Wild Nature

Disclaimer: Thanks for letting us play with those wonderful characters.

Chapter 9 : … before the storm

Hannibal Lecter, 64 ans, 1 m 72, 90 kilos, vieux matou couvert de cicatrices, armé et excessivement dangereux... Quel signalement sur la liste des dix criminels les plus recherchés par le FBI!

C'était la réflexion ironique que se faisait le docteur en regardant Clarice Starling nettoyer soigneusement ses plaies et changer son pansement. La jeune femme s'appliquait et s'improvisait infirmière avec beaucoup de zèle. Il l'observait silencieusement, fasciné par ses moindres gestes. Clarice évitait systématiquement son regard, gênée de cette attention.

La jeune femme s'était attachée à lui, c'était indéniable. Elle ne pouvait plus nier l'attirance qu'elle ressentait, l'angoisse qui l'avait saisie quand elle avait cru qu'il n'allait pas s'en sortir. Cependant, elle continuait à étouffer dans l'œuf ce que lui soufflait son cœur. Elle ne pouvait affronter l'idée qu'elle soit tombée amoureuse du tueur en séries le plus recherché des Etats-Unis. Sa moralité ne lui laissait pas de répit et elle refoulait au plus profond d'elle-même ce sentiment.

"Voilà, j'ai terminé."

Lecter lut l'indécision dans son regard. Il leva la main vers le visage de Clarice et la posa sur sa joue.

"Clarice…"

"Oui, Docteur?"

Il fit la grimace devant l'utilisation de son titre et retira sa main.

"Quand seront-ils là?"

"Qui, ils?"

"Vos amis du FBI…"

Elle resta sans voix un bref moment. Mais passées les premières secondes de choc, elle sentit la colère l'envahir.

"Vous ne croyez tout de même pas?…

"Je suis prêt à tout croire venant de votre part, imprévisible Agent Starling."

Elle explosa soudain.

"Arrêtez de m'appeler comme ça!"

"Oh? Et pourquoi pas?"

"Parce que ce n'est plus ce que je suis! J'ai longtemps cru que le FBI me définissait mais ce n'est plus le cas aujourd'hui!

"Qu'est-ce qui a changé, Clarice?"

"Vous!!! Vous m'avez changé!!! Et vous le savez parfaitement bien!!!"

Hannibal inclina la tête sur le côté, prêt à entendre la suite.

"… Vous avez tout fait pour que cela arrive en me forçant à ouvrir les yeux pour regarder la vérité en face… Et maintenant, j'en suis là!… Mon dieu, pourquoi faut-il que vous ayez toujours raison?"

"Je porte un regard lucide sur les êtres…"

"Oh, comme je vous déteste quand vous faites cela!"

"Non, Clarice, vous ne me détestez pas."

"Si! Je vous déteste!"

Un silence. Impassible, Hannibal Lecter soutint le regard furieux qu'elle lui lança. Calmement, il reprit :

"Clarice, vous êtes comme les enfants lorsqu'ils sont acculés et n'ont plus le choix…" Il soupira et son regard devint lointain. "… Les choses auraient été infiniment plus simples si nous n'avions éprouvé que de l'indifférence l'un envers l'autre…"

Clarice n'avait pas envie d'explorer ce qu'il impliquait mais elle ne put s'empêcher d'envisager ce cas de figure. De l'indifférence… Elle éprouva soudain de la tristesse. Plus simples, c'est vrai mais tu n'aurais rien eu auquel te raccrocher. Et tu n'aurais rien compris. A Hannibal Lecter... Au sens de ta vie... A ce métier que tu t'es mise à détester et que tu fais malgré tout, faute de mieux…

"… J'aurai eu plaisir à jouer longtemps avec vous comme un chat avec une souris avant de vous tuer…"

Lecter semblait à son tour plonger dans la contemplation d'un scénario plausible de leurs relations. Clarice se révolta contre l'arrogance de ces propos.

"… Vous êtes bien présomptueux! Qui sait? C'est peut-être moi qui vous aurais tué ou capturé!"

A nouveau un silence et un nouvel échange de regards. Clarice pressentait qu'il allait dire quelque chose qui la mettrait mal à l'aise.

"Pourriez-vous me tuer, Clarice?"

La jeune femme sentit son estomac se nouer. Elle secoua la tête.

"Non."

"Un aveu d'impuissance?"

"Je ne veux pas votre mort. Je ne l'ai jamais voulue."

"Pourtant vous savez que c'est la mort qui m'attend si je retourne derrière les barreaux?"

Lecter observa le désarroi de la jeune femme en proie à ses démons intérieurs. C'était là que sa logique faiblissait et qu'elle se retrouvait dans l'impasse. Même si elle n'appuyait pas sur la gâchette, elle ne voulait pas sentir le poids de la mort d'Hannibal Lecter sur sa conscience. Elle n'était ni un juge, ni un bourreau. Elle protégeait. Sans discrimination. Encore et toujours les agneaux. Elle chassa ces pensées et lui fit la réponse qu'elle espérait la plus évasive.

"Je préfère vous savoir libre et vivant quelque part…"

Lecter eut un hochement de tête, reconnaissant implicitement l'ambiguïté de ses propos.

"Libre et vivant quelque part, mais loin de vous… pour ne plus vous confronter à vos peurs, pour ne plus avoir à faire un choix entre votre devoir et ce que vous souffle votre cœur, n'est-ce pas?

Clarice ferma brièvement les yeux et murmura, incapable de lui mentir :

"Oui."

