Chapitre 9 : L'effondrement.

Hey ! Nouveau chapitre en avance (pour satisfaire une curieuse qui se reconnaîtra^^) et je m'excuse pas avance pour les incohérences et incompréhensions dont vous êtes l'objet à la lecture de mon texte.


Flo974 : Tu n'es pas la (le) seul(e) à ne pas accrocher à cette histoire. Peut-être que le Caskett n'étant pas réuni n'aide pas ? Peut-être que l'écriture n'est pas bonne ? Peut-être que l'histoire est mal pensée, mauvaise ? Peut-être un peu de tout ça… Après, si tu trouves l'histoire confuse et invraisemblable, je vais essayer de me « défendre ». Beckett a bien tenté de faire jouer ses relations : une cellule individuelle, un jeune garde, un détenu de circonstance, etc. Seulement, il ne faut pas oublier que monnayé ou non, peu de personnes du milieu carcérale voudrait aider Castle. Il est assimilé à un flic. Le commentaire vaut pour l'avocat. Pour Dexter, rien de surprenant pour Kate. Les affaires internes ne sont jamais là pour faire plaisir et ne cherchent rarement plus loin que le bout de leur nez. Rappelle-toi l'image de Gates qui en provenait en début de saison 5. Et pour les décisions juridiques défavorables, la justice américaine ne fait pas dans la dentelle puis Castle ne s'est pas fait uniquement des amis pendant ses années de partenariat avec Beckett.

J'espère avoir répondu à certaines de tes zones d'ombre et après, ce n'est que mon ressenti.


Loft des Castle, 1am.

Katherine avait longuement discuté avec Lanie sur sa dispute plutôt virulente avec Javier, toutefois, loin d'avoir terminée sa journée, elle était passée à l'hôpital pour récupérer un double du dossier de Josh. Ainsi, elle pourrait passer plus de temps au loft avec sa famille. Néanmoins, c'était sans compter sur l'heure plus que tardive à laquelle elle rentra. Ni Martha, ni Alexis n'étaient encore éveillées à son retour.

Avachie sur le sofa, elle parcourait le dossier –soit dit en passant ennuyeux au possible – de son ex où à première vue il n'y avait rien… Du moins rien à se mettre sous la dent.

Joshua Davidson, salarié 1121 B

Scolarité : Diplômé de la « New York University School of Medicine », Joshua Davidson est officiellement reconnu chirurgien cardiaque en mai 2004.

Carrière et actions caritatives : Interne à l'hôpital du « Bellevue Hospital » de 1997 à 2004 distribution de repas aux SDF de la ville de New-York de 1992 à 1994 en tant que bénévole…

Commentaire psychologique : Monsieur Davidson est au dernier entretien sain d'esprit et complètement apte à enseigner, superviser, soigner, opérer et partir en mission humanitaire.

Le seul point à surveiller est personnel : tendance au narcissisme.

Kate s'amusa de cette dernière phrase. Il ne fallait pas être psychologue pour s'en apercevoir. Un homme qui aimait se regarder dans une glace après sa douche ou pendant qu'il faisait l'amour ne pouvait qu'être égotiste.

Relation(s) en interne : M. Davidson a déclaré avoir eu des relations non professionnelles et plus précisément d'ordres sexuels avec …

Beckett perdit son sourire et ne daigna lire la suite. La longueur du paragraphe suffisait à nourrir son esprit d'autant plus quand elle lut en diagonale : 2010, l'année où elle était en couple avec lui. Ce connard l'avait fait cocu... Si elle avait su.

Quelques minutes plus tard.

Martha avait entendu du bruit en bas. Etait-ce Alexis qui n'avait pas trouvé le sommeil ? Ou Katherine qui était rentrée ? Elle enfila une robe de chambre et se rendit dans le salon pour y découvrir, attendrie, sa belle-fille endormie sur le canapé. Epuisée, éreintée, la pauvre femme devait s'être écroulée en plein travail. La rousse récupéra le dossier éparpillé sur sa poitrine et la recouvrit d'un plaid pour la nuit. Elle n'avait même pas bougé d'un cil, elle devait être profondément endormie, rêvant surement du retour de son prince charmant.

Sing-Sing, 7am.

