Voilà le chapitre 9! ;)

Un gros merci à Marianne08 pour sa mise en favori, sa mise en alerte et sa review qui m'ont motivée, dans ma session universitaire, pour trouver du temps pour cette traduction!


(Peeta)

Je n'ai pas dormi du tout la nuit dernière. À quelque part, je ne crois pas que j'arriverai à dormir tant que je serai au Capitole. Sa vision m'emmène pleins de cauchemar, renouvelés par des nouveaux détails. La paix relative que j'avais développée durant mes heures d'éveil est maintenant remplacée par ma constante inquiétude d'être dans les Jeux encore, comme mentor et comme 'amant maudit'. Tout ce que je peux faire est d'essayer de trouver le plus de réconfort possible en aidant Jacob et Sera. Les deux enfants que je suis censé protéger quand, à la vérité, j'ai encore besoin d'un protecteur moi-même. Plus j'y pense et plus je suis forcé de réévaluer Haymitch : 24 ans de ça…

Un autre problème : je n'ai pas le cœur d'espérer que quiconque d'autre que Prim sorte vivant du Jeu et, par extension Gale, parce qu'elle ne s'en sortira pas sans lui. Alors, comment être le mentor de deux personnes que, secrètement, tu ne veux pas voir gagner? Probablement pas aussi bien qu'ils le méritent. Mais, malgré ce que je ressens, je ne les trahirai pas et ne les ignorerai pas. Je ne peux pas.

Je suis maintenant en route pour aller prendre mon petit-déjeuner, par la suite, je les prendrai à part et leur donnerai quelques conseils pour l'entrainement. Je suis assez doué pour ça. J'avais grillé Haymitch sur chaque conseil qu'il pouvait me donner, parce que même s'il est un ivrogne, cet homme est rusé. Avec les années, il a appris le Jeu, aussi bien intérieurement qu'extérieurement. Ça ne me surprendrait pas qu'il le comprenne mieux que les Juges eux-mêmes.

Même si ce n'était pas vrai, il est tout ce que j'ai. Je n'ai pas vraiment personne d'autre sous la main qui comprenne mieux le Jeu que je ne le fais déjà. Peut-être Katniss, Haymitch et elle avaient cette étrange compréhension quand nous étions dans l'Arène. Ce qui pourrait signifier qu'elle sait plus ce qu'il faut pour un bon être mentor, mais je ne peux pas vraiment aller la voir pour lui demander de l'aide. Elle s'inquiète déjà pour Prim et Gale et, même si je ne pense pas qu'elle refuserait de m'aider, je connais Katniss. À la seconde où les noms de Jacob et Sera sont sortis de la bouche d'Effie, ils étaient, au mieux, oubliés la seconde d'après ou étiquetés comme ennemis. Katniss est programmée pour la survie et, encore plus que la sienne, la survie de Prim est essentielle, sacrée. C'est un fait qui sera peut-être conté dans les livres si tous ces soulèvements mènent à quelque chose. Si jamais ils arrivent à changer les choses, l'histoire de comment elle s'est portée volontaire pour sa sœur va devenir la base d'une légende, son manque d'égoïsme et son acte d'amour immortalisés. Je ne vois rien d'autre qui mériterait plus d'admiration.

Malheureusement, cela fait de nous tout sauf des amis en ce moment. Ce n'est pas seulement qu'elle ne les aiderait pas, mais elle considère sûrement l'aide que je leur apporte comme une traîtrise. J'aide les personnes qui sont un danger pour Prim et, même si c'est beaucoup plus compliqué que ça, ça revient à la même chose. Katniss ne fait pas dans le détail quand la vie de Prim est en jeu. Alors, voilà où j'en suis avec la femme que j'aime et que je marierai contre sa volonté dans quelques jours, incapable de dormir à cause de cauchemars, responsable de la survie de deux personnes que je dois sauver en luttant contre moi-même et, cerise sur le gâteau, la seule personne debout et prête pour le petit-déjeuner est Gale. La dernière personne avec qui je veux être seul, spécialement après la nuit passée.

Il est assis à la table avec plusieurs assiettes autour de lui. Sa fourchette plonge vers les plats si fréquemment qu'il n'arrête jamais de mâcher. Il semble entièrement occupé à ingérer le plus de nourriture que possible. Laissez à Gale le fait d'exploiter chaque ressource, comme Prim… Je me suis convaincu de ne rien dire, peu sûr de pouvoir me contrôler en ce moment, mais cette option s'envole quand Gale s'arrête entre deux bouchées.

