An Evil on my face

Je navigue dans le vague. Ce matin de printemps je m'étais couché et levé éméché. Le genre de journée autodestructrice. Je suis cette bougie qui se consume instamment jusqu'à en voir la flammèche s'éteindre dans son propre liquide. Je suis allé sous la douche jamais douche froide ne m'avait autant fait l'impression d'une avalanche, j'étais caillassé sur tout le corps, genre d'impie face au culte de la bienséance. Quand mon regard rencontra mon reflet dans la glace je ne compris pas qui était ce garçon blond, des poches sous les yeux encore rougie de sa nuit courte et éthylique. Mon œil gauche ne supportait pas les lumières trop vives, et l'ampoule de la salle de bain me faisait l'effet d'un soleil d'été. Mes muscles geignaient tous un par un à chaque geste que je leur imposais, –à contre cœur d'ailleurs- ils étaient maladroit. Lorsque je me servis un bol de céréale, la moitié se rependis sur la table, bientôt rejoint par un raz de marré lacté. Coude sur la table, je pestais, je ronchonnais avec toute la force d'un souffle roque et épuisé.

J'ai joué au con en connaissance de cause. Je pris mon sac. Il était léger comme une plume j'avais oublié feuilles, livres et stylos sur mon bureau, mais je ne me rendais compte de rien. Ma tête était à mille lieux de là, peut être encore dans un sommeil comateux, mon corps bougeait de lui-même, il s'activait à une pénible habitude. J'arrivais à l'arrêt de bus, et par on ne sait quel miracle ou ironie, j'étais à l'avance. Stanley était seul à attendre, je passais devant lui, le regard torve, et m'accroupi, une cigarette à la bouche, les bras ballant sur les genoux. De loin je l'entendis dire un « Sa va Ken' ? ». Je grommelais quelque troublant borborygme à travers ma capuche baissé, il comprit que ce ne devait pas être le bon jour pour discuter, alors il s'assit par terre à son tour. Je lui jetai un coup d'œil.

Stanley ne c'était jamais rendu compte du charme qu'il avait, à force de se complaire dans une relation en alambic avec toujours la même gonzesse, il en avait oublié de regarder un peu ce qui se passait autour de lui. Il n'avait jamais prit conscience du magnétisme qui l'auréolait. Il n'avait jamais joué aux jeux de l'adolescent, à ce côté très animal de la séduction : pâmer ses atouts pour attirer les convenances de quelques conjointes, les hypnotiser, parader pour saisir leurs bonnes grâces. Tout ça lui passait au dessus de la tête. La chute sera terrible pour lui s'il n'apprenais pas vite à voir ailleurs, parce que sa bécasse de Wendy, elle, n'hésitait pas une seconde à reluquer un cul, à baver sur d'autre abdos que Stan, à s'émoustiller devant des lèvres nouvelles. Stanley avait ce charme masculin, mais aussi ce putain d'esprit candide : le grand amour, le coup de foudre, l'âme sœur tout ça, il est le seul à le vivre, à le ressentir.

C'est triste, il y a des plaisirs tellement bête, si simple, mais, lui, reste dans une complexité, l'égide d'un romantique…

D'une main je descendis un peu le col brouillant l'audible de ma bouche. De loin, je m'entends encore dire son nom de cette voix chaude mais toujours aussi cassé. De loin, je me vois comme un prédateur attendant son moment, fondant sur ses lèvres à peine ses yeux bleus ont capté les miens. Je crois que c'est pour trouver une excuse à mon acte, pour me donner une pointe de bonne conscience dans mon amoralité, que je le vois comme ça : viril, beau, charismatique mais si innocent et poète maudit. En fait je crois qu'il m'attire vraiment ce con.

Il rougit comme une pucelle quand ma langue va pour danser contre la sienne. On est étalé sur le bord de la route, je suis au dessus de lui qui se retient sur ses coudes pour ne pas totalement s'effondrer sous mon poid. Il tente de me résister mais rien y fait et il le sait, Eric le dit souvent « On ne te refuse jamais rien, tu es si pauvre matériellement qu'on t'a doté d'un je ne sais quoi physique, irrésistible, ensorcelant. T'auras jamais de mal à te faire entretenir par une vieille connasse toi! ».

Je sais que nous ne sommes pas à l'abri de tous les regards. J'enjoins Stan à me suivre, je le lève toujours entrain de lui bouffer la figure, mes mains s'insinuent partout sur lui. Il y a quelque arbre derrière l'arrêt, suffisamment pour être plus tranquille. Je le colle au tronc, il m'implore d'arrêter, je me caresse à lui, lui arrache quelque gémissement lorsque mes dents empoignent la peau de son cou. Il s'affaisse sur lui-même, le souffle déjà court, le teint brûlant Recroquevillé contre l'arbre, je lui délaisse le visage, son sexe est droit derrière son boxer et son jean, je le sais, je le sens, et il s'insurge dans sa prison de tissu, alors je le délivre. Je n'ai jamais vu Stan aussi désemparé, entre le plaisir, la colère, la honte, et l'impuissance. Finalement quand je le prends en bouche il m'incite à aller plus vite, plus au fond, m'arrachant au passage les cheveux, comme un genre de vengeance juvénile. Pour ma part, je n'ai jamais pris autant de plaisir à tailler une pipe, sans doute l'exotisme de la situation : j'entends Kyle et Eric s'engueuler –encore- prés de l'arrêt de bus, et moi je suis là entre les jambes de Stan, à l'abri des regards, et puis il faut dire que j'en avais envi.

Étonnement quand il se sentit venir, Stanley oublia toutes les convenances, il ne me prévint pas, son sperme se rependit dans ma bouche. Ses yeux tel des lagons regardait les miens, alors que j'avais encore son sexe enfonçait dans la bouche. Par goût du jeu, je lui appliquai un dernier coup de langue avant de me retirer et de lui montrer que j'avalais tout.

Il rougit de plus belle. Je lui souris, pourlèche mes lèvres, impertinent, je porte un diable sur le visage.

J'avais gagné! J'aimais gagner.