Note de l'auteur : Après un mois et des brouettes à vous faire mariner dans votre jus, je vous ponds enfin la suite ! Navrée pour la longue attente, j'ai eu du mal à gérer mes activités IRL, le boulot et les deux autres fanfics que j'écris en parallèle.
Nous approchons de la fin. Encore deux chapitres et c'est terminé...
Merci à vous tous pour votre patience, votre soutien et vos adorables messages !
Bonne lecture !
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Chapitre 8
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Les cils de Merlin frémirent sur ses joues et ses paupières papillonnèrent jusqu'à s'entrouvrir. Les premières lueurs de l'aube éclairaient son visage et il cilla tandis que ses pupilles se rétrécissaient, les yeux rivés sur le plafond familier – celui de sa chambre. Il se trouvait allongé sur son lit dur, tout habillé et une couverture remontée jusque sous son menton.
Il se redressa avec un bruissement de vêtements froissés.
« Tu n'as plus l'air sur le point de mourir. Tant mieux.
Désorienté et confus, le jeune sorcier tourna la tête au son de la voix et ses yeux s'arrêtèrent sur Arthur assis à son chevet. Son ami ne le regardait même pas. Merlin pouvait apercevoir son profil – la tête du prince était tournée vers la fenêtre qui filtrait le soleil, et les pâles rayons formaient comme un halo sur ses cheveux blonds.
- Sire... souffla Merlin en repoussant la couverture pour poser à terre ses pieds encore chaussés.
Mais Arthur ne le regarda pas davantage. Son regard était lointain, et ses yeux soulignés de cernes restaient obstinément tournés vers l'extérieur.
- C'est une bonne chose, parce que sans Gaius, nous n'avons plus de physicien. Tu assureras ses fonctions jusqu'à ce qu'arrive son remplaçant que j'ai fait mander de Mercia.
Le nom du vieil homme suffit pour rappeler brusquement à mon jeune maître les événements qui avaient précédé sa perte de connaissance, et la lame effilée des remords gela son cœur. La dernière image de celui qu'il avait toujours considéré comme un père se découpait nettement dans son esprit, sa silhouette voûtée absorbée par la noirceur du monde des morts. Gaius n'aurait jamais dû mourir si tôt, il était supposé mourir de vieillesse dans de nombreuses années. Merlin agrippa de ses poings tremblants la couverture sur ses genoux, peinant à respirer tant sa gorge se comprimait.
Tout était de sa faute. S'il avait trouvé un moyen d'arrêter Morgause, s'il avait révélé ses pouvoirs et l'avait affrontée plus tôt... peut-être aurait-il perdu la confiance d'Arthur et aurait été exilé ou plus probablement exécuté, mais au moins Gaius serait toujours en vie, Arthur n'aurait pas vu son père se faire assassiner sous ses yeux, et les Dorocha n'auraient pas déferlé sur le royaume pour y semer la mort parmi des innocents.
Ce fut avec difficulté qu'il déglutit et s'humecta les lèvres :
- Depuis combien de temps suis-je... ?
Ce ne fut qu'à ce moment que Merlin remarqua qu'Arthur était vêtu de ses atours les plus officiels et dignes, sa longue cape écarlate recouvrant le dossier de la modeste chaise de sa chambre. Arthur daigna enfin détacher son regard de la fenêtre et le reporter sur son valet assis sur le lit. Son visage était blême et las, ses yeux éteints.
- Environ huit heures. Je commençais à croire que tu ne te réveillerais jamais.
- Et vous êtes resté à mon chevet tout ce temps ?
- Ne sois pas stupide, Merlin. Le royaume pleure ses morts à travers les contrées, la garde royale a été décimée et le roi mon père n'est plus. J'ai eu des responsabilités à endosser, des ordres à donner, mes sujets à rassurer et je ne pouvais me permettre de bailler aux corneilles en te regardant roupiller.
C'était d'un ton sec où perçait une nuance de colère qu'avait parlé Arthur, et il se pinça l'arête du nez en reprenant une profonde inspiration pour se maîtriser.
- Je suis ici depuis une heure à peine, reprit-il d'une voix plus calme.
- Sire, souffla Merlin d'une voix blanche. Je suis désolé pour votre père...
Le jeune sorcier se pencha et tendit le bras avec hésitation pour poser sa main sur l'épaule de son ami, la pressant afin de lui apporter un semblant de réconfort. Arthur se crispa un instant à ce contact, mais la tension dans son corps se relâcha et il recouvrit la main de son valet de la sienne, s'y agrippant comme un naufragé à un radeau. Elle était froide.
- Les funérailles de mon père vont avoir lieu ce soir au coucher de soleil, et demain à l'aube je serai roi. J'ai passé ces dernières heures à prétendre savoir exactement ce que je fais afin de guider mes sujets et donner des directives pour la reconstruction et annoncer mon règne prochain. Tu es le seul à qui je puisse dire cela, mais... je ne suis pas prêt. Mon père avait raison.
