Titre : Laissez-moi vivre.

Auteur : Rukyoshû.

Déclaration de l'auteur : Rien à dire aujourd'hui…

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Bonne lecture !

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IX – Oui, mais…

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Je pris plusieurs jours à analyser tous mes ressentis, mes impressions et les battements de mon cœur. Le week-end, je questionnai même mes parents. Selon eux, l'amour était de ne pas se poser de questions et de laisser parler son corps et son cœur. Alors, replongeant dans les souvenirs qui me rattachaient au surveillant, j'examinai mon comportement. C'était indéniable, Tora ne me laissait pas indifférent, bien que ce ne soit pas réellement transparent au premier abord. J'avais tous les symptômes décrits par Shinya, et plus flagrant encore, j'avais envie qu'il m'apprenne à revivre. Alors, après l'avoir évité toute la semaine pour bien réfléchir, je décidai de lui donner une réponse le matin du jeudi huit mai. Avançant vers la salle des surveillants comme si je me dirigeai vers mon pire cauchemar, je levai finalement un poing tremblant que j'abattis timidement sur la porte.

« C'est qui ? demanda quelqu'un avec espièglerie à travers la porte. »

Reculant vivement en reconnaissant la voix de Hitsugi, j'hésitai entre rester et m'enfuir.

« Personne, soufflai-je en commençant à partir à reculons. »

« Ruru ! s'exclama Hitsugi en ouvrant vivement la porte. Entre ! »

Emporté par son enthousiasme, il s'empara d'un de mes poignets et me traîna à l'intérieur en refermant la porte derrière nous. Saga, installé sur le canapé, soupira en levant les yeux au ciel.

« Sérieux, t'es lourd des fois Hitsugi. »

« Maiiiiis ! »

Me tassant sur moi-même en allant me caser dans un coin le plus loin possible du surveillant aux cheveux rouges, j'essayai de reprendre une respiration calme en me concentrant pour ne pas trembler.

« Tu voulais voir Tora ? demanda Saga. »

Tournant à peine la tête vers lui, surveillant que Hitsugi ne s'approchait pas de moi, j'hochai la tête.

« Il devrait pas tarder, t'en fais pas. En attendant, tu peux t'asseoir, Hitsugi a déjà mangé. »

Je déniai vivement. Si je m'asseyais, j'aurais plus de difficulté à prendre la fuite. J'avais la chair de poule et des frissons de terreur rien qu'à imaginer la scène.

« Comme tu veux, fit Saga en se replongeant dans ses dossiers. »

En fait, une dizaine de minutes se passa au moins avant que Tora ne fasse son apparition. Je gardai la tête baissée, n'osant pas l'affronter et de peur qu'Hitsugi n'en profite pour me taquiner.

« Y a quelqu'un qui t'attend, fit négligemment Saga. Dans le coin. »

Je sentis son regard sur moi et j'inspirai profondément avant de prendre la parole, relevant tout juste les yeux.

« On… on peut sortir ? demandai-je d'une voix légèrement tremblante. »

Tora acquiesça d'un vague signe de tête, sous le pouffement de Hitsugi et le sourire de Saga, avant de sortir dans le couloir. Je me dépêchai de le rejoindre et de refermer la porte.

« Merci, soufflai-je en respirant un peu mieux. »

Loin de la présence de Hitsugi, il m'était plus facile de réfléchir.

« On… On va au parc ? Il fait beau dehors… »

« Si tu veux… souffla Tora. »

Traversant le hall dans un silence brisé uniquement par le bruit de nos pas, je posai finalement ma main sur la poignée de la porte. Malheureusement, mes doigts tremblaient tellement que je luttai pour l'ouvrir avant de pouvoir le laisser sortir. Une fois passés au dehors, Tora m'invita à le suivre au même endroit que la dernière fois. Au calme, protégé par les arbres, mais illuminé par le soleil que je sentais à peine tant l'angoisse me nouait l'estomac. Je n'avais aucune idée des mots à employer. Tora se laissa tomber au sol et releva les yeux vers moi.

« Je… suis… Tu… bégayai-je alors en me tordant les mains. »

Un léger sourire crispé sur les lèvres, Tora tendit les bras pour doucement attraper mes mains et plongea pour la seconde fois en une semaine son regard dans le mien.

« Te fais pas mal… souffla-t-il. »

Serrant ses doigts, je pris une profonde inspiration avant de lui donner ma réponse.

« Je… je réponds… à tes… sentiments… »

Bouche bée, Tora resserra ses doigts sur les miens. Il eut un rire nerveux, et m'adressa un regard d'excuse. Je me doutais que ça ne devait pas être facile pour lui non plus. Je l'avais évité avec tellement d'ardeur qu'il avait dû se dire que ma réponse serait négative. Puis, avec douceur, il finit par s'approcher de moi, se releva, et sans plus de cérémonie, il me serra dans ses bras. Un peu surpris, je tremblai doucement dans son étreinte avant de refermer mes doigts sur son t-shirt au niveau de sa taille. Jamais nous n'avions eu un contact si proche en étant tous deux réellement conscients, et c'était étrange mais pas désagréable malgré les frémissements incessants de mon corps.

« Je… t'aime Ruki, souffla Tora au creux de mon oreille en me resserrant un peu plus fort. »

Mes frissonnements se firent plus forts et je m'accrochai plus fermement à lui de peur que mes jambes ne lâchent.

« M… moi… au… aussi, bafouillai-je. »

Tora se laissa doucement glisser au sol, m'entraînant délicatement avec lui. Et, tandis que j'admirai ses traits détendus, il eut un magnifique sourire amoureux. Les battements de mon cœur m'assourdirent et mes mains tremblèrent plus fortement et se resserrèrent encore sur son t-shirt alors que je mordais ma lèvre inférieure en admirant sa façon de sourire.

« Je… Comment tu fais… pour sourire… comme ça ? »

Il eut un léger rire, et passa une main douce sur ma joue.

« Il me suffit de te regarder pour ça. »

Penchant la tête sur le côté, j'essayai d'étirer mes lèvres en un joli sourire, mais leurs coins s'étirèrent d'à peine quelques millimètres.

« Eh, c'est un bon début, approuva Tora en riant doucement. Tu as un joli petit sourire. »

Relâchant son t-shirt d'une main, je posai mes doigts sur ses lèvres.

« Un… un jour, je saurais… faire ça, soufflai-je en récupérant ma main tremblante. »

« J'en suis persuadé, assura-t-il. »

M'installant un peu plus confortablement sans le lâcher, je finis par m'asseoir face à lui.

