur de cette femme, cette russe, me paraissait tout à fait banal, humaine. Et je voulais croire que mon odorat ne capotait qu'avec Nova. Mais et si je me trompais ? Si Nova utilisait un moyen qui avait rendu mon nez inopérant de manière définitive ? Cette idée m'effrayait plus que je n'osais l'avouer et je secouais la tête, cherchant une autre explication. Peut-être…Peut-être qu'elle faisait partie des humains qui connaissaient trop les secrets Fae, comme ma mère, une personne dont un proche avait été changé et donc avait vu la vérité sous les mensonges. Cette hypothèse me plaisait davantage que la précédente, mais je ne voulais abandonner aucune piste à ce stade de l'enquête.
« Je ne sais pas encore. » Répondit finalement Leia. « Je ne sais même pas si c'est très grave, elle n'a pas eu l'air de me reconnaitre.
-De qui tu parles ?
-Une fille.
-Quelle fille ? De quoi tu parles ?
-Celle de Londres il y a trois ans. »
Elle poussa un sifflement et un « graoumpf » suivi de quelques mots dans une langue étrangère, que je soupçonnais fortement d'être des jurons. Elle jeta des regards suspicieux autour d'elle et je dus me faufiler derrière le mur pour ne pas être vue. Cette fille devait être aussi parano que moi. L'air accablé, elle finit par grommeler :
« Je croyais qu'elle était morte.
-Ecoute je comprends rien à ce que tu dis. J'arrive avec Cole, d'accord ? Ne bouge pas.
-Comment ça, tu arrives et je ne bouge pas ? Hors de question. Je serai plus à l'abri chez moi avec mes sorts. Je t'appelle toutes les cinq heures, si je loupe un appel, tu te barres direct. Loin. Tu rentres chez Mama s'il le faut ! »
Une sorcière. Wiccane ou noire ? Cette perspective ne me plaisait pas du tout non plus.
« C'est ça, court toujours ! J'arrive, laisse-moi une heure et j'arrive t'aider. » Répliqua le jeune à l'autre bout du fil.
Il y eu un nouveau silence dans la conversation et la situation se retourna, faisant un virage à 180°. La voix de Leia devint plus menaçante :
« Où es-tu Mihaly ?
-Pas en Louisiane.
-Où ?
- J'avais un témoin à interroger pour ma thèse pas loin de chez toi, alors on a voulu te faire la surprise et venir te voir, tu sais ?
-Je déteste les surprises, tu le sais, pourtant.
-Je sais. Mais le bon côté des choses c'est qu'on est pas loin, on peut venir t'aider !
-Non. Je suis sur le territoire d'une meute de loups, tu ne peux pas venir ici sans leur demander la permission avant Mihaly, Cole ne t'a pas appris ça ?
-Ouais. Hum. A ce propos, on va peut-être éviter de se rencontrer sur son territoire finalement. Tu crois que tu peux sortir de la ville ? »
Cette fois la russe entama une longue diatribe dans sa langue maternelle –ou tout du moins celle qu'elle parlait naturellement- à l'encontre de son interlocuteur. Si je ne parvins pas à saisir ce dont elle le menaçait, cela n'avait rien de très attrayant vu son ton. Après un moment, la conversation reprit, de nouveau en anglais, même si des relents secs continuaient de témoigner de l'altercation.
« Bon, je vais me débrouiller. Toi tu rentres immédiatement en Louisiane avec Cole et tu t'arranges pour ne plus jamais avoir d'ennuis.
-On dirait Mama quand tu parles comme ça.
-Estime-toi heureux si elle n'en entend jamais parler.
-Je ne partirai pas sans toi. Toi aussi tu as des ennuis.
-Je ne sais même pas si les miens sont graves Mihaly. En revanche les tiens sont d'un autre niveau ! Puis je ne suis pas sans défense, tu crois qu'on m'appelle le Renard des Carpates pour rien ?
-Je sais que t'es dans les ennuis jusqu'au cou, pour que tu utilises ce surnom dont tu es si peu fière pour me faire déguerpir.»
