Chapitre 9 :

Kévin vide le contenu de la boite de conserve dans un plat et l'enfourne au micro-onde. Il n'a vraiment pas le temps de s'attarder à faire chauffer tout ça dans une casserole ou au four tellement la faim le tenaille. La prochaine fois, il fera taire cette petite voix dans sa tête et déjeuneras en conséquence sans se soucier de l'avis de certaines personnes. Pendant le temps de cuisson, il se prépare une petite table et finis par revenir s'assoir, son assiette bien garnie à la main. Après avoir avalé son repas, il répète le même rituel qu'à chaque fois et débarrasse son couvert qu'il range dans le lave-vaisselle. Ca lui évitera d'avoir à la laver lui-même. Bien qu'en règle générale il ne s'en formalise pas et prend cinq minutes pour laver son assiette, son verre et ses couverts. L'avantage d'être seul … pas beaucoup de vaisselle à faire. Mais aujourd'hui il n'en à pas le courage et de toute façon il est sans cesse apostrophé par Yann qui ne tient pas en place depuis ce matin et encore moins depuis la trouvaille du tiroir. Du coup il n'arrête pas de le relancer, lui demandant sans arrêt s'il a bientôt finis et s'ils peuvent reprendre leurs recherchent là où ils les ont laissées.

Fin prêt et l'estomac plein, Kévin est d'attaque à reprendre leur investigation en quête d'informations. Il monte en voiture, ainsi que Yann, met le contact et démarche sans plus attendre. Ils prennent la route en direction de cette mystérieuse adresse avec l'espoir de dénicher les réponses à toutes leurs interrogations. Ils arrivent enfin sur place et Kévin se gare juste devant le portail portant le numéro 6. Ils descendent tous deux de voiture et Kévin appuis sur la sonnette dans l'attente d'une réponse…

K : Et voilà, on y est. C'est la bonne adresse. Ca te dit quelque chose ?

Y : A vrai dire … non pas spécialement.

K : Ok …

La porte de la maison s'ouvre sur une femme d'une quarantaine d'années, plutôt jolie. Elle sort de chez elle et s'avance rapidement vers Kévin, se demandant ce que peut bien lui vouloir cet homme qu'elle n'a jamais vu…

F : Bonjour. Que faites-vous ici ?

K : Bonjour. Ca va vous paraître un peu … étrange mais voilà … je me demandais si vous ne connaissiez pas un homme, brun, environ 1 m 80…

Y : 83…

K : 83… yeux verts…

F : Attendez ! Qui êtes-vous ? C'est mon mari vous a demandez de fouiner ?

K : Excusez-moi ? Je …

F : C'est pas vrai ! Bon … Qu'est ce que je peux faire pour que vous oubliez toute cette histoire ?

K : Quoi ? Mais attendez … c'est pas ce que vous croyez …

F : Mon mari est à la maison alors revenez plus tard d'accord … on trouvera une solution !

K : Mais …

La femme fait volte-face aussi vite que l'éclair et rentre chez elle à petite foulée, laissant ainsi Kévin surpris par ce qui vient de ce passer et Yann plus abasourdis que jamais par ce qu'il vient d'entendre de la bouche de cette femme…

K : Eh bah … Dit-il d'une voix emplie de sarcasme.

Y : Quoi ? Tu crois quand même pas que j'me tape cette bonne femme ?

K : J'en sais rien mais…

Y : C'est impossible !

K : Ca en à tout l'air en tout cas …

Y : Enfin Kévin … Je suis gay ! J'vois pas comment j'pourrais … avec elle !

K : Ouai … Dit-il, pas totalement convaincu

Kévin ouvre la portière côté passager à Yann afin que celui-ci monte dans la voiture comme une personne « normale », lui faisant un geste de la main pour qu'il comprenne. Yann s'exécute dans un « merci » à son attention. Kévin fait le tour de la voiture, prend, à son tour, place dans l'habitacle et une main sur le volant, insère la clé dans le démarreur. Il démarre et fait une manœuvre pour sortir de la place et regagner la circulation.

Au même instant, sur le trottoir d'en face, une autre voiture se gare et Louis Franchard en sort, verrouillant les portières d'un simple bouton de commande. Son service est probablement terminé. Il se dirige vers la boite aux lettres de laquelle il extirpe le courrier du jour, la referme, continus son chemin vers la porte d'entrée et après un coup de clé dans la serrure, rentre chez lui.

Sur le chemin qui les ramène au loft, Yann ne se remet toujours pas des derniers évènements de l'après-midi et ne cesse de se lamenter auprès de Kévin avec un air horrifié par la situation …

Y : J'suis peut-être Bi ! Bi, solitaire et briseur de couple avec ça !

K : …

Y : Et puis qu'est ce que ça peut faire hein ? … J'ai le droit de coucher avec qui j'veux après tout… c'est pas interdit ou immoral de profiter pleinement de la vie … avec tout le monde … hommes et femmes !

K : Ah non pas du tout …

Y : Ah bah ça m'étonne pas que tu sois d'accord avec ça … vu comment tu t'es laissé dragué par ce Nathan l'autre fois ! Sans parler de Mandy qui te faisait ses yeux de biches dés qu'elle te voit !

K : J'essai simplement d'être de ton côté …

Y : Kévin ! Arrête-toi !