Les yeux rivés au plafond, Rick patientait songeant par la même occasion à son avenir, pour l'instant restreint à cette prison, à ces quatre murs. A l'extérieur, il avait déjà une petite idée : stopper la publication de ses romans et s'en remettre à sa femme et sa famille. En somme, une vie normale.

Ici, à l'intérieur, c'était une toute autre histoire. Son futur pouvait en un claquement de doigt passer de plusieurs mois à moins d'une heure. Sa vie était friable, incertaine et sans cesse soumise à la pression carcérale. Il était plus que conscient que tôt ou tard, sauf s'il disposait de protections vraiment particulières, il serait coincé, que ce soit sous le préau, dans la cour ou dans la salle des douches, où les matons l'auraient balancé avant de refermer la porte derrière lui pour un quart d'heure de défoulement général.

Au même moment au loft des Castle.

Beckett avait eu l'agréable surprise de se réveiller avec une couverture sur elle et ses dossiers, soigneusement rangés sur la table basse. Seules ses cervicales n'avaient pas eu le même traitement de faveur elles lui tiraient et l'ankylosaient légèrement. Seulement si… Si Rick avait été là, elle aurait du droit à un massage sur le lit ou à un doux câlin sous une douche bien chaude, ses muscles se décontractant un à un sous la vapeur d'eau et les mains expertes de son homme mais son mug au bord des lèvres, elle ne pouvait que fantasmer.

-Bonjour Katherine !

-Oh Bonjour Martha ! Bien dormi ?

-Oui et toi ? Pas trop inconfortable le sofa ?

-Un peu mais merci.

La matriarche faisait infuser son thé dans sa tasse, profitant encore des dernières endorphines se libérant en elle. Une sorte de moment de transition avant d'affronter l'agitation de sa vie et de la ville qu'elle partageait avec sa belle-fille.

-Je vais laisser mon prochain parloir à Alexis.

Surprise, Martha se retourna, le regard braqué sur sa belle-fille qui n'avait levé les yeux de son café.

-Tu es sûre ?

-Certaine. Alexis a besoin de son père et Rick a besoin de sa fille.

L'ainée était enchantée quant à cette décision mais plusieurs points l'empêchaient d'être pleinement satisfaite. Sa petite-fille allait-elle être assez forte pour voir son père ainsi, si vulnérable, si fragile ? N'allait-elle pas à son tour perdre espoir en la justice, en la foi et en Kate ?

-Il a aussi besoin de toi, préféra rajouter l'aînée.

Katherine savait pourquoi sa belle-mère n'était pas certaine et c'était tout à fait louable venant d'une grand-mère comme elle.

-Je préviendrai Lex, la rassura-t-elle.

-Me prévenir de quoi ? S'enquit la concernée à moitié endormie.

-Je te laisse mon parloir.

-Euh… Vraiment ?

-Oui.

-Je t'adore, sourit-elle en l'étreignant.

-Par contre, je tiens à te mettre en garde. Ton père n'est pas au meilleur de sa forme alors ne sois pas surprise s'il est différent de d'habitude.

-Je serai forte.

Kate allait ajouter quelque chose quand la sonnerie de son téléphone retentit.

-Je suis désolée, c'est mon père, s'excusa-t-elle en s'éloignant de la cuisine.

-Kathie ?

-Oui, papa.

-J'ai de bonnes et de mauvaises nouvelles.

Jim prenait d'habitude des pincettes quand il s'agissait de sa fille, d'autant plus quand Richard rentrait dans l'équation mais aujourd'hui, son costume d'homme de loi revêtu, il n'y allait pas par quatre chemins.

-Les mauvaises d'abord.

-J'ai discuté avec le juge Hostny ainsi que le Procureur, aucun des deux n'a de réel intérêt politique, financier, personnel ou bien professionnel dans l'affaire de Castle.

-Pas de vendetta ni de coup de com, alors ?

-Tu as tout compris. Les seules raisons pour lesquelles les procédures ont été rapides, sont que Richard a des relations avec la police, des moyens conséquents et de vraies preuves contre lui.

-De vraies preuves ! S'emporta la jeune femme.

-Calme-toi… Je parlais du point de vue de la partie adverse.

Le patriarche allait devoir mesurer ses mots s'il souhaitait encore faire partie de la famille après cette tragique passade. Sa fille était à fleur de peau et aucun mot de travers ne serait toléré.

-Excuse-moi. La bonne nouvelle ?