Nouveau silence, Leia secoua la tête et récupéra une des affichettes déposées par Nova un peu plus tôt, la fixant intensément. Y'avait-il un message invisible à mes yeux, sur son papier ? Je l'ignorais mais c'était louche. En tout cas, son odeur prenait des relents plus complexes : mêlant courage et nervosité.
«Je vais me débrouiller toute seule. Je t'interdis de venir ici d'accord ? La dernière chose dont j'ai besoin c'est une lutte de pouvoir entre loups-garous ! »
L'information me heurta de plein fouet. Combien y'avait-il de chance pour que deux meutes de loups-garous différentes s'approchent du territoire d'Adam sans prévenir ? Nulles, proche de zéro, je ne crois pas à de telles coïncidences. Mais je ne comprenais pas ce qui se passait. Le ton de ce Mihaly paraissait loin d'être agressif, contrairement aux loups qui nous avaient surpris. D'ailleurs, celui-ci entreprit de se défendre vaillamment :
« Ce n'était pas notre faute, je te le répète, on était là au mauvais endroit au mauvais moment !
-C'était un piège. »
Une autre voix, plus grave, se mêla à la conversation pour la première fois. Je ne suis pas du genre à m'effrayer pour un rien, mais ce timbre là me fit frissonner : même si nous étions séparés par le téléphone –et certainement des kilomètres- ce nouveau type me semblait dangereux. Comme sur la brèche. Il possédait le ton grondant de l'animal acculé, qui est prêt à bondir sur n'importe quoi, juste pour mourir en combattant.
« Cole ? Qu'est-ce que tu veux dire par-là ? »
Elle avait pris garde à réduire son accent et parler anglais plus distinctement, ce qui me laissait croire que ce dernier intervenant ne comprenait pas leur russe. Peut-être était-ce même lui, la raison pour laquelle la majorité de cet échange se faisait dans cette langue. Même s'il paraissait flippant, je le remerciais mentalement de sa présence, puis me reconcentrai sur la discussion.
« Nous avons eu un appel d'un vieux. Il nous a dit qu'Adam allait nous recevoir pour nous rencontrer et nous permettre de voyager sur son territoire. Quand on est arrivé à l'heure du rendez-vous… »
Il poussa un grognement furieux et ce fut le plus jeune qui reprit :
« Il y avait du grabuge. Je ne sais pas ce qui se passait mais des loups passaient déjà à l'attaque, j'ai bien cru qu'on allait y passer…j'ai même dû utiliser mes super ondes d'oméga ! »
Oméga : si je comprenais bien ce qui se disait, alors cela expliquait tout. La raison pour laquelle Adam avait gardé son « calme » et que tout n'avait pas viré au bain de sang. Mais d'un autre côté, cela signifiait que ces loups-là n'étaient pas au courant de ce qui se passait ? Qu'ils étaient vraiment là au mauvais moment, au mauvais endroit ? Cette explication me paraissait bancale, trop cousue de fil blanc. Une telle coïncidence ne me semblait guère vraisemblable, il y avait trop de paramètres, trop d'inconnus… Sans oublier que s'il était un oméga, Bran aurait dû le savoir ! A ma connaissance, seule Anna, la compagne de Charles, se targuait de ce statut. Les oméga étaient des loups avec un statut si particulier et tellement rare et précieux qu'en connaitre un s'avérait un précieux atout. Après tout, ils ne subissaient pas le pouvoir des garous, ni le besoin de baisser les yeux et arrivaient à calmer les querelles de dominances. En gros des loups soumis qui étaient capable d'apaiser les alphas sans que ceux-ci n'aient envie de leur arracher la tête –au contraire, il leur prenait plutôt le besoin de les protéger de tout. Il n'empêche, malgré tout, pourquoi ce Mihaly aurait menti à Leia, puisqu'il ignorait que je les espionnais ? Cela n'avait pas de sens non plus !
« Comment vous vous en êtes sortis ? demanda finalement la russe.