Arthur détourna des yeux un peu trop brillants alors que mon jeune maître sentait son cœur se comprimer davantage dans sa poitrine. Si seulement il avait agi plus vite, s'il avait trouvé un moyen de dissuader Uther d'une manière ou d'une autre, ou au moins d'empêcher Morgause de le tuer !
Sans lui laisser le temps d'articuler un mot, Arthur se redressa sur sa chaise, un air grave durcissant les traits de son visage.
- Merlin, déclara-t-il en relâchant finalement sa main. Dans la salle du trône... Que s'est-il passé pendant que j'étais inconscient ?
Arthur fixait sur son valet un regard austère qui avait définitivement perdu la naïveté de la jeunesse. Mon jeune maître baissa les yeux sur ses pieds et posa ses coudes sur ses genoux, l'esprit tourmenté par les regrets et le doute.
Il commençait à se demander si changer le destin de force était vraiment une bonne idée. Écarter la menace que représentait Morgana avait provoqué une déferlante de conséquences désastreuses, et avait non seulement arraché la vie de Gaius bien avant l'heure, mais aussi volé à Arthur de précieuses années avec son père tout en le précipitant de manière prématurée sur le trône.
Une pensée fugace lui traversa l'esprit, et il songea que peut-être, au fond, n'avait-il accepté mon offre non pas pour sauver Arthur, mais pour se sauver lui-même. Pour s'épargner l'agonie d'une longue et peut-être éternelle attente dans la solitude et l'abjection des regrets, se haïssant chaque jour un peu plus pour ses erreurs passées, à l'affût d'une menace sur Albion suffisamment terrible pour éveiller le roi qui fut et qui sera.
Du plus profond de mon antre, mes yeux dorés se fermèrent et un soupir serein m'échappa tandis que je m'enveloppais de mes ailes.
- Morgause a invoqué la gardienne du monde des esprits, expliqua Merlin à voix basse. Elle avait l'intention de ramener Morgana à la vie et de la placer sur le trône après vous avoir tué également.
- Et qu'est-ce qui n'a pas fonctionné dans son plan, dans ce cas ? Je n'ai vu nulle trace de Morgana, et lorsque j'ai rouvert les yeux, Morgause était morte et des spectres tuaient les chevaliers et décimaient le peuple.
Une ombre passa sur le visage anguleux de Merlin. Il n'aimait pas mentir à son ami – il n'avait jamais aimé cela. Mais il n'avait pas le choix. À quoi bon révéler son secret à présent qu'il était trop tard ? Et comment pourrait-il expliquer qu'il n'avait pas utilisé ses pouvoirs d'abord par crainte de perdre son amitié, puis parce que la Cailleach avait gelé en lui toute sa magie ?
- La gardienne du monde des esprits l'a... tuée pour son insolence et a refusé de ramener Morgana, décidant de se venger sur le royaume d'avoir été invoquée pour recevoir des ordres.
Arthur acquiesça lentement en s'humidifiant les lèvres, et se leva pour se diriger jusqu'à la fenêtre, les bras croisés sur son torse.
- Ce que tu as proposé de faire avant que Gaius ne te devance... c'était courageux. Rares sont les valets et physiciens qui seraient prêts à donner leur vie pour sauver celles d'inconnus. Le sacrifice de Gaius ne sera pas oublié. Et je n'oublierai pas non plus que tu avais raison.
La silhouette sombre du futur roi de Camelot se découpait dans la lumière de l'aube. Merlin se leva à son tour en fronçant les sourcils, les yeux fixés sur le dos de son ami. La couverture glissa au sol avec un bruit feutré.
- Raison à quel sujet ? demanda-t-il avec appréhension.
Et ses craintes étaient justifiées. Arthur tourna juste assez la tête pour lui jeter un œil par-dessus son épaule :
- La magie est mauvaise et mon père a payé de sa vie pour y avoir placé sa confiance. Je fais le serment de jamais commettre cette erreur.
- Sire, murmura Merlin avec précaution en avançant d'un pas vers lui. Il est vrai que Morgause était mauvaise et utilisait ses pouvoirs à des fins néfastes, mais ne condamnez pas la magie dans son ensemble sur les agissements d'une seule sorcière. Songez aux druides qui étaient un peuple pacifique, et...
- Merlin, tu as entendu toi aussi, n'est-ce pas ?
Mon jeune maître s'interrompit à la voix froide du prince. Arthur se retourna lentement, son regard hanté évitant de croiser celui de son valet.
- Ce que mon père a dit... ce que Morgause a dit... Je suis moi-même issu de la magie et n'aurais jamais dû naître. Je ne suis pas venu au monde naturellement. C'était ce que tu me disais, n'est-ce pas ? Une vie pour une vie... Ma mère a été sacrifiée par la magie pour me donner la vie, et maintenant mon père est mort pour avoir fait appel à la magie. Je n'ai aucune légitimité à la tête du royaume de Camelot, et Morgana y avait davantage droit que moi. Je croyais avoir perdu une amie, j'ignorais avoir perdu une sœur. Elle aussi, la magie l'a emportée.
- Arthur...
Mais le prince le coupa net en élevant une main, relevant des yeux d'un bleu orageux.