-J'ai réussi à accélérer les choses : l'affaire de Castle passe devant la cour dans 15 jours.

Beckett faillit s'étrangler à l'écoute de cette nouvelle. Il était tombé sur la tête, il avait déraillé, ce n'était pas possible autrement. L'avocat n'avait encore rien pour défendre son époux, aucun vice de procédure n'avait été trouvé et son père, le lançait dans l'arène judiciaire sans plus d'armes pour se défendre.

-C'est une blague, rassure-moi ?

-J'ai tout prévu Kathie.

-Je t'écoute, je suis tout ouïe.

Jim sentait l'énervement pointer et monter dans la voix dans son enfant. Septique, elle attendait qu'il s'explique et surtout, qu'il l'éclaire sur la procédure à suivre, chose qu'il comprenait parfaitement car lui-même avait mis la nuit à monter cette défense avec Jaymes.

-Dans le meilleur des cas et je pense que votre avocat va réussir à l'obtenir, Rick gagnera la liberté provisoire pour manque de preuves et surtout manquement à la Présomption d'Innocence… Pourtant inscrite dans notre Constitution. L'enquête serait donc relancée et tu ne serais plus seule à travailler sur l'affaire.

-Dans le pire des cas ? Voulut savoir la jeune femme, toujours en proie à toutes les éventualités.

-Il faudra penser à un moyen d'expatrier Rick à l'étranger ou lui trouver une bonne planque pendant cette liberté provisoire.

Elle n'en revenait pas. Avait-elle bien entendu ? Bien compris ? Elle qui n'avait partagé avec personne son travail de recherche concernant une éventuelle exfiltration, entendait son père mettre des mots sur ce qu'elle peinait à avouer clairement à sa famille et à ses amis.

-Tu plaisantes ?

-Non, je suis très sérieux.

-Et si la liberté provisoire n'est pas retenue ?

-Tu sais ce que te dirais ta mère si elle était encore de ce monde ?

-Non.

-Ne pense pas au pire et crois en la justice.

Seulement si Jim louait un vrai culte à l'équité, à la loyauté, à la droiture, Katherine avait grandement perdu confiance en cette balance des droits de l'Homme. Bracken avait dû attendre des années et des années pour être mis sous les barreaux et encore, non jugé et concernant Rick, cette si belle justice se trompait sans l'once d'un remord. Alors la justice, elle y croirait quand elle cesserait d'être contre elle et contre tous ceux qu'elle aimait.

Precinct du 12th, 10am.

Tory travaillait d'arrache-pied sur cette bande vidéo mais malgré toute la bonne volonté du monde, elle ne trouvait ni l'angle, ni la caméra lui permettant de démasquer l'imposteur. Elle tentait de mettre toute son expérience, tout son savoir à disposition, seulement voilà, cette femme avait été plus maligne que Big Brother. Ce constat la peinait profondément car Castle, elle l'appréciait. Ses blagues, sa bonne humeur, ses connaissances… Lui.

-Tory ? L'interpella Beckett.

-Je suis sincèrement désolée.

-Rien ?

-J'ai tenté plusieurs caméras, plusieurs angles même les reflets sur les vitres des voitures stationnées ainsi que les rétroviseurs mais rien.

-Ce n'est pas grave.

Phrase bateau qui rappelait à l'informaticienne son impuissance à aider sa supérieure.

-Et vous ?

-Rien mais cela prouve au moins que cette femme est un imposteur. Aucun enfant n'a été déclaré par un parent domicilié dans l'immeuble de Davidson.

-Elle ne pourrait pas… Etre une cousine, une amie qui serait passée rendre visite à un résident ?

-Non, elle serait ressortie or nous ne la voyons jamais refaire une apparition après son entrée, affirma la lieutenant.

-Vous pensez à la sortie de secours à l'arrière du bâtiment ?

-Oui, elle n'est pas couverte par les caméras.

Beckett avait raison. La femme qui dissimulait son identité sur les vidéos avait quelque chose à cacher : un adultère, la vente de produits stupéfiants, illicites ou bien, le meurtre de Davidson. Plus Tory y réfléchissait, plus ce détail de sortie de secours l'interpellait.

-Si notre suspecte est bien sortie par l'arrière, soit elle était garée derrière la rue principale…

-… Soit dans n'importe quelle autre rue aux alentours, en conclut Kate défaitiste.