« Le pâtissier, levé avec le soleil » dit-il avec un accent moqueur. C'est le genre de remarques sarcastiques qu'il fait toujours et qui me mettent hors de moi. Nous avons seulement une raison de ne pas nous aimer et cette même raison nous empêchent d'être vraiment chien l'un envers l'autre. Jouer au gentil toutefois n'est pas le point fort de Gale, mais il est trop intelligent pour risquer les représailles de Katniss en brisant notre entente fragile. Alors, il essaie de me faire craquer pour que je la brise moi-même. Mais, je suis loin d'être idiot aussi.

« Tout comme le chasseur. » Mes mots semblent inoffensifs, mais ils touchent leur cible. Il ne peut plus chasser depuis des mois et c'est une corde sensible chez lui.

Il me jette un regard torve et, avant sa bouchée suivante, ajoute calmement : « Bah, contrairement à certains, je suis habitué à travailler pour vivre. J'ai un surplus d'énergie à n'avoir rien fait hier. »

« Oh vraiment? Tu semblais occupé à mes yeux » dis-je tout bas en lui tournant le dos et en m'éloignant. J'étais sûr qu'il ne m'avait pas entendu jusqu'à ce qu'il parle quelques secondes plus tard. Sa voix avait une intonation différente. Une qui me disait, sans même le regarder, que j'avais sa pleine attention maintenant.

« Comment ça? » Quand je me retourne, je vois qu'il a arrêté de manger et me regarde comme un aigle le fait de sa proie.

Je pourrais mentir mais, si ses oreilles ont capté mon murmure à moi-même, qui sait ce qu'elles pourraient entendre d'autre. « Je t'ai vu hier. » J'essaie d'expliciter avec mon ton ce que je veux dire exactement, mais ça ne fonctionne pas visiblement.

« Je t'ai vu hier aussi, à quoi veux-tu en venir? » Gale semble un peu déconcerté et le voir agir normalement après les événements d'hier m'énerve.

« Je vous ai vu Katniss et toi durant la retransmission. Quand Prim s'est jetée sur Cinna, vous n'avez pas été assez rapide pour éloigner vos mains. Et, même avant ça, je pouvais le sentir. Elle a finalement fait son choix, hein? »

Je m'attends à le voir se gausser ou, tout du moins, le voir se vautrer dans sa suffisance. Mais le long soupir que je reçois n'était pas sur ma liste des réactions possibles et imaginées. « Ouais, elle a choisi. »

« Pourquoi ne semble tu pas heureux de la situation? Je serais au Paradis. » Pas difficile de voir qu'il y a des problèmes là-dessous.

« Bah, comme d'habitude, le garçon du pain ne connaît pas toute l'histoire. » Il secoue la tête et je vois plus de tension dans ses yeux que je n'en ai vue depuis la Moisson quand on se croise.

Je m'assis en face de lui. « Alors, dis-moi. » Nous ne sommes pas vraiment des amis, mais il semble avoir beaucoup trop de choses en tête. Peut-être baissera-t-il sa garde juste assez longtemps pour me le dire. Ça casserait probablement mon image de bon garçon si quelqu'un pouvait lire mes pensées et dire comment je suis secrètement content de savoir que leur relation va moins bien qu'elle ne le paraît.

« Je ne pense pas Mellark. » Il se lève laissant ses assiettes sur la table et commence à partir, mais soudainement il se tourne vers moi et revient se planter devant moi. « Mais tu vas me promettre que tu la soutiendras et la protègeras. Peu importe ce qu'il arrive. Pas à cause des conneries que le Capitole vous fait dire, et pas parce que tu crois que tu l'aimes… »

« Je l'aime vraiment! » le coupé-je avec force.

Il étouffe un rire. « Tu viens à peine de la rencontrer. La seule fois où tu as vu la vraie Katniss était quand elle a sauvé ton petit cul durant les Jeux. C'est Katniss. Toute cette histoire d'amants maudits était une comédie. Et, à part de ça, combien de fois dans ta vie lui as-tu parlé avant les Jeux? » Je reste immobile, en silence. Il n'y a rien à dire, il a raison. « Exactement. Tu es peut-être tombé pour elle dans les Jeux quand elle sauvait ta vie, mais c'est une version idéalisée d'elle. Tu ne le comprends pas; tu viens de la Ville, tu ne pourras jamais la comprendre. »

« Je viens peut-être de la Ville, mais je suis passé au-travers des Jeux avec elle et c'est quelque chose que TU ne peux comprendre. Ça te change. Je ne la connaissais peut-être pas avant, mais comment penses-tu bien la connaître aujourd'hui? Combien de nuit l'as-tu tenu dans tes bras pour l'aider à traverser ses cauchemars? » Je peux voir la réalisation glisser sur son visage et le triomphe que j'en ressens est de courte durée alors qu'il m'agrippe par le collet de ma chemise, m'éjectant de mon siège. « Oh c'est quoi le problème, tu ne savais pas? Ce n'était pas seulement pour les caméras, Hawthorne. Je gage que ça ne t'es jamais venu à l'esprit, n'est-ce-pas? » Normalement, je ne suis pas le genre de personne à dire des choses comme ça, mais tout est permis à l'amour comme à la guerre.