- Je porterai ce fardeau et consacrerai le reste de ma vie à racheter l'erreur de ma naissance, à prouver que je peux être un roi capable de protéger Camelot contre la magie.
Sur ces mots, il se dirigea vers la porte qu'il ouvrit avant d'ajouter :
- Tâche d'assurer les fonctions de Gaius jusqu'à l'arrivée de son remplaçant. J'utiliserai d'autres serviteurs entre temps pour effectuer tes tâches. Et sois présent aux funérailles ce soir. »
La porte claqua, laissant Merlin seul avec un vide qui se creusait dans son cœur et lui donnait envie de hurler.
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L'eau condensée s'accumulait sur les roches. Et parfois, une goutte se formait pour dévaler la paroi et chuter dans le gouffre. Dans l'obscurité de mon antre, seuls mes yeux se détachaient en une lueur dorée diffuse. Ma vision me permettait de percer les ombres sans effort, et je baissai la tête sur mon jeune maître blotti tout contre mon flanc. En proie au froid mordant qui s'accentuait de jour en jour, Merlin était roulé en boule et tremblait dans son sommeil.
Du bout d'une griffe, je saisis délicatement la couverture posée sur lui, et la remontai sur ses maigres épaules. Sa silhouette osseuse se recroquevilla davantage et le froid teintait de vapeur blanche ses expirations. J'étendis paresseusement mon aile pour le recouvrir de membrane veinée, puis posai ma tête auprès de lui en veillant sur son sommeil.
Ses sourcils étaient froncés et sa bouche entrouverte, et je pouvais ressentir à travers notre lien les ombres qui peuplaient ses songes. Cinq nuits s'étaient écoulées depuis le funeste solstice d'hiver. Cinq nuits que Merlin avait passées à dormir auprès de moi, malgré le froid glacial et l'humidité de mon antre souterraine. Cinq nuits qu'il ne pouvait plus supporter l'absence de Gaius dans ses appartements où tout lui rappelait le vieil homme dont il n'avait pu empêcher le sacrifice.
Ses respirations se firent moins profondes, et ses yeux s'ouvrirent dans le noir. La magie fit étinceler d'or ses iris lorsqu'il murmura tout bas :
« Leohtbora.
Aussitôt, la torche qu'il avait fixée la veille sur la paroi de roche près de l'escalier s'embrasa en un crépitement de flammes, nous éclairant d'une lumière chaude et dansante.
- C'est aujourd'hui, n'est-ce pas ? dis-je en redressant la tête.
Mon jeune maître s'assit en se frottant les yeux, les joues rosies par le froid et un air préoccupé sur son visage. Il se contenta d'acquiescer tandis que je faisais rouler une pomme vers lui du bout de mes naseaux. Il étouffa un bâillement et la prit machinalement. Il mordit dedans en mâchant sans enthousiasme.
- Le nouveau physicien doit arriver à l'aube pour remplacer Gaius. Arthur a consenti à me laisser aller à Ealdor pour rendre visite à ma mère dont je n'ai reçu aucune nouvelle. Je m'inquiète pour elle.
- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée de laisser Arthur seul.
- Arthur est très occupé par ses nouvelles responsabilités et a pris à son service plusieurs nouveaux valets pour accomplir toutes les tâches. Il passe tout son temps dans sa chambre ou la salle du trône à traiter les affaires du royaume et c'est à peine s'il daigne lever les yeux de ses parchemins. Le deuil le rend maussade et il se renferme sur lui-même. Cela m'étonnerait fort qu'il s'aventure à la chasse ou dans une quelconque situation périlleuse, et m'est avis que ma courte absence passera complètement inaperçue.
- Ce n'est pas ce que j'insinuais et tu le sais très bien, Merlin. Arthur ne sera pas hors de danger tant que tu n'auras pas anéanti le dernier instrument que le Destin détient contre lui.
- Mordred... approuva platement Merlin avant de soupirer.
Il croqua à nouveau dans la pomme avec lassitude et avala sa bouchée avant de poursuivre plus doucement :
- Cela fait moins d'une année que nous sommes arrivés à cette époque, Kilgharrah. Mordred n'est qu'un enfant, il ne représente pas encore un danger.
Mon aile toujours étalée en partie sur mon jeune maître, j'esquissai un rictus, et un ricanement sarcastique m'échappa. L'écho résonna longuement dans le gouffre que la faible lumière de la torche ne parvenait à percer.
- Pas un danger ? Oublierais-tu que je t'avais averti à maintes reprises de ne pas sauver cet enfant, et que nous en sommes ici aujourd'hui parce que tu n'as pas daigné m'écouter ? Le Destin agonise sous tes coups, jeune sorcier, et tu l'as mortellement blessé en abattant Morgana et en déjouant son retour, mais ne le crois pas vaincu pour autant. Mordred est sa dernière arme, et crois-en ma longue expérience, la Destin utilisera à nouveau ta compassion contre toi-même. Morgana aussi était innocente, Mordred n'est en rien différent – il te faut étouffer le serpent dans l'œuf.