-J'ai pris Mihaly par la peau du cou et je me suis barré très loin. Mais je doute que l'on puisse revenir gentiment pour demander la permission de venir sur son territoire. Ils ont du sentir notre odeur dans les parages et nous assimileront forcément avec ceux qui les ont attaqués. Puis même sans ça, ils risqueraient de s'intéresser à Mihaly. »
La dernière partie de sa phrase ne laissait pas le moindre doute de son avis sur la question : grondant à moitié, il devait être prêt à égorger quiconque s'approcherait du dénommé Mihaly. Etait-ce un parent ?
…ou alors son compagnon ? Cette hypothèse germa dans un coin de mon cerveau. Je n'y aurais sans doute jamais pensé si je n'étais pas amie avec Warren et Kyle. Mais cela pouvait expliquer le fait qu'ils semblaient n'être que deux loups-garous. Sans meute. Et aussi le fait que Bran ignore l'existence d'un autre Oméga aux Etats-Unis. Parce que les homosexuels sont très peu appréciés chez les garou –quand je disais que leur mentalité venait d'un autre temps, je ne mentais pas- et ils étaient souvent voués à vivre en solitaire. Je ne voulais pas faire de plan sur la comète, mais dans tout le fatras que devenait cette enquête, cette explication me paraissait la plus plausible. Non ; je ne devais pas sauter sur cette conclusion, il y avait encore trop de zones floues dans cette histoire. Quel était leur rapport avec Ben ?
Et avec Nova ? songeais-je après coup, légèrement décontenancée par le souvenir brumeux de la mystérieuse Fae. Cette Leïa avait parlé d'une fille il y avait trois ans, de Nova comme cette fille…Et il y avait trois ans, c'était à l'époque des viols à Londres. Ben.
Mon cœur rata un battement et j'entendis à peine la suite de la conversation.
« D'accord. Je veux que vous restiez en dehors de ça. Si mon problème empire, on se retrouve à mon ancien appartement. Mais…
-Non chez Cordélia. »
La voix était sans réplique, autoritaire, digne d'un alpha. Et l'odeur de Leia me fit partager sa désapprobation, même si elle ne laissa rien paraitre physiquement.
Il fallait que je fasse quelque chose, non ? Que je me manifeste, que je lui demande ce qu'elle savait sur Ben, sur Nova, avant qu'elle ne disparaisse comme elle le suggérait. Mais que pouvais-je faire ?
« Chez Cordélia. Bien. Cole, protège Mihaly. Je compte sur toi.
-Je ne laisserai rien lui arriver.
-Arrêtez de parler comme si je n'étais plus là ! Et toi Leia, tu fais attention à toi aussi. Je ne veux pas ramener ton cadavre à Mama !
-Toi fais attention, n'oublie pas que Con et Passion font compassion.
-Ne me cite pas le JDG pour me dissuader, espèce de sorcière !»
Leia raccrocha sans rien ajouter ni promettre quoi que ce soit. Après son coup de téléphone, elle lissa avec maniaquerie la jupe de son tailleur, remit en place ses cheveux fauves, derrière ses oreilles percées, et retourna dans le magasin l'air de rien. Comme si elle avait simplement pris une pause café.
Je m'arrêtais un moment, hésitante sur la marche à suivre. Devais-je l'interrompre, discuter avec elle franchement, voire même l'inviter, pour démêler cette histoire de loups-garous, homo, oméga et surtout, là par hasard ?
Non, impossible, pas après ce qu'avait fait la dernière invité –Nova. Je ne pouvais décemment pas rapporter encore plus d'ennuis à la meute. Mais je ne pouvais pas non plus laisser cette piste refroidir, non ? Je ne pouvais pas non plus venir et dire « Hey, je vous ai suivi dans la ruelle, j'ai tout entendu, je connais Nova et Ben, racontez-moi tout ! » et pas le moindre mensonge ne me venait à l'esprit pour arriver à lui faire cracher le morceau. Surtout que, je l'avais vu, cette fille semblait paranoïaque, elle ne se confierait jamais à une inconnue sortie de nulle part qui disait en savoir trop à son goût. Non je ne pouvais pas faire ça.
Un peu perdue, je récupérai le flyers publicitaire de Nova. Pas de message invisible sur le mien –peut-être pas non plus sur celui de Leia, après tout. C'était toujours le même message, celui qui indiquait que le groupe néo-victorien arrivait en Amérique et ouvrait une salle là où actuellement, tout n'était que travaux.