Il me tient nez-à-nez et fouille mon regard comme s'il essayait de déterminer si je mentais. Je peux voir la rage traverser ses yeux lorsqu'il est bien sûr que je ne le fais pas. Il me rejette alors dans mon siège. « Peut-être pas, mais même, je ne suis pas le genre de personne à profiter de la vulnérabilité des autres. »

Il est tellement présomptueux et ça fait du bien de dire, « Elle est celle qui me demandait de rester. D'ailleurs, tu n'as pas à parler vu que tu utilises Prim. »

J'aurais dû m'y en attendre. Je l'ai certainement mérité. Mais quand même j'ai été surpris, sans défense, quand le poing de Gale est entré en contact avec ma tempe. Putain, il est rapide. Le coup m'a assommé et propulsé au plancher, Gale est au-dessus de moi avant que je puisse recouvrir mes sens. Mais il ne semble pas vouloir me refrapper. Bonne chose, car je ne pense pas qu'il y ait encore de l'espace pour plus d'oiseaux tournoyant autour de ma tête.

« Prim n'a rien à voir avec ça. Seulement une personne de la Ville penserait utiliser une fille comme Prim pour appât. C'est une des nombreuses raisons pourquoi je ne vous aime pas. Vous êtes à mi-chemin entre nous et le Capitole. Vous avez ce manque de respect pour la vie, c'est ce qui vous permet de nous regarder mourir de faim » crache-t-il.

Katniss ne lui a sûrement pas parlé à propos du pain. Je ne suis pas comme ça. Mais je crois que son piédestal est un peu trop haut. « Oh ouais, si tu es si différent, dis-moi que tu ne t'es pas porté volontaire pour être avec Prim parce que tu savais qu'ainsi tu gagnerais le cœur de Katniss? »

Il a un rire froid et se penche vers moi. Sa voix baisse en sonorité et il me murmure presque : « Je l'ai fait parce que je savais ce que ça ferait à Katniss si quelque chose arrivait à Prim. Et, au contraire de ton histoire d'amour digne d'un conte de fées, je l'aime vraiment. J'ai passé plus de temps avec elle que personne et j'aime la vraie Katniss, celle qu'elle ne peut être qu'autour de moi et dans la forêt. Des années de confiance et de dévotion se transformant en quelque chose de plus. Le genre d'amour qui, en pleine connaissance de cause, me fera marcher dans un piège avec la pleine intention de me sacrifier pour la personne la plus importante pour elle. »

Mes yeux, contenant la question évidente, plongent dans les siens. Il répond simplement : « un seul gagnant. » Pleins de non-dits vont avec ces paroles et toutes les pièces du casse-tête tombent en place et s'assemblent. Et je me sens tellement égocentrique.

« Sachant cela, je te le redis : peu. Importe. Ce. Qu'il. Arrive. Tu m'entends? Je suis peut-être son choix mais je ne pourrai pas en profiter. Alors, je m'en fous si t'es jaloux, blessé ou plein de remords, tu resteras à ses côtés. Même si elle te rejette, même si ça te tue. Je n'ai rien à faire de ce que tu ressentiras, elle seule m'importe. Et tu le feras. Ce n'est pas pour moi, mais pour elle, tu comprends? »

J'hoche la tête systématiquement. J'étais tellement occupé à m'inquiéter de tout le reste que j'ai complètement manqué ça. Bien sûr qu'il n'y aura qu'un seul gagnant… J'eus un élan de respect pour Gale à ce moment. Il commence à s'éloigner et je l'interpelle alors qu'il atteint la porte : « Je te le promets. »

« Je le retiendrai contre toi, même si je suis mort. » Ses mots voyagent jusqu'à moi comme la porte se referme sur lui. Et, même si ça sonne fou, pour des raisons inconnues, je le crois sur parole.

(Katniss)

Je suis plus nerveuse maintenant que je l'étais quand c'était moi qui devais se rendre au Centre d'Entrainement. Au moins, c'était seulement pour moi que je devais m'inquiéter et je pouvais contrôler tout ce que je faisais. Maintenant, Prim et Gale sont ceux qui y vont. Elle semble stressée, tous les petits bruits la font sursauter. Quant à lui, Gale est adossé au mur avec ses bras croisé sur sa poitrine ayant l'air tout-à-fait à l'aise. En fait, il est complètement calme. Et, pendant ce temps, je me rends folle dans ma tête à m'inquiéter pour chacun d'eux, pour différentes raisons.