Il ne restait plus qu'un trognon rongé dans la main de Merlin, et il le contempla avec un air sombre avant de le jeter dans le précipice où il fut avalé par les ténèbres.
- Je sais tout cela, souffla-t-il en ramenant ses jambes contre son torse. Je ne suis plus le jeune homme naïf que j'étais alors. Je ferai ce qu'il faudra, mais...
Il entoura ses jambes de ses bras et baissa les yeux sur ses genoux :
- … mais je ne pourrai me concentrer sur Mordred tant que je ne serai pas sûr que ma mère va bien. Lorsque les Dorocha avaient attaqué, Ealdor avait été frappé de plein fouet. Kilgharrah, tu dois essayer de me comprendre, j'ai... j'ai vu Gaius être emporté par la mort sous mes yeux, et je n'ai pas même pu l'enterrer pour faire mon deuil. Je ne supporterai pas de voir un inconnu s'installer dans ses quartiers et prendre sa place. C'est encore trop tôt. Je ne serai pas long, je dois seulement m'assurer que ma mère est en vie et que les Dorocha n'ont pas eu le temps d'atteindre Ealdor. Et je... voudrais la revoir une dernière fois. Une toute dernière fois.
Il avait murmuré ces derniers mots en un filet de voix à peine audible. La compassion étreignit mon vieux cœur et j'inclinai la tête sur le côté en sentant son âme s'emplir d'une profonde nostalgie.
Merlin poursuivit en levant un regard suppliant vers moi, et je sentis ma résolution se fissurer.
- Avec tout ce qui est arrivé dernièrement, j'aimerais prendre mes distances et réfléchir au sens de ce que nous faisons ici. Depuis que tu m'as ramené dans le passé, j'ai l'impression que tout ce que j'entreprends ne fait qu'empirer les événements que j'essayais d'éviter. Comprends-tu, mon vieil ami ? J'en ai besoin...
Je savais que c'était mal avisé et que le temps manquait cruellement pour accorder à mon jeune ami de telles futilités, mais... Je pris ma décision en une fraction de seconde, et détournai la tête avec un profond soupir.
Je pouvais bien lui accorder cela. Une toute dernière fois.
- Soit, Merlin. Ne m'écoute pas. Fais comme bon te semblera. »
J'affectai un air offensé et me relevai en étendant mes ailes dans mon dos pour prendre mon envol vers les hauteurs de mon antre, à l'abri des regards. Je savais que je commettais une erreur et que tout cela n'était qu'un gâchis de temps et d'énergie.
Il semblerait que le cœur trop tendre de mon frère d'âme m'ait affecté au fil des décennies.
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Les sabots s'immobilisèrent dans la boue neigeuse avec un bruit spongieux, et Merlin se laissa glisser de sa monture, les yeux rivés sur les barrières de bois et les cahutes paisibles au toit de chaume. Le soir commençait à tomber et des feux s'allumaient, laissant de la fumée s'échapper des cheminées. Tout semblait calme sous le manteau blanc de l'hiver alors qu'il menait son cheval par la bride, s'attirant les regards curieux des villageois qui ne tardèrent pas à faire passer le mot – le fils d'Hunith était revenu au village !
Mon jeune maître sentit son cœur manquer un battement lorsqu'il vit de loin sa mère sortir de sa maison, avertie par une voisine. Elle était tout comme dans ses lointains souvenirs, le visage usé par les années et les soucis, mais chaleureux et doux. Merlin sentit sa prise s'amollir sur la bride et la lâcha pour réceptionner dans ses bras sa mère qu'il n'avait plus vue depuis des décennies – elle était morte âgée en glissant sur le sol : sa tête avait heurté une pierre en tombant. Merlin était venu en catastrophe en chevauchant sur mon dos dès qu'il l'avait appris, mais il était déjà bien trop tard lorsque nous avions posé le pied à Ealdor : Hunith avait déjà été enterrée. Merlin n'avait pu lui dire adieu ni même voir son visage une dernière fois.
Mais à présent, elle était bien vivante entre ses bras. Ravalant un sanglot, il serra fort contre lui le corps frêle de Hunith, plongeant son visage dans sa chevelure dont le parfum maternel lui rappela toute son enfance, ces temps heureux si lointains qu'il les avait presque oubliés.
« Merlin ? s'éleva une voix derrière lui. Tu en as finalement eu assez de Camelot et de tous les nobliaux arrogants qui y grouillent ? Je savais que tu ne tiendrais pas plus de quelques mois là-bas !
Cette voix...
Merlin relâcha doucement sa mère pour se retourner et faire face à un jeune homme qui l'observait avec un rictus en coin et une lueur chaleureuse dans ses yeux.
- Will, voyons ! rit Hunith en époussetant les vêtements de son fils. Je suis sûre qu'il a une bonne raison d'être là, n'est-ce pas, Merlin ?