Je me souvins brièvement des tenues que contenaient la malle de Nova, les robes particulières, puis surtout, le groupe facebook auquel elle semblait appartenir, et continuai ma lecture.
La fête était prévue un peu avant la pleine lune. Dans quelques jours donc. Les frais d'entrée n'étaient pas très chers, en revanche on pouvait voir la remarque suivante « tenue victorienne exigée ». Suivi d'un petit passage expliquant que le groupe louait des habits d'époques ou des créations néo, pour des prix modérés. Ce genre d'amusement me dépassait mais je savais que les jeunes s'en montraient friands. Jesse m'avait plus d'une fois parlé de quelques uns de ses camarades de classe partant en convention, costumés.
Cela ne plairait peut-être pas à Adam, mais j'allais devoir y aller. C'était là que j'avais le plus de chance de revoir Nova pour lui parler de façon tout à fait innocente et inopinée –oh tiens, tu es ici ? Quelle coïncidence !- Peut-être, avec un peu de chance, revoir aussi cette Leia. Même si elle me semblait du genre prudent. De toute façon, sans vouloir paraitre menaçante, je savais où elle travaillait.
Je quittais donc le quartier avec autant de questions –peut-être même plus- qu'à l'arrivée, mais au moins un repère dans les jours à venir. Peut-être était-ce un bon endroit d'ailleurs, pour y rencontrer Arianna et discuter de cette histoire. La fête était sur un territoire neutre, sans loup –du moins je l'espérais, et sûrement l'ambiance plairait aux deux amoureux.
J'allais parler de cette discussion et mes idées à Adam ce soir, histoire de réfléchir à deux. Puisque de toute évidence, dès que je réfléchissais toute seule ça finissait mal.
Le retour me surprit, le jeune homme à la voiture Allemande m'attendait sur la dépanneuse, avec une mine défaite. Il s'installa à côté de moi dans ma voiture pendant que mon ami tractait son véhicule derrière nous. Entre deux discussions sur le prix et le temps qu'allaient prendre les réparations, il me jeta un regard perdu, et balbutia :
« Mais comment saviez-vous que j'avais besoin d'un garagiste ? Je ne vous ai pas appelé… »
Et, à ma plus grande surprise, je fus incapable de lui répondre. Comment en effet ? Je me souvenais avoir répondu au téléphone, et avoir été informé de l'accident pourtant. Fronçant les sourcils, j'essayais de regrouper mes souvenirs, et une douleur au crâne me fit plisser les yeux. Je devais avoir l'air effrayant car mon client cessa de jacasser et se mit à regarder ses mains, l'air penaud, comme s'il se trouvait face à un Alpha.
Puis soudain l'évidence me frappa, tout me revint en flèche, l'appel du vieil homme qui m'avait conduit ici. Vieil homme dont j'avais oublié la présence en arrivant sur les lieux de l'accident, et plus encore après avoir vu Nova. Puis ce fut un frisson qui me remonta l'échine alors que doigts se crispaient sur le volant.
Qu'avaient dis ce Mihaly et ce Cole, déjà ?
Qu'un vieil homme les avait appelés pour voir Adam.
Qu'ils étaient tombés dans un piège.
Un piège.
Cette idée m'obséda tout le reste de la soirée, sans que je parvienne véritablement à m'en défaire. L'horrible arrière goût, la pensée d'avoir été manipulée de long en large, comme lors de la disparition de Ben et Jesse, me laissait de mauvaise humeur. Je détestais ça. Je détestais cette affaire.
Le client ne resta pas longtemps sur place, comme prévu, j'avais la pièce de rechange et la réparation ne me prit pas longtemps, il me paya avec une grimace et repartit sans demander son reste.
En plus le vieil homme avait promis de me payer lui aussi. Saloperie. Comment avais-je pu oublier ce type ?
Jurant intérieurement de me traitant de tous les noms je regroupai mes affaires et fermai le rideau de fer. Mais quelqu'un m'attendait dehors. Quelqu'un que je ne connaissais pas et qui puait la peur et la colère à défaut du danger.