« C'est bizarre, dis-je alors. »

« Qu'est-ce qui est bizarre ? demanda-t-il en penchant la tête. »

« La situation. »

« Qu'est-ce qu'elle a d'étrange ? »

« A peu près tout. »

« Je trouve ça merveilleux, sourit-il. »

« Hm. Mais que je sois là et que mon cœur batte comme ça, c'est bizarre. »

« A ce point là ? »

J'hochai vivement la tête en attrapant sa main pour la poser sur mon torse.

« On dirait qu'il va exploser. »

« C'est plaisant, comme sensation, fit-il en bougeant légèrement les doigts. »

« Je connaissais pas cette sensation, avouai-je. »

« Et ça te fait quoi ? A part… bizarre. »

Clignant des yeux avant de plonger mon regard dans le sien, j'haussai les épaules.

« Je… J'en sais rien. »

Je ne savais pas comment décrire ce que je ressentais. Tora eut un doux sourire.

« C'est rien. Tu as le temps d'apprendre… Et je suis là pour ça. »

Hésitant, je me penchai vers lui pour coller ma joue à son torse.

« Je peux… me mettre comme ça ? »

« Je t'en prie… souffla-t-il en passant une main dans mon dos. »

« Tu dis si je fais mal… »

« Ne t'en fais pas, il n'y a aucun risque. »

Je fermai les yeux en m'allongeant à moitié entre ses bras.

« C'est doux. »

« C'est parce que tu es là. »

« Ton cœur est calme, c'est apaisant. »

Tora eut un sourire, caressant mon dos avec tendresse.

« Il t'aime, je crois. »

Je rosis un peu, en décrispant mes mains pour en attraper une des siennes et jouer avec ses doigts. Tora se laissa faire, bougeant un peu les doigts entre les miens. Soupirant, je la serrai contre moi en m'affaissant un peu plus.

« Tu te sens comment ? demanda Tora au bout d'un moment. »

« Calme. »

« C'est cool. »

« Hm. »

J'étais doucement en train de me rendormir. Les battements réguliers du cœur de Tora dans mon oreille, ses douces caresses sur mon dos et ses doigts chauds entre les miens me berçaient tendrement en m'apaisant.

« Tu as l'intention de t'endormir ici ? sourit-il. »

« Hm. Je peux ? »

« Je veille sur toi… »

Me redressant doucement, j'essayai de m'installer plus confortablement encore de manière à être entouré entièrement de lui. Tora passa ses bras autour de moi d'un geste rassurant et me serra doucement contre lui. Maintenant parfaitement placé sur ses jambes et contre son torse, la tête calée dans le creux de son épaule, je poussai un petit soupir de contentement en savourant l'étreinte de Tora autour de moi.

« Dors bien, je suis là… souffla-t-il au creux de mon oreille. »

Frissonnant, je le remerciai vaguement, m'inquiétant de son confort dans un effort de conscience.

« T'en fais pas pour moi, je ne pourrais pas être mieux, sourit-il en posant ses lèvres sur mes cheveux, avant de me les ébouriffer doucement. »

Alors, sans plus de résistance, je me laissai glisser dans un sommeil léger. Je fis un drôle de rêve, sans action particulière mais d'une beauté à couper le souffle. C'est impressionnant ce que l'esprit peut nous montrer. Je me trouvais, sans réellement y être, sur des terres arides et sauvages d'une superbe couleur obsidienne. Mis à part des rochers par centaine, il n'y avait que la ligne d'horizon, réunion du ciel et de la terre, qui s'étendait à l'infini. Les rayons brûlants du soleil caressaient ma peau et je me sentais ivre de merveilles. Tout était si pur et si simple que je sentis mon âme vibrer doucement. Ce fut cette sensation étrange qui me réveilla. Bougeant légèrement, je me resserrai contre le corps près du mien. Avant de brutalement ouvrir les yeux pour me souvenir qu'il s'agissait de Tora. Me redressant un peu, je frottai mes yeux de mes poings. A en juger par l'avancée du soleil dans le ciel, je n'avais pas dormi énormément. Environ une demi-heure. Me recroquevillant à nouveau, je me collai contre le torse de Tora en refermant les yeux.

« Tu as bien dormi ? demanda-t-il doucement en souriant. »

« Hm. C'était beau, murmurai-je. »

« Tu as rêvé de quoi ? »

« D'un paysage. »

« Quel genre de paysage ? »

Comment pouvais-je décrire ce que j'avais vu ? Fronçant un peu les sourcils, je réfléchis un instant sur les mots à utiliser pour lui retranscrire les couleurs et l'ambiance de l'endroit. Ne trouvant pas, je poussai un petit soupir contrarié avant d'avoir une idée soudaine. Me relevant, je tendis ma main vers lui.

« Viens. »

Intrigué, Tora tendit le bras pour attraper ma main et se releva pour me suivre. Sa paume était chaude sous mes doigts, c'était agréable. Marchant sans me presser, je l'emmenai au premier étage et donnai deux petits coups à la porte de la salle de dessin. Personne ne répondit et Tora ouvrit avec un sourire. J'entrai timidement à l'intérieur et constatai qu'il n'y avait aucune trace de Shou. Peut-être était-il dans la salle des professeurs. Haussant les épaules, je forçai Tora à s'asseoir sur une chaise, attrapai une toile ainsi que des pinceaux et me mis à peindre le paysage de mon rêve. Quand je jugeai le paysage terminé, je m'éloignai d'un pas pour l'observer. Les ombres étaient légèrement trop longues, mais je ne m'en étais pas trop mal sorti au niveau de la colorisation. Alors, me tournant vers Tora, je l'invitai à venir regarder. Il quitta sa place pour approcher et admira un instant mon travail.

« Ouaw… souffla-t-il avec de grands yeux. »

Le contemplant par-dessous mes cils, je penchai la tête sur le côté. Il semblait particulièrement estomaqué.

« Tu as vraiment rêvé de ça ? »

« Hm. »

« C'est impressionnant… la manière dont tu l'as retranscrit. »

« Ah ? soufflai-je en l'interrogeant du regard. »

« Hm. Je suis pas un spécialiste des rêves ni des paysages mais… c'est sublime. »

« Merci. Je te le donne alors. »

Et je lui offris une esquisse de sourire.

« Vraiment ? s'étonna-t-il. »

« Oui, puisqu'il te plaît. »

Un grand sourire aux lèvres, Tora se tourna vers moi, et me prit dans ses bras, rayonnant de bonheur.

« Merci Ruki… souffla-t-il. »

Surpris mais pas mécontent, je me laissai faire en savourant cette agréable sensation de chaleur qui parcourait mon corps. Il me resserra un peu plus et je refermai mes doigts sur son t-shirt avec timidité.