-Peut-être. Il y aussi le métro mais je vais tenter, on n'a rien à perdre.

L'informaticienne se lança dans les recherches, frappant sur les touches du clavier à une allure frôlant la déraison mais c'était son unique piste pour se sentir utile et qui sait, efficace. Il n'y avait que peu de chance qu'elle retrouve la piste de cette inconnue, seulement il fallait la saisir si elle se présentait au détour d'une rue, d'une artère ou d'une bouche de métro.

Sing-Sing, au même moment.

On ne pouvait pas dire que la jeune fille était une habituée des lieux mais ses études l'avaient plusieurs fois confronté au monde carcéral. Toutefois, aujourd'hui, rien n'était pareil. Elle ne venait pas pour défendre un cas d'école ou faire une interview, elle venait rentre visite à son père, injustement jeté dans une cellule. Elle, qui entendait à longueur de journée ses professeurs venter la justice américaine, elle en voyait maintenant l'envers du décor, la triste réalité.

-Bonjour mon cœur !

-Papa !

Castle partageait avec sa fille, le câlin le plus savoureux de toute son existence. Il avait l'impression de revivre le premier jour de son bébé, celui-là même où il avait découvert qu'elle serait pour toujours sa plus belle réussite. Il la serrait fort contre lui, se rappelant de sa petite main s'entourant autour de son doigt ou encore de ses petits pieds remuant des orteils.

-Tu vas bien ?

Alexis regretta presque immédiatement sa question pourtant anodine en temps normal mais si déplacé dans ces lieux.

-Euh… Enfin… Je…

-Ce n'est rien, s'amusa Rick. Ça ne va pas trop mal.

La rousse n'était pas dupe, elle savait qu'il mentait et quand il faisait ça, elle avait l'impression qu'il s'éloignait, qu'il disparaissait, qu'il se mussait derrière ce sourire marketing qu'il offrait d'habitude à sa horde de fans.

-J'ai une bonne nouvelle à t'annoncer !

-Ah oui ?

-Ton affaire passe devant la cour dans moins de quinze jours.

-C'est bien et toi que deviens-tu avec tous ces cours ?

Il venait de changer de sujet car la justice il s'en moquait, sa seule préoccupation pour le moment était sa fille, juste en face de lui. Savoir ce à quoi elle aspirait, si sa vie la ravissait, si un jour elle deviendrait cette avocate qu'il voyait en elle… Savoir s'il pouvait partir en paix.

-J'avance, j'avance. Ce n'est pas facile mais les cours m'intéressent alors, c'est déjà une bonne chose et Kate, continue à me faire réviser.

-Je suis sûr que tu deviendras quelqu'un de bien, ma chérie.

Alexis sentit une larme perlait au coin de son œil. Son père parlait comme s'il n'allait jamais voir son futur, comme si Sing Sing serait son dernier lieu de vie, comme s'il allait dépérir ici sans jamais revoir l'extérieur sous le regard d'un homme libre.

-Grâce à toi.

Richard déglutit. Son sourire s'effaça sous la force de la tristesse mais il ne pleura pas, il ne voulait et ne pouvait pas. Une image conquérante, battante voilà ce qu'il souhaitait offrir à sa fille. Un parent se devait d'être fort, de ne pas montrer ses craintes, ses angoisses pour toujours rassurer son enfant quoi qu'il arrive, quoi qu'il advienne du futur.

-Le temps est écoulé ! Cria un garde à travers la cloison transparente.

Loft des Castle, 1pm.

S'afférant à préparer des pâtes aux crevettes, Katherine était rentrée pour la pause de midi. Elle souhaitait accueillir sa belle-fille après ce parloir. Elle se souvenait qu'assez bien son propre état après sa première expérience pour savoir qu'une épaule sur laquelle pleurer n'était pas de trop.

-Kate ? Tu ne devais pas travailler, aujourd'hui ?

-Si mais je me suis dit que manger avec toi serait bien.

Un étrange silence s'installa entre elles, l'embarras s'emparant de Beckett.

-Tu vas bien ?

L'ainée avait remarqué les yeux rougis d'Alexis mais n'avait rien dit, ne voulant lui exposer sa faiblesse en plein visage ou pire encore, la braquer.

-Si… Si tu l'avais vu, se mit à sangloter la jeune fille.