J'essaie de les conseiller avant qu'ils entrent à l'intérieur : « Prim, tu dois être forte. Peu importe ce que tu vois les autres en train de faire, tu ne peux pas être effrayée. Si tu les laisses t'intimider, tu seras étiquetée comme une cible facile. Avec ta petite taille, ils s'essaieront, alors tu devras prétendre n'en avoir rien à faire de ce qu'ils font… »

« Ou si tu as peur et veux t'en aller, viens me voir en courant comme si tu étais excitée et explique-moi la situation en paraissant émerveillée, comme d'une chose que je devrais essayer » rajoute Gale. Je le regarde avec stupéfaction.

On jurerait qu'il fait ça depuis des années. Tout ce qu'il fait, chaque plan, chaque mouvement, chaque conseil qu'il donne à Prim n'est rien d'autre que brillant. Il conduit le Jeu comme un maître d'orchestre et les fait danser sur sa musique. Je pensais que je savais tout de lui mais, dans cette étrange atmosphère où flotte les mensonges tordus et les tueries, il semble se transformer. Je ne sais pas si c'est une bonne chose ou non mais ça pourrait être la chose qui les ferait sortir vivant, alors j'enterre ma consternation face à la noirceur que je crois percevoir.

Je me retourne vers Prim. « Ça fonctionne aussi. Si tu veux, tu peux même rester tout le temps avec Gale et travailler avec lui. Et je sais que ce sera difficile pour toi, mais essaie de ne pas te faire d'amis. Je sais que Gale ne voudra faire équipe avec personne. » Nous avons déjà discuté de cela durant nos mois d'entraînement. Elle m'offre un hochement de tête, plus ferme que ce à quoi je m'attendais. Je l'enlace fermement, puis la repousse pour la regarder dans les yeux.

« Tu seras en sécurité. Si tu ne sais pas quoi faire, demande à Gale, il s'occupera de toi. » C'est devenu une sorte de leitmotiv chez moi depuis quelques jours. Quand on n'est que toutes les deux, j'essaie de lui donner tous les conseils auxquels je peux penser. Différents petits trucs me viennent constamment, mais celui qui revient le plus : aie confiance en Gale, il s'occupera de toi.

Comme si c'était une commande, elle le rejoint et attrape sa main. Il la regarde et lui sourit, fermant sa main sur la sienne. Je me redresse pleinement et me tourne vers Gale. « Je crois que tu n'as pas vraiment besoin de moi pour te dire quoi faire, tu ne m'écouterais pas de toute façon. Je suis sûre que tu as tout planifié déjà… »

Son sourire arrogant dit : tu parles que je l'ai fait.

Je détesterais cet air si je l'aimais pas autant. « Bah, fais juste attention là-dedans beau gosse. Tu es déjà une cible depuis la Parade. Si tu montres tout ce dont tu es capable, te tuer pourrait devenir la priorité numéro un de tout le monde. Spécialement que tu combattras essentiellement seul. » Prim renifle dans ma direction et je lui fais un regard d'excuse, mais c'est la vérité et je ne peux pas les épargner maintenant.

« Alors, tu me demandes de ne pas leur offrir un spectacle? Aussi bien me demander d'arrêter de respirer. » Il tient sa gorge, faisant semblant d'étouffer. Ce qui brise la tension et nous fait tous rire pendant une seconde. Mais seulement une seconde.

« Sérieusement Gale, tu n'as pas besoin d'aide avec les pièges, tu ne devrais pas t'en approcher. Pareil pour les arcs et les couteaux, tu ne veux pas que les autres sachent à quel point tu es bon. Garde ça pour les juges. Et je sais que je n'ai pas besoin de te dire de surveiller les autres tributs. Et… » Il met sa main sur mon épaule et la serre dans un geste rassurant.

« Je crois que tu as besoin de relaxer, j'ai tout parfaitement sous contrôle. » La dernière fois qu'il m'a dit ça, il a failli mourir. Je le frappe sur le bras.

Je penche la tête sur le côté, sérieusement?

Il me fait un clin d'œil, fais-moi confiance.

Je soupire en souriant, toujours.