« Je suis content que tu sois là, avoua-t-il. »

« J'aime bien être là. »

Et c'était réellement sincère.

« Est-ce que... »

« Hm ? interrogeai-je en relevant la tête vers lui. »

« Est-ce que je peux… te réapprendre… ce que c'est… vivre ? demanda-t-il d'une voix légèrement tremblante. »

Me reculant d'un pas en attrapant ses mains pour les serrer fortement dans les miennes, je plongeai mon regard dans le sien.

« Tu… tu veux… vraiment… le faire ? »

« Oui. Je le veux vraiment, sourit-il. »

« Je… Ça va être… difficile… Je… dois tout réapprendre. »

« Ca ne me dérange pas de devenir ton professeur particulier. »

« Hm. Alors je suis d'accord. »

Et, après hésitation, je revins me blottir contre lui.

Nous passâmes le reste de la matinée à deux. J'essayai de m'habituer aux contacts fréquents qu'il m'offrait – une main sur ma joue, un baiser sur mon front, une étreinte – et l'écoutai me parler avec attention. J'aimais beaucoup le son de sa voix et la tonalité joyeuse de son rire. J'avais l'impression que mon cœur se remplissait toujours un peu plus de douceur et j'appréciais étrangement cette sensation. A midi, nous rejoignîmes la petite bande et, fidèle à mes habitudes, je m'installai aux côtés de Kyo. Avant de me rendre compte que je devais peut-être m'asseoir près de Tora. Celui-ci prit place face à moi avec un sourire rassurant et je le remerciai d'un signe de tête. J'avais besoin de temps pour modifier un minimum ma routine quotidienne.

Un mois s'écoula finalement sans que je ne m'en rende compte, conséquence de mes efforts pour m'ouvrir un peu plus à Tora. Je ne parlais pas davantage mais mes sourires devenaient de plus en plus naturels – bien que toujours aussi rares – en sa présence. Je finissais par me conduire envers Tora de la même façon que je le faisais avec Kyo, seuls mes rougissements omniprésents et la tendresse amoureuse de mes gestes témoignaient de la différence de mes sentiments. Je n'avais toujours pas oublié la question que m'avait posée Hiroto mais essayais d'y penser le moins possible. C'était oppressant et je n'aimais pas cette impression d'étouffement. J'étais, de toute manière, persuadé que la réponse s'imposerait à moi tôt ou tard.

La semaine du deux au six juin fut réservée aux révisions, et le vendredi soir je rentrais seul à la maison, Kyo restant à l'école pour réviser en compagnie de Toshiya et Miyavi. Je relus à peine mes cours, préférant me concentrer sur la chanson que nous allions jouer devant Shou. Je m'étais habitué à chanter devant Nao, Hiroto, Yomi et Toshiya, mais je ne savais pas si j'allais réussir à le faire devant Shou. Alors, prenant ma guitare sèche, j'allai m'installer à la mezzanine, près du piano, et m'entraînai comme je pus. Je décidai de retourner à l'école le dimanche soir, les examens commençant le lendemain matin. Kyo et Tora furent ravis de me revoir et je leur fis un sourire timide en allant m'enfermer dans ma chambre pour faire de la guitare. J'étais inquiet pour l'épreuve de musique. Je ne voulais pas décevoir mon groupe mais j'étais de moins en moins confiant à l'idée de devoir utiliser ma voix devant le professeur. Soupirant, je reposai ma guitare sur le lit et allai prendre mon planning des épreuves pour l'accrocher sur mon bureau, le parcourant des yeux.

« Lundi 9 juin :
08 : 00 Mathématiques
10 : 00 Histoire
14 : 00 Dessin

Mardi 10 juin :
08 : 00 Chimie
10 : 00 Langues
14 : 00 Sport »

Je fronçai les sourcils en me demandant comment nous serions notés en sport et me mordillai la lèvre en constatant que j'allais devoir être au moins présent sur le terrain pour ne pas avoir la note éliminatoire.

« Mercredi 11 juin :
08 : 00 Littérature
14 : 00 Musique »

Penchant la tête sur le côté, je m'interrogeai sur la durée de l'examen de littérature. Je me promis de questionner Kyo.

« Jeudi 12 juin :
08 : 00 Chant »

Chant ? m'étonnai-je mentalement. Il allait falloir que je me renseigne auprès de Kyo. Il me rouspéterait sans doute pour m'y être pris à la dernière minute, mais ce n'était pas grave. J'aimais bien quand il me grondait gentiment, ça me rappelait Lui. Fronçant les sourcils en serrant les poings, je me forçai à ne pas contourner l'obstacle. Ça me rappelait mon frère, Satsuki. Je frissonnai légèrement, ça faisait tant de temps que je n'avais pas osé penser son nom de mon plein gré. J'avais fini par avoir peur de le prononcer mentalement et oralement, comme s'il pouvait m'écorcher les lèvres et les pensées. J'étais bête et peut-être un rien paranoïaque.

« Qu'est-ce que tu fais ? »

Sursautant brutalement, posant une main sur ma bouche pour ne pas crier, je constatai qu'il s'agissait de Kyo, riant joyeusement. Je lui lançai un regard boudeur, je n'aimais pas qu'il se moque de moi.

« Ce n'est pas drôle. »

« Pardon. Désolé de t'avoir fait peur, ce n'était pas mon intention, s'excusa-t-il alors. Mais tu semblais tellement absorbé par ton emploi du temps d'examen que je me demandais si tu ne t'étais pas statufié. »

« Hm. Je me rappelais de certaines choses. »

« Oh. Et ça donne quoi ? »

« Il doit être fier, je pense. »

« J'en suis heureux. »

Un petit silence flotta un instant dans la pièce avant que je ne lui pointe ma feuille du doigt.

« Combien de temps dure l'examen de littérature ? »

« Quatre heures. »

« Hm, c'est bien. »

Je relus un peu la feuille.

« Et comment ça se passe en sport ? »

« Les trois classes passent l'examen en même temps, expliqua-t-il. Ça se joue en plusieurs matches pour que Die puisse bien noter chaque personne. C'est une sorte de compétition si tu préfères. »

« Hm. »

« Même si tu ne joues pas, si tu es sur le terrain, ça limitera les dégâts je pense. »

J'approuvai d'un signe de tête.