Kate s'empressa de la prendre dans ses bras, rassurée que sa belle-fille s'exprime. Pour avoir vécue de nombreux traumatismes, chocs, elle savait que se renfermer n'aidait en rien. Seule l'expression, pouvait guérir.

-Il était si maigre, si détaché de la conversation.

-Je sais, je sais…

-Il faut qu'on le sorte de là.

-Je m'y emploie chaque jour un peu plus, chuchota la lieutenant en resserrant son étreinte sur la jeune fille.

Quelques minutes plus tard.

-C'était délicieux.

-Une recette de ton père.

-Tu es certaine que tu ne veux pas un café avant de partir ? Voulut s'assurer la rousse.

-J'en prendrai un sur le chemin sinon je vais être en retard.

Elle déposa un baiser sur ses cheveux et quitta le loft en quatrième vitesse. Il était déjà 14 heures 15 et il ne lui restait plus qu'un quart d'heure pour s'arrêter au café et rejoindre le poste. Elle avait écouté Alexis lui parler de Rick tout le long du repas n'imaginant qu'assez bien son désarroi quand elle avait dû le voir dans sa tenue orange. Lui, si élégant, si soigné dépareillait avec l'homme débraillé et amaigri qu'il était aujourd'hui.

Le café humectant ses lèvres, elle rêvait à nouveau de la douce et agréable odeur de son homme sous sa bouche et sa langue quand le kiosque à journal attira son attention. La majorité des tabloïds titraient sur Castle. Quand l'écrivain Richard Castle passe de la fiction à la réalité ! De l'encre au sang, il n'y a qu'un pas : l'affaire Castle ! Richard Castle, un écrivain meurtrier ?

Rien n'avait encore fuité grâce aux relations et au travail de Gina mais ces gros titres tiraient forcément leurs informations de sources proches de l'enquête. Achetant un exemplaire de chacun de ces torchons, elle s'empressa de rejoindre le 12th.

-Beckett, je peux te parler ? Marmonna Javier en refermant la porte de la salle de pause derrière lui.

-Je crois que l'on s'est tout dit.

-Je voudrais m'excuser.

-Esposito, je ne peux pas et je ne peux plus faire comme si de rien était. Alors maintenant, on va faire comme si on ne se connaissait pas et travailler chacun de notre côté. Tu n'auras qu'à t'occuper des affaires en cours avec Ryan, pendant que moi, je me consacrerais à Castle.

-Kate…

-L'affaire est close, trancha-t-elle en sortant.

Le faisait-il exprès ?

-Beckett, tu as vu les gros titres des tabloïds ? L'interrogea l'irlandais, grimaçant.

-Oui et je me demande bien comment ces vautours ont eu l'information.

-Une fuite ? Une taupe ?

-Il ne manquerait plus que ça.

-Qu'est-ce que tu vas faire ?

-Contacter l'éditrice de Castle.

Elle se saisit de son téléphone et tenta de joindre, celle qui pouvait éventuellement rattraper cette mauvaise publicité.

-Lieutenant Beckett, que me vaut l'honneur de cet appel ?

Kate détestait cette femme au plus haut point et cette dernière, comme si elle s'en doutait, s'en amusait à ces dépens.

-Je peux savoir pourquoi l'affaire de Castle, soit dit en passant confidentielle, fait la une des journaux ?

Car pour l'instant, sous une demande spécifique de Katherine, Gina avait réussi à tenir la presse à distance de toute cette histoire mais là, tout venait d'éclater au grand jour, éclairé par les feux des projecteurs.

-Il y a tellement de personnes impliquées qu'une fuite est toujours possible.

-Pas de notre côté.

-Je ne vous jugez pas. Seulement, toutes les personnes gravitant autour des livres de Rick sont au courant alors, un a surement décidé de vendre la mèche.

-Vous pouvez tenter d'en savoir plus auprès des journalistes ?

Katherine connaissait les relations médiatiques de Gina pour lui donner le bébé sans le moindre scrupule. Comme disait son mari, elle était payée pour et en étant franche, elle se débrouillait très bien. Le monde des médias était bien trop monétisé et bien trop snob pour que la lieutenant ne s'y infiltre et n'y enquête convenablement.

-Je vais faire de mon mieux mais je ne vous promets rien.

Toujours en communication avec l'ex-femme de Castle, Kate réfléchissait à sa toute première piste. Le coupable est surement quelqu'un de très proche de vous.