Comme ils me dépassent pour entrer dans le Centre d'Entrainement, je laisse ma main frôler celle de Gale et chacun de nous bouge légèrement pour que nos peaux se touchent un peu plus longuement. Je pense que Prim s'en rend compte parce que ses yeux s'élargissent et qu'elle a un large sourire sur le visage alors que son regard va de Gale à moi juste avant que la porte du Centre d'Entrainement se ferme sur eux. Malgré mes inquiétudes, je soupire de soulagement. Je ne veux pas avoir à répondre à toutes les questions de Prim, et Gale est enfermé avec elle pour le reste de la journée. Son problème maintenant.

Toutefois, j'ai mon lot de problèmes. Je dois laisser les autres jouer à la poupée avec moi pour que je puisse aller à une fête organisée pour les sponsors. Ils doivent rester dans une pièce avec des gens qui veulent les tuer, je dois socialiser avec ceux qui trouvent ça divertissant. Personnellement, je pense que je préfère affronter les tueurs que les spectateurs anxieux. Mais si c'est pour les aider…

(Prim)

J'entre dans la salle d'entrainement en sautillant. Si j'ai bien vu ce que je pense avoir vu…

« Prim c'est le temps de parler de notre entrainement. » La voix de Gale me sort de ma rêverie. Il met un genou à terre et me rapproche de lui. Pas de temps maintenant pour ma célébration.

« Qu'est-ce que tu veux que je fasse? » Je sais que ma sœur a raison, Gale a un plan et, peu importe en quoi il consiste, je ne le laisserai pas tomber. Alors, je deviens sérieuse. C'est le temps d'opérer. C'est de cette manière que je dois penser maintenant. C'est juste une façon différente d'opérer.

Il sourit à mon visible changement d'attitude. « Okay. Je sais que tu connais toutes les facettes de la médecine, autant celle des docteurs que celle des guérisseurs. Mais les Jeux peuvent être situés dans un endroit étrange où on devra composer avec des plantes et des animaux inconnus. Alors, j'ai besoin que tu ailles à la section sur les herbes et les plantes. J'ai besoin que tu étudies leurs livres et apprennes tout ce que tu peux. Je veux que tu te fasses des listes dans ta tête : les plantes comestibles, médicinales ou empoisonnées. Si tu peux te souvenir aussi de ce que le poison fait, ce serait bien, mais la classification de base est plus importante. Tu auras à me renseigner sur celles qu'on découvrira dans l'Arène, alors je compte sur toi. C'est tout ce sur quoi je veux que tu te concentres pour aujourd'hui. Penses-tu pouvoir faire ça? »

Il me fait un regard compréhensif comme pour me dire 'c'est correct si je t'en demande trop selon toi'. Mais si c'est là tout ce qu'il demande… « Je peux le faire. »

« Ça c'est ma partenaire. Essaie d'en retenir le plus possible aujourd'hui. Demain, tu feras autre chose. Et ta sœur avait raison, essaie de ne pas te faire d'amis. Ce sera difficile, mais rappelle-toi qu'on s'en va tous dans l'Arène. Tu ne peux pas dire s'ils sont vraiment gentils ou prétendent seulement de l'être pour que tu baisses ta garde. Tu peux seulement avoir confiance en moi et, moi en toi. »

« On peut avoir confiance en Sera. Elle ne nous fera aucun mal. » J'ai dit ça avant de réaliser que je ne pourrai finir de dire ma pensée sans briser ma promesse de le dire à personne, et je ne brise pas les promesses faites à des patients.

Il prend une profonde respiration, comme s'il allait dire quelque chose, puis il s'arrête, les yeux – légèrement plissés – rivés aux miens. Il s'arrête un moment et soupire : « Bien… Quand bien même, tu ne dois pas te faire d'amis. On ne peut pas tous gagner. » Je peux voir un soupçon de tristesse derrière ses yeux durs.

« Okay, je ferai de mon mieux. » Il me fait un grand sourire et se relève. Il se redresse et se tient bien plus droit que normalement, avec les épaules vers l'arrière et le torse gonflé. D'habitude, il est toujours un peu penché ou adossé à quelque chose pour masquer sa grande taille ou pour éviter de se cogner la tête. Le voir à sa taille complète est très intimidant, même pour moi. « Je suis vraiment contente que tu sois de mon côté Gale. »

Il me fait un sourire perplexe, « Du côté à qui d'autre pourrais-je être? » Il me fait un clin d'œil et son sourire s'élargit. C'est Gale. Tellement intensément loyal qu'il n'a probablement jamais considéré d'autres alternatives. « Viens mon petit canari, il est temps d'y aller. »

Il commence à marcher vers l'intérieur du Centre. Je l'appelle, à quelques pas derrière : « Tu as dit que j'étudierai les plantes, mais où est-ce que tu seras toi? »