« Et en musique ? »

« Chaque groupe a vingt minutes de passage devant Shou. On n'est pas obligé de durer les vingt minutes complètes, mais c'est pour avoir le temps de se mettre en place et de s'accorder ensemble. A la fin du morceau, Shou pose quelques questions sur votre manière de travailler, si vous vous êtes bien entendus, etc. »

« Hm, d'accord. Et c'est quoi le chant ? »

Kyo eut un petit rire sous l'enchaînement des questions.

« Chaque élève reprend le chant étudié en chorale seul face à Shou. Les autres ne sont pas dans la pièce, me rassura-t-il. Et l'ordre de passage est tiré au hasard. »

Il me fit ensuite les gros yeux et je baissai légèrement la tête.

« Tu aurais pu t'y prendre un peu plus tôt tout de même. »

« Désolé. »

Il pouffa en m'ébouriffant les cheveux.

« C'est rien. Après le chant, généralement, on va au réfectoire pour manger et on regroupe toutes les tables pour être tous ensemble. Puis après, on va tous au lac. »

« Au lac ? demandai-je en penchant la tête sur le côté. »

« Oui. En suivant la rivière, on finit par arriver près d'un lac. Et tous les ans, à la fin des examens, les élèves vont fêter ça là-bas. »

« Oh. »

Ça allait poser problème.

« Et tout le monde va dans l'eau ? »

« Non, certains préfèrent dorer au soleil. »

« Hm. »

Tant mieux, je ne savais pas nager.

« Tu viens ? fit-il en me tendant sa main. C'est l'heure de manger. »

Attrapant ses doigts du bout des miens, j'acquiesçai d'un signe de tête et nous descendîmes rejoindre les autres au réfectoire.

Les premiers examens se déroulèrent au mieux et celui de sport arriva trop vite à mon goût. Après le repas de midi, j'allai me préparer à la chambre, traînant le plus possible dans l'intention de retarder au maximum le moment où je me retrouverais sur le terrain. J'enfilai le large pantalon de jogging noir et le t-shirt blanc de la fac et passai une veste de survêtement grise. Kyo haussa fortement un sourcil.

« T'as pas trop chaud comme ça ? »

Je déniai de la tête, j'étais rarement importuné par la température extérieure. Il eut un petit rire, m'ébouriffa les cheveux, mit un short et un t-shirt, puis nous rejoignîmes le gymnase. Nao et Hiroto ouvrirent de grands yeux mais Kyo les prévint immédiatement que ce n'était pas pour jouer.

« Il est là pour ne pas se faire expulser, il ne veut pas que vous lui passiez la balle et l'évitera de toutes les manières qui soient. De plus, il refuse les contacts avec les autres. »

J'hochai la tête pour acquiescer en serrant ma main sur la sienne.

« Surtout les contacts avec les autres, précisa-t-il. »

« Hm. C'est dommage, je suis sûr que t'es un bon joueur, dit Nao. »

« Va falloir donner son maximum pour compenser l'inaction d'un de nos joueurs, prévit Hiroto. »

Nao approuva et ils se mirent à élaborer une stratégie. Kyo m'entraîna alors vers le banc habituel et s'affala dessus, me forçant à m'asseoir à ses côtés le temps que tout le monde soit prêt. A quatorze heures quinze, Die fit l'appel et, les élèves étant tous présents, nous fit un petit discours, nous demandant d'être fair-play. Le premier match opposa les premières et les deuxièmes années, et je réussis à rester sur le banc de touche, préférant attendre encore un peu. Puis le match suivant regroupa les deuxièmes et les troisièmes années, et finalement les troisièmes et les premières années jouèrent ensemble et je pris une grande inspiration avant d'aller sur le terrain. Cinq minutes avant la fin, alors que les deux équipes étaient ex æquo, la balle atterrit dans mes mains par je ne sais quel miracle. Ouvrant de grands yeux, je relevai la tête et tout le monde se figea, en attente de mon action. Lançant un regard à Kyo, appuyé contre le mur près de moi, il me désigna l'autre bout du terrain d'un coup de menton. Alors, attrapant la balle bien en main, je fis une longue passe en travers du terrain. Hiroto la rattrapa sans mal et profita de l'hébétude de l'autre équipe pour marquer. Ma classe applaudit bruyamment, redonnant vie à tous les autres. Et le match se termina avec une avance d'un point pour nous.

Le soir, je dînai rapidement et allai relire mes partitions pour l'examen du lendemain. Et je finis par m'endormir sur mes feuilles, à bout de forces. Je ne savais pas gérer le stress. Le lendemain, je me réveillai en sursaut et, avisant que j'avais quinze minutes de retard par rapport à mon réveil et mon horaire habituel, je me levai rapidement, pris mes affaires de douche et me précipitai vers la salle de bain. Je me lavai en vitesse, remis mon uniforme en le défroissant au maximum, et retournai dans la chambre. Je rangeai mes affaires et partis prendre mon petit déjeuner après avoir réveillé Kyo. Et finalement, je vins prendre mes affaires et rejoignis la salle de classe pour l'examen de littérature. Uruha était déjà présent et il m'invita à entrer d'un sourire.

« Alors, prêt pour mon examen ? demanda-t-il alors que je m'installai à mon bureau. »

J'hochai la tête.

« Je te fais confiance. Tu as un don pour l'écriture. »

Takeru et Maya entrèrent à leur tour et saluèrent poliment notre professeur avant de venir pour échanger quelques paroles avec moi. Mes autres camarades arrivèrent petit à petit et l'examen commença finalement. Il se passa particulièrement bien et quand la sonnerie annonça la fin retentit, j'eus l'impression qu'il venait à peine de débuter. Rangeant mes affaires dans mon sac, je déposai ma copie sur le bureau de Uruha, lui souhaitant une bonne fin de journée du bout des lèvres, et sortis dans le couloir. Tora m'attendait déjà, appuyé contre le mur à gauche de la porte. Il me fit un magnifique sourire, posa un baiser sur mon front en m'ébouriffant les cheveux et nous descendîmes manger. Je ne pus cependant pas avaler grand-chose, l'estomac noué d'angoisse. Tora le remarqua mais ne fit aucun commentaire en voyant que Nao était exactement dans le même état. Nous finîmes par remonter pour nous rendre à la salle de musique. L'ordre des groupes avait été imprimé sur une feuille, elle-même accrochée sur la porte close.