Je me retournai lentement et reculai instinctivement pour me plaquer contre le mur de mon garage, me protégeant ainsi des attaques en traitre. Après seulement, je pris le temps de dévisager celui qui se tenait devant moi.
Il s'agissait d'un jeune homme, assez enrobé. Petit et rondouillard, il n'offrait pas vraiment une vue menaçante. D'autant plus que son t-shirt noir indiquait clairement « Les jeux vidéos m'ont pris ma vie, heureusement il m'en reste deux. » Suivi de deux petits cœurs encore rouge à côté d'un gris rabougris. Cela me rassura un peu. Peut-être que je me faisais des idées, que ce garçon voulait juste savoir combien couterait la première voiture qu'il allait s'acheter. Peut-être que sa colère venait du fait que je fermais, avant qu'il ait pu jeter un œil à mon garage. J'essayais de lui offrir un sourire commercial :
« Oui que puis-je faire pour vous ? »
Son regard se fit plus sombre, et l'odeur s'accentua. Ses yeux verts brillaient de colère, même un humain sans odorat aurait pu percevoir sa rancœur. Il ouvrit la bouche –il portait un appareil dentaire, et me pointa du doigt :
« Qu'est-ce que vous faisiez à suivre Nova tout à l'heure ?! »
Sa question me surprit, je m'étais cru invisible cette après-midi et avoir été prise en flagrant délit remettait en question mes aptitudes à l'espionnage. Néanmoins je tâchais de ne pas me démonter. Lui, devenait de plus en plus rouge, comme après avoir couru après un marathon. Un contraste flagrant sous ses cheveux châtain clair.
« Je suis tombée sur elle par hasard. » Déclarai-je simplement, préférant dire la vérité –même si je doutais de plus en plus qu'elle le soit. « Et vous, comment savez-vous que je suis tombée sur elle, vous me suivez ? »
Cette remarque fit mouche, et le type s'empourpra violemment avant d'éructer :
« Ne me faites pas passer pour le méchant, c'est vous qui la suiviez !
-Je le répète, je suis tombée sur elle par hasard. Je ne l'ai même pas abordée.
-Menteuse, sinon pourquoi elle serait allée dans une librairie si loin de chez nous ?! Vous lui avez forcément donné rendez-vous là-bas par magie ou un truc dans le genre !
-Je ne sais pas faire de magie, et encore une fois, je ne l'ai même pas abordée. Demandez-lui donc ! »
Cette phrase sembla le décontenancer un peu, et il sortit un téléphone portable, qu'il pianota rapidement, d'une main experte. A peine une minute plus tard, celui-ci sonna et la voix de Nova répondit :
«Oui Artie, qu'est-ce qu'il y a ? »
Ainsi donc c'était lui le fameux Artie qui avait trouvé le téléphone de Jesse. Est-ce qu'il m'avait repéré de la même manière, grâce à mon téléphone ? Connaissait-il seulement mon numéro ? Cette idée ne me plaisait pas du tout. Celui-ci me jeta un regard méfiant de biais, tandis qu'il demandait d'une voix mal assurée à la jeune femme :
« N…Nono, tu as vu cette Mercy aujourd'hui ?
-Non, pas que je m'en souvienne en tout cas, pourquoi ?
-P…Pour rien. A toute.»
Il raccrocha et me regarda avec une grimace honteuse. Je m'attendais à ce qu'il s'excuse, vu son amitié avec Nova, mais il n'en fit rien, à la place il devint encore plus rouge et me pointa du doigt avec agressivité :
« Cela ne change rien. Ne suivez plus Nova. Je ne veux pas vous voir à moins de trente mètres d'elle !
-Sinon quoi ? »
Ce n'était certainement pas la réplique la plus intelligente, mais je détestais les menaces, et dans mon souvenir, Nova l'avait décrit comme un trouillard. Puis autant lui apprendre à ne pas proférer ce dont on était incapable de réaliser. Artie sembla hésiter, passant du rouge écrevisse à blême, puis la tristesse supplanta la colère, et il baissa les yeux éructant :
« Cela ne vous suffit pas d'avoir gâché sa vie ?! Qu'est-ce que vous cherchez à lui voler encore ?! Il reste plus rien ! Il lui reste plus rien du tout, pourquoi vous continuez à la poursuivre !