Il tourne la tête et me sourit narquoisement par-dessus son épaule. « Je serai aux alentours… Je ne crois pas que je m'entrainerai beaucoup aujourd'hui. Je me concentrerai sur… l'observation. » Il me fait presque peur de la façon qu'il le dit, il semble un peu trop content de la chose. En tout cas, je ne sais pas pour lui mais, moi, j'apprends mieux en pratiquant. « Tu seras correcte toute seule. Rappelle-toi, ils ne peuvent te faire de mal ici, c'est interdit. Mais si tu es effrayée, souviens-toi de ce que je t'ai dit. D'une voix excitée, appelle-moi et je serai là. Ou cherche-moi du regard, je devrais sentir le poids de ton regard peu importe où je suis. Okay? » Il est de retour à son état normal, avec sa douceur dans les yeux.

« Okay. » Je le regarde se diriger vers la section concernant les armes. Je ne sais pas comment Gale se débrouille avec une arme, mais c'est définitivement quelque chose qu'il doit connaître. Je regarde le Centre d'Entrainement en son entier, c'est immense. Avec différentes sections où ils enseignent des trucs à savoir : sur la survie, sur le combat, sur comment faire des abris, toutes sortes de choses. Il y a des gens dans toutes les sections. Je savais qu'il y aurait 48 tributs, mais de tous les voir en même temps… Soudainement, tous mes espoirs semblent inatteignables. Pouvons-nous vraiment battre toutes ces personnes?

J'avais espéré que je serais quasiment seule à la section sur les plantes. Mais je peux y voir au moins quatre autres personnes alors que j'y fais mon chemin timidement. Ma peau me brûle, je peux sentir tous les yeux me suivre dans la pièce. Ça me rend nerveuse. Ça pourrait être un effet de mon imagination, mais je jure que j'entends mon nom dans les conversations murmurées qui se soulèvent à mon passage. Quand j'atteins finalement la section sur les herbes, j'essaie de trouver l'endroit le moins accessible aux regards indiscrets et prends un des livres et des dépliants étant là pour me cacher des yeux attentifs.

C'est une petite section avec, à l'arrière, des étagères où des herbes croissent – une démonstration sur comment les recueillir et les préserver. Je n'y porte pas beaucoup d'attention, je connais tous ces trucs parce que je les utilise tous les jours. Je m'assois contre une colonne et ouvre le livre.

J'expire et me détends quand je sens que plus personne ne me regarde. Seulement pour qu'une voix, provenant de nulle part, me fasse une peur de tous les diables et me dit : « C'est parce que tu étais si belle à la Parade et parce qu'ils savent tous qui est ta sœur. » Je sursaute et regarde la source de la voix pour apercevoir une fille d'environ mon âge sur l'autre côté de la colonne où je suis. Elle glousse à ma réaction de surprise et me dit : « Je m'appelle Abril et, à l'évidence, je sais qui tu es. Tu me permets de te poser une question? »

Je sais que je ne suis pas supposée me faire des amis, mais une question ne peut pas faire de tort non? « Bien sûr. »

« Es-tu la fille la plus malchanceuse du monde ou quoi? Sélectionnée deux fois en deux ans. Je veux dire, quelles étaient les chances? »

Je ne m'attendais pas à ça, alors ça me fais un peu rire. « Je ne sais pas, c'est une bonne chose que je sois trop jeune pour parier, je perdrais tout. »

Elle s'esclaffe à ma réponse.

Elle vient de mon côté de la colonne et je peux la regarder. Elle a des cheveux foncés et une peau couleur crème, ses yeux sont bruns et elle est belle. Elle est plus grande que moi et plus élancée et ses membres semblent trop longs pour son corps. Elle s'assit sur le sol en face de moi. « Bah, les choses ont bien marché pour ta sœur et, si le grand gars avec qui tu es est aussi fort qu'il en a l'air, tu devrais t'en sortir aussi. » Elle semble gentille, mais je me souviens de ce que Gale m'a dit.

« Il est encore plus fort qu'il en a l'air, alors peut-être. » Je laisse ma réponse aussi courte que ça et fixe mon attention sur le contenu du livre. Elle essaie encore quelques fois de partir une conversation, mais je lui réponds par des monosyllabes et me concentre sur le livre. Elle abandonne, voyant que je ne veux pas vraiment être sociable, et elle part faire autres choses. Alors, je peux accorder mon attention entière à ce livre.