Groupe 1 :
Toshiya
Nao
Ruki
Hiroto
Yomi

Groupe 2 :
Reita
Kai
Miyavi
Aoi
Keiyu

Groupe 3 :
Rame
Tero
Giru
Sakito
Kyo

Groupe 4 :
Yuura
Yasuno
Mai
Maya
Takeru

Groupe 5 :
Chiyu
Mitsuru
Yuji
Masato
Jui

Groupe 6 :
Tomoyuki
Tohru
Hiroaki
Aiji
Wataru

Nous échangeâmes un regard stressé avant d'aller chercher nos affaires dans nos chambres. J'empoignai ma guitare et ma pochette de partitions avant de redescendre. Tous les élèves arrivèrent au compte goutte et Shou finit par passer la tête dans le couloir.

« Le groupe un peut entrer. Les autres, attendez en silence. »

Yomi entra, suivi de Toshiya, Nao et Hiroto. Je lançai un regard angoissé à Kyo qui posa un baiser sur mon front en me disant que tout irait bien. J'hochai la tête et entrai dans la salle en fermant la porte derrière moi. Le professeur m'offrit un sourire rassurant en m'invitant à prendre place. Je posai les partitions sur le piano, sortis ma guitare de sa housse et m'installai correctement.

« Il faut s'harmoniser, souffla Yomi. »

Ce que nous fîmes, accordant chaque instrument l'un avec les autres.

« Bien, nous sommes prêts, sourit-il pour Shou. »

« Alors c'est à vous. »

Il s'assit sur un tabouret, face à nous tous, et je lançai un regard à Toshiya avant de commencer. L'intro se passa parfaitement, Nao chanta sa phrase à la perfection, Hiroto se joignit à nous avec fluidité et Yomi mêla sa voix à la mélodie avec douceur. Et, me concentrant, je réussis à chanter mon couplet sans fausse note. Nous jouâmes notre morceau comme nous ne l'avions jamais fait, laissant toute l'émotion liée aux paroles emplir la salle. Le dernier 'Je t'aime' de Nao résonna dans la pièce sur les dernières notes de piano pour laisser finalement place au silence. Shou se releva, laissa passer un moment, le temps que nous rangions nos instruments, et nous offrit un sourire cachant mal son émotion. A cet instant, je fus fier de faire partie d'un groupe. Non, de ce groupe. Le professeur nous posa plusieurs questions sur le déroulement des cours, notre motivation, l'ambiance entre nous avant de nous laisser sortir et d'appeler le groupe suivant. Chaque élève ressortit de la salle en souriant, signe qu'ils pensaient avoir réussir et chacun repartit finalement réviser le chant du lendemain.

Le dernier examen ne se passa pas aussi mal que je le pensais, même si j'eus beaucoup de mal à ne pas faire trembler ma voix et ne chantai que la moitié du texte, m'excusant auprès de Shou pour cette prestation catastrophique. En sortant de la salle, je fus surpris de me retrouver face à Tora. Il me fit un doux sourire en venant me prendre contre lui et je lui rendis son étreinte avec un temps de décalage.

« C'est Nao qui est venu me chercher après être passé, il m'a dit que c'était à ton tour et que tu étais le dernier. »

« Hm. »

« Ca s'est bien passé ? »

Je déniai de la tête et il n'insista pas, attrapant simplement ma main pour m'emmener jusqu'au réfectoire où tous les autres se trouvaient déjà. Les professeurs et surveillants s'étaient joints aux élèves après avoir regroupé les tables et une joyeuse ambiance régnait dans la salle. Tora m'y entraîna et nous nous installâmes à leur côté. Le repas se déroula un peu trop bruyamment pour moi, mais je laissai couler pour ne pas refroidir l'humeur de mes camarades. Il fallait que je m'y réhabitue. Quand tout le monde eut fini de manger, chacun partit chercher une serviette de bain dans sa chambre avant de se précipiter vers le lac. Tora m'attendit patiemment et nous y allâmes calmement. J'observai avec admiration la nature qui m'entourait tout le long du chemin. C'était vraiment magnifique et silencieux. Des cris nous parvinrent au bout de plusieurs longues minutes et nous débouchâmes finalement devant le lac dont tout le monde parlait. Sakito, Takeru et quelques autres étaient restés sur la berge, profitant du soleil, mais la plupart des élèves étaient déjà à l'eau, tout habillés.

« Tu viens te baigner ? demanda Tora. »

Je déniai de la tête.

« Je vais aller avec Sakito et Takeru. »

Il me sourit, posa un baiser sur le coin de mes lèvres qui me fit rougir violemment et je pris son portable et sa serviette pour qu'il puisse se jeter dans le lac à son tour. Il ne tarda pas à rejoindre Hitsugi et Tero, pour s'amuser et sans doute les empêcher de faire n'importe quoi et de traumatiser les autres. Je rejoignis mes camarades tranquillement et Takeru me fit un grand signe de la main pour que je vienne m'asseoir à ses côtés, ce que je ne rechignai pas à faire.

« Tu vas bien ? me demanda-t-il avec un grand sourire. »

J'acquiesçai d'un signe de tête.

« Et toi ? »

« Très bien ! Maya ne devrait pas tarder à arriver, il est parti prendre une recharge de sucettes, pouffa-t-il. »

« Hm. »

« Tu ne vas pas te baigner ? demanda Sakito. »

Je déniai vivement.

« Je… ne sais pas… nager, avouai-je en entourant mes genoux de mes bras. »

« D'accord, on te protègera alors, sourit-il. Moi, j'ai peur de l'eau. »

« Vous me tenez compagnie, c'est cool ! s'exclama Takeru. »

Nous continuâmes à parler – du moins, ils parlaient et je les écoutais avec attention – pendant un bon moment, jusqu'à ce que Hitsugi ne crie mon nom avec un bonheur démesuré. Je refermai brutalement mes doigts sur mon pantalon d'uniforme et rentrai ma tête dans mes épaules. Takeru fronça les sourcils, lançant un regard de reproches au surveillant.

« Retourne enquiquiner ton Tero chéri et laisse Ruki tranquille ! protesta-t-il. »

« Mais oui, mais non, c'est moins drôle, bouda-t-il. »

« Je m'en fiche, file avant que je n'appelle Maya ! »

Hitsugi soupira profondément et retourna dans l'eau pour jouer avec les autres.

« Quel boulet celui-là, soupira alors Takeru. »

« Hm, approuvai-je. »

« J'avoue, il est saoulant, enchaîna Sakito. »

Je leur offris un micro sourire et la discussion reprit son cours. Ils parlèrent de leurs envies, de leurs espoirs, de leurs rêves. Et lentement, la réponse à la question de Hiroto s'infiltra dans mon esprit. Relevant brusquement la tête, je le cherchai des yeux sans le trouver. Je me redressai souplement, m'excusai auprès de mes amis et m'approchai de Nao.