Merlin reconnut son ami d'enfance, et sentit un sourire lui monter aux yeux en réponse à celui de cet ami dont il avait été si proche dans sa jeunesse. Will rajusta sa pioche sur son épaule et lui administra une tape affectueuse dans le dos en lançant :
- Je dois terminer de labourer un morceau de terrain, mais après ça, retrouve-moi pour que tu me racontes tes aventures à Camelot ! Tu peux pas imaginer à quel point je m'ennuie ici sans toi.
Tandis que la silhouette de Will s'éloignait, la main de Hunith caressa la joue de son fils avec une tendresse toute maternelle, et Merlin baissa les yeux vers le visage aux traits tirés et émus de sa mère.
- Tu as tellement grandi et changé en quelques mois seulement... Mon petit garçon est devenu un homme ! »
Mon jeune maître esquissa un sourire qui tirait vers la grimace tant sa gorge le comprimait et que les larmes lui brûlaient les yeux. Jamais il n'aurait cru avoir la chance de revoir le sourire de sa mère un jour, ni de pouvoir l'enlacer à nouveau.
Hunith cueillit une larme du bout de son pouce et mena son fils vers la maison en lui demandant si le roi était vraiment mort comme les rumeurs qui couraient dans les contrées le prétendaient, et elle lui servit un bol de lait crémeux en lui racontant la routine tranquille du village.
Les Dorocha n'étaient jamais arrivés jusqu'ici.
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Les flammes crépitaient au milieu du cercle de pierres, dégageant des étincelles qui s'éteignaient dans l'air glacial de la nuit. Malgré le feu et sa chaleur ondoyante, Merlin frissonnait, comme si le froid traversait ses vêtements et lui mordait l'âme. Depuis la mort de Gaius, rien ne parvenait à le réchauffer tout à fait, peu importe s'il s'enveloppait dans une cape épaisse ou se blottissait contre mon flanc pour dormir.
La tiède lumière faisait danser des ombres éphémères sur le visage de Will, rendant son expression difficile à déchiffrer.
« Donc, si je comprends bien... tu viens du futur ? répéta-t-il lentement en fronçant les sourcils.
Le jeune villageois se caressait le menton d'un air pensif tout en ravivant les braises du bout de son bâton.
- Tu parais moins surpris que je ne l'aurais cru.
Will haussa les épaules, un sourire se glissant au coin de ses lèvres.
- Plus rien ne peut me surprendre venant de toi, Merlin. Je t'ai déjà vu faire prendre feu à un champ entier malgré toi d'une seule pensée, et envoyer d'un regard valser un arbre qui allait me tomber dessus. Tu es parti pour Camelot justement parce que tous ces phénomènes bizarres commençaient à alerter les villageois, et que ta mère était furieuse que je sois au courant, elle avait peur que je vende la mèche. Alors retourner dans le passé ? Ma foi, pourquoi pas. Je ne suis plus à ça près.
- Et si je te disais que je suis un Maître des Dragons ? lança Merlin avec un sourire taquin en coin.
- Là, tu me fais marcher.
- Non. Je peux vraiment contrôler les dragons.
- Sérieux ?
Ils échangèrent un long regard avant d'éclater de rire. Une hilarité qui avait quelque chose de libérateur pour Merlin, après de longs mois à dissimuler sa véritable nature, à mentir, ruser, douter, se cacher et dire le contraire de ce qu'il pensait. Bien sûr, Merlin pouvait en discuter avec moi, mais uniquement pour subir mes critiques et m'entendre le presser de terrasser le Destin avant qu'il ne soit trop tard. Will représentait un élément extérieur au destin qui le liait à Arthur. Il l'écoutait sans le juger et sans mesurer l'importance de tout cela, et présentement, c'était ce dont mon jeune maître avait besoin. C'était ce que je lisais dans son cœur à travers notre lien – cette solitude qui le rongeait.
Quand Will eut repris son souffle, il lui donna un coup de coude amical dans les côtes et demanda avec une lueur de curiosité dans les yeux :
- Alors dis-moi, quel âge as-tu, en vrai ?
Le jeune sorcier détourna les yeux en secouant la tête.
- J'ai cessé de compter les années depuis longtemps, Will. Je crois avoir dépassé les 75 ans.
Will cligna des yeux, le dévisageant comme s'il s'attendait à ce que Merlin avoue se moquer de lui. Après quelques secondes, il reprit d'un air encore plus intrigué :
- Oh, vraiment... ? Tu dois être tout vieux et fripé, j'aimerais bien voir ça ! Et pourquoi tu es revenu ? À moins que tu n'aies loupé un sort ? Ça te ressemblerait bien.
- Je suis revenu pour empêcher un drame qui est destiné à arriver.
- Et comment tu t'en sors pour l'instant ?
Une ombre passa sur le visage de mon jeune maître qui fixa son regard sur les flammes.
- Assez mal.
- Dis-moi, dans ton époque, comment est-ce que je suis ? Je me suis toujours demandé à quoi je ressemblerais en vieillissant. Est-ce que j'ai trouvé une femme ? Ai-je des enfants ?