Je connais beaucoup de plantes et d'herbes mais aussi plusieurs que je ne connais pas y sont illustrées, incluant celles de différentes régions. Aussi, certaines de celles que je connais mélangées à certaines que je ne connais pas font des choses surprenantes ensemble. J'apprends beaucoup. J'ai appris plus à propos des poisons cependant, n'en ayant jamais vraiment eu besoin à part pour savoir comment les guérir. J'ai découvert par ailleurs que j'en sais peu sur les plantes en elle-même. Il y en a tellement et elles font toutes différentes choses. C'est beaucoup à se souvenir, mais ça se passe bien. Je suis douée pour ça.

À quelques reprises durant la journée, je prends des pauses pour m'étirer les jambes et reposer mes yeux un moment. Je ne suis pas habituée à rester assise ou à lire autant dans une journée. Quand je le fais, je sens les regards sur moi encore, mais maintenant ça ne me dérange plus autant. La plupart des tributs se soucie plus de leur propre entrainement de toute façon. Je cherche toujours Gale des yeux, il est invariablement adossé à une colonne près de la section sur la survie. Je ne connais pas trop la raison du pourquoi il observe ces leçons, il pourrait les enseigner.

J'ai pensé aller le voir, mais il semblait si absorbé par quelque chose et je ne voulais pas briser sa concentration. Je note quand même que je ne suis pas la seule à le regarder. Il a gagné l'attention des tributs qui ont l'air le plus méchant, ceux qui proviennent du district des Carrières selon mon souvenir. Je vois Sera au loin avec Jacob et je me dirige presque vers eux, mais j'intercepte le regard de Sera et elle secoue la tête. Le code féminin pour 'pas maintenant'.

Alors, je retourne à mon étude des herbes, mais pas avant que je ne remarque une vague silhouette dans les rideaux non loin de ma section. Elle a disparu avant que je puisse dire à qui elle appartient, mais je suis sûre de ce que j'ai vu. Je me retrouve à la chercher du regard et aperçois seulement son ombre ici et là. Je crois qu'un des tributs est bon à la cachette.

Quelques autres personnes essaient d'engager la conversation avec moi durant la course du jour, mais ils ne restent pas longtemps à mes côtés quand ils voient que je ne leur réponds pas. C'est peut-être irrespectueux, mais c'est mieux que d'apprendre à les connaitre. Tout va bien jusqu'à ce que ce soit le temps de partir et j'aperçois une fille que je reconnais comme étant du district 1, Ruby. Elle se dirige vers moi plutôt que vers la sortie. Elle a l'air d'avoir 18 ans et je peux voir la froideur dans ses yeux quand elle me sourit. Elle me parle comme on le fait à un bébé. « Awww regarde le petit oiseau, tu ne sembles pas si spéciale à mes yeux. » Je recule un peu, essayant de mettre une certaine distance entre nous. Elle est amusée par ma frayeur.

« Tu sembles tellement sans peur à la TV, qu'est-ce qui se passe? Pas aussi courageuse sans ta grosse brute qui te transporte partout hein? » Elle fait un pas en avant, j'en fais un en arrière. « C'est ce que je pensais. Bien, petite fille, ça ne dérange pas à quel point ton gars est gros et fort, il ne pourra te protéger tout le temps. » Elle n'arrête pas d'avancer dans ma direction jusqu'à ce que je sois adossée à une des colonnes. Je me sens piégée, la seule façon de m'en sortir est de lui passer dessus et je crois que ça n'irait pas bien pour moi.

Ruby semble se délecter de ma panique. « Souviens-toi seulement petite fille qu'il n'est pas toujours dans les parages. » Elle tente de faire un pas vers l'arrière pour partir, mais frappe un mur nommé Gale. Je ne m'étais même pas aperçue de son arrivée derrière elle.

« Tu veux gager ta vie là-dessus? » Elle se retourne vivement, il la jauge de haut et elle a le même air effrayé que j'avais plus tôt. Il se penche vers elle, « C'est ce que je pensais. »

Lui jetant ses propres mots à la figure, il me fait un mouvement de tête pour que je le suive alors qu'il s'en va. Quand je le rejoints, il m'ébouriffe les cheveux avec sa main. « Tu vois, je savais que tu te ferais des amis! » Je lui envoie un regard noir et il rit, alors, je le frappe dans les côtes et il rit encore plus.

« Oh reste silencieux » finis-je par dire. « Alors, est-ce que tu vas me dire ce que je ferai demain? » Il appuie sur le bouton de l'ascenseur pour nous ramener à notre étage.

« Ouais… demain. Pour maintenant, assure-toi seulement que tu te souviens de toutes les plantes vues aujourd'hui. » Il me sourit comme s'il pensait qu'il est trop cool, mais je change ça rapidement.