« Où est Hiroto ? demandai-je alors. »

« Euh… il est retourné au bâtiment pour y déposer sa gourmette, répondit-il avec étonnement. »

Je le remerciai d'un signe de tête et partis en courant vers l'école. Je fusai directement vers la chambre de Toshiya, sachant que Hiroto était son colocataire, et manquai de le percuter jusque devant sa porte.

« Je… je sais… qui je suis… soufflai-je en me courbant pour reprendre mon souffle. »

Il me regarda en haussant un sourcil perplexe. Je me dressai face à lui, fixant mon regard sur son visage sans pour autant le laisser se plonger dans mes yeux.

« Je suis… Ruki Matsumoto. J'ai… dix-sept ans et… Je veux vivre. »

Il pencha la tête sur le côté.

« Je suis Ruki Matsumoto, répétai-je avec conviction. »

« Je sais, sourit-il. Je suis content que tu sois venu me le dire. Et aussi que ça t'ait fait réfléchir. »

Il tendit son bras comme pour m'ébouriffer les cheveux mais s'arrêta en me voyant rentrer la tête dans mes épaules.

« On y retourne ? Ils vont s'inquiéter de ne pas nous voir revenir. »

J'acquiesçai et nous rejoignîmes les autres pour finir tranquillement la journée.

Le lendemain, après avoir pris ma douche aussi tôt que d'habitude et ne voulant pas réveiller Kyo qui dormait paisiblement, je pris Choupi entre mes mains et descendis pour visiter la pièce dans laquelle je n'avais jamais osé mettre les pieds : la bibliothèque. La pièce était immense et contenait plus de livres que je n'en avais jamais vu de ma vie. Et pourtant j'en avais vu un sacré nombre. Faisant le tour des étagères, passant parfois un doigt sur une reliure avec respect, je finis par attraper un ouvrage qui me semblait intéressant, allai m'asseoir à une table, posant Choupi sur mes genoux pour qu'il soit confortablement installé, et me plongeai dans mon roman. Je sortis à midi pour aller manger avec notre petite bande sans les inquiéter ni leur dévoiler l'endroit où je m'étais soi-disant caché, et retournai à la bibliothèque pour tout l'après-midi. Puis, arrivé à la fin du livre, je le rangeai et filai dans ma chambre pour préparer mes affaires.

Le week-end passa rapidement, et malgré l'absence de cours de la semaine, je retournai à l'école avec Kyo, histoire de profiter de la présence de mes camarades avant les vacances. Depuis la sortie chez Miyavi, Reita passait les repas à essayer de me faire parler, et je me plaisais à écouter ses histoires pas forcément drôles et ses blagues que je ne comprenais jamais. Jui finissait toujours par soupirer en levant les yeux au ciel et je me sentis triste de savoir qu'ils ne seraient plus là l'an prochain.

Le mercredi dix-huit, j'étais installé tranquillement dans la bibliothèque, comme à mon habitude, et je m'étais plongé dans un recueil de poèmes. Cet endroit regroupait trois choses importantes : les livres, leur silence et leur odeur. C'était le Paradis sur Terre, et jamais je n'aurais pu rêvé mieux. Et, depuis que je savais que les résultats tombaient le vingt-quatre, j'attendais en me terrant ici matin et après-midi. Balançant doucement mes jambes sous la table, j'entamais à présent un livre sur Noël. J'avais hâte de retrouver l'hiver, n'aimant pas l'été et son soleil éblouissant. En hiver, tout est doux et calme. En été, tout est jaune et bruyant. Soupirant, je me plongeai de toute mon âme dans l'histoire de ces deux jumeaux de six ans demandant une maman au Père Noël.

« Je te dérange pas ? me demanda-t-on subitement »

Sursautant brusquement en relevant la tête, je poussai un petit soupir en voyant qu'il s'agissait de Tora. Je ne l'avais pas entendu arriver.

« Hm, jamais. »

« Tu fuis la foule ? »

J'acquiesçai d'un signe de tête.

« Et Hitsugi. »

Il eut un petit rire.

« Mais Hitsugi fait fuir tout le monde, Tero mis à part. Tu lis quoi ? »

« Des histoires de Noël, répondis-je en lui tendant mon livre. »

« En plein été ? s'étonna-t-il en parcourant le résumé aux dos. »

« J'aime bien l'hiver. »

« Je préfère l'été, avoua-t-il en souriant avant de me rendre le livre. »

Puis il s'installa un peu mieux dans sa chaise, et m'observa.

« Comment ça se passe, l'attente des résultats ? »

J'haussai les épaules.

« Bien. J'en profite pour découvrir le large choix de lecture que m'offre la bibliothèque. »

« Tu n'y étais pas encore allé ? »

« Jamais. C'était trop grand au départ pour que je m'y sente à l'aise. »

« Et elle était plus fréquentée que ça en milieu d'année. Maintenant que les cours sont terminés, les élèves profitent plutôt pour aller flâner dehors. »

« Hm. »

Je refermai doucement mon livre et me passai une main dans les cheveux.

« Tu venais me chercher ? demandai-je ensuite en lui lançant un regard par dessous mes cils. »

« Je te cherchais tout court, sourit-il. J'en avais marre de devoir jouer les gendarmes tout seul, alors j'avais envie de passer ma pause avec toi. »

Je lui offris un de mes minuscules sourires.

« Ca ne doit pas être facile de surveiller maintenant qu'on n'a plus cours. »

« C'est abominable, avoua-t-il. Les élèves sont complètement lâchés, et je peux pas compter sur les autres surveillants plus d'une demi-heure. »

« Alors ne t'en occupe plus. »

« Ca va devenir un champ de bataille si quelqu'un ne s'en occupe pas. »

« Et ils se rendront compte de ce qu'ils font. Tu n'as pas à tout faire tout seul. »

« Bah, de toute manière, ils seront calmés quand les résultats arriveront. T'en fais pas pour moi, j'ai l'habitude, sourit-il. »

Penchant la tête sur le côté, je clignai des yeux plusieurs fois avant de pousser un petit soupir.

« Je ne sais pas… comment tu fais. »

« Comment je fais quoi ? »

« Tout gérer, et sourire. »

« Des années d'entraînement sûrement. Et un bon soutient, avoua-t-il en m'ébouriffant les cheveux. »

Fermant les yeux pour savourer son geste, je me penchai un peu vers lui pour sentir davantage sa présence.

« Ca te dirait qu'on se voit un peu pendant les vacances ? demanda-t-il alors avec douceur. »

Soulevant soudainement les paupières pour plonger dans son regard, je cherchais à savoir s'il était sérieux.