-Vous pouvez également me faire une liste de tous les professionnels avec lesquels Rick traite ?

-Pourquoi ?

-Pour rien surement.

-Je vous la transmettrais de suite.

-Merci.

La ligne mourut sur ce dernier échange se voulant amical. Elle n'aimait pas l'éditrice, c'était plus fort qu'elle. Elle ne craignait pas –ou plus- que Rick ne se remette un jour avec elle mais son instinct de femme, lui lançait sans arrêt des messages d'alerte. Une jalousie mal placée ou une possessivité exacerbée par son amour pour son mari, elle était bien incapable de l'expliquer.

Chassant ses bassesses d'épouse frustrée, elle ouvrit le mail que venait de lui envoyer Gina et soupira à la seule vision de cette liste interminable de tableur. Il y avait une bonne soixantaine de personnes sur cette foutue liste et elle soupçonnait même la blonde d'avoir élargie sa requête pour l'enquiquiner.

-Un problème ? L'interrogea Ryan.

-Une nouvelle piste pour Castle… Interminable.

-Quand j'aurai terminé mes dossiers, je te donnerai un coup de main.

-Merci mais je ne veux pas que Gates te tombe dessus.

-Pas de problème, elle couvre tout le monde pour l'enquête de Rick.

Kate sourit à cette phrase et se mit à éplucher la liste. Il y avait une bonne partie du personnel de la maison d'édition Black Pawn, des imprimeurs, des correcteurs, des chefs de fabrication, des responsables d'édition, des iconographes et autant d'assistants attitrés. La journée s'annonçait longue… Très longue. Vérification des casiers, des transactions bancaires, des éventuels conflits avec Castle, tant d'heures passées sur l'ordinateur qu'elle espérait productive à la fin.

5 heures plus tard, toujours au 12th.

Ryan venait de terminer ses dossiers et s'étirait les lombaires quand il remarqua la mine défaite de sa supérieure, littéralement submergée par le travail. Elle ne devait pas avoir la moindre piste, sinon son sourire se serait manifesté ou un cri de joie l'aurait tiré de sa paperasse. Il se leva, se dirigea vers la salle de pause et fit couler un café. Si Castle était là, c'est ce qu'il aurait fait sans la moindre hésitation. La tasse fumante, il vint la déposer sur le bureau de son amie qui leva les yeux vers lui touchée et reconnaissante.

-Tu me donnes quelque chose à faire ? La questionna-t-il, prenant place en face d'elle.

-Il me reste 10 suspects, mima-t-elle en faisant des guillemets.

-5 chacun ?

-Parfait.

Le détective se lançant la tête la première dans sa partie de liste, fut troublé par les quelques mots quasi inaudibles de sa collègue.

-Je te remercie.

Elle n'était pas démonstrative, seulement si elle avait appris quelque chose aux côtés de Rick, c'était de s'ouvrir aux autres quand ceux-ci le méritaient. Il ne fallait pas nourrir des regrets et encore moins se dire, « et si… ». La vie était bien trop courte pour être bridée par une quelconque timidité, gêne et surtout, elle pouvait basculer à tout moment. La preuve en était, son mari était incarcérait alors qu'hier encore, elle pensait encore se trouver sans ses bras.

-Quelque chose de ton côté ?

-Toujours rien.

Un téléphone se mit à sonner, c'était celui de Ryan.

-Excuse-moi, c'est Jenny.

-Vas-y, je t'en prie.

-Oui, mon cœur.

Katherine sourit, Castle l'appelait parfois ainsi lui préférant tout de même, Babe. Elle ne se souvenait plus comment ce petit nom s'était installé entre eux mais que ce soit lui ou elle, ils aimaient se surnommer de la sorte.

-Tu es encore au poste ?

-Je suis avec Beckett, je n'en ai plus pour très longtemps.

-Tu pourrais l'inviter ce soir, non ?

-Tu es sûre ?

-Oui, je pense qu'il faut que vous vous serriez les coudes pendant cette épreuve.

-Je lui pose la question.

-Kate, fit Kévin en cachant de sa main le micro de son portable. Jenny te propose de manger à la maison ce soir.

-Hum… C'est gentil.

-Si tu ne veux pas, elle comprendra et je lui expliquerai.

-Non, non, c'est bon. Cela me changera les idées.

-Jenny ?