-Je ne la poursuis pas, encore une fois. Et c'est elle qui est venue nous voir, pas nous. Que je sache, je ne lui ai rien fait avant.
-Menteurs, vous avez bien recueilli ce Ben alors que vous saviez parfaitement ce qu'il avait fait ! »
Cette fois, cet Artie commençait sérieusement à m'agacer. Nova avait foutu notre territoire sens dessus dessous –un peu à cause de moi, certes- et nous nous faisions accuser ? De plus, quoi qu'on en dise, quoiqu'il ose me dire, Ben restait mon ami.
« Je n'ai gâché la vie de personne, s'il y a quelqu'un qui souffre ici, c'est Ben ! »
Il y eu un moment de flottement, et je sentis Artie trembler, peut-être avais-je parlé trop vite. Quelqu'un d'autre ici, ployait sous la tristesse, comme me le confirma sa voix rauque :
« Ce Ben peut encore manger, non ? Il peut encore dormir ! Il ne s'évanouit pas à chaque coupure ! Il peut encore sortir dehors ! Il a encore une famille, il existe encore lui ! Personne ne l'oublie et tout le monde le soutient, il ne risque pas de disparaitre ! C'est…Comme être mort ! Lui il est vivant, pourquoi il est vivant, alors que mes amies non ? Vous les Faë, vous auriez mieux fait de rester dans votre trou et de laisser les humains tranquilles ! »
-Qu… »
Mais de quoi parlait-il bon sang ? Mes amies ? Ne pas manger ? Ne pas dormir ? Oublier ?
« Ne l'approchez plus, vous lui avez fait assez de mal comme ça ! Si vous l'approchez encore je m'arrangerai pour que vous le regrettiez, c'est clair ? Je peux peut-être pas vous faire souffrir physiquement, mais je trouverai un autre moyen ! Alors sortez de nos vies ! »
Et il tourna des talons aussi sec, manquant de se faire écraser par une voiture, il traversa la route et rejoignit un taxi. J'aurais peut-être pu le rattraper avant qu'il ne monte à l'avant, mais la volonté me fit défaut. Pendant une seconde, l'image de Nova sur le site, avec comme intitulé « décédée » me revint de plein fouet. Etait-ce de notre faute ? Est-ce que ce garçon avait raison ? Est-ce que nous avions fait du mal à Nova ? A Kaen ? Est-ce que Ben…
« Ce Ben peut encore manger, non ? »
L'image de Nova refusant les plats les uns après les autres revint me hanter.
« Il ne s'évanouit pas à chaque coupure ! »
Et le corps frêle de la jeune femme lorsque nous l'avions transportée sur le canapé après sa morsure…
« Il ne risque pas de disparaitre ! »
Comme elle parvenait à échapper à mon regard, à la surveillance des loups d'Adam…Comme si elle s'évaporait, perdait toute consistance.
« C'est…Comme être mort ! »
Et pour la première fois, alors qu'aucune preuve indubitable ne venait s'ajouter aux autres, renverser la donne, je remis en doute l'innocence de mon ami.
« Tu n'as pas fait ça, n'est-ce pas, Ben ? »
Mais mon gosier se serra. Je savais qu'un loup ne pouvait pas causer de tels symptômes, je savais que Ben n'était pas magicien. Mais…je ne savais juste pas comment prouver qu'il ne l'avait pas fait.
Et Les preuves marchaient dans les deux sens après tout, n'est-ce pas ?
Ce garçon, cet Artie, détestait ce que nous étions, il détestait Ben, les loups-garous…Tout comme le Faë qui avait déclenché la guerre aux humains les haïssait pour ce qu'ils avaient fait à sa fille. Je pensais à Jesse, à Adam, à ce que j'étais capable de faire si quelqu'un osait les menacer.
Et le pire dans tout ça, je n'étais même pas sûre que ce soit injustifié.