« Comment ça ? »

« Je sais que ça peut paraître un peu… précipité, avoua Tora. Ca fait un mois qu'on est ensemble, ça peut faire un peu court mais… après c'est les grandes vacances. On pourrait en profiter pour se voir quelques jours… »

« Je… je veux bien, soufflai-je. Mais… je dois demander… à mes parents. »

« Je comprends. En plus te ne dois pas les voir souvent à cause de l'école… »

« Hm. Mais… ça me ferait plaisir… de te voir. »

Tora eut un nouveau sourire, et passa un doigt sur ma joue. J'avais remarqué que c'était un geste qu'il aimait bien faire.

« A moi aussi. Et puis ça serait l'occasion de se connaître un peu mieux. »

« Oui. Loin de Hitsugi. »

« Ca serait une bonne chose, en effet, rit-il. »

Me figeant, je savourai l'éclat de son rire. C'était une des choses les plus chaleureuses que je connaisse.

« Tu veux aller leur demander maintenant ? »

« Comment ? m'étonnai-je. »

« A tes parents, sourit-il. »

« Oui, mais comment ? répétai-je. »

« Quoi comment ? »

« Il y a un téléphone, ici ? »

Je n'y avais jamais prêté attention. N'aimant pas parler, j'avais banni le téléphone de ma vie.

« Oh, tu veux que je te prête mon portable ? réalisa alors Tora. »

J'acquiesçai d'un signe de tête. Il ne devait pas être habitué à avoir affaire à un jeune étudiant sans téléphone portable.

« Mais je ne sais pas m'en servir. Et le numéro de chez moi est dans mon portefeuille. Au fond de mon sac. Dans ma chambre, lui appris-je en essayant de me souvenir où exactement. »

« OK. On peut monter alors si tu veux. Je t'expliquerai comment faire. »

« Hm. »

Je me levai souplement et allai ranger le livre, personne ne viendrait l'emprunter. Puis je retournai près de Tora et attrapai sa main en me dirigeant vers la sortie. Tora resserra ses doigts contre les miens, et se laissa mener hors de la bibliothèque. Une fois devant la chambre numéro dix-huit, je récupérai mes clés au fond de ma poche et déverrouillai la porte afin de laisser passer Tora. J'avais réellement de la chance de dormir avec Kyo, nous aimions tous deux que la pièce soit neutre et bien rangée.

« Impressionnant, j'ai jamais vu une chambre aussi bien rangée, souffla Tora en entrant. J'ai envie de vous décerner une médaille, quand je vois l'état des autres… »

« Nous n'avons pas de réels mérites. C'est juste… vide, soufflai-je en refermant la porte derrière moi. »

Un peu comme moi, ajoutai-je mentalement.

« En tout cas vous risquez pas de vous perdre. »

« Le bâtiment est déjà bien assez grand pour ça. »

Et je me dirigeai vers mon sac pour chercher après mon portefeuille alors que Tora s'asseyait sur mon lit en attendant. Retournant mes quelques habits tout en prenant garde à ne pas abîmer mes livres et mes cours, je finis par retrouver ce que je cherchais et m'assis sur mes pieds. Ouvrant doucement l'accessoire, j'en sortis une photo un peu jaunie. Elle nous représentait, mes parents, Lui et moi. Je me souvenais parfaitement de ce jour. Ma mère avait invité sa sœur, son mari et ses enfants à venir fêter Pâques à la maison. J'avais cinq ans et Il veillait sur moi avec attention, empêchant nos cousins de venir m'embêter. Puis Il avait demandé à ce qu'on prenne une photo de famille et ma tante s'était proposée de la faire. Il s'était empressé de s'installer sur une chaise, me prenant sur ses genoux, et mes parents s'étaient postés de part et d'autre de nous. Tous les trois avaient un sourire resplendissant et, même si mon propre sourire faisait pâle figure à côté des leurs, mes yeux brillaient d'un éclat qui s'était éteint au fil du temps. Je contemplai ce portrait de famille un instant. Lui et moi n'avions rien en commun. J'avais les cheveux aussi blonds que les blés et les yeux aussi bleus qu'un ciel d'été, et Il avait des cheveux d'un noir de jais et des yeux aussi sombres qu'un ciel d'orage. Soupirant, je retournai la photo et y retrouvai nos différents numéros de téléphone, dont le plus récent. Alors, me relevant, j'allai la tendre à Tora. Il la prit entre deux doigts et, après avoir regardé vaguement les numéros de téléphone, il retourna la photo.

« C'est ta famille ? questionna-t-il. »

J'hochai la tête en m'asseyant à ses côtés et lui racontai dans un murmure l'histoire de cette photo.

« Tu as un beau sourire, souffla-t-il en passant un doigt le long de ma tempe. »

« Hm, peut-être. Mais je n'ai jamais réussi à L'égaler. »

« C'est vrai qu'il a un beau sourire aussi. »

J'acquiesçai vivement en posant ma tête sur l'épaule de Tora. Celui-ci passa une main à ma taille, comme pour me soutenir.

« Tu notes tous tes numéros de téléphone derrière cette photo alors ? demanda-t-il. »

« Oui. Comme je ne téléphone jamais, c'est le seul moyen de les avoir sans les perdre. »

Tora approuva d'un signe de tête, puis sortit son portable de sa poche.

« Je t'explique, ou je te montre ? »

« Les deux. »

« OK, sourit-il. C'est tout simple pour appeler, il suffit que tu tapes le numéro comme sur un téléphone normal, puis tu appuies sur la touche d'appel. »

Et il me désigna la touche correspondante.

« Et c'est tout ? »

« C'est tout, tu entendras sonner, comme pour un simple téléphone. Je te laisse faire ? »

J'approuvai en prenant sur moi, mordillant ma lèvre inférieure. Tora ralluma son portable, puis me le tendit avec un petit sourire. Fronçant les sourcils sous la concentration, je tapai tous les chiffres consciencieusement.

« Je dois appuyer là, c'est ça ? demandai-je en relevant les yeux vers Tora. »

« Hm, hm. La touche verte. »

Inspirant profondément, j'appuyai sur la touche indiquée et portai l'appareil à mon oreille. Une sonnerie retentit, puis deux, et finalement la voix de mon père.

« Allô ? »

« Bonjour Papa. »

« Fiston ? Il y a un problème ? s'inquiéta-t-il. »

« Non, pas du tout, rassurai-je. Je… je voulais juste savoir si… pendant les vacances… je pourrais aller… chez Tora… »

Ma voix avait diminué de volume au fur et à mesure que je formulais ma demande et je sentis mes joues gagner quelques degrés. J'entendis son sourire et mon cœur battit plus vite. Je n'avais pas avoué à mes parents que Tora était en réalité mon petit ami, ne sachant pas comment aborder le sujet, et je me demandais s'ils avaient deviné.