-Oui.

-C'est ok. Nous serons là dans une heure.

-A toute à l'heure, je t'aime.

-Moi aussi.

Il raccrocha sous le regard attendri de son amie qui à cet instant même devait l'envier. Il l'avait vu à plusieurs reprises, le regard perdu sur la chaise de Castle ou bien rêveuse, jouant de son alliance autour de son doigt. Il ne savait d'où provenait ce geste de femmes et d'hommes mariés mais lui aussi il lui arrivait de le faire. Etait-ce un moyen de se rappeler son amour pour sa moitié ? Etait-ce une habitude ? Etait-ce une gestuelle de réconfort ? Etait-ce un épisode de découragement, de désillusion ponctuelle ? Un des multiples mystères du sentiment nommé, Amour.

(…)

Jour J, Cour Suprême de New-York.

Les journalistes assoiffés d'informations croustillantes, écœurantes et dramatiques étaient comme une horde de loups piétinant devant un jeune agneau. La bave au coin des lèvres, ils n'attendaient qu'une chose : le scoop sur l'affaire Castle. Les flashs des photographes –juchés sur des escabeaux- avaient crépité à leur arrivée, les mitraillant jusqu'à ce que les lourdes portes du Tribunal ne se referment sur eux.

Katherine, Martha, Jim et Alexis patientaient dans ce long couloir que les portes de la salle d'audience veuillent bien s'ouvrir. En attendant, l'angoisse, la peur et une once d'espoir se lisaient sur leurs visages. Beckett, surement la moins optimiste de la famille faisaient les cents pas sur les grandes dalles en marbre du hall. Il lui était impossible, inconcevable de rester assise sur ce banc alors que l'avenir de Rick allait se jouer dans moins d'une heure.

Depuis le décès de sa mère et la descente aux enfers de son père, elle ne s'était jamais sentie si impuissante, si vulnérable. Etait-ce la conséquence de l'arrivée de Castle dans sa vie ? Etait-ce grâce à lui qu'elle n'avait plus ressenti ce sentiment virulent et purulent d'insécurité ? Oui. Seulement, aujourd'hui, elle ne pouvait lui renvoyer l'ascenseur, Jaymes étant le seul maître de la situation. Déjà à l'intérieur, Victor classait ses dossiers et préparait sa pièce. Oui, sa pièce. Une plaidoirie n'était en fait qu'une pièce de théâtre où il fallait séduire pour convaincre et surtout, s'attirer les critiques positives des spectateurs. Ainsi, apprêté de son plus beau costume, parfaitement ajusté à sa carrure, il rejouait scène après scène, acte après acte, l'affaire de son client et ami.

Un grincement retentit dans les lieux, les trois coups venaient d'être frappés sur la scène.

-Bonjour Maître.

-Madame Castle !

-Comment ça se présente ? S'enquit-elle sans plus de formalités.

-Bien.

-Des éléments de dernières minutes ? L'interrogea Jim.

-Non, aucune. Il n'y aura pas de surprise. Dans le cas inverse, je demanderai un report.

Beckett, installée à côté de son père l'écoutait distraitement échanger avec leur avocat des possibles recours à cette séance.

-Kate. Kate…

Une pression sur son épaule la fit se retourner, Lanie, Kévin et Gates prenaient place derrière elle.

-Tu vas bien ?

-Je fais de mon mieux Lanie.

-Et Castle ? Voulut savoir Victoria.

-Il est désemparé par la situation.

-Qui ne le serait pas à sa place ?

Katherine acquiesçait quand son regard s'arrêta au fond de la salle. Assis au dernier rang, près de la porte se trouvait son collègue, Javier Esposito. Il lui fit un signe de tête, symbole du quoi qu'il arrive, je serai toujours là.

Un silence avait pris place dans la pièce, étrange, pesant et tous les regards s'étaient rapidement tournés vers la gauche. La jeune femme se retourna à son tour, il était là. Son mari était enfin devant elle, à quelques mètres de son corps. Amaigri, blessé, presque vouté, il n'avait plus rien à voir avec l'auteur et l'homme fort qu'elle avait jadis connu.

La salle d'audience était pleine à craquer, seulement l'écrivain remerciait intérieurement Gina. Aucun journaliste n'avait franchi les portes de cette salle. Il savait qu'ils étaient à l'extérieur pour les avoir entendus brailler pendant qu'il empruntait une porte dérobée à l'arrière de l'imposant bâtiment mais ne pas à avoir à affronter les objectifs et les micros le rassurait un tant soit peu.