Merlin pinça les lèvres sans répondre. Si ses actes avaient causé la mort de Gaius qui n'aurait dû mourir que bien plus tard, peut-être que Will ne périrait pas, cette fois-ci ? Son ami était mort si jeune alors qu'il avait l'avenir devant lui, et Merlin n'avait rien pu faire pour le sauver, comme tous les gens qu'il avait aimés dans sa vie.
Face à son mutisme, son ami tempéra un peu son enthousiasme et lui passa le bras sur les épaules en un geste fraternel.
- Je comprends, tu ne peux rien me dire. Je risquerais de tout gâcher sans le vouloir. Mais je t'envie, tu sais. Si je pouvais revenir dans le temps, tu sais ce que je ferais, moi ?
- Non... répondit Merlin en relevant des yeux bleus un peu trop brillants.
- J'empêcherais mon père d'aller combattre pour le roi Cenred avec tous ces nobles infects et ces chevaliers prétentieux. Je lui sauverais la vie.
Mon jeune maître écarquilla les yeux, frappé par la soudaine idée que les paroles de son ami venaient d'éveiller en lui.
- Je dois y aller, bafouilla-t-il en se levant précipitamment.
- Merlin, où vas-tu ? cria Will resté auprès du feu.
- Chercher mon père. » répondit Merlin pour lui-même en courant quérir son cheval.
Du plus profond des ténèbres de mon antre, je ne pus retenir un soupir dépité en secouant lentement la tête.
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Les pierres glissantes de neige fondue roulaient sous les pieds de Merlin qui s'approchait de la grotte. Le ruisseau coulait vaillamment en résistant au gel, ondulant comme un serpent d'eau entre les monceaux de glace qui commençaient déjà à l'emprisonner.
Il n'y avait ni fumée ni le moindre signe indiquant que les lieux étaient habités, et mon jeune maître sentit son appréhension croître en même temps que sa nervosité. Comme souvent, il n'avait pas tellement réfléchi en s'élançant sur son cheval en pleine nuit, chevauchant vers la forêt enneigée qui bordait le royaume de Cenred et celui de Camelot, à la recherche de la grotte où son père était censé vivre reclus.
La lune blafarde éclairait ses pas – il avait laissé son cheval attaché à un arbre au niveau de la cascade d'eau plus loin – mais la nuit était profonde, teintant tout de nuances sombres de bleu et de gris. Lorsqu'il pénétra dans la grotte, il n'y voyait goutte, c'était comme s'il était subitement devenu aveugle.
« Il y a quelqu'un ? lança-t-il à tout hasard, le cœur battant la chamade.
Ne recevant aucune réponse, il s'avança d'un pas de plus et son pied dérapa sur le sol humide, le faisant trébucher. Et il serait probablement tombé si une poigne de fer ne l'avait soudain saisi par le col, le soulevant sans ménagement, si bien que ses orteils touchaient à peine terre.
- Qui es-tu et que viens-tu faire ici ?
Merlin n'était pas préparé au choc qu'il ressentit en entendant la voix grave de son père s'élever dans le noir et le silence. Il n'eut pas le temps de répondre, que déjà la pointe froide d'une lame se pressait contre la peau tendre de sa gorge.
- J'ai vu les armoiries de Camelot sur ton cheval, mais tu n'as pas l'air d'un chevalier. Si Uther Pendragon t'envoie, tu peux lui dire d'aller au diable, et que la prochaine fois qu'il m'enverra ses troupes, je me contenterai plus de fuir, je les exterminerai jusqu'au dernier, tu m'entends ?!
Surpris par la rage et l'énergie dans la voix de son père, lui qui ne l'avait connu que calme et résigné, mon jeune maître s'agrippa au poignet de l'homme en se tenant debout tant bien que mal sur la pointe des pieds.
- Je n'ai été envoyé par personne. Et Uther est mort depuis presque une semaine.
- Uther est mort ? répéta la voix de Balinor, sceptique et méfiante.
Le jeune sorcier déglutit et se décida à user de magie afin de faciliter les choses. Ses iris s'allumèrent d'or dans le noir et il articula distinctement :
- Leoht.
Aussitôt, au creux de sa paume s'épanouit une sphère de lumière éblouissante qui éclaboussa le visage de Balinor face à lui ainsi que les parois de la grotte, l'éclairant comme en plein jour.
Merlin écarquilla les yeux en dévisageant l'homme barbu aux yeux tristes. Les souvenirs qu'il gardait de son père étaient flous et imprécis. Il ne l'avait guère vu que quelques heures avant qu'il ne meure dans ses bras, après tout.
Balinor cligna des yeux d'un air surpris, et relâcha aussitôt Merlin en replaçant son poignard dans le fourreau à sa ceinture.
- Tu es un sorcier... marmonna-t-il en le considérant plus attentivement. Il est dangereux d'exhiber de telles capacités dans ces contrées par les temps qui courent, petit. Tu devrais faire attention.
Son souffle formait des volutes de vapeur dans l'air froid.
- Je sais que je n'ai rien à craindre de vous.
Pour toute réponse, Balinor laissa échapper un rire amer avant de se diriger vers l'âtre éteint, et s'assit sur une pierre en détachant de sa ceinture trois gros poissons qui y étaient fixés.