K : Quoi ? Tu reconnais quelque chose dans le coin ?

Y : Non … mais regarde là ! Faut intervenir …

Kévin tourne la tête dans la direction que Yann lui indique de son index et voit la scène se dérouler sous ses yeux. Une altercation entre jeunes à commencée, l'un se faisant malmené par l'autre et d'après ce qu'il en voit, ce n'est que le début des problèmes. Kévin sort précipitamment de la voiture, suivit de près par Yann qui à une 'impression de déjà vu, la tête et le corps chargés d'adrénaline. Dans une sommation leur indiquant son appartenance à la Police, Kévin se rue sur les protagonistes déjà entourés d'une bonne foule de gens qui ne lève pas le petit doigt malgré le spectacle qui s'offre à eux. Il maîtrise le mieux possible l'auteur présumé de l'agression et demande d'un ton sans appel à l'autre individu de ne pas bouger de là où il est. Yann, tout près de lui, sent qu'il veut l'aider, qu'il pourrait l'aider mais il sait aussi que dans son « état », il ne peut pas faire grand-chose dans l'immédiat …

Y : C'est à la BAC de se charger de ça ! dit-il d'un ton clair et naturel

K : Merde ! J'ai laissé mon téléphone dans la voiture ! Est-ce que quelqu'un peut appeler la Police ?

H : Je suis en ligne avec eux, ils envoient du monde !

Après seulement quelques minutes, la sirène retentie et les renforts arrivent sur place…

H : Bonjour, BAC du 11e ! Vous êtes le collègue qui est intervenus ?

K : Oui c'est moi.

Kévin se présente en tant que Lieutenant stagiaire à la DPJ et après l'avoir remercié de son intervention, l'équipe prend le relai. Avant de décaler et de ramené tout ce petit monde à leur commissariat, l'un des lieutenants présents intime à Kévin de les suivre afin de déposer et ainsi leur en apprendre un peu plus sur les faits et leurs déroulements précis. Connaissant la procédure, Kévin accepte sans sourciller et remonte rapidement en voiture afin de les suivre.

Dix minutes plus tard, les voila tous arrivés à bon port. Kévin se gare où il peut et après s'être présenté à l'accueil du commissariat, rejoint le service de la BAC où l'attendent surement les collègues pour les informations qu'il détient et ainsi commencer l'interrogatoire du jeune mis en garde à vue…

K : Désolé mais nos recherches vont devoir attendre un peu. Le boulot c'est le boulot !

Y : Pas de souci … Répond-il, la tête un peu ailleurs

K : D'ailleurs, comment tu as su ce qu'il fallait faire toi ?

Y : Kévin … J'crois que j'suis flic moi aussi …

K : T'es sûr ?

Y : Cet endroit … ça me parle, tu comprends. J'ai l'impression d'être dans mon élément.

K : …

Y : Les tenues … les bureaux remplis de dossiers … l'électricité ambiante dans l'enceinte du commissariat… l'adrénaline sur le terrain toute à l'heure … tout me parle … Ca me revient … J'étais flic, j'en suis sûr !

K : Si toi, tu te souviens d'eux, ils vont sûrement se souvenir de toi aussi !

Après avoir passé un bon moment à expliquer le déroulement des faits à un lieutenant chargé de l'enquête, Kévin lui demande où il peut trouver leur Commissaire. Si, comme il le dit, Yann est flic, qui mieux qu'un Commissaire pourras en savoir plus sur l'un des leurs. L'information en poche, il se dirige vers son bureau, frappe un coup à la porte et attend qu'on l'invite à entrer, ce qui ne se fait pas attendre bien longtemps…

K : Bonjour commissaire. Lieutenant stagiaire Kévin Laporte.

C : Entrez Lieutenant. Que puis-je faire pour vous ?

K : Je cherche des informations sur un policier qui aurait peut-être travaillé dans votre brigade.

C : Je vous écoute. De qui s'agit-il ?

K : Il s'appelle Yann. Grand, brun, les cheveux un brin ébouriffés, fort tempérament, grognon, un peu grande gueule sur les bords…

Y : Bon bah ça va … j'pense qu'il a compris la description là !

C : Yann ? Vous voulez parlez de Berthier ?

Y : C'est ça ! Berthier … c'est mon nom !

K : Oui c'est lui … Yann Berthier !

C : Le Capitaine Berthier n'est pas de ce commissariat mais il est … Enfin il n'est plus en activité actuellement …

Y : Quoi ? Ca veut dire quoi « plus en activité actuellement » ?

K : Comment ça ? Vous pouvez m'en dire plus ?

C : Il vaudrait mieux que vous vous adressiez à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière. Ils vous donneront probablement plus d'informations que moi qui ne le connais que de réputation.

K : Très bien … Merci quand même Monsieur le Commissaire.

Kévin prend congé du Commissaire et quitte son bureau. Tous deux se retrouvent très vite hors du commissariat et respire l'air frais de dehors qui vient caresser leurs joues le temps de rejoindre la voiture. Kévin voit le visage de Yann déformé par la stupeur et la tristesse et sent une boule se former au creux de son ventre. Le commissaire à parlé d'hôpital.

Et si c'était vrai … si Yann était bien mort comme il lui a tant rabâché au début de leur rencontre …