Menotté, Richard avait été amené par deux agents de police devant la cour puis installé à côté de son avocat juste devant sa famille.

-Richard.

-Papa.

Il déposa une bise sur la joue de chacune de ses rousses. Les mains entre celles de ses deux femmes, il profitait d'un peu de chaleur humaine, d'un peu de… Ce qui lui manquait le plus derrière les barreaux, l'amour.

-Rick…

Un murmure inaudible pour les autres mais pas pour lui. Il détourna son regard et tomba dans celui de sa femme. Sublime, resplendissante, elle paraissait forte seulement au fond de lui, il savait qu'elle ne faisait que masquer ses émotions. Ses joues creusées, ses yeux éteints, elle perdait pied. Elle l'étreignit et plaça sa bouche près de son oreille.

-Je t'aime…

Cela lui remplit le cœur, le réchauffa, lui donna… Comme un nouveau souffle d'espoir, celui un peu fou de revenir au loft, dans ses bras près de l'amour de sa vie.

-Moi aussi, je t'aime.

Elle déposa un baiser sur ses lèvres, symbolique, chaste, son front contre le sien.

-Monsieur le Juge ! Présenta l'un des assistants.

Une heure plus tard…

L'avocat de Castle avait fait de son mieux mais les charges d'accusations avaient été reconnues et les faits établis. L'accusé avait un mobile, il y avait des preuves à son encontre alors le pauvre Jaymes s'était contenter de jouer la carte du complot, de l'affaire trop parfaite, voulant à tous prix limiter la casse.

Dans la grande salle, au moment où le procureur et ses sbires revenaient de la concertation à l'abri des regards et des oreilles, les familles, les amis, les proches murmuraient. Certains étaient partagés, d'autres surs et encore d'autres perdus, indécis.

Puis… Le verdict tomba comme l'épée tranchante du bourreau.

-Non !

-Silence !

Jim enserrait sa fille dans ses bras qui se débattait. Une vraie force née. Elle hurlait, elle criait, elle injuriait jusqu'à ce qu'elle se calme enfin, pleurant toutes les larmes de son corps contre son épaule. Des larmes se remettaient à couler sur ses joues, mais cette fois, elle pleurait non parce qu'elle allait perdre Rick mais parce qu'elle avait conscience de n'avoir rien fait, rien réussi. Ses pensées n'avaient ni queue ni tête. Ce n'était pas possible, cela ne pouvait pas lui arriver une nouvelle fois. Perdre l'amour… Non !

L'acte d'accusions avait été rendu public immédiatement. Pas de suspension d'audience, pas d'outrage à magistrat, rien. Ce fut un réel choc pour lui car le procureur s'était exprimé dans ce texte comme si c'était lui qui avait tué Davidson. Il entendait encore le cri de désespoir de Kate et les larmes du reste de sa famille. Il avait vraiment pris peur. C'était un sentiment bizarre de se retrouver comme ça au fond d'une cellule mais quand on n'avait rien fait, le sentiment d'injustice n'était que pire à digérer.

30 ans de prison ferme. La prison faisait vieillir mais trente ans à l'intérieur, c'était trente ans de moins à vivre et trente ans de plus dans les dents. Rick n'aimait pas l'idée d'avoir pris trente ans, ni celle d'en perdre trente.

D'après son certificat de naissance, il avait quarante-trois ans. Le miroir des douches lui en donnait, cinquante-trois, au bas mot. Et lui avait l'impression d'en voir quatre-vingt. Il se sentait mort. Vide. Au bout du rouleau.

Tout en appliquant la mousse à raser sur son visage, il scrutait ses yeux inexpressifs et fit une grimace à son reflet de vieillard. Il était nu. Son corps était maigre, squelettique, mais il préférait se considérer comme un homme fin, voire athlétique, en raison de ses séances de musculation quotidiennes en prison. Lever de la fonte, faire des tractions, sa masse musculaire avait triplé de volume depuis son arrivée. Seulement, il lui manquait vingt bons kilos et désormais, une raison pour s'accrocher.

Tuer le temps ? Se tuer ? Encore tuer le temps ? Encore se tuer ? Tuer le temps … ? Se tuer…