- S'il y a une chose que je peux t'apprendre, petit, c'est bien de ne jamais faire confiance à personne. C'est par excès de confiance que je me retrouve aujourd'hui en exil, condamné à fuir et me cacher sans cesse. Assieds-toi, et raconte-moi en détail comment ce vieux traître d'Uther a péri. J'attends ce moment depuis des années et je compte bien le savourer.
Merlin s'approcha en gardant sa lueur flottant au creux de sa main, et jeta un œil aux morceaux de bois humide qui étaient empilés dans l'âtre froid. Il obtempéra et s'assit, et embrasa les bûches d'un seul regard doré, ce qui lui valut un sourire en coin. Il se sentait bêtement fier d'accomplir un sort pourtant élémentaire devant son père, de lui être utile, et se sentait plus léger et heureux qu'il ne l'avait été depuis des années. Le poids sur son cœur s'allégea quelque peu.
- Ce n'est pas pour vous parler de la mort d'Uther que je suis venu, déclara Merlin avec précaution. Je...
L'émotion étrangla ses mots, et il baissa les yeux sur ses mains qu'il se tripotait nerveusement, avant de relever un regard hésitant sur l'homme qui l'observait en dépiautant les poissons d'un geste sûr.
- Je... mon... mon nom est Merlin.
- Et je me nomme Balinor. Mais je suppose que tu sais déjà qui je suis, sinon tu ne t'inviterais pas chez moi en pleine nuit sans aucun sens des convenances. On ne t'a jamais appris les bonnes manières ?
Merlin se sentit rougir jusqu'à la racine des cheveux, mortifié, et se gratta la nuque en cherchant ses mots, le regard fuyant.
- Allons, cesse de tourner autour du pot, Merlin. Que viens-tu faire ici ? Tu viens bien de Camelot, n'est-ce pas ?
- Oui, enfin... plus précisément, je suis originaire d'Ealdor.
À la mention du village, les gestes de Balinor se figèrent, et il leva les yeux sur Merlin. Une expression lointaine et nostalgique traversa son regard – son visage s'adoucit à vue d'œil.
- Ealdor ? Je connais bien Ealdor. Un joli village. Des gens accueillants et honnêtes.
- Et vous connaissez ma mère, Hunith.
Le jeune sorcier retint son souffle en crispant la mâchoire, pendant qu'une lueur blessée passait dans le regard de l'homme. Balinor resta un moment silencieux avant de baisser à nouveau les yeux sur ses poissons, les vidant de leurs entrailles avec des mouvements un peu plus secs et rageurs.
- Je vois... articula-t-il d'une voix où perçait l'amertume. Elle s'est mariée et a eu un fils. C'est... c'est une bonne chose. Oui, une bonne chose. Elle mérite d'être heureuse, et... Je n'ai jamais voulu ni espéré qu'elle attende toute sa vie quelque chose qui n'arriverait jamais, de toute façon et... Ne fais pas attention à ce que je dis, petit, je perds la tête à force de vivre seul...
Ces derniers mots s'étaient brisés en un murmure à peine audible alors que Balinor se passait sa main sur son visage d'un air profondément las.
- Elle vous a attendu, souffla Merlin en forçant les mots dans sa gorge comprimée. Et elle vous attend toujours, encore aujourd'hui. Je suis votre fils.
Les larmes menaçant de déborder de ses yeux, Merlin lui adressa un sourire ému tirant vers la grimace. Balinor le dévisageait sans ciller, l'air désarçonné.
- Quoi ? C'est impossible... Elle me l'aurait dit. Je ne l'aurais jamais laissée si...
L'homme avait l'air aussi perdu qu'un enfant à présent, et il plongea une main dans ses cheveux en pâlissant, ses poissons complètement oubliés sur ses genoux.
- Et s'il s'agissait d'une perfidie d'Uther pour m'avoir par les sentiments ? Il m'a déjà manipulé et menti une fois en me promettant de ne pas abattre les dragons, ce serait bien son genre... engager un sorcier pour me leurrer, puisque je tiens en échec ses chevaliers depuis des décennies...
- Vous pouvez demander dans chacun des royaumes, la nouvelle a dû se répandre à présent et tout le monde vous répondra qu'Uther est mort et que son fils Arthur lui a succédé sur le trône. Je connais Arthur, il ignore votre existence et ne vous pourchassera pas. Mais si cela ne vous suffit pas... qui d'autre que votre fils pourrait connaître Kilgharrah ?
- Comment connais-tu Kilgharrah ? Je n'ai jamais révélé son nom à personne depuis que les Maîtres des Dragons ont tous été exterminés par Uther...
- Parce que je suis un Maître des Dragons moi aussi. Comme vous. Mon âme est liée à celle de Kilgharrah.
- C'est impossible, répéta Balinor d'un air de moins en moins assuré. Ces pouvoirs ne se transmettent de père en fils qu'à la mort du père. Si tu es vraiment mon fils...
La voix de l'homme se brisa d'émotion sur ces mots.
- … tu n'aurais pas pu développer ces pouvoirs de mon vivant. Ça ne s'est jamais vu.