« Okay, alors j'ai une question de plus. Est-ce que j'ai vraiment vu ce que je pense? Est-ce que ma sœur et toi… »

« Hey! Des questions d'entrainement seulement. » Le rouge va bien à Gale.

(Katniss)

Quand je suis à notre étage, j'ai finalement une chance de retirer ces horribles chaussures qu'ils m'ont forcée à mettre pour la petite sauterie. Après avoir passé du temps avec ces gens, j'ai besoin d'une douche, peut-être même de plus qu'une. Je ne peux pas croire à quel point ils sont ouverts et sans honte à l'idée de spéculer sur la mort ou la survie d'enfants. Vraiment dégoûtant. Mais j'ai joué mon rôle et été aussi charmante que possible. J'ai eu quelques sponsors aujourd'hui de ceux qui sont tombés pour Prim. Cependant, Haymitch m'a dit que les sommes d'argent plus sérieuses sont en jeu quand sortent les résultats de l'évaluation des juges à l'entrainement. C'est à ce moment que les gros parieurs embarquent.

Heureusement, Peeta et moi avons décidé d'aller à différents 'galas' alors, au moins, je n'ai pas eu à jouer cette comédie longtemps. Seulement quelques secondes avant de partir. Ça semble tellement bizarre de l'embrasser maintenant, et tellement mal. Je trahissais Gale avec mon fiancé, ça sonne étrange mais c'est comme ça que je le ressens. Je me demande comment je vais lui expliquer, quand soudainement, je suis attirée dans l'une des chambres devant lesquelles je passais.

Les lumières sont éteintes et les écrans fermés, je n'y vois rien. Mais je connais ces grandes mains rugueuses qui m'attirent contre un corps musclé. Mon propre corps réagit instinctivement, se moulant au sien, et nos lèvres se trouvent sans effort dans la noirceur. Le manque de vision intensifie mes sensations et, même si je sais que c'est dangereux, le courant qui me traverse quand il caresse la peau laissée nue par la robe est trop puissant pour être ignoré. Ses doigts jouent sur mes épaules et dans mon cou, éloignant lentement mon visage.

« Je sais que c'est risqué, mais je sais aussi que je ne pourrais pas attendre pour t'avoir à moi seul. » Il respire fort. Notre baiser a peut-être duré seulement un moment, mais il était très intense et à couper le souffle.

« Est-ce que je me suis plainte? » Je l'embrasse encore, mais m'éloigne difficilement quand l'intensité refait surface. « Mais on ne peut pas, pas maintenant. »

Il appuie son front contre le mien. « Certainement, jamais. » Sa voix est triste et, de la façon qu'il a dit ces mots, il parlait de plus qu'un baiser volé. Quand je percute qu'il a sûrement raison, je sens avec surprise un nœud se former dans ma poitrine. C'est inacceptable. Il essaie de s'excuser : « C'est correct j'imagine, au moins je sais ce que ça pourrait donner, c'est suffisant pour moi… »

Je l'embrasse sur le bout du nez avant de me reculer, « Bah, ce n'est pas assez pour moi. »

« Oh ouais? Comment comptes-tu résoudre ce problème? N'y a-t-il pas des caméras dans toutes les pièces? »

« Pas dans les chambres à coucher. » Je lui fais un sourire, invisible dans cette noirceur.

« Attends une minute, alors, je n'avais pas besoin de rendre ça si obscur ici? »

« Non, mais ça a son charme! » Je lève une main… pour lui pincer une fesse. Il sursaute et je pars à courir vers la porte. « Et ne t'en fais pas, je penserai à quelque chose. » Je referme la porte, le laissant dans le noir. Haymitch me voit en sortir.

« Un rendez-vous secret en plein milieu du jour? Qu'est-ce qu'en dirait le futur marié? » Je roule seulement des yeux à son endroit et accorde mon pas au sien.

« Haymitch, il n'y a pas de caméras dans les chambres à coucher n'est-ce pas? » J'aimerais que ce que j'ai dit soit la vérité mais, avec tout ce j'ai vu, plus rien ne me surprend provenant du Capitole.

Il rit un coup : « Je ne crois pas chérie sinon ils m'auraient tué depuis un bon moment déjà. »

« Oh bien! » Alors on pourra vraiment au moins…

Il me donne un regard pensif. « Mais encore là, tu es un cas spécial, il y en a peut-être quelques-unes dans ta chambre. »

« Eh merde. » Bon, une autre possibilité d'endroit à jeter.

« Pourquoi, tu planifies leur donner quelque chose d'intéressant à regarder? » demande-t-il avec un sourire narquois en me regardant du coin de l'œil.

« Oh, la ferme! » Je déteste quand il sait avoir raison.