"Vous me rendez responsable de tous vos malheurs depuis dix ans?"

Elle haussa les épaules en évitant son regard.

"C'était si tentant…"

"… Mais nous savons tous les deux que c'est une solution de facilité et qu'il y a bien plus en jeu derrière tout cela…" termina t'il avec douceur. "Chacun de nous porte sa croix, Clarice. La vôtre semble plus lourde que la mienne. Vous êtes du côté de la justice et du "bien" - défini selon les critères sociaux - et pourtant, la façon dont vous avez bâti votre vie ne vous apporte aucune satisfaction, aucun plaisir. Bien au contraire... Avez-vous jamais été heureuse?"

Clarice sentit les larmes noyer son regard et se frotta les yeux pour les refouler.

"Quand mon père était encore vivant… Après, tout n'a été qu'une succession de déceptions, de chagrins, de colères…"

"Pourtant, cette rage vous a fait avancer… Elle est devenue le moteur de cette ambition dévorante qui a fait de vous l'Agent Starling du F...B...I…" Il eut un sourire carnassier en évoquant ces paroles. "… Or, vous me dites que vous n'êtes plus cela aujourd'hui. Je m'interroge : qu'êtes-vous donc? Dites-moi, Clarice, auriez-vous perdu toutes vos illusions?…"

La jeune femme le regarda, mal à l'aise. Le ton d'Hannibal était à présent plus mordant. La douche froide après le réconfort. C'était si typique de lui.

"… Où sont passé les rêves d'avancement et de réussite sociale? Et cette loyauté envers le FBI? Que reste t'il de ces devoirs envers les lois et la société? De cette moralité si chère à papa Starling?…"

Clarice avait la gorge serrée. Il savait marteler là où cela faisait le plus mal. Elle réussit à articuler péniblement :

"Arrêtez, s'il-vous-plaît…"

"Répondez à mes questions…"

Le Docteur n'avait pas haussé la voix, mais le ton s'était fait plus intense. Il la guettait à présent comme un chat le ferait avec un canari. Clarice réagit vivement, comme si elle avait reçu un coup de fouet. En l'espace de quelques secondes, elle se revit quelques années en arrière, devant la cellule du Docteur dans cet hôpital de Baltimore. La même tension, le même malaise s'emparèrent d'elle. Un frisson involontaire parcourut tout son corps.

Hannibal s'immergea dans la vision de Clarice aux abois. Il sentit le changement chimique qui s'opérait en elle, l'odeur de la sueur glacée sur sa peau. Il vit les pupilles de la jeune femme se dilater, trahissant un moment d'angoisse et d'incertitude. Et ce frisson qu'elle avait tenté de masquer… Il était parvenu à la déstabiliser.

Il avait vu un nombre incalculable de fois ce scénario se produire et systématiquement, cette situation avait été plaisante pour lui. Contrôler tout en effrayant était un jeu qu'il affectionnait particulièrement. Sauf aujourd'hui. Il risquait gros en testant ainsi Clarice. Il ignorait s'il avait gagné la jeune femme à sa cause durant ces quelques jours et si elle était prête à affronter ses sentiments…

Clarice se tut encore pendant un moment. Elle prit une profonde inspiration et le regarda dans les yeux.

"Je ne suis plus qu'une femme qui aime un homme en dépit de tout ce qu'il a fait… Une femme qui a ouvert les yeux sur ce qui l'entoure, qui ne voit que corruption, hypocrisie, mensonge au sein d'une institution sensée être un modèle de vertus et de haute moralité… Une femme qui a trouvé dans l'un des criminels les plus terrifiants de cette décennie, l'honnêteté, la franchise, la droiture qu'elle apprécie tant… Une femme qui admet enfin ses sentiments… Une femme qui est lasse de se battre contre elle-même et qui met sa vie entre les mains de celui qu'elle aime… Qu'il en dispose comme bon lui semble…"

Lorsqu'elle se tut, une larme coula sur la joue de la jeune femme et ses lèvres se mirent imperceptiblement à trembler. Elle lui avait tout dit. Un grand poids venait comme par magie de disparaître de ses épaules. En même temps, elle était parfaitement consciente que s'il la rejetait maintenant, il ne lui resterait plus rien. Alors peu lui importait à présent de mourir de sa main. Au contraire, il lui rendrait service.

Hannibal Lecter ferma brièvement les yeux et les ouvrit sur la vision de Clarice, brave, sereine et offerte.

"Agnus sacrificationis…" murmura t'il.

Le jeune femme continua bravement à le regarder, en retenant les sanglots qui menaçaient de la submerger devant l'incertitude du moment. Elle n'avait pas compris ses paroles mais elle préférait ne pas lui demander leur signification de peur qu'elle perde toute contenance.

Les secondes s'écoulèrent sans qu'aucun ne fasse un geste ou ne prononce un mot. Finalement, Lecter leva une main et toucha le visage de la jeune femme.

"Clarice… oh, Clarice…"

Sa voix était descendue d'un ton, se faisant plus rauque, plus sensuelle. Clarice plongea son regard dans les yeux impénétrables du docteur et essaya de deviner ses intentions. Ebahie, elle se rendit compte qu'il la laissait lire dans son âme. Emue par cette confiance aveugle, elle leva à son tour une main vers son visage, alors que son cœur battait à se rompre dans sa poitrine. Elle était sûre que le docteur l'entendait.

Lentement, leurs visages se rapprochèrent et leurs lèvres se tendirent. Clarice ferma les yeux, prêt à recevoir le baiser d'Hannibal…

… A suivre…