Merlin baissa les yeux avec l'ombre d'un sourire.
- Ce serait trop long à expliquer, et je vous raconterai sans doute tout un jour. Mais je suis bien votre fils, vous pouvez me croire.
Ils échangèrent un long regard, jusqu'à ce que Balinor brise le contact visuel et embroche les trois poissons pour les suspendre au-dessus du feu.
- Tes yeux sont sincères, souffla-t-il d'une voix douce. Tu as ses yeux. Hunith m'avait caché chez elle en bravant l'interdiction. J'étais blessé, épuisé, désespéré, et sans elle je n'aurais pas survécu. C'était la femme la plus brave et douce que j'aie jamais connue.
- Vous pouvez encore la rejoindre, répliqua Merlin avec empressement. C'est pour cela que je suis venu. Votre exil est terminé, plus personne ne vous pourchassera désormais. Retournez à Ealdor.
Balinor esquissa un sourire attendri face à l'enthousiasme de Merlin.
- Je ne sais pas si Hunith... après toutes ces années...
- Nous pourrons former une famille, insista Merlin avec espoir. Vous avez souffert, mais c'est terminé à présent. Je vous le promets.
Balinor étouffa un rire rauque dans sa barbe en secouant la tête d'un air amusé.
- Je m'étonne qu'un dragon aussi fier et impétueux que Kilgharrah daigne t'écouter parler sans te trancher la tête d'un coup de patte. Il n'a jamais eu un caractère facile.
Un sourire lumineux s'épanouit sur le visage de Merlin qui laissa échapper un rire clair :
- Kilgharrah et moi avons eu nos différends. Mais j'ai appris avec le temps que sous ses airs dignes et sarcastiques, il cache un cœur tendre et débordant d'affection.
La tête posée sur mes pattes croisées au cœur de mon antre de noirceur, je roulai des yeux sans parvenir à ravaler un sourire.
- Mange ton poisson, fils, sourit Balinor avec un regard chaleureux. Nous partirons pour Ealdor dès que le soleil se lèvera. »
oOo
« Écris-nous souvent, et prends soin de ta santé, répéta Hunith en fixant aux flancs du cheval un plein sac de légumes et de pains tout frais cuits.
Merlin embrassa sa mère avec émotion, avant de lever un regard brillant sur son père qui l'enferma à son tour dans une étreinte chaleureuse. Lorsqu'il se détacha de lui, et malgré une larme qui glissait le long de sa joue, le jeune sorcier souriait et le bonheur faisait éclater son cœur qui n'y était plus habitué. Balinor le regardait avec de la fierté dans les yeux, enlaçant d'une main la taille de Hunith.
- Faut-il vraiment que tu partes déjà ? demanda Will en haussant un sourcil sceptique. Ton satané roi peut bien se passer de toi un peu plus longtemps, pas vrai ? C'est pas comme s'il n'avait pas des larbins à la pelle, ce privilégié ! Il n'a peut-être même pas remarqué ton départ.
Une partie du village était réunie autour de leur petit groupe afin de dire adieu à Merlin. La main tirant sur la bride de son cheval, mon jeune maître tourna la tête vers Will et lui pressa amicalement l'épaule.
- Je suis déjà resté deux jours, c'est bien plus que je n'aurais dû me le permettre. Camelot et Arthur ont besoin de moi. »
Il savait pertinemment qu'Arthur ne serait pas sauvé tant qu'il n'aurait pas éliminé Mordred. La dernière menace qui pesait sur la vie de son ami.
Sur ces mots, Merlin enfourcha son cheval, frissonnant dans l'air froid et mordant. Ce froid qui semblait chaque jour plus intense – ce serait probablement l'hiver le plus rude depuis des décennies. La neige tapissait le sol et les flocons tournoyaient avec légèreté, étouffant le royaume sous un manteau de blancheur et de silence.
Il tira sur la bride afin de tourner son cheval vers la route, et les sabots s'enfoncèrent silencieusement dans le sol, la neige crissant à peine sous les pas. Merlin tourna la tête en élevant le bras en un dernier adieu, mais son sourire fondit sur son visage.
Ses parents, son ami d'enfance, les villageois au milieu des maisonnées de Ealdor, tout n'était plus que silhouettes sombres sans visages, comme des fantômes de suie. Ses yeux s'écarquillèrent de stupeur face à ce spectacle lavé de toute couleur, silencieux et glacial – les ombres se déplaçaient comme au ralenti, et même son cheval n'était plus que fumée noire, informe et sans consistance.
Cela ne dura que quelques secondes à peine, et tout revint à la normale, les sons s'amplifiant soudainement. Ses parents agitaient la main avec un sourire radieux, la fumée s'élevait des cheminées, et Will le regardait avec son rictus habituel.
La main de Merlin retomba doucement sur l'encolure de son cheval tandis qu'une angoisse toute nouvelle lui étreignait le cœur.
D'un coup sec de talons sur les flancs de l'animal, il partit au galop afin de retourner à Camelot au plus vite. Retourner auprès d'Arthur.