« Et bien, je n'y vois aucun inconvénient. Seulement, ce ne sera pas avant fin juillet, nous partons en vacances en famille jusqu'au vingt-et-un. »

Me tournant vers Tora, je tremblai légèrement en ne sachant que répondre.

« Je… je te passe Tora ! »

Et je lui rendis son téléphone avant de m'éloigner un peu, comme pour fuir cette prise d'initiative. Intrigué, celui-ci récupéra son portable en haussant un sourcil.

« Allô ? »

Je me refermai un peu sur moi-même, serrant mes genoux contre mon torse et le laissai discuter avec mon père. Il fallait que je pense à m'affirmer, mais le fait que je ne sache pas comment agir ne m'aidait pas à m'ouvrir et à m'imposer. Tora finit par raccrocher et me lança un sourire flamboyant. Rougissant doucement, je l'interrogeai du regard, tortillant mes doigts les uns avec les autres. Tora se pencha alors vers moi pour déposer un baiser furtif au coin de mes lèvres, avant de me caresser la joue.

« C'est OK, souffla-t-il. »

Mes joues prirent un peu plus de couleur encore et je baissai la tête.

« Je suis… content. »

« Moi aussi. Tu arrives le vingt-quatre, ça fait pas trop court entre ton retour de vacances, et le départ ? »

« Non. Je n'aurais pas le temps de ne rien faire. »

« Alors c'est impeccable ! »

« Hm. »

Timidement et avec hésitation, je m'approchai légèrement de lui pour poser ma joue contre son torse. Tora se décala légèrement pour mieux me prendre contre lui, et remit son bras autour de moi.

« Ca ne te dérange pas… quand je fais ça ? demandai-je alors, inquiet de son bien-être. »

« Absolument pas. Tu peux pas savoir à quel point ça me fait plaisir. »

Soulagé, je me blottis tout contre lui. Les battements de son cœur résonnaient dans mon crâne. J'adorais ça. Il passa une main dans mes cheveux, et caressa doucement mes mèches.

« Alors… Je vais voir où tu habites, soufflai-je comme pour essayer d'en prendre pleinement conscience. Ça ne va pas embêter Nao ? »

« Pourquoi ça l'embêterait ? »

« Je n'en sais rien. Je vais chambouler vos habitudes. »

« Je ne crois pas que ça le dérangera, on a pas un emploi du temps très précis pendant les vacances. Il serait heureux que tu viennes. Hiroto aussi certainement. Désolé, t'es pas tombé sur les élèves les plus calmes de ta classe, sourit-il. »

« Ce n'est pas grave, assurai-je. »

Rouvrant les yeux pour admirer son visage, je fis glisser mes doigts sur sa joue.

« Combien de temps je resterai ? »

« Je ne sais pas, c'est comme tu as envie. Une semaine, une dizaine de jours ? Tout dépend si tu te sens à l'aise ou pas. »

« Si tu es là, alors ça ira. »

« Tout est parfait alors. J'appellerai mes parents ce soir pour leur dire, d'accord ? »

« Hm. »

M'installant de manière à poser ma tête sur ses cuisses, je tendis le bras pour jouer avec les mèches de cheveux un peu plus longues qui tombaient sur ses épaules. Tora en fit de même, caressant mes cheveux blonds. Clignant un peu des yeux sans bouger, je finis par lui offrir un léger sourire. Je n'aurais jamais cru au début d'année pouvoir tomber amoureux ni m'ouvrir autant.

Le lendemain, Tora vint me retrouver à la bibliothèque pour m'annoncer que ses parents étaient d'accord pour que je vienne chez eux pendant les vacances. Et je réussis, je ne sais comment, à le faire rester avec moi pour l'après-midi, le convainquant même de me lire l'histoire.

Le week-end, je rentrai à la maison sans Kyo, ce dernier décidant de profiter de la présence de Toshiya au maximum. J'étais heureux qu'il soit aussi épanoui en amour. Il avait fini par faire abstraction de son sombre passé pour vivre dans la joie et ça me faisait chaud au cœur. J'expérimentai de nouvelles recettes, lus plusieurs romans, fis de la guitare, essayant de créer une mélodie qui retranscrive le bien que me faisait la présence de Tora, et me reposai. Une fois de retour à l'école le lundi matin, j'allai déposer mon sac dans ma chambre et partis immédiatement à la recherche de mon petit ami. J'avais un peu peur de le retrouver en présence de Hitsugi mais il était en fait endormi sur une table de la bibliothèque. Son livre encore ouvert lui servait d'oreiller. M'installant face à lui, je l'observai dormir un moment avant de tendre le bras pour caresser ses mèches. Il se réveilla doucement et m'offrit un sourire endormi.

« Bonjour, saluai-je avec un léger sourire. »

« Bonjour. »

Il se frotta les yeux, s'étira et referma son livre. Le recueil de poèmes que j'avais lu la semaine passée. Puis il se leva, posa un baiser sur mon front et m'emmena à l'extérieur pour profiter de la chaleur matinale.

Le mercredi vingt-quatre, ce fut l'effervescence, tout le monde stressant plus ou moins dans l'attente des résultats. Ils furent affichés sur la porte du bureau de Klaha et tous les élèves s'y agglutinèrent pour les savoir en premier. J'attendis à l'écart, le temps que le passage soit dégagé, et atteignis finalement le panneau. Malgré ma note plus que pitoyable en sport et celle presque aussi inadmissible en chant, j'étais le premier de la classe. Je détestais ça.

La semaine jusqu'au vingt-sept passa un peu trop rapidement à mon goût. J'allais devoir dire au revoir à tout le monde, sachant que je ne reverrais ni Aoi, ni Kai, ni Reita, ni Jui l'an prochain, tous les quatre ayant eu leur année. Tora me rassura en me disant que les vacances passeraient vite et que je retrouverais tout le monde à la rentrée. Alors je saluai mes amis d'un sourire timide et d'un geste de la main, posai un baiser sur les lèvres de Tora en rougissant, et partis de mon côté, main dans la main avec Kyo. Je fus soulagé qu'il soit avec moi et me serrai contre lui. Pour la première fois de ma vie, je ressentais de la peine à quitter un endroit et des camarades. Je commençais réellement à guérir.

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A suivre...

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Déclaration de fin : Je vais peut-être poster des bonus (qui expliqueront la vie de certains persos secondaires), ça intéresse quelqu'un ?